Raoul

Est-ce parce que j’ai frôlé la cata, ce soir, au Théâtre de la Ville, que j’ai savouré mon Raoul avec plus de plaisir qu’il y a deux ans ?

Comme convenu – ou comme je croyais que c’était convenu, depuis un échange de mails datant de… juin (oui, on s’y prend tôt avec Baz, pour faire ma sélection d’invitations annuelles, hi hi), je me pointe un peu avant 20h au TDV, bizarrement légèrement plus en avance que d’habitude, avec un je-ne-sais-quel-pressentiment qui m’avait déjà effleurée lorsque j’avais convié Merry à m’accompagner. Ca faisait trop longtemps que cette date était retenue dans mon agenda, la confirmation était floue, on en avait rapidement reparlé avec Baz la semaine dernière, mais elle ne se souvenait plus du jour exact, bref… quelque chose me disait que ça pouvait merdouiller quelque part mais, avec son accident qui la tient éloignée du théâtre depuis des mois, je me suis dit que j’allais être reloue à lui demander de revérifier que j’étais bien dans les happy few du 29. Donc je me pointe au guichet invitations, tout sourire, auprès de la sympathique dame qui commence à bien me remettre, depuis le temps que je viens chez eux à l’oeil. Sourire en retour, bonsoir – bonsoir, j’ai deux places à mon nom. Non. Comment ça, non ? Bin, pourtant, on est bien le 29 ? Oui oui. Bin merdalors. Sueurs froides, vertigo, je compose compulsivement le numéro de Baz. Répondeur. Gloups. Et Merry qui est en route, rentrant guillerettement sur Paris exprès pour le spectacle, depuis le temps que je lui parle de James. A 20h15, j’ai épuisé tous les moyens possibles de joindre Baz, téléphone, mail, mur Facebook, message privé Facebook. Je n’ai plus qu’à attendre ou me pendre. En désespoir de cause, je retourne vers le guichet, penaude, tout en cherchant un moyen de trouver au moins une place pour Merry. Un sourire bienveillant de la sympathique dame me donne le courage d’articuler deux mots : « Je suis désolée, elle est sur répondeur. J’ai pourtant retrouvé les mails où elle me dit que c’est ok pour le 29 décembre… » Yeux de Chat Potté (ça marche assez bien, en général, chez moi). Je déteste, je hais quémander. D’ailleurs je ne quémande rien, je constate que voilà, y’a une nouille dans le fromage. Finalement, j’ai tort de m’exciter toute seule dans mon cerveau, la sympathique dame sort deux invitations, allez c’est bon, je sais qui vous êtes, on va s’arranger, rappelez-moi votre nom, làààà tout va bien, vous êtes deux, voilà vos deux places, rang F, roulez jeunesse.

Merry arrive, trop d’émotion, je mange un cookie (c’est mauvais pour ma ligne mais tant pis), tiens, j’t’en ai apporté un aussi, c’est une tuerie (les Millie’s Cookies) et pis j’veux pas grossir toute seule. Rang F (comme il y a deux ans, décidément !), un peu plus sur la droite mais pas trop, ça va. Ouuuuuf. Je peux me détendre, on y est.

Bon, ma vie c’est bien, mais alors, et ce spectacle ?

Bah, mon avis n’a pas trop changé, bien que j’aie pris plus de plaisir à le redécouvrir que la première fois. Je n’étais plus stressée pour un groupe d’amis éparpillés, genre est-ce qu’ils sont bien placés, est-ce qu’ils vont trouver que c’est chiant ou naze, après tout, c’est vrai, quand on saoule les autres avec ses passions, on finit souvent par les en dégoûter… non, je me suis laissée aller et j’ai tout admiré avec des yeux comme neufs.

Raoul. Une espèce de mélange de « Je est un autre » (ou l’autre c’est moi) / « De l’autre côté du miroir » / « Le Horla » (oui parce que bon, il est un peu schizo, ce brave Raoul). La performance physique de l’abominablement beau James Thierrée est, une fois de plus, époustouflante, d’autant plus qu’il est seul, ou presque, en scène durant 1h40. Mime, acrobaties, danse, contorsions, magie et même violon : toute sa palette de talents y passe. On retrouve le bestiaire étrange et poétique habituel de la famille Thierrée. Tout est millimétré, d’une synchronisation – avec la musique, les lumières – parfaite. Presque trop. A force de performance, on perd un peu en émotion et la poésie (Raoul se découvrant dans un miroir, par exemple) se teinte parfois de longueurs (le cheval, le gorille, c’est bien fait, mais c’est longuet)… C’est souvent beau, oui, toujours impressionnant, mais rien n’est vraiment nouveau, il y a de nombreuses redites avec les spectacles précédents. Et seul pour occuper la scène, notre brave Raoul tourne parfois un peu en rond. James atteindrait-il les limites de son univers ? Ouh ouh, suspense ! Vivement le prochain spectacle pour lever le doute ! 😉

Quoiqu’il en soit, je fais ma fine bouche, je dis du mal (un peu) alors que foncièrement, c’est quand même bien (très) (pour la énième fois, je le répète et le martèle : emmenez-y les enfants, surtout, ça les fera rire et rêver, s’émerveiller, forcément). Moi, j’attends un peu plus pour la prochaine création, je suis exigeante, je sais. Comme dit le proverbe : « Qui aime bien châtie bien ». Et Dieu sait que j’aime Thierrée.

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