Vieux poèmes

Tous ces petits poèmes, très imparfaits, ont été écrits, ou plutôt jetés sur le papier, entre 1999 et 2001, période d’intense dépression durant laquelle je dévorais Baudelaire, Poe et autres auteurs du 19e, comme vous pourrez le remarquer ^-^ Je n’ai pas respecté les règles classiques de versification, pour la simple et mauvaise raison que je les connaissais mal – et que je m’en fichais un peu O_o

Songe ou réalité ?
Mensonge ou vérité ?
Qu’importe en fin de compte ?
Ce que je me raconte
Me prouve que je vis,
Que j’existe et je suis !

WHO COULD TELL ME

Who could tell me where I go,
To what strange land my feet lead me ?
Who could tell me, who could know
Why I should be here happy ?
I need a reason to know why
I have to wake up everyday
In this world where there is no light,
Where all that’s left to do is pray.
Each hour tastes like misery,
I just have nothing to dream of ;
I need no one, no one needs me
And I shall die without love.
I feel I am as cold as stone :
A face, a body… Nothing else.
I feel I have no heart at all
And I am to find peace in death.

HEART & SOUL

O my Heart and O my Soul,
Why do you silently howl ?
What are you waiting in vain
That causes you such a pain ?
Have you met some stranger’s eyes
In which the world’s beauty lies ?
Have you been touched by the grace
Of a pale mysterious face ?
Without him there is no peace,
Yet he cares not, I know this
And while I feel this love wave,
He’s slowly digging my grave.

L’AMANTE

Quand j’aurai, mon Aimé, de mes mains, infligé
A ton cœur dédaigneux la cruelle blessure
De la folle passion et l’amour négligés,
Tu comprendras alors ce qu’aujourd’hui j’endure.

Les nuits froides pour moi brûlent comme l’Enfer,
Je ne raisonne plus, mon corps a de la fièvre :
Je suis empoisonnée ! Mais ce poison amer
Je m’en délecte et j’y porte encore les lèvres.

Bois ô mon cher amant, malgré toi Lucifer,
Qui me ronges le cœur, comme le fruit, un ver,
A la coupe dorée de mon fatal amour !

Nos lèvres s’y joindront en un serment, enfin,
Ton cœur froid comme tombe embrassera le mien
Et je te quitterai, t’oubliant pour toujours.

NUIT

Maîtresse du Poète, Amie du Romantique,
Reine au front ténébreux qu’une lueur éclaire –
La lunaire pâleur -, au jour je te préfère,
Toi qui as sur ma vie une emprise mystique !

Les vulgaires te croient trop froide ou dangereuse
Car sous ton règne obscur, tout peut se déchaîner :
Les crimes et complots, les passions débauchées
Qui leur font redouter ta beauté mystérieuse.

Mais nous qui possédons un esprit tourmenté,
Lorsque sur le couchant glisse ton manteau sombre,
Nous sentons s’éveiller et crépiter dans l’ombre
Notre flamme secrète soudain décuplée.

Et ta clarté blafarde enfièvre nos âmes –
Troublante intensité au grand jour condamnée !
Nous ressentons la vie comme le premier né,
Et vivons ardemment nos passions et nos drames.

Je t’aime et te respecte, ô sensuelle Amie,
Qui m’as réconfortée depuis ma tendre enfance,
Qui as prêté l’oreille à tant de confidences…
Ma rassurante sœur, ma protectrice Nuit.

LE CHAT

Ô Chat, bel animal sauvage et solitaire !
Toi qui daignes sur moi poser ton regard vert,
Que j’aime ta froideur, ton attitude fière
Et ton parfum subtil exhalant le mystère !

On ne peut aisément tenter de te séduire
Et je crains ne jamais pouvoir y parvenir :
Quand je veux t’approcher, tu ne sais que t’enfuir
Et ton visage fin s’éclaire d’un sourire.

Mais parfois, certain soir, sur mon cœur, tu t’endors,
Me faisant oublier que tu griffes, tu mords ;
Car tu sais mieux que moi, hypocrite animal,

Gagner les amitiés ! Et je veille, attendrie,
Sur ton corps mince et doux contre moi assoupi,
Sachant qu’indifférent, tu fuiras au jour pâle.

