Parodies poétiques

Ayant découvert que j’aimais plus rimailler sous la contrainte que par pur esprit poétique, j’ai un jour délaissé le pastiche baudelairien pour m’adonner pleinement à la parodie au sein de deux yahoo! group où les gens étaient tous plus doués et inventifs les uns que les autres : eklektika et cirquezavatars. Le temps et l’inspiration me manquent aujourd’hui pour continuer activement, mais j’aime toujours autant les lire ! Voici donc mes maigres contributions, agrémentées de deux trois parodies qui n’ont rien à voir avec ces groupes.

L’INVITATION A LA FÊTE

Détournement de « L’invitation au voyage » de Baudelaire – Invitation à ma soirée post-BAC (28 Juin 1997)

Mes frères, mes soeurs,
Songez au bonheur
D’aller chez moi festoyer !
Danser à loisir,
Chanter et puis rire
Avant de nous séparer !
Juste après le bac
Et avant la fac
Ce serait vraiment sympa
De passer ensemble
Un’ soirée démente
Histoir’ qu’on ne s’oublie pas.

Là, tout n’est qu’activité,
Danse, rire et amitié.

Oasis, coca,
Bonbons et pizzas,
Tout sera prévu pour vous ;
Les plus jolis slows,
Les plus beaux morceaux
Amuseront les plus fous.
Mais ceux qui préfèrent
Discuter par terre
Seront aussi acceptés !
Tout est étudié
Pour que vous passiez
Une agréable soirée.

Là, tout n’est qu’activité,
Danse, rire et amitié.

En bref, pour finir
(Dois-je vous le dire ?)
J’espère que vous viendrez ;
Il vous suffira
De rester sympa
Et vous allez rencontrer
Mes nombreux amis :
Ceux que j’apprécie ;
Et peut-être que ce soir,
Plutôt qu’un adieu,
Ce ne sera que
Pour nous un simple au revoir.

Là, tout n’est qu’activité,
Danse, rire et amitié.

LITTLE MONTY ON MONDAYS

Comptine pour les 23 ans de Montserrat (1998)

Little Monty does hate Mondays :
They’re horrid days, that’s what she says,
Because it means we go to school
And it’s really, really awful.
It may even be worse today
Because today is her birthday ;
She doesn’t want to get older,
She’d like to stay young forever.
However today may be grand :
She’ll get many gifts and presents,
She’ll eat many cakes and candies,
And who knows, maybe some oldies
Could somehow by chance cross her way
On that so very special day ?
That’s all I wish for you, Monty !
May that day be nice and happy !
Don’t be sad, you’re not too wrinkled,
There’s time before you get crumpled,
I can’t be by your side today,
But…
I’ll be thinking of you all day,
And without wanting to be gross,
I wish you a Feliz Cumpleaños !

WELCOME TO SCIENCES (PI)PO

J’ai détesté mes années à l’IEP de Lyon, j’en ai fait un petit poème (2001)

O Ye who enter here, beware !
For thou hast reached the strangest shore
Of our world : Vanity Fair
Is all thou shall find. Nothing more !
Forget your dreams at the entrance *,
Leave every hope before the door :
Thou will not have there any chance
To get richer ; the poor stay poor
As they were before entering.
Welcome to Hell my dear fellow !
And just wait for the bell to ring :
Then at last you will quit the show.

LETTRE À DIDIER SANDRE

(2002, à la suite de la représentation de Bérénice de Racine, m.e.s. Lambert Wilson, au Théâtre des Célestins à Lyon)

Veuillez me pardonner, Monsieur, je vous en prie,
D’épancher dans ces mots un pauvre cœur flétri,
Un coeur bien malheureux d’avoir été victime
Du talent d’un acteur séduisant et sublime.

Car oui ! cher Monsieur Sandre, il y a fort longtemps
Que je suis charmée par votre jeu envoûtant :
Dans quelque téléfilm ou dans quelque Rohmer,
Je me noie, fascinée, dans vos yeux outre-mer ;

Depuis plusieurs années, chaque fois je vous vois
Et crois toujours vous voir pour la première fois.
Je ne pouvais alors manquer ce rendez-vous,
La chance inespérée de vous voir enfin, vous

Que j’admire et respecte ! Ô joie enchanteresse
De voir le grand Titus porter votre noblesse !
Sur scène je ne vis que vous, je n’entendis
Que vous. – Instant divin. – J’étais au Paradis.

