Festivals d’été

Le Cirque des Mirages et moi

L’été est déjà bien entamé et je n’ai pas eu une minute pour relater mon joyeux mois de juillet au Festival d’Avignon, puis avec Paris Quartier d’Eté. Alors que bon, que de chouettes choses j’ai vues et entendues !

*
Le Festival d’Avignon. Je n’y avais jamais mis les pieds jusqu’à cette année. Non par désintérêt, mais parce que juillet, depuis mes 20 ans, a toujours été, par tradition, dévolu aux stages ou au travail.

Cette année, mon Cher & Tendre qui, outre ma vie, partage mon goût pour le spectacle vivant, m’a proposé d’y aller : « Je l’ai déjà fait 3 ou 4 fois, c’est vraiment supercalifragilisticexpialidocious, faut le faire au moins une fois dans sa vie ! » J’avoue : ma première réaction a été de faire une petite moue dédaigneuse – comme chaque fois qu’on me propose quelque chose de nouveau que je n’ai pas choisi ou décidé moi-même. Quoâââ ? Aller traîner en Avignon avec des djeun’s têtes-à-claques qui font art du spectacle et du camping ? Quoâââ ? Aller se mêler à des milliers de moutons alors qu’à Paris, on a déjà tout ce qui se fait de mieux ? En plus, Al. voulait surtout faire du off. Mouais. Des spectacles de fin d’année montés par des intermittents du spectacle de seconde zone ?! Bof, quoi.

Oui, je suis snob et je vous merde.*

Mais bon, bien que snob, je suis aussi curieuse. Et après tout, le Festival d’Avignon, je n’avais encore jamais expérimenté, donc pourquoi pas. A priori, ce qui me branchait, c’était surtout le in, les trucs intello-prestigieux, où on parle de mort, de merde, tout ça. Pas des one man shows gentils ou des comédies grasses genre Ma Femme est une merguez ou Panique au placard. J’ai déjà pas beaucoup de temps dans l’année pour voir tout ce que je voudrais voir, alors si c’est pour voir ce que j’ai pas envie de voir…

Le problème du in, c’est que c’est relativement cher. Finalement, mon choix s’est porté sur Cesena d’Anna Teresa de Keersmaeker, vendu comme un truc sublime au lever du soleil (début du spectacle à 4h30, fallait vraiment être con comme moi pour se laisser pipeauter par toute la critique pré-enthousiaste) et pour le reste, je me suis dit qu’on trouverait forcément des trucs pas forcément nuls dans le off. En plus, Merry m’avait encouragée à y aller. C’est vrai que j’ai souvent des a priori, en tout cas quand l’impulsion ne vient pas de moi, mais c’est aussi ce qui m’amuse car, quand je suis agréablement surprise, logiquement, je suis plus qu’agréablement surprise !

Donc. Avignon, il faut le dire, c’est super. Contrairement à Al., ce n’est pas l’ambiance générale, de la rue, qui m’a spécialement plu. Bon, oui, y’a du monde, plein, c’est vivant, c’est sympa, ok. Mais pas fondamentalement plus sympa que les bars ou restaus parisiens où y’a du jeune. C’est peut-être le climat ensoleillé, l’étroitesse des rues piétonnes, les animations de rue, le changement de localité qui donnent ce sentiment d’ailleurs et de fête heureuse, mais ça ne m’a pas plus marquée que ça, sans doute parce que les bars branchouilles et les discussions sur le trottoir avec n’importe qui, c’est déjà pas trop mon trip à l’origine. Non, moi, ce qui m’a plu (en plus de la chambre chez l’habitant que j’avais dénichée, super et – bien sûr, du fait que j’étais en congé), ce qui m’a enivrée, c’est le choix absolument phénoménal de spectacles que l’on peut voir dans une si petite ville. Plus de mille compagnies dans le off, c’est tout de même extraordinaire. Il y en a vraiment pour tous les goûts donc il faut prendre le temps de trier le bon grain de l’ivraie : j’ai dû feuilleter le catalogue complet page par page au moins dix fois en deux jours et demi pour sélectionner nos spectacles avec, à chaque relecture, la même excitation puérile à remarquer quelque chose qui m’avait échappé précédemment. Genre, oh pu***, on a failli passer à côté d’un truc bien ! Bon, au final, on est quand même sûrement passé à côté de plein de trucs bien !

