Adoption

Mon père nous a envoyé cet article ce week-end (voir ici aussi, sur le même sujet), à mon frère et moi, en nous demandant si nous nous reconnaissions dans les propos tenus par ces « Coréens adoptés ».

Eh bien je suis très contente de pouvoir répondre, comme mon cher frère (mais moins violemment que lui) : non.

Bien sûr, comme pour la majorité d’entre eux, s’est un jour posée chez moi la question de l’identité. Mais finalement, je crois que cette question m’était plus imposée par les autres, à divers degrés – le regard insistant qui sera toujours jeté sur les gens un tant soit peu « différents », les « braves gens » me demandant : « Tu n’envisages pas de retourner un jour en Corée ? », « Tu n’as jamais voulu retrouver tes parents biologiques ? » blah blah blah… jusqu’à d’autres remarques issues de la bêtise ordinaire plus que du racisme me renvoyant sans cesse à mon faciès asiatique, etc. -, qu’elle ne me traumatisait réellement.

Avoir été abandonné(e) reste un fait fondamental de notre histoire, mais qu’il faut savoir dépasser pour aller de l’avant et construire sa vie. Pour ma part, une psychothérapie et l’envie profonde d’en finir avec mes petites questions existentielles nombriliques, m’y ont beaucoup aidée. Même si je n’en ai jamais vraiment douté, je peux affirmer haut et fort aujourd’hui que l’adoption a pour moi été une chance. Celle d’être éduquée, entourée, encouragée. Et bien sûr, aimée. Ma vie a commencé à neuf mois, et les neuf premiers mois précédents passés en Corée ne me posent pas/plus problème. Je suis née de mes parents français ; c’est leurs valeurs, leurs goûts, leurs pensées, leur culture, leur amour qui ont façonné ma personnalité. Dans mon coeur et mon esprit, je ne suis que française. La seule chose qui me relie à mon pays d’origine, c’est mes traits physiques, que j’oublie bien souvent avant qu’on ne me les rappelle.

Je n’ai pour la Corée qu’un intérêt mineur, détaché, dépassionné. Il ne s’agit pas d’un rejet puisque j’envisage d’y aller, un jour, peut-être avec mes propres enfants, s’ils le désirent ? Et puis j’éprouve une sympathie naturelle pour nombre d’Asiatiques (« authentiques » ou « adoptés ») qui ont croisé ma route, comme pour des petits cousins éloignés mystérieusement retrouvés. Mais je ne ressens aucune nostalgie spécifique pour ce pays lointain. Participer à un rassemblement d’adoptés me donnerait l’impression d’un repli communautaire – même si l’association s’en défend – autour d’une différence, quelle horreur.

Je ne juge pas ceux qui se sentent écartelés, voire déracinés, et entreprennent des recherches sur leurs parents biologiques. Tout dépend sans doute de l’âge auquel on a été adopté, de la famille dans laquelle on est tombé. On a tous besoin de savoir d’où l’on vient. Moi, je n’ai aucune envie de savoir qui m’a mise au monde. A quoi cela m’avancerait ? Bien sûr, je saurais peut-être à qui je ressemble, tout ça. Mais ce n’est pas si important. Les blancs de mon histoire ont été comblés par l’amour.

A l’heure où je porte mon premier enfant, avec une sérénité et un apaisement que je n’ai jamais connus, je suis fière de pouvoir dire que oui, on peut être adopté ET épanoui, tout comme je serai fière de la famille que nous formerons avec mes parents et mon compagnon « caucasiens », mon frère coréen et mon fils eurasien.

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