Le Ruban blanc – Michael Haneke

Je reste persuadée que un Prophète d’Audiard (que je n’aime pas trop) ne méritait pas la Palme et, après avoir vu le Ruban blanc de Haneke, je me sens parfaitement en accord avec le choix du Jury présidé par Isabelle Huppert en mai dernier, favoritisme ou pas favoritisme, tant j’ai été impressionnée par le film.

Par sa beauté formelle, d’abord : ce noir et blanc tranchant, beau comme du Bergman ou du Dreyer (je dis ça mais je connais mal, c’est juste que ça fait bien je trouve) (hi hi) (disons que c’est beau comme j’imagine que du Bergman ou du Dreyer puisse être) et austère comme le protestantisme. Par son propos, ensuite, passionnant, sur les différentes formes de violence (larvée), l’oppression, la domination, la punition, l’humiliation, le rigorisme religieux ou de l’éducation… et la naissance insidieuse du mal. Par la qualité de l’interprétation, enfin, du plus jeune acteur au plus âgé : tous sont admirablement justes et précis. Les enfants, en particulier, sont saisissants.

Il faut peut-être passer outre l’aspect « fable », rebutant pour certains (mais que moi, j’ai bien aimé) et dépasser aussi l’interprétation très convenue qui en a été faite sur la symbolique de la montée du fascisme (un thème à la mode) pour goûter pleinement à la noirceur angoissante de ce très beau film, lent, long et âpre. A chercher des explications (une morale ?) très rationnelles (ce qui fabrique les bourreaux), on risque de détruire une partie de l’intérêt du film qui est, à mon avis, aussi, de par la part de mystère voire fantastique et inexpliqué qu’il entretient, d’une très grande poésie. Pour moi, ce film pose beaucoup plus de questions qu’il n’assène de réponses.

Pour ma part, j’ai été happée, je ne me suis pas ennuyée une seconde tout au long des 2h24 (pourtant je suis réveillée depuis 6h30 après avoir dormi 4h et couru toute la journée jusqu’à 21h, c’est dire !), malgré tous les déboires que Ishmael et moi avons eus pendant la séance (bruits de soufflerie insupportables, bruits de copulation humaine (?)…)

Bref. Je suis tellement fatiguée que je ne peux pas en dire plus ce soir, mais j’ai beaucoup aimé. Pour ne pas dire adoré.

Ishmael aura sans doute un avis plus réservé, circonspect qu’il était à la sortie, mais moi, je vous encourage vivement à aller voir ce magnifique film glaçant et fascinant.

PS : l’Allemand, c’est quand même la classe !

EDIT : voir aussi la critique d’Ishmael sur culturopoing.com

11 comments / Add your comment below

  1. Aucun des deux ne méritaient la palme ^^. Oui c’est hyper prétentieux, je sais mais je dois dire que les films de la sélection cannoise que j’ai vu pour le moment ne m’ont pas franchement hyper emballé 🙁 J’attends beaucoup le Resnais du coup! Sinon petite anecdote il paraitrait que Huppert voulait en fait donner la palme au Von Trier et une bonne partie des jurés mené par James Gray voulaient la donner à Audiard. Pour couper la poire en deux ils ont donc pris le Haneke.

    Comme ça après mûrissement je dois dire que je trouve le film assez anecdotique et un peu trop appliqué, mais peut-être que j’y trouverai d’autres choses en le revoyant. Je trouve Haneke plus à l’aise en moraliste sadique que dans ce registre de description précautionneux du refoulé qui frôle je trouve l’académisme, même si ça se sent que le film lui tient à cœur; la preuve peut-être sa relative absence de cynisme quand au personnage de l’instituteur, même si l’humour acéré du cinéaste ressort quand même dans pas mal de descriptions et dialogues.

  2. Ish >> Et si on allait voir le Resnais ensemble à sa sortie ? A moins que tu y ailles en projection presse ?
    Donner la palme à LVT, voilà qui eût été osé… Bizarre… Quelle idée… J’ai trouvé le film tellement ridicule.
    Pour le « appliqué » et « académisme », j’entends bien et je souscris un peu. N’empêche, ça reste à mes yeux du cinéma très élégant.
    Quant à l’humour du cinéaste, bizarrement, je l’ai ressenti justement dans la figure du « Herr Lehrer », tellement « premier degré » qu’il en devenait drôle ? 🙂

  3. Ah, tu as peut-être raison, mais le reste des personnages se fait assez charger pour que je veuille conserver pour le moment le doute concernant celui-ci 🙂
    ça marche pour le Resnais

