12 pieds sous terre

A celles et ceux qui idôlatrent Racine,
Corneille, Hugo, Rostand et tant d’autres auteurs
Qui de l’alexandrin exhalent les saveurs,
Rejoignez le combat vertueux de Claudine !

Camarades, voyez, c’est eux qu’on assassine
Quand on ose applaudir des versificateurs
Qui ne respectent pas les attraits supérieurs
De cet alexandrin dont la beauté fascine.

Nous ne réclamons pas la rigueur absolue,
Mais enfin douze pieds, c’est facile à compter :
C’est là l’unique règle à devoir respecter !

Alors si comme nous, vous le trouvez très beau,
Venez battre le vers tant qu’il est encore chaud,
Et osez dévoiler votre âme farfelue !

*     *     *

Comme je le disais rapidement dans mon dernier post, Claudine/Cuauhtli a créé sur Facebook un groupe de discussion pour défendre l’alexandrin, ce vers de douze pieds dont nous sommes toutes deux grandes « amadmiratrices » :

PREMIER SONNET (Claudine)

On peut rimer de tout, mais en sachant le faire,
Car il ne suffit pas des deux terminaisons :
Ce qui à la rigueur convient pour les chansons
N’a rien à voir avec la règle centenaire ;

Il faut aussi compter les pieds d’un doigt sévère,
Traquer les e muets tapis dans les tréfonds
Des phrases convenues qu’on dit sans liaisons :
On ne verra jamais ce défaut chez Molière !

Alterner rime masculine et féminine,
Diktat que TOUS nos grands auteurs ont respecté ;
Ne pas faire rimer pluriel et singulier.

Et puis, laisser filer, scander ses vers en soi,
Vibrer sous leur tempo qui nait et qui s’accroît
Comme sur une interne et douce mandoline…

DEUXIEME SONNET (moi)

Bravo ma chère amie pour ce fabuleux groupe
Qui rend un juste hommage – osé-je dire « enfin » ?
Au plus noble des vers, au plus beau, au plus fin,
Qui n’a plus de nos jours, hélas, le vent en poupe.

Tout comme vous je hais cette insipide soupe
Que les faux amateurs prennent pour un bon vin ;
Je leur cède avec joie le bien piteux chemin
Séparant leur palais de cette triste coupe !

Et je me joins à vous, toute pleine d’entrain
Pour célébrer les pieds simples et de bon goût
Ceux qui trainent en bande, à douze, c’est certain,

Ceux qui, bien agencés et la main dans la main,
Quand on les dit tout haut, tiennent tout seuls debout !
Chantons Alexandrie, chantons l’Alexandrin !

*     *     *

Nous avons commencé un cadavre exquis en vers mais comme ce n’est pas évident à suivre sur FaceBook, je le copierai au fur et à mesure sur la page « Cadavre Exquis » (dans le menu du haut). Voilà, le feuilleton poétique de l’été est lancé, on ne sait pas trop jusqu’où on ira et tiendra, mais enfin, le défi est drôle et stimulant.

Et si certains d’entre vous aiment faire des vers (des alexandrins, faut-il le préciser), qu’ils n’hésitent pas à entrer dans le jeu, ici ou sur FaceBook. La règle est simple :

  • Uniquement des alexandrins (12 pieds stricts – attention aux « e » muets)
  • Des rimes plates (AA, BB, CC, DD…)
  • Une alternance de paires de rimes féminines et masculines
  • Après, les (« faux ») pluriels, on fermera les yeux dessus (enfin, Claudine, je ne sais pas !)
  • Et toute folie syntaxique est bienvenue (enjambements acrobatiques, assonnances étonnantes, etc.)

A bientôt !!!!

NB : pour avoir lu un chouette poème de Micky sur son blog, malgré quelques erreurs de pieds, je pense qu’il y a un vrai « quelque chose » ! (Dis, tu viens ?…)

9 comments / Add your comment below

  1. Ah oui, tiens, j’ai rejoint le groupe avant de lire ton invitation!!!

    Pour les pieds et le respect des hémistiches j’ai pris quelques libertés, n’étant ni littéraire, ni poète, et mes derniers souvenirs de poésie remontant à plus de dix ans, j’ai composé sous d’autres influences, moins académiques et pas forcément légales.

