Au revoir parapluie – James Thierrée

1h30, c’est tellement peu, c’est trop rien, quand on est face à la beauté, la poésie, la grâce, l’inventivité et l’émotion… Vous trouvez que j’en jette beaucoup ? Il est vrai que, parfois, la demi mesure et moi, on fait trente six, quand ce n’est pas trente sept. Surtout lorsque j’éprouve une émotion ou un choc esthétique.

Soyons clair. J’ai rarement pleuré devant un spectacle vivant et Dieu sait pourtant que j’ai eu maintes occasions de m’extasier, ayant eu la chance d’avoir des parents qui aimaient la culture : ainsi, Tambours sur la digue d’Ariane Mnouchkine ou L’Hymne aux fleurs qui passent du Legend Lin Theater (vu trois fois à la Biennale de la Danse !) sont deux spectacles qui m’ont durablement marquée, visuellement. Au théâtre, je n’ai jamais versé une larme même aux vers ou passages qui me faisaient le plus vibrer lorsque je les lisais, même avec des comédiens de la trempe de Caubère, Arditi ou Sandre (ah peut-être à la fin de Célimène et le Cardinal et encore…) Même si j’aime beaucoup le théâtre, je suis, au fond – et particulièrement récemment -, souvent déçue et peu enthousiaste par les choix de mise en scène.

Les deux seules fois où j’ai pleuré comme une madeleine, c’était en fait à l’opéra, genre dans lequel je suis pourtant novice de chez novice : pour La Traviata, puis pour La Bohème. Mais ce genre de spectacle est tellement complet (costumes, décors, beauté de la musique et des voix) qu’on est soudain pris à la gorge par une émotion indescriptible qui fait naturellement jaillir les larmes. Et la troisième fois, c’est ce soir, devant Au revoir parapluie, la troisième création de James Thierrée, acrobate, chorégraphe, mime… et petit-fils de… Spectacle également complet, mêlant mime, danse, art du cirque…

James Thierrée, je n’en avais jamais entendu parler avant d’avoir vu le film Ce que mes yeux ont vu dans lequel sa brève présence muette mais habitée m’avait intriguée (évidemment, je ne vous parle pas de sa « gueule » ténébreuse et séduisante ^^). Je regrette de n’avoir pu voir ses précédentes créations tant celle-ci m’a transportée. Et quand je dis « transportée », c’est littéralement. J’ai été projetée dans un monde onirique et magique, un monde de contes d’enfance (d’ailleurs, il y avait des enfants dans la salle, aussi ravis et émerveillés que leurs parents) à la fois enchanteur et inquiétant, où un personnage (James Thierrée, sublimissime) fait face à la mort, incarnée par une femme qui fredonne un air récurrent et tente de détruire son bonheur familial en lui enlevant sa femme (du moins, c’est ce que j’ai compris.)

Un monde de cordes (symbolisant un arbre ?), dans lequel vivent les personnages, menacés par des bûcherons et parfois confrontés au dérèglement saugrenu de leur corps (incroyables danseurs capables de se désarticuler comme si c’était naturel !) : les voilà qui volent, sautent, virevoltent avec la grâce la plus folle et la légèreté la plus suave.

Un monde de musique, de magie, invisible et visible. Un monde où les farfadets se transforment en animaux.

Un monde très drôle : car l’univers de James Thierrée ne manque pas d’humour et l’on rit aux éclats devant son invention foisonnante, ses idées incroyables…

Tout est tellement beau qu’on en reste bouche bée, ému aux larmes par tant de beauté.

L’amour, le couple, la famille, le bonheur, la mort ; Orphée cherchant Eurydice, Dante désespéré par la disparition de Béatrice. L’histoire d’une vie, de la vie. C’est tout con mais qu’est-ce que c’est beau. Ce n’est jamais niais lorsque c’est romantique (le coeur de l’amoureux se met à battre jusque dans ses genoux), ce n’est jamais larmoyant lorsque c’est désespéré (ah ! cette chorégraphie crépusculaire et mélancolique avec la botte de roseaux !) et le finale, triste et gai, se déroule sous un chapiteau (hommage au cirque), dans un jeu dont la mort sort facétieusement gagnante…

Les cinq danseurs sont admirables de fluidité, de souplesse. Les costumes sont magnifiques (que d’idées !). L’éclairage superbe. La musique formidable. Que dire, que dire ? Tant de superlatifs s’entrechoquent encore dans ma tête.

