Joan Baez au Grand Rex

Il y a quatre ans, le dernier concert de Joan Baez  auquel j’avais assisté m’avait un peu déçue, alors que celui de 2006 (la première fois que j’entendais Joan « en vrai » !) au Grand Rex – déjà ! – m’avait transportée. Cela tient-il à l’acoustique de salle parisienne, qui rend parfaitement hommage à son jeu de guitare précis et délicat, à sa voix toujours aussi émouvante malgré le passage des ans qui l’a réchauffée – rendue plus grave mais aussi plus profonde ? Toujours est-il que ma crainte d’être frustrée et désappointée une nouvelle fois s’est envolée dès les premières notes cristallines de « God is God »

Depuis 2006, j’ai aussi, de mon côté, appris à aimer l’évolution de la voix de Joan. J’ai compris surtout qu’il ne fallait plus espérer qu’elle monte dans les aigus, qu’une partie de son répertoire ne serait plus jamais écoutable que sur CD – et que ce n’est plus forcément dans les tubes qui ont fait sa gloire qu’il faut attendre le plus d’émotion.

A 70 ans, Joan est toujours aussi adorable. (Toujours) engagée, sans être insupportable ; cultivée ; intelligente ; pudique ; actuelle. Silhouette mince, encore incroyablement juvénile dans sa chemise blanche toute simple rehaussée d’un foulard rouge et son jean délavé un peu large tombant sur ses chaussures. Une classe d’une simplicité absolue. Forte et fragile à la fois. Récemment victime d’une chute de sa cabane perchée dans un arbre, elle était hier curieusement raide, mais néanmoins joviale et amusante, comme à son habitude. Ses efforts pour parler français n’étaient pas toujours couronnés de succès, mais cela ne l’en rendait que plus drôle et attachante. Car son humour et sa spontanéité, son plaisir évident d’être , sa sincérité sauvent les concerts de Joan de toute nostalgie passéiste. Les morceaux plus récents se mêlent aux « tubes » attendus et, bizarrement, cette fois, ceux qui m’ont le plus émue ne sont pas ses « classiques ». Car, il faut l’avouer, j’ai eu quelques sueurs froides sur les notes hautes de « Love is just a four letter word » ou « Suzanne », sur la montée à la guitare du break musical de « Diamond and rust », franchement ratée… La voix, bien que juste, a du mal, trouve ses limites : et même si Joan les connaît, on les entend bien, par exemple, sur sa reprise a capella du « Déserteur ».

Mais le reste, à condition d’aimer les ambiances douces et calmes, est magnifique : que des ballades folk à textes (« Seven curses ») nullement gnangnans, interprétées avec intelligence et coeur ; leurs mélodies sont des écrins, comme cette guitare en dentelle, pour cette nouvelle voix plus grave. Seule en scène, parfois accompagnée d’un unique musicien multi-instrumentiste (banjo, guitare, piano, basse, violon !), Joan m’a enchantée durant 1h30 et m’a souvent retournée comme une crêpe, notamment sur « House of the rising sun » (sublime) et « Long black veil ».

J’ai eu l’impression de retrouver une vieille amie, généreuse et heureuse de toujours chanter pour son public. Sur la fin, lors de ses trois rappels, nous avons tous entonné avec elle « Blowin’ in the wind », « Gracias a la vida », « Imagine », « Donna Donna » et bien sûr « Here’s to you », son titre le plus célèbre en France. Car nous aussi, tout comme elle, étions heureux d’être là.

Je ne sais pas si je retournerai la voir, j’aurai peur, encore trop peur pour ses « aigus ». Et puis c’est vrai quand même que ce n’est pas « donné donné donné do-onné »… Enfin, je dis ça mais, comme d’habitude, il est probable que je sois encore là le 11 octobre prochain ! 😉
(Mais sans Al. qui n’a pas arrêté de faire des blagues douteuses sur l’âge de la dame ! Tsss…)

  • Vu le mardi 29 mars 2011 au Grand Rex (Paris)

4 comments / Add your comment below

  1. Lu évidemment avec empathie, moi qui partage ton goût pour Joan, qui en plus a été (durant mon adolescence à Dakar) la première chanteuse américaine que j’aie connue, et aimée.

    Mais je crois que décidément je n’ai plus envie de la voir ni l’entendre en direct, car la version de  » House of rising sun » que tu as postée ci-dessus me navre douloureusement: certes, sa voix est cassée, fragile, mais surtout, elle ne chante plus du tout juste ! (j’avais eu la même sensation déprimante avec la mexicaine Chavela Vargas).

    Il faut peut-être savoir s’arrêter à un moment donné? Bon, cela dit, dis à Al que j’aimerais bien le voir faire des claquettes quand il aura 61 ans, moi qui en ai environ 10 de moins que Joan, mais 20 (15?) de plus que lui…

  2. Moui, je me tâte aussi ! J’ai dit hier à Al. que ce serait sans doute la dernière fois que je voyais Joan (surtout à ce prix, plus de 56€ en 3e catégorie, pffff !) car à quelques reprises, elle m’avait « fait peur » et j’étais stressée pour elle (y arrivera ? y arrivera pas ?).
    En effet, sur « House of the rising sun », sa voix est plus fragile mais je ne trouve pas qu’elle chante si faux (d’ailleurs, je trouve qu’elle a gardé une grande justesse en général), plutôt « sans assurance ». Néanmoins, la version « live » était plus enveloppante, peut-être justement grâce à l’acoustique. Là, c’est beaucoup plus « à distance » et froid.

  3. PS : notons aussi que sa voix a énormément changé ! Il n’y a pas de comparaison avec cette version, par exemple :

    (qui doit dater des années 80… c’était encore la Joan Baez avec sa voix incroyable…)

Laisser un commentaire