LE CHAT

Ta fourrure soyeuse abrite-t-elle un cœur,
Diabolique animal à la changeante humeur ?
Libre et indépendant, tu n’as ni Dieu ni maître ;
A nulle loi humaine on ne peut te soumettre.

Tu exerces sur moi un pouvoir magnétique
Lorsque, semblable au Sphinx, tu trônes, hiératique.
J’aime ta compagnie discrète et silencieuse
Et j’admire de loin ta silhouette gracieuse.

Quand j’effleure des doigts ton dos rond et gracile,
Tu ronronnes… Soudain ! Cruel, tu te défiles,
Car tu ne donnes pas ainsi ton affection.

C’est ce que j’aime en toi, mon Chat mystérieux,
Dont l’altière élégance fascine et émeut.
Toi que j’aime à jamais d’une sourde passion !

LES LIMBES

J’ai hâte de laisser ma carcasse putride
Se vider et pourrir dans une caisse en bois,
Au fond d’un cimetière aux vieux tombeaux humides
Où nul n’ira jamais se recueillir pour moi.

Mon esprit libéré de ce corps indécent
Aura volé, déjà, vers un plus doux ailleurs
Et, tandis que la terre boira tout mon sang,
Je ne souffrirai plus des tourments de mon cœur.

Je le veux découvrir ce pays sans couleur,
Où plus rien n’a de goût, où plus rien n’a d’odeur,
Où chaque bruit s’est tu… Où rien n’a d’importance…

Car tu ne m’aimes pas. Et demeurer sur Terre,
C’est endurer sans fin l’insupportable enfer
De tes sourires froids et ton indifférence.

PARTIR !

Oh rêver ! Partir ! Enfin être libre
Et sentir toute mon âme qui vibre
A une musique, à un doux parfum,
M’enivrer encor, toujours et sans fin !

Quitter ce chemin, en prendre un nouveau,
N’importe lequel, tant qu’il est plus beau !
Frémir de passions, désirs et envies,
Connaître l’Amour, renaître à la Vie !

Cesser d’étouffer ce qui en moi gronde,
Partir à l’assaut de ce vaste monde,
Savourer le jour, déguster la nuit
Et fuir à jamais ce mortel Ennui !

À BAUDELAIRE

« Le dandysme est le dernier éclat d’héroïsme dans les décadences »

Je suis, oui, je l’avoue, l’un de ces caractères :
Fier et indépendant, distant et solitaire ;
J’aime que l’on m’admire ou que l’on me haïsse
Mais ne quémande pas une amitié factice.

Je suis, oui, je l’avoue, ce qu’on nomme un Dandy :
Je me fous des ragots, je me fous des on-dit ;
Mon cœur, comme le vôtre, abrite des souffrances,
Mais je sais mieux que vous les cacher en silence :

Je sais encor sourire au profond désespoir,
Garder haute la tête dans les moments noirs.
Je fuis le quotidien et l’horrible banal,

Oui ! je suis orgueilleux et je hais le trivial !
Comme j’ai brûlé seul, je veux m’éteindre seul
Et avoir l’Infini pour unique linceul.

MAMAN

Son regard clair abrite un immense ciel bleu
Troublé de temps en temps par de sombres nuages ;
Son âme est un pré vierge où quelquefois il pleut,
Et dont la pureté se lit sur son visage.

Elle est tout à mes yeux : la Classe, la Beauté,
L’Elégance modeste et la Fierté rebelle,
L’Intelligence vraie, la Générosité…
Elle est ce que je veux être : elle est mon modèle.

Elle reste pour moi la Princesse et la Reine,
La merveilleuse Fée et la tendre Marraine
Qui doucement se penche au-dessus du berceau.

Elle est celle qui rend tout ce que je fais beau.
Son rire léger vole comme une mésange
Et chante dans sa voix la musique des anges.

A *.*.

