Frankenstein Junior

Ah que voilà un spectacle réjouissant ! Dans la petite salle pleine de charme (un peu poussiéreux) du Théâtre Dejazet se joue actuellement une comédie musicale qui devrait convaincre les plus rétifs au genre.

Ici, pas de Dove Attia, Kamel Ouali ou Pascal Obispo, pas de bluette sirupeuse ni de chansons dégoulinantes. Non, bienvenue dans un « musical » à l’anglo-saxonne, avec comédiens sachant chanter, danser et… jouer, le tout avec une précision, une diction et un sens du timing impressionnants.

Cette adaptation en français, apparemment très fidèle (j’écoute en boucle la version américaine depuis), de la comédie musicale de Mel Brooks de 2007, elle-même tirée de son film de 1974, parodie-hommage aux films d’horreur des années 30 (ouf), pourrait souffrir d’un manque de moyens flagrant. Aux Etats-Unis, il paraît que ce fut l’un des spectacles les plus chers de Broadway. Ici, les premières minutes laissent craindre le pire : la scène a l’air bien exiguë pour accueillir une population vindicative, un château, un laboratoire, un monstre… La bande son pré-enregistrée de qualité moyenne a un petit côté kitsch et ne rend pas hommage à l’orchestration des chansons originales… et les problèmes de micro n’aident pas à prendre confiance… ! Ca commence donc moyennement. Et puis…

… entre en scène Frederick Frankensteiniiiiine ! Petit-fils du docteur créé par Mary Shelley, jeune scientifique bien décidé à rompre avec la tradition familiale qui consiste à créer des monstres. Appelé en Roumanie pour régler la succession de son défunt grand-père, le voici embarqué dans une aventure complètement farfelue, sans queue ni tête (quoique…), avec son fidèle serviteur Igor, la gouvernante Frau Blücher et une assistante peu farouche, Inga. Ce savant naïf est incarné par l’élégant et excellent Vincent Heden. C’est peu dire qu’il porte la majeure partie du spectacle sur ses épaules. Il est quasiment toujours en scène, limite un exploit quand on sait que la durée avoisine les trois heures ! Impeccable en jeune savant naïvement dépassé par les événements, il domine une troupe qui n’est pas en reste question talent.

Car tous les comédiens sont absolument épatants (mention spéciale à Alexandre Faitrouni qui campe un Igor très amusant et attachant) et jouent leurs rôles avec un professionnalisme qu’on n’espérait pas forcément dans ce genre de production, dont on a peu l’habitude en France. Les voix sont belles et servent des mélodies efficaces, les numéros dansés très synchros : un vrai plaisir ! Entre gags potaches et chorégraphies de music-hall bien menées (dont un numéro de claquettes sur « Puttin’ on the Ritz »), nous sommes rapidement, grâce à leur énergie et l’inventivité de la mise en scène, des décors en carton pâte (très chouettes), des lumières, complètement transportés dans l’univers loufoque de Mel Brooks.

Malgré quelques petits défauts – notamment un problème de sonorisation qui empêche de tout bien comprendre, ce qui est dommage, une traduction des blagues qui tombe parfois un peu à plat et une petite baisse de régime dans la deuxième partie -, Frankenstein Junior est un spectacle de qualité, plein de panache, que je vous encourage caniculairement à aller encourager ! (Places à 10 € sur billetreduc !)

Personnellement, j’y ai retrouvé un peu de tout ce que j’aime : la folie du Rocky Horror Picture Show, l’exubérance de Créatures (d’Alexandre Bonstein), la créativité cartoonesque des 39 Marches (mis en scène par Eric Métayer), l’expressionnisme des films de monstres de l’époque, et même le grotesque du Cirque des Mirages !…

Bref. Il ne me reste donc plus qu’à découvrir l’oeuvre originale de Mel Brooks ! 😉

  • Frankenstein Junior de Mel Brooks, mise en scène Ned Grujic
  • Vu le mercredi 25 janvier 2012 au Théâtre Dejazet (Paris)

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