Le Relais s’cache

Ah non mais alors là !!! Vous m’y reprendrez à essayer d’être de bonne volonté !!!

Il est 23H40, la Star Ac s’est terminée dans les larmes devant mon chiffon à poussière indifférent et mon aspirateur dédaigneux. Il est 23H40, l’heure du ménage et je suis en train de frotti-frotter mes meubles comme une malade. Ouais, parfois j’ai des envies bizarres à des heures bizarres : faire du jogging à 23H, passer l’aspi en pleine nuit, démonter et remonter entièrement mon clic-clac (sans notice) à 4H du mat’… Mais là, faut vous dire, les copains, y’a autre chose, une grande nouvelle : demain matin, on me livre mon lit, après un an de couchage à la spartiate sur une moitié de clic-clac (car flemme comme je suis, je ne l’ouvre jamais et je dors droite comme un i dedans !) Un Dunlopillo « Lovez-Moi », tout un programme. C’est dire si je suis excitée et si je prépare ma petite chambre vide – qui a entretemps accueilli mes amis, mon « coloc » Valentin, mes pauses « ordinateur » et mes pas de danse graciles – à recevoir cet ensemble sur lequel je fantasme déjà de me rouler voluptueusement. Parce que mine de rien, ma chambre, elle est bien gentille, mais elle est toute mal foutue, avec des coins et des recoins, un sol en pente (si si !) et surtout, un entassement de merdouilles qui s’accumulent et débordent de mon unique placard penderie.

Eh ouais, je suis comme ça, moi. Depuis un an, je paie un loyer de ouf pour un deux pièces en plein coeur de Paris, dont la deuxième pièce me sert de bureau-débarras-salle-de-gym (enfin, sur ce dernier point, pas si souvent que ça, c’est pour me vanter, ça se saurait si j’étais sportive…) Autant dire que j’aurais aussi bien fait de me terrer dans un 20m² à 600€ ! Mais on est luxe ou on ne l’est pas. Bref.

Donc me v’la, dépoussiérant, aspirant, pshittpshittant gaiement. Et puis je me dis, comme ça, en entassant des sacs remplis de fringues à donner : tiens, il serait temps que je fasse un vrai tri parmi tous les vêtements que je ne mets plus, d’autant plus que je viens légèrement de craquer durant ces dernières soldes… Hop là, ce soir, je bazarde tout ça, je ne garde que la substantifique moëlle de ma garde-robe et je fais au passage une petite pauvresse heureuse (rhoooohhh, je rigole.)

Donc je fais un tri généreux. J’ai plein de truc en bon état, peu voire très peu portés, trop petits, trop larges, trop djeun’s (quoique…), trop plus à mon goût… Des t-shirt Esprit à gogo, des vestes noires (un blazer, une saharienne) qui ont été détronées par d’autres vestes plus neuves, des pantalons larges streetwear, des sweats sport à capuche, et même deux paires de chaussures, dont une trop féminine pour moi (ah ah), bref plein de trucs qui ne me plaisent plus trop et /ou ne correspondent pas / plus à mon style (ou mon tour de taille.)

Il y a bien deux ou trois trucs sur lesquels j’hésite : ah tiens ? Et si je remaigrissais (ou regrossissais) et re-rentrais dans ce pantalon ? Et si mon blazer noir finissait par me manquer ? Et si un jour j’avais envie de porter cette jupe qui a toujours pris la poussière et les acariens, vu que je mets des jupes une fois tous les cinq ans, soit pour les mariages, soit pour les enterrements (éventuellement les jours de l’an… et encore !!!) Oh et puis merde, ne mégotons pas ! Ca plaira plus à quelqu’un d’autre et je ne vais pas perdre du temps et de l’énergie à vendre ça 5€ sur ebay. Adieu jupes, t-shirts, pantalons, allez vivre une autre vie ailleurs.

Au final, au bout d’une grosse demi-heure de dégraissage fringuesque, je me retrouve avec un peu plus de place chez moi et un immense sac Printemps plein à ras bord, le genre de sac qu’on vous donne quand vous achetez une couette ou une paire d’oreillers. Au moins 4 à 5 kilos de fringues.

Reste plus qu’à porter tout ça dans un conteneur. Mais où c’est-y qu’y a des conteneurs dans mon beau quartier ? Internet, mon ami, me donne la réponse : un peu partout autour de chez moi. La classe parisienne, quoi. Le plus proche étant à 10 minutes de mon domicile à pattes, soit 20 à 30 minutes aller retour pour moi, youpi, cool, je peux pas attendre, les plantes de pieds me démangent déjà, zou, je saute dans mes chaussures et hop, me voici dans la rue.

Mon sac est lourd mais mon coeur léger, en plus il fait doux, ça me fait une petite promenade jusqu’au conteneur. Ma destination s’appelle l' »Espace Propreté ». Déjà j’aurais dû me méfier. C’est quoi un espace propreté ?

Eh bien, les copains, c’est une sorte de petite zone entourée de hauts grillages dans laquelle se trouvent plein de poubelles de tri sélectif et… mon fameux conteneur. Dix minutes de marche à traîner mon sac énormissime, comme une clodo transportant sa vie ou une serial killer les membres découpés sanguinolants de sa dernière victime… pour arriver devant un grillage fermé. Sous le pont du métro. En plein coeur de la ville. ô joie. Alors là, je dis bravo. J’avais jamais vu ça. Ou alors je connais pas bien les pratiques humanitaires. C’est vrai qu’avant, c’est maman qui se chargeait d’amener mes fringues à la Croix-Rouge, Emmaüs ou je ne sais où encore, je m’en fous, l’important, c’est que ça dégage de ma chambre.

