Swan, Le Tour du monde en 80 jours, Panorama

Brève revue de ce que nous avons vu ces deux dernières semaines… Pas le temps d’en dire beaucoup plus, la vie est tellement chronophage. Bisous. 🙂

Swan

Expérience singulière que celle à laquelle m’a conviée Merry il y a deux semaines : Swan, de Luc Petton, courte pièce pour six danseuses et une dizaine de cygnes, noirs et blancs. Je ne connaissais pas du tout, même si j’avais remarqué l’image du spectacle sur le site de Chaillot, intrigante, attirante. Merry, de son côté, avait vu une captation de la Confidence des oiseaux, selon lui magnifique. L’idée de mêler danseurs et oiseaux sur scène me paraissait, au-delà de la prouesse du dressage, pour le moins poétique – les cygnes évoquant tout à la fois la mythologie grecque (d’ailleurs, deux des cygnes apprivoisés s’appellent Castor et Pollux) et de la danse (le Lac des Cygnes). Autant de références et de défis qui me plaisaient a priori.

Swan est, dans l’ensemble, un assez beau spectacle. Surtout la première partie avec les cygnes noirs, graphique, mystérieuse, parfois même gracieuse (l’introduction est saisissante). Une invitation au dialogue entre l’homme et l’animal, touchante et troublante, entre terre, eau et air.

Mais j’ai tout de même été un peu frustrée par la liberté accordée aux volatiles (ou subie ? peut-on totalement dresser un cygne ?), qui donne à l’ensemble un léger aspect très souvent « sur le fil ». Si les animaux ont visiblement appris à se mouvoir au milieu des jeunes femmes, à les suivre, voire répondre à leurs sollicitations (non sans être sans cesse appâtés par de la nourriture), c’est surtout ces dernières qui semblent s’adapter à eux et adoptent – très bien, d’ailleurs – les attitudes et mouvements corporels de ces beaux oiseaux. Ce mimétisme est non seulement fascinant mais aussi, étrangement sensuel. Du coup, sur terre, à côté de la beauté de la gestuelle humaine « animalisée », les cygnes, parfois un peu égarés ou distraits, font penser à l’albatros de Baudelaire… Leur présence m’a paru un peu « gadget », mais peut-être attendais-je trop de cette expérience de « communication » ?

Le Tour du monde en 80 jours

Dans un tout autre registre… Remarquée sur le site billetreduc depuis quelques années, avec ses 2000 critiques enthousiastes, voilà une pièce sympathique mais qui ne casse pas trois pattes à un éléphant. Nous avons profité de la venue de Nath’, une amie du Cher & Tendre, pour aller la voir, sur ma suggestion. Si nous avons globalement passé un agréable moment, sans ennui et avec quelques éclats de rire, je ne crierais quand même pas au génie.

Dans le même genre, c’est-à-dire quatre acteurs polyvalents et multi-tâches jouant tous les rôles, Les 39 Marches mis en scène par Eric Métayer est mille fois plus fou, drôle et enlevé (je vous le recommande caniculairement). La troupe du Tour du monde en 80 jours ne démérite pourtant pas. Dynamiques, les comédiens s’amusent visiblement (mention spéciale à l’unique comédienne, Coralie Coscas, excellente) mais c’est surtout le texte qui pêche par sa faiblesse. Même s’il est sans doute vu et revu en fonction de l’actualité, l’humour joue souvent trop sur les seuls anachronismes et les références « people » pour être réellement percutant. Les gags paraissent du coup faciles et servent difficilement une mise en scène minimaliste – quoiqu’inventive – tournant autour d’un décor unique. On rigole avec indulgence parce que c’est vendredi soir et qu’on est un peu fatigué, mais quand même, pour 20 €, j’ai vu mieux (et plus confortable : la salle est très raide et très chaude)…

  • Le Tour du monde en 80 jours de Sébastien Azzopardi et Sacha Danino d’après Jules Verne
  • Vu le vendredi 8 juin au Café de la Gare (Paris)