  2. Ah oui, rejoins-nous ! On va faire entrer plus de personnages pour moins de monotonie, mais c’est plus drôle si c’est réellement quelqu’un d’autre qui nous rejoint 😉
    Moi j’ai un problème avec les diérèses, quelle est la vraie règle ?!! Sur Wikipédia, ils disent qu’on peut aussi bien prononcer vi-o-lon (3 pieds) que vio-lon (2 pieds) ! (Sinon, pour être puriste, il faut retourner à l’étymologie du mot ! Argh !)
    Quant à la césure, j’aime bien ne pas forcément la faire, ça coupe un peu le rythme de la valse ! 🙂

  3. Je pense que la diérèse dépend de la façon dont on veut lire le mot, en mettant trois pieds au violon, on insiste bien sur le fait que ce soit un violon, je suppose…

  4. Non, Micky, la diérèse n’est pas une question de sens, mais de forme. Elle permet de compter 3 pieds, ou 2, selon la nécessité de la métrique…

    Nemo a tout bien expliqué ; Je me permets donc, en bonne administratrice, de’ corriger tes vers 😉 :

    Oh, comme j’aime bien ces cadavres exquis!!!
    Postons sur Facebook, ce sera so funny!!!

    (on ne va pas pinailler sur tes terminaisons, v + haut, mais on devrait 😉 )

    … Tu tapes de l’ongle sur la table à chaque syllabe (en faisant les liaisons, attention), comme avec un métronome, et tu en comptes bien 12: tu verras, ça devient vite automatique! (comme du slam ;-))

  5. Evidemment, Neminette, après avoir actualisé le Cadavre, tu supprimes cet affreuse fraise compacte, que je n’ai même pas été capable d’aérer ! Et pt les précédentes ?

    … Mais où es-tu (en vacances, je sais), et que fais-tu ? Ton silence est assourdissant !.. De mon côté, si je suis si prolixe soudain, c’est que je profite (en son absence ,-)) de l’ordi de mon frère.

  6. Cuauh >> Hein ? En quoi j’ai fait fort ? Je n’ai pas respecté la césure, ça fait plutôt 5/7…
    Pour la suite du cadavre, je la posterai correctement à la suite bientôt.
    Désolée, je suis actuellement au bord de la mer, de la piscine, sans grande envie de me coller devant l’écran et surtout, aujourd’hui, j’ai passé ma journée à un enterrement – mais j’en reparlerai. Du coup, ayant passé la journée dans la voiture pour au crématorium puis au cimetière, j’ai eu peu l’occasion (et l’envie) de me connecter !
    Bisous et à bientôt !

  7. … Tu as fait fort car il faut vraiment avoir « l’oeil et l’oreille » pour compter les 12 pieds (ils y sont bien, avec la césure après QUI et la liaison « celles-zé-ceux » ;-)): à première vue, on a l’impression d’un déséquilibre total. Mais non… :-D.

    J’adore quand on triture le rythme, et je pense que je vais aussi le faire davantage dans les vers à venir: évitons l’effet « machine à coudre » des vers réguliers avec la césure au milieu ! 😉
    .

    Sinon, je me doute bien que ce premier jour des vacances, tu as (eu) envie de le passer davantage au soleil que devant un écran (surtout après le cimetière!). Mais si tu peux lâcher un vers, ou même un morceau de vers de temps en temps, ça me permettra(it) de rebondir + facilement. Car moi je suis lancée: ces élucubrations font un délicieux contrepoids à mes austères rangements/transports/déménagement qui se prolongent..
    .

    Enfin bon, ma connexion est toujours merdique, et demain, je ne suis pas là (expédition à la campagne en famille). Je tâcherai tout de même de me connecter une fois ou deux à un ordi de rencontre.. .A suivre !

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