Je veux pas avoir l’air de critiquer les bonnes âmes chrétiennement charitables qui ont mis en place ce système-ô-combien-astucieux -pour-pas-qu’on-vole-ou-casse-le-conteneur, mais quand même ! Je reconnais bien volontiers aussi que tout le monde n’a pas forcément envie de donner ses vêtements à minuit, mais quand je vois les horaires d’ouverture proposés (genre 9H30 – 17H30), je me dis qu’il faut être retraitée ou chômeuse – pas trop dans le besoin alors – pour pouvoir donner ses trucs !!!! Trop pas cool !!!!

Ainsi, après avoir essayé désespérément pendant un quart d’heure – et devant des péquins un peu surpris – de faire passer mon sac bibendum entre le mur et le grillage, puis évalué la hauteur de la grille par rapport à ma taille, ma force et le poids de mon fardeau, enfin tenté par tous les moyens et interstices de le faire passer au moins de l’autre côté, dans la zone sécurisée de cet « espace propreté », j’avoue que j’ai lâché l’affaire. Et la perspective de remonter le boulevard avec mon sac à moitié mouillé et déchiré, ayant peut-être un peu traîné dans la pisse (parce que les gens pissent à côté de l’espace propreté, les cons !) ne m’enchantait pas du tout.

J’ai donc lâchement abandonné le sac là, non sans lui avoir souhaité bonne chance – et en espérant que mes vêtements trouveraient quand même quelqu’un à couvrir, quelqu’un qui en aurait besoin, et qu’ils ne finiraient pas explosés comme un vieux colis suspect d’Al Qaida dans le cadre du plan Vigipirate.

C’est con, mais je suis quand même triste pour mes fringues (pour la plupart désirées et aimés quand même.) Je voudrais pas qu’elles attrapent froid, toutes seules, comme ça, abandonnées sur un trottoir. Je suis vraiment trop sensible.

3 comments / Add your comment below

  1. Ah Nemito, je te/me reconnais bien là!

    … Depuis des mois , j’essaie désespérément de faire de la place en vue de mon (futur) déménagement, et que je t’en remplis, des sacs! Numérotés par « ordre d’importance »: les fringues moches, usées ou cheap; puis les pas usées, pas moches mais que je ne mettrai pas (ou n’ai jamais mises); puis les bien que j’ai mises mais ne mettrai plus (quoique); puis les sublimes/ruineuses mais qui ne me font désormais plus vibrer: celles-là rempliront d’allégresse la fille qui aura la chance insigne d’en hériter, etc.

    Et que je te change les fringues de sac à tout moment: par ex au milieu de la nuit, durant mes heures d’isnomnie: après tout, pk ai-je mis la fringue A dans le sac 2, finalement, lors que la B qui est objectivement moins bien, se trouve, elle, dans le sac 1? Ne nous hâtons donc pas d’aller déposer tout cela: une ultime vérificaiton s’impose, etc. Et rebelote.

    Au bout d’un certain temps, ras le bol: soudain, croulant sous les sacs en plastique qui s’accumulent, je saisis un tas de ballots et rampe jusqu’au container le + proche, qui ne s’ouvre qu’en libérant une mince fente dans laquelle évidemment les ballots ne rentrent pas.

    Que faire? d’autant qu’autour du container de pauvres diables de SDF rôdent, plus désireux sans doute d’un bon pull tricoté genre soviétique que d’une paire de ballerines pailletées, mais bon, après tout ils pourront pt les vendre(??). Bref , j’abandonne le ballot avec tout de même un pincement au coeur…

    Evidemment, c’est le lendemain que je lis dans la presse que la ballerine pailletée sera en fait le comble de la tendance l’été prochain, ou, pire, qu’une amie me raconte que c’est en voyant sur moi le chic inoui de ces ballerines (ou jupe, ou blouse, enfin, c’est un exemple) qu’elle a compris soudain à quel point j’étais un parangon d’élégance! 🙁

    Bref amigas, c’était la minute de frivolité du jour. Moralité: la nuit tous les chats sont gris, et nous ferions bien mieux de dormir. Ou, à la rigueur, de passer l’aspirateur…

  2. Caramba Celinette: 5 fois mon message, au fur et à mesure de sa composition:!!! Que pasa? Des fausses manoeuvres, sans doute? Ou un bug? Et on dirait que ça recommence!!! ;-(

    Bref, amiguita, por favor, efface-moi tout ça et ne garde que la 5ème mouture: la dernière, et la bonne. Elle est déjà bien longue!
    😉

  3. Cuauh >> Merci pour ce fou rire, ça m’a fait du bien après cette triste soirée !!!! 🙂 Je sais pas pourquoi, mais l’image d’un pauvre sdf barbu trouvant soudain une ballerine pailletée dans la poubelle, illuminé par sa beauté tendance tel Cendrillon émerveillée devant la pantoufle de vair que lui offre sa marraine, me met au comble de la joie… A demain ! Et merci pour la carte de Bruxelles !

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