Desh

Il est un peu tard pour en parler puisque le spectacle a quitté Paris début janvier, néanmoins, comme ce fut mon dernier de l’année 2012 et mon premier de la saison 2012-2013, j’ai envie d’en garder trace. Encore une fois, merci Baz ! 🙂

Je suis peu objective lorsqu’il s’agit de parler d’Akram Khan. Tout ce que j’ai vu de lui m’a plu et Desh ne déroge pas à la règle. Après l’avoir découvert grâce à Baz en 2008 avec Bahok et suivi avec In-I, Gnosis et Vertical Road, j’étais plus qu’impatiente de découvrir cette pièce solo – sa première. Choix judicieux pour un sujet a priori personnel, voire intime.

Car avec Desh, Akram Khan, élevé (tiraillé) entre deux cultures (indienne et anglaise) mais ayant toujours vécu à Londres, rend un double hommage émouvant à ses origines bangladaises et à son père.

Seul en scène, Akram Khan habite totalement l’espace. Parce qu’il n’est pas seulement un formidable danseur, capable de mixer avec énergie et fluidité des styles de danse différents (on ressent les aspects kathak, qu’il pratique en virtuose), mais aussi un ingénieux metteur en scène. Par différentes astuces toujours inventives, il suggère la figure paternelle – longtemps incomprise et conflictuelle -, le bouillonnement d’une ville pleine de bruit et de fureur dans un pays qu’il découvre comme un choc, la clameur d’une manifestation historique qu’il n’a vécue que par procuration… Grâce à des jeux de lumières très travaillés, à des projections animées d’une beauté sidérante, il nous transporte entre rêve et réalité, tradition et modernité, contes et souvenirs… Et puis surtout, il y a son corps. Le corps d’Akram. Magnifique passeur d’histoires à lui tout seul. Habité, possédé par la danse, traversé par une énergie folle, à la fois brusque et aérien, tombant, sautant, courant, roulant-boulant…

Tout cela pourrait paraître un peu boursouflé, car les séquences s’enchaînent sans répit, sans linéarité. La globalité du spectacle reste très lisible mais y perd peut-être en force. Parfois, ce serait peut-être même un peu bavard (mais après tout, il y est aussi question de langues, de transmission, de communication… – Desh pourrait former un dyptique avec Bahok, d’ailleurs). On pourrait aussi reprocher à Akram Khan de savoir trop plaire. Car il a un talent certain pour créer une imagerie agréable, aidé en cela par des musiques (très rythmiques ou atmosphériques) toujours judicieusement choisies, qui soulignent et amplifient facilement l’émotion. On pourrait dire tout cela, oui, parce que les spectacles d’Akram Khan ont toujours quelque chose d’un peu « populaires », « grand public ».

Et alors ? C’est justement cette générosité, servie par une danse inspirée qui dépasse le simplement populaire pour toucher à l’universel. Et emporte tout. Notamment mon adhésion ! 😉

 

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