En deux jours et demi, nous avons vu cinq spectacles, allant du très mauvais à l’exceptionnel. Dans l’ordre chronologique et rapidement, parce que j’ai plus la force de tout commenter en détails :

  • Roméo et Juliette, la version interdite par la Cie L’Enfant Bleue : une comédie (un peu musicale) complètement déjantée basée sur la pièce de, enfin, inutile que je précise, avec un Roméo narcissique et une Juliette désaxée – et les autres personnages tout aussi folledingues. C’est pas toujours très fin, ni toujours de très bon goût, mais l’énergie des comédiens est assez réjouissante et on passe un bon moment amusant.
  • Le Cirque des Mirages : j’avais choisi un peu par hasard parce que la photo très « Dracula expressionniste » m’avait accrochée. « Toi, dès qu’il y a des vampires, ça te plaît » m’a dit Al. On ne s’attendait pas du tout à un cabaret chansons, d’ailleurs, en arrivant devant la salle, Al. s’est étonné : « T’as vu, c’est marqué « en concert » sur l’affiche. Ils chantent ? » Je ne sais même pas ce qu’on s’attendait à voir, en fait ; quoiqu’il en soit, on a été scotché dès la première seconde par cette atmosphère gothique et expressionniste peuplée de freaks, qui convie tout à la fois Edgar Poe, Baudelaire, Fritz Lang, Murnau, Browning… et Brel, pour la voix et l’intensité… On a adoré puissance mille et c’est, sans plaisanter, le meilleur spectacle d’Avignon que nous avons vu. Et d’ailleurs l’un des meilleurs spectacles que j’ai jamais vus tout court. On a tellement aimé qu’on a regretté ensuite de ne pas y être retourné le lendemain, à cause de Cesena, qui ne méritait pas le sacrifice de notre nuit. J’y reviendrai dans un article uniquement consacré à eux.
  • L’Arche part à huit heures par la Cie Les Entre-Parleurs : j’ose à peine en parler tellement on a trouvé ça… mauvais… Le mot est dur, mais quand même, qu’est-ce qu’on s’est ennuyé ! C’est le seul spectacle que j’ai accepté d’aller voir sur les conseils d’une jeune festivalière inconnue, à qui on Al. a parlé deux minutes dans une file d’attente et qui l’a convaincu (alors que moi, pas du tout, mais bon, après tout, je peux pas toujours être chiante, hein ;-)). Verdict : on aurait mieux fait d’aller voir mon truc de magie. Cela conforte mon opinion selon laquelle personne n’a les mêmes goûts et qu’il vaut mieux se fier à ses propres intuitions avant tout (voire des recommandations d’amis, mais dont on connaît les goûts), même si, bien sûr, on n’est jamais à l’abri d’une agréable surprise.
  • L’Augmentation : de Georges Perec, dans une mise en scène ingénieuse de Marie Martin-Guyonnet, quoique répétitive (à dessein, bien sûr), servant fort efficacement le texte. Malgré des décors et couleurs très 70’s, tout cela reste d’actualité et n’en est que plus mordant.
  • Cesena d’Anna Teresa de Keersmeaker : pour moi, limite une arnaque intellectuelle. En tout cas, on s’est levé aux aurores pour ne rien voir (bah voui, faisait nuit !) durant une heure (ah bon ? Y’avait un monsieur tout nu sur scène au début ? Contents de l’apprendre) et ce qu’on a vu ensuite m’a semblé très peu dansé, très peu dansant. Bref, j’attends encore l’émotion tant espérée. Je pense qu’une bonne partie des spectateurs a été aussi déçue que nous (plusieurs personnes sont parties en cours de spectacle). Et vendre le lever du soleil alors que le spectacle va tourner en salles, qu’est-ce, sinon une (im)posture ?

Voilà. On aurait pu faire plus de spectacles, on a loupé le Faust des Cartoun Sardines, recommandé par nos hôtes et blindé de chez blindé. Le vendredi soir, tout ce qu’on voulait voir était complet. Il faut donc faire comme tout le monde : réserver à tout va quitte à ne pas se présenter au dernier moment… sinon, c’est la course aux listes d’attente et la déception quasi assurée si on n’est pas dans les dix premiers.

Le bilan de ce court séjour : très positif, même si nous n’avons vu qu’un seul spectacle vraiment génial. Mais la découverte valait bien le déplacement et sans doute ne l’aurions-nous jamais vu sans le Festival (car le Cirque des Mirages hante Paris depuis des années sans que j’en aie jamais entendu parler !?)

A refaire, c’est sûr.