POINT DE VUE DE LA PLACE LIBRE

Exercice de style sur Exercices de Style de Queneau, doublé d’un hommage à Baudelaire (2002)

J’étais tranquille et cool dans cet autocar S
(Complet mais plutôt coi, comme à son habitude)
Ayant sur mon coussin deux bien jolies fesses,
Quand un pédant péquin vint troubler ma quiétude.

Ce long-cou voyageur, comme il est gauche et veule !
Son galurin tressé, qu’il est comique et laid !
Il s’agite, s’aigrit et voilà qu’il engueule
Un passager pataud qui, selon lui, aurait

Ecrabouillé ses pieds. Ce couillon peu couillu
Vint ensuite, ô malheur ! s’a »fesser » sur ma tête
Depuis peu libérée. Quel odieux malotru !

Quelques heures plus tard, un malicieux poète,
Témoin de l’incident, sortit un calepin
Et j’eusse aimé savoir… bin… ce qu’il en advint !

LA GIRAFE ET LE HÉRISSON

Contrainte : rimes avec les mots voiture – girafe – barrière – gorge – supplice – hérisson – cercueil (2002)

Par un joli matin, Madame la Girafe,
Sortant pour le marché, marcha sur un impur
Etron qui reposait tout près de sa voiture.
 » Diable, marmonna-t-elle, en voilà une gaffe ! »

Elle avisa soudain, par-delà la barrière,
Son voisin s’en allant travailler à la forge.
 » Monsieur le Hérisson ! (Aïe, foutus maux de gorge !)
Pourriez-vous s’il vous plaît répondre à ma prière ?

Vos utiles piquants pourraient mieux que des feuilles
Ô ter de mes sabots cet odorant supplice. »
Le hérisson, piqué, piqua Dame Caprices

Qui termina direct au fond d’un grand cercueil.
Car il ne faut jamais traiter en paillasson
Un plus petit que soi ! – dixit le hérisson.

MADRIGAL

Contrainte : rimes avec les mots ornythorinque – diaphragme – toluène – cannabis – dodécaèdre – biorythme – arachnide (2002)

Depuis que j’ai croisé, ô très charmante miss,
Votre triste regard de bel ornythorinque,
C’est comme si j’avais usé du cannabis
Ou bu toute une nuit, affalé sur un zinc.

Je suis tout enivré par le doux toluène
Qui parfume vos pas. Et vous, chère impavide,
Vous tissez, innocente, un piège d’arachnide
Attisant mon désir et augmentant ma peine.

La régularité d’un pur dédocaèdre
N’égale point ton corps, fort comme un jeune cèdre
Dont je veux découvrir le mystérieux biorythme.

Je t’aime ô inconnue et mon pauvre diaphragme
Part à l’assaut de toi tel un peureux syntagme
Ayant peur de ton cœur et son inconnu rythme.

LE VIEUX SOLDAT

Contrainte : utiliser les mêmes rimes que le poème « La Beauté » de Baudelaire (2002)

Le temps n’efface rien, mon cœur n’est pas de pierre
Et toujours je revois ces tranchées, cette tour,
Ces jeunes compagnons, partis avec amour,
Défendre une Patrie qui n’a pas de matière.

Affreuse solitude ! – Oubliés, incompris,
A l’âge où l’on est pur et aussi blanc qu’un cygne,
Nous nous retrouvions en première ligne ! –
Obsédants cauchemars ! – Plus jamais je ne ris.

On reproche souvent mon amère attitude
Puisqu’on offre aux martyrs de pompeux monuments
Et que l’on parle d’eux dans certaines études.

J’ai perdu la gaieté des insouciants amants,
Perdu même le goût des choses les plus belles,
Hanté à tout jamais de douleurs éternelles.

LA BOHÈME DU VOYANT

Contrainte : utiliser les mêmes rimes que le poème « La Beauté » de Baudelaire (2002)

Je m’en allais, les mains dans mes poches de pierre,
Mon paletot aussi devenait une tour ;
J’allais sous le ciel, Muse ! et j’étais ton amour,
Oh ! là ! là ! que d’amour ! splendide matière !