Le public était debout. Quatre rappels. Deux enfants, au pied de la scène, mimaient avec entrain le combat au roseau. Formidable. Grandiose. Un spectacle somptueux que je voudrais recommander à tous, de 7 à 77 ans, parce que ce n’est ni prétentieux, ni élitiste, c’est universellement beau, étincelant, époustouflant, revigorant. Voilà ce qui me manque désormais au cinéma, cette magie primale, faite d’un rien et de tout, faite d’une tonne d’inventivité et d’astuce, cette magie artisanale à la Méliès : suggérer suffit à provoquer le rêve. On n’a pas besoin de voir les choses pour les voir. Je savais, avant même d’y aller, je savais que j’allais aimer ce genre de spectacle. J’ai été émerveillée au-delà des mots. Mr. A. en est ressorti aussi impressionné que moi.

Depuis, j’ai mon blues post événement-exceptionnel (le blues qui m’arrive quand j’ai vécu une trop forte émotion et que j’ai l’impression d’avoir eu un orgasme esthétique dont la suite ne peut être qu’une déprimante descente ^^) J’aspire à y retourner, ça va devenir une obsession, je vous préviens.

Ma nouvelle idole, c’est James (bientôt un site et un forum ! ^^)

MERCI BAZ !!!! (ma fournisseuse officielle de soirée)

Pour le plaisir des yeux :

http://a1254.m.akastream.net/7/1254/1879/3a1138a8/viewontv.download.akamai.com/1879/tv5/chut/chut_aurevoirparapluie_251007.wmv

  • Au revoir parapluie de James Thierrée
  • Vu les mercredi 23 et samedi 26 avril 2008 au Théâtre de la Ville (Paris)

8 comments / Add your comment below

  1. Woauw, la vidéo dans ton post précédent fait rêver!! Quelle poésie, quelle grâce! (pourquoi ai-je arrêté la danse à 6 ans ??)
    Je comprends complètement ton émotion et ton expression d' »orgasme esthétique » suivi de sa descente. Je vais me repasser l’extrait pour la peine tiens!

  2. Je regrette vraiment de n’avoir vu ce spectacle que maintenant (la fin de la tournée s’est fait au Théâtre de la Ville, là où le spectacle avait été créé) sinon, j’aurais FORCE tout le monde à y aller ! La beauté devrait être accessible à tous.
    Si tu cliques sur l’image de James (la deuxième), tu tomberas sur une autre vidéo, le passage exact où j’ai pleuré (la danse sur le fauteuil). Ca et le passage des roseaux, quelle poésie !
    Pour te dire, j’y pense encore !
    Je vais essayer de la mettre dans le post.
    (Moi aussi, pourquoi ai-je arrêté la danse à 4 ans ?!! Si je savais danser ainsi, je pense que je ferais tout en dansant – je marcherais dans la rue en dansant, par exemple !)

  3. bonjour !!! je ne sais pas du tout qui a ecris cet article sur James mais il est génial ! je suis tombé decu par hasard en cherchant les prochaines représentations de James … mais je ne trouve rien !! Pour info j’ai connu ce super acteur sur le tournage du film « Liberté » qui doit sortir en fin d’année : je vous le conseil parce

  4. Marine >> Je ne sais pas du tout quand seront les prochaines représentations de James… J’aimerais beaucoup revoir « Au revoir Parapluie », plus que « La Veillée des Abysses », mais j’imagine qu’il va sans doute créer un nouveau spectacle ?
    « Liberté », est-ce le film de Tony Gatlif ?
    Tu as joué dedans ?

  5. Pareil devant la Veillée des abysses. même émotion immense…   Dommage, impossible de trouver une seule place pour Raoul au théâtre de la ville ces jours-ci. Si qqn a une place en trop, je suis preneuse !

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