Hero – Zhang Yimou

Hero est un beau film. Sans conteste. Epique et lyrique, fidèle à ce que laissait espérer sa bande annonce, alléchante malgré un commentaire un peu grandiloquent (« jusqu’au serez-vous prêt aller… pour devenir… un héros ? »). Les costumes, les paysages, les couleurs, les visages, les chorégraphies des combats, la musique, les bruitages, tout est superbe. Esthétiquement, Hero est une véritable réussite. Chaque plan est composé comme une photographie.

Mais voilà… fait-on un film avec des photographies ? Non.

Il semble que, dans la veine des In the mood for love (de Wong Kar Wai) et Dolls (de Kitano Takeshi), le cinéma asiatique se complaît de plus en plus dans un esthétisme outrancier à la limite du ridicule. Ah ! ces voiles verts qui frissonnent dans la brise, au son des coups d’épée ! Ah, ces filtres rouges, bleus, blancs, verts, qui donnent à chaque interprétation de l’histoire sa tonalité dominante ! Certes, éclairer chaque point de vue par une couleur différente est une idée forte. D’autant plus que ce postulat de départ (un récit raconté de divers points de vue) était attrayant. Mais qu’apporte-t-elle au film, qui demeure lent, long et ennuyeux ? Les dialogues, au contraire des combats très (trop ?) aériens, sont lourds (chaque personnage met trois heures à dire deux mots, cela sans doute pour accroître un suspense quasi-inexistant), dénués d’intérêt et pire, exempts de toute émotion, dans les moments même où il faudrait vibrer et frémir. La faute au jeu peu inspiré des acteurs : Zhang Ziyi en fait trop dans les grimaces de souffrance intériorisées, alors que Jet Li, Tony Leung et Maggie Cheung la jouent tout en impassibilité figée.

L’accumulation de ralentis sur fond de pétales flamboyants, dans le vent des montagnes, sur l’eau irrisée d’un lac, alourdit considérablement le rythme de l’histoire et décrédibilise l’action. Ainsi, la mort des deux amants prête même à sourire, tant elle est exagérée (gros plans fixes sur les visages en pleurs, ou en train d’agoniser.) Mais le pire reste la morale ambiguë et contestable : il est héroïque de sacrifier quelques personnes pour qu’un peuple entier vive uni (même sous le joug d’un tyran qui a tué plein de gens pour construire un empire unifié).

Heureusement pour le pauvre spectateur, terrassé depuis les premières minutes par un ennui tout aussi grandiloquent, quelques scènes magistrales sauvent le film d’un ridicule achevé. On retiendra particulièrement ces images de milliers de flèches s’abattant, une première fois, sur une école de calligraphie, tandis que ses occupants continuent d’écrire (la culture, plus forte que la violence) ; une seconde fois, sur un héros de marbre, sûr du choix qu’il a fait.

Au final, Hero est un film bancal, boursouflé, dont les qualités (beauté visuelle un peu exagérée) renforcent les défauts (vacuité du scénario). Un beau gâchis de paysages, de combats et de talents… Dommage.

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