Vertical Road

La dernière création d’Akram Khan, chorégraphe londonien d’origine bangladaise, risque de dérouter. S’éloignant de la « contemporanéité » de ses récentes pièces (Bahok, In-I, pour celles que j’ai vues) ou de ses duos (Sidi Larbi Cherkaoui, Sylvie Guillem, Juliette Binoche, Gnosis), Akram Khan tend, avec Vertical Road, vers une certaine forme d’abstraction.

Conçue pour 8 danseurs d’exception issus du monde entier, cette pièce très physique, construite autour d’une figure « prophétique » et basée sur des numéros époustouflants de groupe en parfaite harmonie, parle de spiritualité. Difficile de comprendre complètement la trame de ce qui est montré sur scène : on commence en groupe dans la poussière de la terre et on finit, seul, sur fond de bruit de pluie. Un groupe, « guidé » (manipulé ?) par un barbu (par ailleurs finalement très solitaire puisqu’il perd en cours de route son « pouvoir » sur les autres), cherche un « ailleurs ». Une grande toile tendue sur scène figure la séparation entre illusion et réalité. Cet homme finit par rencontrer quelque chose de plus grand que lui (de divin ?). Beaucoup de points d’interrogation, chacun y trouvera ce qu’il croit comprendre et saisir dans ce qu’il voit. Avant tout, il faut se laisser porter et envahir par l’intensité visuelle de la chorégraphie, soutenue par la musique hypnotique de Nitin Sawhney (TRES forte), au risque de rester hermétique à ces beaux tableaux emplis d’énergie.

La danse, ici, est mystique et tribale, martelée, évoquant les rites chamaniques, voire les transes collectives. Nourrie de références indiennes, soufies (Akram Khan dit s’être inspiré de Roumi, penseur soufi) – sur la fin, un magnifique passage évoque les derviches tourneurs – voire des arts martiaux, elle fascine par sa puissance et sa précision. On y retrouve la « patte Khan » : ces jeux de bras fluides, cette vitesse virtuose, l’influence de la danse kathak. La lumière est magnifique, la musique magnétique.

Mais à trop vouloir envoûter, « pénétrer » le public, l’ensemble manque peut-être néanmoins d’un soupçon de grâce pour atteindre le Sacré vers lequel Akram veut nous mener ?

Quoiqu’il en soit, Akram Khan est à mes yeux un chorégraphe passionnant, qui n’hésite pas à se renouveler, explorer de nouvelles voies. Ambitieux, Vertical Road, l’est. Mais sans être prétentieux. Il n’en est que plus émouvant.

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