  4. Le Resnais, il sort quand au fait ?

    Ah bon tu as trouvé les autres personnages chargés ? 🙂 Le médecin, peut-être un peu, dans le genre pédophile et sadique adepte de l’humiliation psychologique… Moi j’ai beaucoup aimé la figure du pasteur (?), Burghart Klaussner (qui jouait le père dans « Goodbye Lenin », putaiiiiiin !), plutôt subtile, non ? Quand il réprime un petit sanglot quand son fils vient lui offrir son petit oiseau…

  5. ça sort mercredi le Resnais (déjà!!!). Le médecin lui jouait dans le Tarantino on les avaient tous déjà vu ces acteurs en fait XD

    Je crois que tout ce qui tourne autour du protestantisme dans le film m’a pas mal ennuyé et agacé… Pourtant j’aime bien ça, le pasteur et ses fils, dans « Et au millieu coule une rivière », ou les amish dans « Witness » dans un autre genre…je dois avoir le coeur bien hollywoodien ^^

    Un film que j’ai absolument adoré récemment c’est « Lumière Silencieuse » de Carlos Reygadas, autour des ménonnites, autre communauté assez austère.

  6. Ish >> Il jouait qui dans « Inglorious Basterds », je vois pas du tout ??? Il faut dire que j’étais un peu scotchée sur Christoph Waltz, moi…
    « Lumière silencieuse », même le titre et le thème ne me disent rien. Où as-tu vu ça ? Et c’est quoi les Ménonnites ? (Okay, Wikipédia…)
    « Les Herbes folles », dans une dizaine de jours ?

  7. Pas d’accord avec vous: le « Ruban blanc », c’est du grand art. Bien sûr, ça joue sur une connivence avec Dreyer (celui d' »Ordet », plus qu’avec Bergman): les personnages (emblématiques des différents pouvoirs: le pasteur, le médecin, le patron et même les pères) ne sont pas des personnes (confusion constante). Mais quand on repense au film, quelle intelligence dans le scénario ! Par ex, au début , quand le pasteur punit cruellement ses enfants, cela semble tout à fait gratuit. Et puis ensuite, on se rend compte que là, la conséquence a précèdé la cause, et tout va de même… Vertigineux!
    .

    Quant à Carlos Reygadas, j’en suis une admiratrice absolue depuis « Japon ». J’ai adoré aussi « Batallas en el cielo » et sa scène d’ouverture hyper gonflée: Céline, bienvenue au club ! (hélas je n’ai pas vu « Lumière silencieuse ». Pas encore ;-))

  8. Cuauh >> Attention, moi aussi je considère que « le Ruban blanc » est un film magnifique, d’ailleurs il fait désormais partie de mes films préférés de tous temps (j’ai mis à jour ma page MySpace hier en le rajoutant, c’est pour dire !)…
    Quand tu dis : « quand le pasteur punit cruellement ses enfants, cela semble tout à fait gratuit. Et puis ensuite, on se rend compte que là, la conséquence a précèdé la cause, et tout va de même… Vertigineux! » … Oui et non, Claudine car le pasteur rappelle à ses enfants qu’ils ont subi, déjà, auparavant, ce fameux ruban blanc… Ce n’était donc pas la première fois que ce genre de punition était de mise dans la famille. On peut donc aussi en déduire que à l’instant T où les événements se produisent, ils découlent aussi de toutes les fois précédentes où les punitions se sont appliquées aussi cruellement et peut-être gratuitement.
    Le type qui joue le pasteur est formidable. C’est le personnage que j’ai préféré car il croit faire le bien en faisant le mal, il maltraite ses enfants tout en les aimant, il est à la fois le bourreau et la victime de ses propres méthodes…

    Ishmael >> Viens de lire ta critique sur culturopoing. La scène de la chute du cheval m’a fait penser à « Marnie » !!! 😀

  9. Cel: Oui et non, Claudine car le pasteur rappelle à ses enfants qu’ils ont subi, déjà, auparavant, ce fameux ruban blanc… Ce n’était donc pas la première fois que ce genre de punition était de mise dans la famille. On peut donc aussi en déduire que à l’instant T où les événements se produisent, ils découlent aussi de toutes les fois précédentes où les punitions se sont appliquées aussi cruellement et peut-être gratuitement.

    Cua; Oui, bien sûr. Mais ce que je veux dire (attention, ce qui suit dévoile l’intrigue ;-)), c’est que la punition du pasteur, monstrueuse dans la mesure où elle concerne des enfants en retard au dîner, s’applique en fait à des assassins , puisque ce retard est dû au fait qu’ils ont tenté de tuer le medecin par une corde devant son cheval, et sont restés à observer le résultat de leur manoeuvre…

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