« Ane Brun de plus en plus Ane Brun » (Hermine)

Ane Brun © 2011 nemo

Bon, cet article aurait dû être écrit depuis belle lurette puisque le concert d’Ane Brun au Trianon a eu lieu le 15 octobre dernier, mais je n’ai vraiment, VRAIMENT pas eu le temps ni l’énergie de le faire avant. Aujourd’hui, c’est un peu tard certes, mais j’ai tellement aimé que ça me ferait mal de ne pas en parler, surtout que, sur ce blob, je n’ai plus d’archives concernant Ane (faudra que je les retrouve, d’ailleurs). De toute façon, vu qu’elle n’avait qu’une date, c’est pas grave : vous lirez ce post pour son prochain passage. Voilà. (Et désolée pour les photos floues de mon smartphone).

Ane Brun est entrée dans nos oreilles et nos vies, à Hermine et moi, il y a tout juste deux ans, par la grâce de Benjamin, un vieux (enfin, pas si vieux en âge) copain lyonnais qui a monté avec un autre Benjamin son label de musique et qui la distribue en France.

Nous l’entendîmes pour la première fois en septembre 2009 à l’Institut Suédois à Paris. C’était gratuit (le bon vieux temps où nous avions encore des privilèges, ma bonne dame) et Benj’ nous avait vendu (pardon, offert) la soirée en nous promettant une espèce de cocktail VIP Krisprolls ensuite. Comment résister à l’appel d’Ingmar ? Nous avions donc débarqué dans ce lieu inconnu et charmant, en plein Marais, et découvert avec ravissement trois jeunes chanteuses « norvégio » (pour Ane) – suédoises (pour Rebekka Karijord et Jennie Abrahamson) talentueuses, aux timbres cristallins. Les deux dernières, après la première partie assurée par Rebekka, avaient accompagné l’héroïne du soir, elle-même à la guitare, au piano ou à la harpe, et toutes trois avaient enchanté nos oreilles de leurs harmonies célestes.

Cette découverte originale classa directement Ane parmi mes artistes musicaux préférés.

Depuis, Hermine et moi avons fait tous ses concerts parisiens. D’abord par goût réel pour cette pop-folk douce et lumineuse, parfois teintée de mélancolie heureuse (si si) ; ensuite par une certaine conception de la fidélité et de l’amitié. Car oui, nous suivons de plus ou moins loin le parcours de Benj’ et si nous pouvons participer à faire découvrir ses poulains que nous aimons aussi, nous le faisons. (Bon, il arrive mon CD gratuit ? ;-))

Donc en l’espace de quelques mois, nous nous sommes complètement anebrunisées : en plus des albums, hop, un deuxième concert au Café de la Danse (où j’ai fait inviter Merry de DMDM, l’émission où on l’invite désormais toujours et où elle ne peut jamais venir), un peu dans la même configuration que le premier, en forcément moins intimiste, mais toujours avec ses choristes presque a capella. Et un troisième, encore au Café de la Danse, cette fois avec un « band » un peu plus étoffé et, notamment, l’ajout d’un batteur. Ce dernier concert m’avait, je dois dire, un peu déçue. Peut-être l’avais-je vue trop souvent ces derniers temps, je n’avais pas eu le temps de la « re-désirer », si je puis m’exprimer ainsi. Mais surtout, avec la batterie, pour moi, les chansons d’Ane se banalisaient et gagnaient en relief moelleux ce qu’elles perdaient en délicatesse mystérieuse. Donc ce petit côté « pop commune », sans cette singularité – car ses mélodies sont originale et pas si « faciles » d’accès, je trouve (il n’y a pas vraiment de morceau qui ressort et dont on se dit : « Waaah le tube ! ») – qui m’évoquait des fées des neiges un peu magiques, m’avait moins enthousiasmée.

Je savais qu’elle repasserait en octobre au Trianon. Avais-je envie de la revoir si tôt ? Quatre concerts en deux ans, ça me paraissait beaucoup quand même et Hermine était tout aussi perplexe que moi. Sans compter qu’en deux ans, les prix avaient quasiment doublé. Je sais, l’argument est trivial, mais valable quand même.