Mon âme est un pays obscur et désolé,
Ravagé par la pluie, le tonnerre et le vent
Et il ne reste, hélas ! plus rien de vivant
Dans ce sombre décor, sinistre et isolé.

Soufflé par la tempête, emporté par l’orage,
Mon cœur déjà flétri est traîné dans la boue
Et bien qu’il résiste envers et contre tout,
Sans un bruit, il se noie, il sombre, il fait naufrage.

Cet ouragan, c’est vous, vous qui l’avez fait naître !
Vous qui, sans le savoir, avez fait de mon être
Votre otage, et jeté sur ma vie un long voile

Dont les bords frémissants se soulèvent parfois,
Quand vous me souriez, rendant, comme autrefois,
A mon ciel si noir ses brillantes étoiles.

UN PARFUM

Dédié à Serge Lutens

J’aime un parfum subtil qui me fait voyager,
Bien au-delà des mers, bien au-dessus du ciel,
Un parfum délicat, doré comme le miel,
Qui m’emporte avec lui vers un sol étranger.

Il m’emporte avec lui au pays envoûtant
Des mille et une nuits, où l’air de Marrakech,
Tout chargé de senteurs enivrantes et fraîches,
Me conte le passé des plus riches Sultans ;

Car dans la Médina, un homme souriant,
Secret et ténébreux, charmant et que j’admire,
Distille avec amour les légendes d’Orient.

Mais le parfum, hélas ! s’évapore et expire !
Je quitte le Maroc, et le ciel et la mer,
Pour revenir ici, rêveuse et Douce-Amère.

AMITIÉ

Pour Magali

Heureux ceux qui ont eu la chance de trouver
Ici-bas un ami, fidèle et généreux,
– Un seul ami suffit ! -, car ceux-là sont sauvés :
Ils ne seront plus seuls, perdus et miséreux.

Moi, j’ai trouvé la main qui a séché mes larmes,
La voix qui m’a parlé en égale et en sœur,
Celle auprès de qui j’ai pu déposer les armes,
Et à qui j’ai confié le verrou de mon cœur.

En elle j’ai confiance et en elle je crois ;
Notre complicité, d’année en année, croît.
Oui ! nous sommes liées à la vie à la mort !

Et à mon dernier jour, je n’aurai ni remords
Ni peine de partir. Car j’aurai dans les yeux
L’image inaltérée de Magali Joyeux

TERRIENNE

J’ai en moi de sombres forêts,
De vertes vallées et des lacs,
De hauts pins aux branches qui claquent,
Quand le vent, soudain, les effraie.

J’ai en moi des prairies en fleurs,
Des ravins aux rudes parois,
Le son du cor au fond des bois,
Et l’appel du cerf qui a peur.

J’ai en moi des gorges profondes
Où mon esprit parfois se perd ;
Car étant né sur cette Terre,
Mon cœur bat au rythme du monde.

L’Amour passe et je demeure.

SERMENT

Ô misérable Vie, qu’as-tu donc fait de moi ?
Vois, je suis ton esclave et je tremble d’effroi
A l’idée de devoir un jour quitter ces chaînes
Qui font notre souffrance et peine quotidiennes.

Je croyais être libre et je rampe à tes pieds,
Je voulais être digne et je suis humiliée.
Insupportable Vie, je t’aime et je t’abhorre,
Laisse-moi ! Laisse-moi ! Je te hais ! Je t’adore !

Tu es superbement monstrueuse et cruelle,
Ecœurante, changeante, injuste, mais si belle !
Comment à ton éclat préférer la douceur
De la Mort, ta constante et apaisante sœur ?

C’est Elle, je le sais, qui m’appelle le soir,
Mais Elle est plus discrète et n’a pas ton pouvoir.
Pourtant sa séduction, déjà, m’attire à Elle
Et j’apprends peu à peu à t’être moins fidèle.

Je suis lâche et minable – ah ! je le sais sans peine -,
Mais je jure aujourd’hui que notre infâme hymen,
Je saurai le briser, quand viendra enfin l’heure
Pour moi d’avoir le droit d’accéder au bonheur.

