Intro (mouais, bon, bof…)

Je suis innocent. J’ai jamais rien demandé. Surtout pas à être ici, dans cette situation absurde et angoissante. C’est vrai, je suis couvert encore du sang de la victime, mais je suis innocent. J’ai rien fait. Je n’ai jamais voulu tuer personne. Je le jure. Mais je sais bien. Je sais bien que j’aurai beau tenter de le clamer, personne ici ne m’entendra jamais.

J’ai été enfermé dans cette pièce sombre et froide, dans laquelle je distingue à peine mes compagnons d’infortune, mes frères d’injustice, mutiques, presque hostiles, jusqu’à l’attente du procès. Depuis combien de temps ? Jusqu’à quand ? J’ai perdu le compte. Des jours et des jours sans voir le jour. Le temps défile et moi j’étouffe, inutile. Je meurs. Je vais disparaître. Et je crois que je ressens pour la première fois ce que tout homme ressent au moins une fois au cours de sa vie : le désespoir d’être seul et la terreur de mourir, loin de tout ce qu’il a connu et aimé.
Si je le pouvais, je verserais une larme amère sur le destin ironique et singulier qui m’a conduit ici et sur cette existence d’une douce et tranquille banalité à laquelle un geste irraisonné m’a brutalement et définitivement arraché.

J’avais tout, pourtant, pour être heureux, jusqu’à ce que l’équilibre de mon monde bascule en une fraction de seconde. C’est tombé sur moi et me voici condamné pour m’être trouvé par hasard au mauvais endroit au mauvais moment. Je vais vous raconter. Il faut bien que je raconte à quelqu’un. Et que la vérité, telle qu’elle s’est déroulée sous nos regards invisibles, soit dite, une fois au moins.

(La suite, un jour peut-être…)

J’ai pas fini mais je me suis juré de concourir quand même, quelle que soit la qualité de mon texte final (que je finirai donc comme d’habitude à la dernière minute demain. Argh)

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Je pars demain soir à Madrid pour quatre jours. Comme je sais que vous allez gravement vous ennuyer sans moi, je vous rappelle qu’il y a  toujours de la lecture (en vers) ici ! Et comme je trouve que nous progressons un peu (en tout cas, nous essayons), je vous offre en bonus nos productions en allitérations :

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Bad trips with Philippe (par Ayotl)

Je fus fou et féru de tes formes friables,
Et tu fus fanfaron. Tu fuyais le foyer,
Te faufilant sans fin entre frasques et fables,
Fallacieux forgeron refusant de forger.

Je fus follement fier, frémissant de ferveurs ;
Tu fus faux et frondeur, feignant d’être fidèle,
Fourvoyant ta finesse et fourguant tes faveurs
Aux fantoches fielleux, ferrés à ta ficelle.

Je foisonnais de foi, j’étais faible et fragile.
Folâtrant comme un fou, il te fut fort facile
De souffler sur le feu qui flambait entre nous.

Par ta force affamé, furieux de tes froufrous
Et de tes feux follets, j’ai craint que tu m’infestes
Et j’ai enfin fait fi de tes farces funestes.

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Sonnet par Med

Si Sylvie si céleste et puis si sibylline
Seule sut soulager le silence incessant
De mes doux souvenirs sensuels simplement
C’est surtout qu’elle sait vivre sans insuline.

La sublime sylphide en sage mousseline
En s’en allant en sport m’émut sensiblement.
Je souhaitais sans cesse et inlassablement
Percevoir de son coeur l’essence cristalline.

Ces instants ne seront plus jamais remplacés.
Dans mon esprit, discrets, secrets, ils se blottissent.
Cependant quelques uns, quelques fois, aboutissent :

Ces soirs où nous dansions, tendrement enlacés,
Ruisselants de sueur, susurrants des sottises,
Suscitaient alentour toutes les convoitises.

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Mon sonnet (en « d » mineur)

(Good or bad?) trip with David

Le destin détestable a dépêché devant
Mon désir ce David, divin dandy avide
De douceurs délurées. Je redoutais le vide
De son sein mais cédai docile en ce divan.

Doigts adroits, dard ardent, il détient en savant
Des dons trop évidents, délicieux, qu’il dévide,
Délicatement doux, dieu dansant impavide.
Je devine un danger mais m’abandonne avant :

Adieu discernement, au diable ! Déraison,
Sois mon guide aujourd’hui, mon damné diapason :
Débauchée, je décide, indécente sans doute,

D’adorer ce David, dédaignant la déroute !
Dominant, dominée ? Dissipons la douleur
Et dessinons à deux un dérobé bonheur.

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Hasta luego !

3 comments / Add your comment below

  1. Med >> Toi aussi, tu connais le Prix Bartleby ? Tu y participes ? 😉 Je pourrais sans problème !
    Le Prado, c’est LE musée. J’y ai encore passé des heures avec mon audioguide, p***in, c’est fou. Tous ces Goya (les Pinturas Negras, je ne m’en remets pas), El Greco, Ribeira, et Vélasquez et cet unique Caravage… mais quel Caravage !
    Pffffiou.

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