Une unique culotte, ah ! j’étais incompris.
– Petit Poucet rêveur, j’égrenais comme un cygne
Des rimes. Mon auberge était à la grand’ ligne
– Mes étoiles au ciel me chuchotaient : « Ris, ris ! »

Et je les écoutais, avec noble attitude,
Ces bons soirs de septembre où les grands monuments
Me mettent sur le front l’air grave des études ;

Et, rimant au milieu des ombres des amants,
Comme des lyres, je tirais les trois plus belles
Sous mes souliers blessés, pour des joies éternelles.

Charlur de Baudelimbaud
Mix avec le poème « Ma bohème » de Rimbaud

LE MÉRINOS

Contrainte : parodie de « L’albatros » de Baudelaire (2002)

Souvent pour s’amuser, les hommes d’équipage
Prennent des mérinos, mignons moutons des terres,
Qui mâchent, indolents compagnons de voyage,
Leurs longs poils doux glissant entre leurs maxillaires.

A peine les ont-ils déposé sur les planches,
Que ces rois des pâtur’, maladroits et honteux,
Laissent piteusement leur belle toison blanche
Comme du vieux coton traîner à côté d’eux.

Ce voyageur bouclé, comme il est gauche et veule !
Lui naguère si chou, qu’il est comique et laid !
L’un le frise et le crêpe avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en riant, l’infirme qui bêlait.

Le barbu est semblable au prince des vallées
Qui hante prés et champs et se rit du berger ;
Exilé au restau au milieu des pelés,
A son menton, ses poils l’empêchent de manger.

LE TÉTANOS

Contrainte : parodie de « L’albatros » de Baudelaire (2002)

Souvent pour s’amuser, les hommes d’équipage
Chopent le tétanos, quand ils s’en vont en mer,
Et sourient, amusants compagnons de voyage,
Tous les jours de l’année même s’ils sont amers.

A peine se sont-ils installés sur les planches,
Que ces rois des mâtur’, maladroits et honteux,
Laissent piteusement de grandes trainées blanches
Couler sur leur menton, coincé et douloureux.

Ce voyageur bloqué, comme il est gauche et veule !
Lui naguère si gai, qu’il est comique et laid !
L’un agace son bec avec un brûle-gueule,
L’autre mime, en bavant, l’infirme qui parlait.

Le poëte est semblable au princ’ des condamnés
Qui hante l’hôpital et se rit d’l’infirmier ;
Exilé sur le sol au sein des vaccinés,
Son esprit maladif aux autres fait pitié.

– –

Limerick du Major Dom :

Céline chez l’antiquaire
Je me doutais que ces lits n’aillaient
Pas convenir à Céline Allais :
Leur vieille odeur de tombe
Dans les pommes la tombe,
Vite il lui faut un sel inhaler !

Ma réponse :

LE DOM FÉROCE

Souvent pour s’amuser, les hommes des e-groups
Prennent un Dom féroce, être au ton fort caustique
Qui se prend pour le chef très méchant de la troupe
Répondant ci et là d’un style sarcastique.

A peine les nouveaux montent-ils sur les planches,
Que ce roi d’l’écriture, à l’humour belliqueux,
Use de mots tranchants comme des armes blanches
Pour remettre à sa place un pauvre cul-terreux.

Ce scribouilleur aigri, ne se sent-il point seul ?
Lui qui semble si dur, n’est-il pas tendre au fond ?
L’un peut être effrayé par ses grands coups de gueule,
L’autre saura sourire à ses mots de ronchon.

Le poëte est semblable au prince des râleurs
Qui hante Eklektika et se rit des remarques ;
Exilé sur le Net, au milieu des rimeurs,
Il aime à se donner de grands airs de monarque.

(2002)

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Contrainte : utiliser les rimes que le poème « Tristesse » de Musset (2003)

Vous voulez changer votre vie
Et retrouver votre gaieté ?
Voir votre linge avec fierté ?
Alors utilisez Génie !

C’est la lessive en vérité
Que l’on aime avoir pour amie
Car une fois qu’on l’a sentie,
On n’est plus jamais dégoûté.

Couleur, douceur sont éternelles
Quand vous lessivez avec elle.
Nous n’avons rien ignoré

Pour qu’aux désirs elle réponde ;
Les autres lessives du monde
De ne pas être elle ont pleuré.