Boys & girls

Ce week-end, bizarrement, j’ai passé mon temps avec des garçons, à aller regarder des trucs avec des filles.

Vendredi soir, fin de la semaine à la nocturne de la Foire de Paris, que j’ai adorée. Je n’y étais jamais allée mais plus ça va, plus j’aime les salons (le prochain : le salon Naturally en juin, youpi). Peut-être à cause de la foule hétéroclite qui s’y presse. Peut-être à cause de tout ce qu’il y a à voir, plus ou moins inspirant selon les stands, mais toujours dans une ambiance ludique, surtout si l’on est bien accompagné. Ce qui était mon cas vendredi soir.

Al. avait deux invitations et Nang, adepte depuis longtemps du coin bouffe de la Foire, nous a accompagnés. Bon, cette activité-là n’était pas spécialement féminine mais finalement, après nous être baladés entre les cuisines design et les salles de bain high tech, puis le coin des nouvelles énergies, nous avons passé une bonne partie de nos trois heures de visite dans les deux espaces qui m’intéressaient le plus : la nourriture (même si le sandwich ultra gras jambon cru / raclette sagement partagé avec Al. « m’a tuer ») et le concours Lépine. Nous avons goûté de délicieux fromages, saucissons et surtout, de la mousse d’ail à tomber par terre (si si) et vu des inventions plus ou moins farfelues, plus ou moins utiles, qui m’ont beaucoup amusée. J’aurais sans doute pu passer ma nuit entière à déambuler entre les stands mais la nocturne a fini par fermer et mes deux compagnons semblaient quelque peu fatigués. Ce qui ne nous a pas empêchés d’aller prendre un pot en terrasse pour discuter de tout et de rien et continuer de blablater avec Nang (ce qu’on avait déjà fait tout au long du salon) des potins en cours au sein de notre petite bande d’amis (non, pas tant que ça, en fait…) (quoique…) (hi hi hi)…

Samedi, reprise des cours de ketcla. Joie, émotion, le shuffle est (presque) mon ami, je m’éclate, non, vraiment.

Samedi soir, Al. et moi sommes allés voir la pièce Anna Politovskaïa : non rééducable, jouée et mise en scène par Mireille Perrier à la Maison des Métallos. Hommage sobre et intense à cette journaliste russe, opposante au régime de Poutine et dénonçant la guerre en Tchétchénie, assassinée en 2006 après des années de menaces et tentatives d’intimidation diverses et variées. Pièce forte, violente, pleine d’humanité et d’intelligence sur un engagement sans faille, courageux mais non dénué de questionnements. Le texte, écrit par un jeune auteur italien à partir d’interviews et notes personnelles d’Anna Politovskaïa, rend bien compte de la complexité et de l’absurdité de la situation, de la folie et de l’horreur de toute guerre en général et du combat déséquilibrée d’une femme indépendante et libre contre un régime brutal et corrompu.

Après une telle pièce, jouée avec talent par Mireille Perrier, on ne pouvait être que déçu par la rencontre qui a suivi, avec un ex-soldat russe ayant participé aux deux guerres en Tchétchénie, aujourd’hui journaliste dans le même journal que Politovskaïa, maniant la langue de bois avec une prudence refroidissante (peu dissert sur la guerre en Tchétchénie, sur laquelle il ne veut porter aucun jugement, et Anna Politovskaïa qui fut pourtant sa collègue mais « pas son amie »). Et surtout, par l’espèce d’absence étrange de Mireille Perrier, peut-être fatiguée, qui semblait hors sujet, incapable d’apporter des réponses et précisions sur des faits dont elle parlait dans la pièce, comme si, hors du texte qu’elle avait appris, elle ne s’était pas réellement documentée ou intéressée à ce que Politovskaïa avait rapporté. Evidemment, on ne demande pas à une comédienne d’être historienne ou géopolitologue, néanmoins, après toutes ces représentations et rencontres organisées autour de cette femme qu’elle admire visiblement et dont elle porte magnifiquement la voix, j’ai été surprise de son manque de « culture » sur l’histoire russe qui la concerne.

Peu importe. La pièce est tout de même à voir, à écouter et à entendre.