SOLITUDE

J’ai eu pour seule amie l’amère Solitude.
Elle vint me trouver dans mes années d’études,
Emprisonna mon cœur derrière ses barreaux
Et devint ma maîtresse, et devint mon bourreau.

Comme un antique marbre, elle était froide et belle.
Je compris qu’à jamais je lui serais fidèle.
Oui, elle était l’amie, romantique et racée,
Que l’on aime au jeune âge, en public, embrasser ;

Les jeunes gens, souvent, me trouvaient asocial,
Mais j’avais au contraire un charisme spécial
Au yeux féminins. Elle était leur rivale,
Mais pas une en ce temps ne devint son égale.

Or il advint qu’un jour, je trahis sa confiance
En m’éprenant d’une autre, et ce fut sans méfiance
Que je l’abandonnai pour suivre ma compagne.
Cette vie me parut bientôt pareille au bagne.

J’étais mélancolique et ne pouvais chasser
Le triste souvenir de mes amours passées.
Enfin, un beau matin, je délaissai ma femme
Espérant retrouver ma première dame.

Hélas, j’avais vieilli ; Elle me fut cruelle,
Mais il était trop tard : j’étais enfin à elle !
Car pour notre malheur, quels que soient nos parcours,
Rien ne fait oublier notre premier amour.

L’APPEL DE SATAN

Regarde-toi ramper, misérable Mortel,
Humble aux pieds de ton Dieu. Ne comprends-tu donc pas
Que l’on t’a mystifié ? Et lorsque tu L’appelles,
Penses-tu qu’Il t’entend, Lui qui n’est jamais là ?

Tu auras beau prier, rien ne te sauvera ;
Tu auras beau souffrir, tu ne seras jamais
Complètement absout. Alors n’hésite pas !
Viens à moi maintenant et je te donnerai

La Gloire, le Plaisir, l’Argent ou la Luxure.
Tout ce que tu voudras t’est déjà accordé
Car je ne connais pas le sens du mot « parjure ».
Chez moi, tu seras libre et tu pourras céder

A chaque tentation. Je suis le souverain
D’un royaume de joie ; tout le reste est mensonge
Et ma prétendue fange est mon précieux écrin.
Je suis ton seul ami : si tu plonges, je plonge !

Dieu m’a chassé un jour pour m’être rebellé.
Mortel, fais comme moi ! Il méprise ton être
En te rendant pareil à un bœuf attelé
A des principes vains, craignant le fouet du maître.

Je suis le condamné, le banni et l’exclu,
Celui dont nulle part, personne n’a voulu ;
Je suis l’Ange déchu, Belzébuth ou Satan,
Le seul, en vérité, qui t’aime et qui t’attends.

LA VOIX DE DIEU

Hélas, que dois-Je craindre, Homme de peu de foi ?
Céderas-tu si vite à la perfide voix
Qui t’a promis, Je sais, mille monts et merveilles ?
Le rêve sera doux, mais plus dur le réveil !

Satan t’offre un plaisir à portée de la main,
Mais une fois brûlé, quel sera ton demain ?
Homme que J’ai créé, résiste à cet appel
Et renonce à aimer cet archange rebelle.

Je suis plus exigeant ; tu peux le regretter,
Mais Moi, ce que Je t’offre, il le faut mériter.
Peut-être qu’il rendra plus facile ta vie,
Mais je te promets mieux, bien mieux : le Paradis.

Oui, tu devras prier, oui, tu devras souffrir,
Alors tu comprendras, à l’heure de mourir,
Que Je t’aime vraiment. Et tu pénétreras
Aux Pays de la paix éternelle, béat.

Mais si tu me renies, créature fragile,
Faite d’un peu de vent, de poussière et d’argile,
Tu finiras brûlé dans les feux de l’Enfer
Et tes cris se joindront à ceux de Lucifer.

Je ne t’appelle pas. Sois libre de choisir
L’infinie damnation et l’immédiat plaisir
Ou la paix éternelle et la vie que tu as.
Moi, Je ne t’attends pas : je sais que tu viendras.