Je vais bien… / La Tourneuse de pages / La Science des rêves

On va faire rapide et sommaire, mais si vous le pouvez, allez voir les deux premiers films, silvouplé.

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Je vais bien, ne t’en fais pas

de Philippe Lioret

Film français (2005) – Avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Isabelle Renauld, Julien Boisselier – Sortie : 6 septembre 2006 – 1H40

Avouons-le : je suis allée voir Je vais bien, ne t’en fais pas un sourire narquois aux lèvres (malgré une bande-annonce réussie), m’attendant à ricaner cyniquement devant une mièvrerie dans la lignée de Mademoiselle, l’un des précédents films de Philippe Lioret qui avait, il y a quelques années, séduit la critique comme le public… sauf moi 🙂 Le titre à rallonge de ce nouveau film me semblait déjà d’une cucuterie délectable.  Pourtant, après l’avoir vu, je dois reconnaître qu’il m’a énormément touchée et émue malgré quelques invraisemblances bien pardonnables, tant, globalement, il évite avec subtilité tout pathos et ridicule.

Elle rentre à peine de vacances que ses parents, embarrassés, lui annoncent qu’il a disparu. Elle, c’est Lili et lui, c’est Loïc, son frère jumeau qui, suite à une énième dispute avec leur père, a quitté la maison, sa guitare sur l’épaule. D’abord abasourdie et révoltée, Lili s’enfonce peu à peu dans la dépression. Un jour, une carte arrive. Suivie d’une autre, le lendemain. Chaque jour, son frère lui écrit pour lui dire qu’il va bien. Lili se remet, s’accroche à ces courriers, cherche à découvrir ce qu’il est advenu de son frère. Tout en apprivoisant le chagrin de la perte et en mettant à jour les secrets de famille écrasants, elle se construira, entre deux parents maladroits mais aimants.

Il y a bien quelques moments convenus dans Je vais bien… ainsi qu’une révélation finale très décevante (car grotesquement surprenante – je la redoutais et elle est tombée *_*) qui gâche un peu la première révélation. En dépit de ce dénouement très agaçant, le film est juste et profondément humain.

En s’attachant au parcours douloureux de Lili, à la fois fragile et déterminée, Philippe Lioret double le mystère qui entoure la disparition de Loic du portrait sensible d’une jeune fille passant à l’âge adulte. Dans des rôles difficiles, tous les acteurs sont remarquables, des parents (Isabelle Renauld et Kad Merad, sobres et bouleversants) à Julien Boisselier, discret mais toujours efficace. Quant à Mélanie Laurent, ce film devrait – je l’espère – révéler son grand talent et sa grâce émouvante !

En bref : un film attachant d’une belle densité émotionnelle, qui change des superproductions américaines ou des comédies débiles françaises.

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La Tourneuse de pages

de Denis Dercourt


Film français (2005) – Avec Catherine Frot, Déborah François, Pascal Greggory – Sortie : 9 août 2006 – 1H25

A film froid, critiques un peu fraîches. C’est injuste car, sous son classicisme glacé un peu désuet, le film de Denis Dercourt cache une vraie tension et une grande violence.

Mélanie, jeune pianiste d’une dizaine d’années, souhaite ardemment entrer au Conservatoire. Lors de son audition, l’attitude désinvolte de la présidente, Mme Fouchécourt, pianiste vedette, la destabilise et la fait échouer. Mélanie arrête définitivement le piano mais n’oublie pas Mme Fouchécourt. Quelques années plus tard, elle entre au service de celle-ci en tant qu’employée de maison. Peu à peu, une relation trouble s’installe entre les deux femmes. Mme Fouchécourt, fragilisée par un accident de voiture, s’attache à cette jeune femme mutique qui lui semble toute dévouée et en fait, confiance suprême, sa tourneuse de pages. Mais de son côté, que ressent réellement la pianiste contrariée ?

Sur une trame simple mais implacable, avec une économie de moyens reposante, Denis Dercourt tisse un suspense prenant autour de ses deux personnages féminins, formidablement campés par Catherine Frot et Déborah François. La première, qui avait tendance à Catherinefrotiser un peu trop ces derniers temps en jouant la Dilettante 1, 2, 3… (notamment dans le pénible les Soeurs fâchées), montre enfin l’étendue de son talent et s’avère très émouvante dans le rôle d’une femme rongée par l’angoisse et l’amour naissant. La seconde, jolie blonde laiteuse au visage énigmatiquement fermé, joue avec une opacité troublante ce loup dans la bergerie dont on ne saura, jusqu’à la fin, ce qu’elle éprouve réellement pour sa patronne.