Dimanche, après une balade matinale dans le quartier d’Al., j’ai retrouvé Kiminou pour un après-midi surréaliste, fantastico-érotique, sur le site Richelieu de la BNF qui propose actuellement l’exposition de Bettina Rheims et Serge Bramly : Rose c’est Paris.

Personnellement, j’ai beaucoup aimé cette imagerie de roman photo, pleine de filles toutes plus superbes les unes que les autres. Voilà une expo pour ces messieurs qui seront sans aucun doute scotchés par la beauté plastique des créatures filmées et photographiées par le tandem Rheim/Bramly et peut-être plus, par certaines scènes très suggestives. Tout cela est ludique, faussement intriguant, il faut accepter de se laisser porter par l’histoire malicieusement bizarre, prétexte à des scènes esthétiques sensuelles plus ou moins réussies ou ridicules, dans lesquelles Paris est un décor mouvant, glamour, inquiétant, étrange, mystérieux… J’imagine que l’on aime ou l’on déteste : le livre d’or assez contrasté présentait des avis indignés comme des opinions enthousiastes.

Moi, j’ai passé un très bon moment et je crois que Kim aussi 🙂

Petit foutage de gueule toutefois au niveau de l’organisation : l’absence totale de confort pour visionner le film qui doit durer près de 2h ! Bonjour les courbatures au sortir de l’expo. Et détail amusant : j’y ai reconnu une magistrate avec qui j’ai été contact sur un dossier, posant avec sa soeur jumelle un quart de seconde dans un cimetière…

Fin d’après-midi à Beaubourg, avec une glace Amorino gentiment offerte par Kim, pour nous raconter les dernières nouvelles de nos vies.

Enfin, pour terminer ces deux jours très féminins, un film féministe : la Comtesse, de Julie Delpy, en compagnie d’Ishmael, admirateur de la demoiselle depuis plusieurs années.

En attendant Ishmael à Odéon, je me suis fait accoster par un jeune homme très louche qui, après avoir engagé la conversation de façon à peu près normale voire sympathique – et m’avoir taxé un bout de mon panini gerbant – m’a littéralement harcelée pour parler de sexe (« c’est quoi l’endroit le plus insolite où tu as fait l’amour ? », « est-ce que tu aimes le 69 ? », « c’est quoi ta position préférée ? »). Complètement dérangé ce pauvre garçon, peut-être frustré, en tous les cas un peu pathétique ; j’ai fini par l’orienter vers quelqu’un d’autre et il est allé embêter une autre pauvre jeune femme qui se roulait tranquillement une cigarette tandis qu’Ishmael arrivait.

Le film de Delpy, je l’ai bien voire beaucoup aimé. Ishmael pense qu’elle est passée à côté de son sujet, que le film est trop démonstratif. C’est vrai qu’il se déroule un peu platement, mais c’est cette sobriété un peu austère, à l’image de l’héroïne, la Comtesse Bathory, accusée d’avoir torturé et tué des centaines de vierges pour rester éternellement belle et jeune, que j’ai aimée, justement. C’est une production avec peu de moyens mais qui se veut quand même ambitieuse, dans le propos tenu, très féministe, sur le pouvoir et la puissance d’une femme qui fait de l’ombre aux hommes (la Comtesse aurait été victime d’un complot visant à la déposséder de ses terres), sur la tragédie de la tyrannie de la jeunesse et la beauté (sujet ô combien d’actualité), sur la folie aussi (même si l’ambiguïté sur ce point n’est pas toujours réussie, Julie Delpy est une excellente actrice qui rend son personnage aussi attachant qu’inquiétant).

J’ai trouvé la Comtesse sombrement (et pas seulement à cause des filtres gris-bleus-marrons utilisés en permanence) sentimental, voire froidement romantique. Je n’ai pas vu le temps passer, ça m’a plu, voilà, j’ai autant aimé la Julie Delpy sérieuse de ce film que la Julie Delpy folledingue de Two Days in Paris.

Un week-end, donc, éclairé par les multiples facettes de la féminité, de la Femme – engagée, sexy, libre -, qui m’ont beaucoup parlé. Autant que mes amis masculins de chair et d’os. Même si différemment (mais de façon complémentaire) 🙂

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