Quelques jours avant, j’écoute l’album sur Deezer et le mets en playlist sur mon smarphone. Je n’écoute que ça pendant deux semaines. Franchement, j’aime bien. Voire beaucoup. Quelques morceaux se détachent particulièrement pour moi : « Worship », répétitif et scotchant, une espèce de rengaine à suspense lorsque survient enfin le changement de mélodie, un peu comme une surprise, « What’s happening with you and him », à la fois triste et plein d’espérance, « Undertow » avec ce piano entêtant, « Words », une chanson parfaite à écouter dans une belle lumière de début du jour, quand il fait froid, pour s’en envelopper… Bon, c’est un ressenti, mais les mélodies d’Ane font naître énormément de sensations chez moi, d’associations d’idées liées à la lumière, au blanc, à la neige, à un fantasme de Scandinavie, tiens, probablement.

Donc je kiffe l’album. Mais bon, sur scène, ça risque de donner quoi, toute cette douceur, cette lenteur… Est-ce que ça ne risque pas d’énerver un peu à la longue ? Et puis le single « Do you remember », le titre un peu « dansant », je l’aime moyen. C’est « dansant-propret ». Donc, je ne suis guère convaincue par la nécessité de me fader une quatrième fois Ane et ses girls, malgré toute l’affection que j’ai pour elles.

Et puis, la semaine précédent le concert, je déjeune avec Benj’. On parle vite fait d’Ane, il me dit que Merry va peut-être venir (finalement non), que, si j’ai pas acheté l’album d’Ane, je peux quand même venir à son concert et que « 27,50 € pour 1h40 de bonheur, c’est pas cher payé ». C’est fou comme on arrive à me faire faire plein de trucs par la culpabilité :-)…

Donc je cède et entraîne Hermine dans l’histoire. Allez, notre concert annuel ! On achète nos places. J’en gagne une supplémentaire que personne ne veut (bande de veaux !), du coup je paie quand même ma place. On va au Trianon – très joli endroit soit dit en passant. Et là.

LE CHOC !

En entrant, Hermine, qui n’a ni la langue ni les yeux dans sa poche, avait remarqué qu’il y avait beaucoup de percussions sur scène, notamment DEUX batteries. Eh bien ça a tout changé. Alors qu’une seule batterie affadissait, selon moi, un peu les compositions d’Ane Brun, deux batteries ont cette fois-ci, au contraire, apporté une profondeur supplémentaire à toutes les chansons qui, sur l’album, me paraissaient très jolies mais aussi très sages. J’ai redécouvert chaque morceau (car elle a chanté tout l’album, plus quelques anciennes chansons et deux ou trois bonus) avec de grandes oreilles émerveillées. Ane, sur scène, semblait en plus heureuse, épanouie, resplendissante. Dansant avec aisance, parlant avec une pudeur non dénuée de chaleur, jouant aussi bien de la guitare que du piano (et que dire de Jennie Abrahamson que, décidément, j’adore, dont la voix étonnante se marie magnifiquement avec celle d’Ane et qui, en plus, est multi-instrumentiste !)… Quel plaisir de la voir s’amuser sur scène, tout en maîtrisant une voix assez extraordinaire en live. Elle m’a littéralement subjuguée sur « Do you remember », limite j’avais envie de me lever et faire des ketclas ! Tout le concert a été un grand moment de partage et de bonne ambiance (moins respectueusement guindée que lors des précédents concerts). « Ane Brun devient Ane Brun » m’a dit Hermine, elle aussi enthousiaste, et quelque part, c’est vrai. Suivre Ane depuis deux ans, c’est voir s’accomplir, au fil du temps, une très belle artiste, à l’univers cohérent, mais capable de se renouveler, d’étonner. Encore un peu confidentielle aujourd’hui, elle va sûrement prendre du poids dans les années à venir (non non, pas au sens littéral, hi hi) – je parle pour la France, car ailleurs, ça semble bien parti.

Du coup, ce quatrième concert d’Ane Brun me fait attendre le cinquième avec impatience. Complètement accro, j’écoute sans arrêt l’album It all starts with one. Vivement qu’elle revienne ! Mais d’ici là, je pense que je prendrai mon mal en patience avec la venue de Jennie ! Jette kul!

  • Vu le samedi 15 octobre 2011 au Trianon (Paris)

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