Le monde de Nemo

Pixar avait enthousiasmé critique et public, il y a près de 10 ans, en présentant Toy Story, premier long métrage uniquement réalisé en images de synthèse. Poésie, humour et inventivité étaient présents, servis par une prouesse technique remarquable. Le studio nous a, par la suite, habitués à la qualité technique et l’inventivité scénaristique qui tendent à faire défaut aux récents Disney. Entretemps, des concurrents doués et inspirés ont également fait une incursion remarquée dans la même cour de jeux, avec des films réjouissants tels Shrek, l’Age de Glace ou, dans un registre différent, Final Fantasy. L’image de synthèse a conquis le cinéma, au-delà des simples effets spéciaux. On aurait le droit d’en être blasé. Néanmoins, Finding Nemo, qui vient de sortir chez nous, a été un succès sans précédent aux Etats-Unis, écrasant le record d’entrées détenu jusque là par Le Roi Lion.

Le scénario peut pourtant paraître d’une simplicité affligeante. Le début évoque Bambi, Rox et Rouky, Le Roi Lion, ou encore Tarzan. Nemo, énième (semi-)orphelin disneyien, est un petit poisson clown qui a perdu sa maman et ses 399 frères et soeurs en devenir, engloutis par un gros poisson prédateur. Son père, Marin, craintif depuis la tragédie, le couve comme une mère poule. Jusqu’à provoquer le drame : Nemo, las d’être surprotégé, s’éloigne… et est enlevé par un pêcheur. Tandis que Nemo découvre son nouvel univers, l’aquarium d’un dentiste peuplé de créatures « syphonnées du bocal », son père brave tous les dangers de l’océan pour le retrouver. En chemin, Marin rencontre un poisson bleu, Dory, adorable bavarde fofolle dont la mémoire flanchante provoquera plusieurs situations savoureuses. Et c’est parti pour plus d’une heure et demi dans les fins fonds de l’océan, univers à la fois fascinant et terrifiant. Séparément, le père (qui se transforme en héros) et le fils (qui sera fier de son papa) apprendront le courage (affronter la peur de la vie et les dangers qu’elle engendre, dont la mort), l’entraide, la confiance en autrui… jusqu’au happy end attendu.

La grande force de Finding Nemo, c’est avant tout son graphisme d’une beauté stupéfiante. Les décors dans lesquels évoluent nos héros sont bien plus impressionnants que dans les précédents films de Pixar, l’espace aquatique étant particulièrement complexe à reproduire. On notera les progrès énormes faits en matière d’images de synthèse : eau, couleur, textures (la phosphorescence des anémone, la transparence molle des méduses, la langue de la baleine), tout ici est rendu de façon tellement impressionnante que les yeux sont sans cesse émerveillés. L’entrée dans le terrain lugubre miné où se réunissent les requins ou encore l’arrivée dans le port de Sidney sont par exemple grandioses.

D’autre part, les scénaristes et animateurs ont réussi à créer un tempo qui laisse peu de répit au spectateur : les péripéties s’enchaînent, hilarantes (le sang de Dory qui excite un requin en pleine séance de désintoxication), délirantes (l’excursion dans les bas fonds noirs et cette petite lueur qui semble si amicale), fulgurantes (la traversée des mortelles méduses), à peine atténuées par des plages de relâchement (le courant est australien, parcouru par des tortues super zen tordantes). Même dans l’aquarium, Nemo est confronté à un challenge en un temps limite : échapper à Darla, la nièce du dentiste, horrible gamine (comme la plupart des gamins de Pixar) poissons-killeuse, à qui il doit être offert. Et par la même occasion, permettre à ses compagnons de cellule de retrouver leur liberté. Du coup, on ne s’ennuie pas une minute, quitte à en prendre plein les oreilles (ça crie comme chez un marchand de poissons) !

Les trouvailles en tout genre sont foison : le club des requins, le poisson terrifiant à la petite lanterne (qui existe vraiment !), le banc de poissons imitateurs, l’échappée superbe des entrailles de la baleine, les mouettes stupides… L’antropomorphisme des créatures aquatiques permet d’ailleurs au spectateur de s’attacher aux personnages, dont les différentes expressions faciales sont incroyables. Une préférence particulière pour la tortue Crush et Dory, attendrissante avec ses airs niais et sa voix française de Julia Roberts ! Car ce n’était pas gagné de rendre émouvants des poissons !!!

Mais ce qui fait réellement le charme des produits Pixar, leur petit plus, c’est leur fantaisie tendre et bon enfant qui résulte d’un savant dosage : le message toujours un peu sucré est pimenté par un humour pour les petits (deux-trois « prout » et « burp » devraient ravir les plus jeunes) marié harmonieusement à des clins d’oeil pour les plus âgés. On peut ainsi relever au passage des références à Hitchcock, à Abyss, à Jaws (Les Dents de la Mer), Mission Impossible et même à certains films de Disney (Pinocchio, Toy Story, Monstres et Cie.)

C’est cette association subtile, simple et respectueuse qui touche tous les publics : une certaine sensibilité un peu moralisatrice mêlée à la folie la plus délirante. Folie qui continue, à l’instar de 1001 Pattes et son bêtisier inoubliable, durant tout le générique de fin, jusqu’à l’éclat de rire final (ne pas partir avant la fin !!!!).

Bref… Le nouvel opus Pixar est un chef d’oeuvre. Peut-être en deça scénaristiquement du génial Monstres et Cie, mais visuellement parfait. Conte initiatique pour enfants avec une morale pour parents (Dory à Marin : « Si tu fais tout pour qu’il n’arrive rien à Nemo… il ne va rien lui arriver ! Elle va être triste sa vie ! »), Finding Nemo est, au-delà, un beau plaidoyer pour la protection de la faune et la flore aquatiques. Malheureusement, l’homme est bête et méchant : Finding Nemo a été un tel succès qu’il a fait exploser la demande de poissons pour aquarium ! Au fond des mers, les vrais Marin n’ont pas fini de chercher leurs petits Nemo…

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