*
Paris Quartier d’Eté. J’ai été bien gâtée avec PQE alors que c’est la première année que je découvre ce festival (comme quoi…) Déjà, j’ai gagné des badges sur la page Facebook, puis une internaute sympa a partagé son pass Pierre Henry avec moi et enfin, PQE m’a offert deux invitations hier pour Avant-propos au Théâtre Montfort. Le lieu est charmant, la pièce était un peu inégale mais se faire inviter est toujours un privilège agréable, qui permet parfois de découvrir des choses qu’on ne serait pas allé voir de soi-même, et ce n’est pas Mimine qui dira le contraire.

  • Annonciation de Preljocaj : est un magnifique pas de deux, un duo féminin plein de grâce, voire de sensualité, d’une certaine violence aussi et d’un grand mystère. J’avais eu le bonheur de découvrir cette chorégraphie par une invitation de Baz au Théâtre de la Ville il y a quelques années, c’était mon tout premier spectacle de Preljocaj, que je suis depuis avec grand intérêt. A l’Eglise Saint-Eustache, c’était évidemment magnifique. Dommage que la scénographie se prêtait mal au lieu : j’ai rien vu ! 🙂

  • Empty Move I & II du même Preljocaj : superbe, même s’il faut passer outre la bande-son très abstraite (un poème de John Cage constitué de phonèmes incompréhensibles, hué par le public italien). C’est très déroutant, à tel point que plusieurs personnes sont parties avant la fin, et d’autant plus que le son augmente au fur et à mesure de la pièce. Mais la chorégraphie est d’une telle pureté, d’une telle complexité aussi (les corps s’imbriquent, s’emboîtent, comme des rouages) qu’on ne peut qu’admirer le travail. Pour ma part, j’ai eu l’impression étrange de voir des « mathématiques dansées » (!?) Ajoutons à cela un placement idéal (5e rang, pile face à la scène et dans la Cour d’Honneur des Invalides) : un très beau moment.

  • 3×11 de Mummenschanz : un théâtre d’objets, de formes et de masques tendre et drôle, idéal pour les enfants. Pas assez renouvelé pour les adultes, mais la poésie qui se dégage de cette modestie assumée est indéniable. Dans l’à peu près même genre, on préférera quand même le Cirque Invisible, plus élaboré et encore plus poétique.

  • Pierre Henry : le « grand-père » de l’électro paraît-il, que j’ai découvert grâce à une gentille internaute, donc, qui m’a filé trois de ses sept places (j’ai offert ma dernière à copain, Erick, car j’en ai marre d’aller au théâtre, là). Une expérience pour le moins inédite ! Je ne connaissais pas son oeuvre et le peu que j’avais entendu m’avait fait un peu peur, mais dans l’Eglise Saint-Eustache, sa musique a eu de drôles d’effets sur moi. J’ai particulièrement aimé les pièces musicales, avec des samples de voix et mélodies, plus « accessibles » : Ceremony, sorte de blues rock progressif lointain et déchirant et, le lendemain, Messe pour le temps présent, qui a fait groover les statues de marbre, notamment avec le fameux morceau Psyche Rock. Sur les autres pièces, surtout constituées de sons, mon cerveau, sans doute pour y trouver un sens, s’est mis en mode imagination. De folles images et associations d’idées se sont créées, c’était vraiment bizarre. Sur Le Livre des morts égyptiens, j’ai eu l’impression d’entendre la création du monde, ou sa destruction, en tout cas, une espèce de big bang à la limite de l’anxiogène mêlant sons marins (comme des chants de baleines) et bruits minéraux (craquements, comme des icebergs au fond des océans) ; et durant Voile d’Orphée, j’ai pensé un moment que Satan allait nous apparaître, dans cette ambiance mystique, éclairée de dizaines de cierges. Enveloppée dans une barrière d’enceintes qui diffusait la musique de tous côtés, j’ai été transportée dans d’autres dimensions. Je ne sais pas encore si j’ai aimé ou pas, je ne suis pas sûre d’écouter ça chez moi pour me détendre, mais enfin, c’était original et fort ! Si Erick avait refusé d’y aller ce soir, j’y serais retournée, même morte de fatigue comme je le suis, pour ne pas laisser se perdre la place.

Bref. Un bel été a commencé et a achevé ma saison théâtrale 2010-2011. En raison de notre déménagement, j’ai eu un petit vide cet hiver qui va probablement être rattrapé dans quelques semaines, lors de notre séjour en Ecosse, puisque nous arriverons en plein Fringe !

Comment vous dire ? J’ai HÂTE ! ♥

(* Non, j’avais envie d’y aller en Avignon, en vrai, et j’aime bien les intermittents du spectacle ^^)

Laisser un commentaire