Panorama

Enfin, une bonne surprise et découverte : Panorama de Philippe Découflé. Philippe Découflé, je connais très mal, uniquement de renommée, comme tout le monde, et parce qu’il avait mis en scène les JO d’Hiver d’Albertville dans les années 90. Je ne garde qu’un souvenir vague et confus de cette cérémonie d’ouverture qui avait fait sensation, des images désordonnées à base d’échasses, d’élastiques, de costumes colorés bizarres, que je confonds peut-être avec d’autres, de Jean-Paul Goude ? Baz m’avait proposé, il y a un ou deux ans, une invitation pour Octopus, que j’avais dû décliner, pour une raison oubliée depuis. Mais j’avais eu envie d’y aller, ça oui. Donc séance de rattrapage cette année, avec cette rétrospective, bon moyen d’avoir un aperçu de son travail et son évolution, en compagnie d’un « groupe-de-dix », pour bénéficier du tarif réduit : Al., bien sûr, mais aussi Mimine, Nang, Montse, Eric, Rhea, Agathe et une amie d’Amélie (une amie d’Al.) fort sympathique : Persona et sa fillette Inès, d’une dizaine/douzaine d’années. Un groupe hétéroclite, pas forcément spécialiste de danse contemporaine mais curieux.

Les « extraits » choisis par Philippe Découflé pour composer son Panorama sont immédiatement accessibles, « faciles », séduisants sans aucun doute pour les « béotiens » (hihihi). Les deux premières chorégraphies, très 80’s dans les costumes et la gestuelle paraissent aujourd’hui kitsch, mais la suite présente de nombreuses « piécettes » à la fois inventives, drôles et très visuelles, qui peuvent ravir tous les âges. Parmi ce qui m’a particulièrement plu, je retiendrai surtout les moments « aquatiques » : un solo d’une danseuse qui ressemble à une plongeuse (comme nous étions assez loin, je n’ai pas très bien distingué le costume, mais l’éclairage faisait penser à une piscine ou un fond marin), une chorégraphie rigolote d’espèces de nudibranches… mais aussi les passages avec les élastiques, ludiques. Et celui inspiré des jeux vidéos, très drôle. Enfin, les jeux d’ombres chinoises sont très beaux – la petite histoire à base de jeux de mains n’est pas mal non plus, bien que le narrateur principal en fasse un chouïa trop.

On ressort du spectacle assez ravi. Le tout est peut-être un peu trop « fourre-tout », mais globalement, pour quelqu’un qui, comme moi, ne connaît rien de Philippe Découflé, je pense que c’est une jolie invitation à découvrir son univers burlesque et fantaisiste où, un peu comme chez Pina Bausch (pour le principe, pas dans la forme), comme le faisait remarquer Al., le théâtre s’invite de plus en plus au fil du temps, au milieu de la danse. J’ai très envie, maintenant, de voir une pièce entière de lui, dans la longueur. Ce sera pour plus tard…

  • Panorama, de Philippe Découflé
  • Vu le mercredi 20 juin à La Villette (Paris)

Ces deux dernières semaines, nous avons empilé les sorties comme des Lego, je reparlerai très prochainement du Festival Taparole à Montreuil de dimanche dernier et du Cirque des Mirages, vu à cette occasion, et revu hier soir, dans un nouveau spectacle, à Saint-Maur… Mardi, ce sera Savion Glover au Théâtre de la Ville. Encore une pièce à Paris Quartier d’Eté et le concert de Coco Rosie auquel m’invite Marius et il sera temps de faire le « bilan de Bilou 2011-2012 » avant d’entrer dans une nouvelle période de ma/notre vie.

Ah oui. Détour ciné ultra rapide. Pour ceux qui aiment leur univers tendrement loufoque, élégamment farfelu, délicatement mélancolique, bref, d’une subtilité que d’aucuns jugent plate mais qui nous, nous fait rire, n’hésitez pas à aller voir Adieu Berthe (ou l’enterrement de mémé) des frères Podalydès. Je suis une inconditionnelle admiratrice des deux, Bruno et Denis, de cet humour poétique lunaire qui les caractérise et nous avons passé un très bon moment. J’aime que d’autres les aiment.

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