Dédales – René Manzor

Claude (Sylvie Testud) est schizophrène et a tué 27 personnes. Ses multiples personnalités trouvent leur origine dans la mythologie grecque et, plus précisément, dans le mythe du Minotaure, monstre à corps d’homme et tête de taureau, enfermé par Minos dans le labyrinthe créé par Dédale. Ainsi, Thésée, Ariane, Dédale ou encore Minotaure s’affrontent en elle de façon spectaculaire et mystérieuse. Qui est réellement Claude ? Le petit garçon terrorisé ? La jeune femme agressive ? Et qu’est-ce qui la pousse à tuer ?

L’inspecteur Matthias (Frédéric Diefenthal) et le Dr. Brennac (Lambert Wilson), tentent de mettre à jour le terrible secret de Claude… Mais qui s’enfonce dans un labyrinthe prend le risque de s’y perdre…

Oubliez les critiques fraîches et un peu injustes (à l’instar de celles ayant accueilli l’honnête Un Jeu d’Enfants de Laurent Tuel, il y a deux ans) que vous avez pu lire sur ce film. Pour une fois qu’un réalisateur français s’attaque au film de genre (thriller psychologique) avec efficacité et sans ridicule, il faut savoir en profiter !

Les esprits chagrins pourront reprocher des références à la mythologie un peu pesantes (le cas pathologique est presque trop beau pour être vrai) – mais les références de Seven aux sept péchés capitaux ne l’étaient pas moins – et quelques effets visuels de trop (notamment les flash de l’inspecteur Matthias – qui prennent cependant toute leur signification à la fin)… De même, les amateurs de courses poursuites effrénées, de violence extrême et d’action pétaradante en seront pour leur frais. Mais pour les autres, quelle agréable et bonne surprise !

Le scénario, retors et complexe, tient la route de bout en bout (en tout cas à la première vision) et est allégé par des pointes d’humour bienvenues. La réflexion sur la personnalité (monologue d’introduction et conclusion) est très intéressante et l’histoire de Claude bouleversante. Etonnant d’ailleurs que le film ne soit interdit qu’aux moins de 12 ans car, bien qu’il soit exempt de scènes de violence explicites, les idées qu’il contient peuvent heurter.

La réalisation, habile (le flash-back mettant les deux *enquêtes* en parallèle, les transitions par les dés ou les photos des victimes) est servie par une image granuleuse et un rien anxiogène, notamment dans les scènes sombres, sous la pluie, ou dans les catacombes… Cette atmosphère oppressante est savamment entretenue par la musique et la bande-son (chuchotements schizophréniques, bruitages divers et variés).

La réussite de Dédales ne tient cependant pas uniquement à l’ingéniosité du scénario et l’inventivité de la mise en scène : les acteurs y contribuent également, et ô combien ! Ils sont tous épatants : Michel Duchaussoy, impeccable, comme à son habitude (quand il ne joue pas dans une vieille saga d’été à la télé), Frédéric Diefenthal, méconnaissable et très crédible dans un rôle d’inspecteur tourmenté et rongé par ses visions, Lambert Wilson, en grande forme et grande classe et enfin, Sylvie Testud, impressionnante, au-delà de tout / tous ! Sa performance mérite à elle seule le déplacement et le prix de la place tant elle peut, en un regard, une intonation, un mouvement, incarner divers personnages. Elle est un film à elle seule : dure ou douce, victime ou violente, toujours imprévisible, elle est sans cesse saisissante de justesse et finesse.

Si le film tient la longueur, c’est grâce à tout cela, un subtil dosage entre violence, suspense et enquête psychologique. Le thème de la schizophrénie n’est pas nouveau et la cause du traumatisme non plus, toutefois la belle conviction du réalisateur et des acteurs permettent à cette production ambitieuse de tirer haut son épingle du jeu, jusqu’à un dénouement stupéfiant.

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