Voilà donc un très bon thriller psychologique à la française, modeste, original (le thème de la vengeance dans l’univers feutré de la musique classique et des concerts) et prenant, jusqu’au dénouement d’une sobre cruauté. Un jeu de chat et de souris au féminin, teinté de sensualité saphique, qui prend son temps pour nous fasciner.

J’ai beaucoup aimé et je le recommande chaudement !

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La Sciences des rêves

de Michel Gondry

Film franco-britanique (2005) – Avec Gabriel Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emma De Caunes – Sortie : 16 août 2006 – 1H45

Allez, je vais l’annoncer tout de suite, au risque de me faire huer par tous ceux qui auront aimé l’univers bricorigolo de Michel Gondry : ce film m’a fait horriblement chier. J’ai dû bâiller au moins 20 fois durant la séance (qui était EN PLUS en VF, horreur et abomination du doublage mal synchronisé !) et j’ai à peine réussi à esquisser un sourire, je ne sais même plus à quel moment.

C’est l’histoire d’un mec, plutôt charmant (Gabriel Garcia Bernal, miam et remiam), graphiste, qui arrive du Mexique pour bosser à Paris. Son originalité : il entremêle rêve et réalité, du coup, c’est un peu beaucoup le bordel dans sa tête. Il emménage à côté d’une voisine plutôt charmante (Charlotte Gainsbourg, délicieuse) dont il tombe amoureux, après avoir cru s’être épris de sa copine (l’espiègle Emma De Caunes). Comme les deux sont des originaux et qu’ils sont dans les mêmes trips de découpages / collages / bricolage, évidemment, ils vont mettre du temps (1H45) à se trouver. Et 1H45, quand il ne se passe rien et qu’on n’assiste qu’à une enfilade de petites saynettes inventives, c’est long. Très long. Super long.

Certes, Michel Gondry ne manque pas d’imagination et des idées loufoques et amusantes jalonnent son film. Mais fait-on un film avec une suite d’idées ? Fait-on un film avec un scénario aussi léger qu’un coton en forme de nuage ? Le bric à brac joyeux qu’il a concocté m’a paru totalement hermétique. J’ai eu l’impression pénible de regarder le rêve de quelqu’un d’autre ce qui, finalement, est aussi ennuyeux que d’écouter les rêves des autres, dans ce qu’ils ont d’aléatoires et personnels.

Au final, ce film que j’ai trouvé faussement poétique, artificiellement audacieux, superficiellement onirique mais bien branchouille, m’a gonflée. Je n’ai rien contre les univers décalés à la Terry Gilliam ou Spike Jonze mais là, tout est trop mécanique pour être vraiment spontané. Léger et frais ? La seule fraîcheur que j’ai sentie durant le film, c’est celle de la climatisation.

3 comments / Add your comment below

  1. Tout à fait d’accord à propos de « La Science chiante des rêves ». J’attends de voir « Je vais bien, ne t’en fais pas » pour lire ta critique à son sujet. Et pour « La Tourneuse de pages », j’ai bien aimé ce film, même s’il correspond à un certain public, admirant la subtilité, les ambiances plutôt intellectuelles, le raffinement, la sobriété, et portant tous ses espoirs sur l’intrigue d’un film… ce qui peut-être un peu angoissant à force pour qui apprécie aussi la décontraction roots, pour qui se suffit des effets d’ambiances et garde une porte ouverte aux fiesta hippies. lol. Cependant, la transgression des moeurs communes présente dans le film peut allumer les yeux de tout le monde. Hihi ! 🙂 De mon côté, j’ai vu « Fair play » film au sujet intéressant, mais à la réalisation très légère et trop démonstrative, malheureusement. Mes prochains sont sur mon MySpace. Ca se recoupe avec tes envies de sorties ciné. 🙂

  2. Hey !

    Bon, je vois que La Science des rêves ne vous a vraiment et unanimement pas plu… c’est bizarre ! En fait je voulais pas trop y aller de crainte que ce soit justement trop « branchouille », et finalement j’ai eu l’impression que le film ne se prenait pas du tout au sérieux, ce qui a beaucoup concouru au plaisir qu’il m’a procuré. A l’inverse, vous en attendiez peut-être trop ? (Je fais tout ce que je peux pour tâcher de réduire notre écart d’appréciation sur ce film que j’ai vraiment bien aimé :winkhappy:)

    Little Miss Sunshine, c’est tout autre chose, mais j’ai trouvé ça désopilant du début à la fin (j’ai tout mangé au premier degré, il faut dire, mais comme c’était pas mauvais, bon…) Toni Colette est telle qu’elle même, Greg Kinnear fantastique, et la petite puce et son aîné vraiment géniaux. Courrez-y, viiiiite !!!

  3. J’ai vu comme toi ‘je vais bien ne t’en fais pas’, j’avais le même appriori et j’ai aussi été touché. Et jen parle aussi sur mon blog. Voilà! Biz

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