C’est vendredi. On sourit !

Dernière journée d’une longue série pourrie. Le week-end. Enfin. Et même si j’ai du boulot à abattre d’ici lundi (et là, hors de question que je merdoie), je me sens soudain beaucoup plus sereine.

Réveil en fanfare ce matin à 7h. Je dois déposer du matériel technique vers Beaubourg à 8h30 puis courir pour être à 9h15 à Cambronne où Tif m’attend pour nous conduire à Clamart pour 10h. Help. Je suis en retard. Evidemment. Tout est décalé d’un quart d’heure mais finalement, nous arrivons avec un retard acceptable à notre réunion client. Je me sens comme sur des oeufs, j’ai du mal à digérer ma défilade d’hier devant l’appel d’offre (la tâche est toujours inscrite en gros sur le tableau des dossiers en cours accroché dans le bureau de Xave, avec mon prénom coché…) et mon regard a toujours du mal à croiser celui de Xave, que je sens pesant. Domi, la consultante extérieure avec qui je m’entends bien est là. Présence amicale, bienveillante qui me rassure un peu.

En fin de réunion, Tif et moi allons chercher des cafés et en ramenons pour Xave et Domi. Celle-ci me demande comment je vais. Je réponds dans un cri du coeur : « Bof ! Je viens de vivre 10 jours de merde ! D’ailleurs, pour couronner le tout, j’ai perdu ma carte Intégrale ce matin ! » (sic !) Domi, en recevant son café, dit : « T’es la plus chouette des Céline ! » Et là, Xave, à mon grand étonnement, ajoute chaleureusement : « Si elle n’existait pas, il faudrait l’inventer ! »

Je me sens toute misérable, je déteste recevoir des compliments qui ne me semblent pas mérités (comme lorsqu’on m’applaudissait poliment lors d’auditions de piano ratées) alors je réponds, encore maussade : « Bof »… Et Xave, en souriant, corrige : « Il faudrait t’inventer, mais pas cette semaine. »

Plus tard, sur le trajet retour durant lequel nous nous sommes perdues à Marnes la Coquette, Tif me dit : « Tu sais, s’il t’a dit en face qu’il était déçu de ton travail, c’est parce qu’il t’aime bien, en fait. »

Je me sens toute fatiguée. Surtout physiquement. J’ai très envie de dormir. Je passe l’après-midi à tenter de régler mes dossiers en cours. Se concentrer. Etre là. Dur dur.

En fin d’après-midi, je décolle.

Je vais voir le Cher Homme. J’en suis vraiment heureuse. Mais quand je dis vraiment, c’est vraiment, hein. Je n’ai aucune crainte de le revoir, au contraire, je suis plutôt impatiente. Aura-t-il bonne mine ? Sera-t-il en forme ? Depuis une semaine, je l’ai souvent au téléphone. Nous avons repris une forme d’échange amical.

Arrivée sur place, je frappe à la porte de la salle et entre. Je ne le vois que de dos mais constate qu’il s’est fait couper les cheveux très court. Je n’ai même pas le coeur qui bat trop vite. Je suis passée à un stade différent d’affection, je crois. Une fois son petit blah blah terminé, il se tourne enfin vers moi. Sa nouvelle coupe de cheveux le rajeunit. Il a repris des joues, lui qui était si creusé de fatigue et maladie avant les vacances. Il a l’air en forme. Je l’observe et je me dis que, vraiment, il a dû être très beau dans sa jeunesse. J’admire les traits réguliers du visage, le front et le nez droits de patricien romain et ces yeux bleu clair qui donnent une infime touche de sévérité séduisante à l’ensemble de ce visage de caractère. Il s’approche de moi, me sourit : « Vous avez vu, je me suis fait coiffer presque comme vous ! »

Aucun rapport, mais bon. Il doit se trouver néo punk ou un peu rebelle avec ses cheveux tout courts.

Amusée, je réponds : « Presque, seulement ! »

« Ca change, hein ? »

« Oui. Ca vous va bien. »

J’aime bien le complimenter. C’est sincère et ça lui fait plaisir. Il me regarde toujours en souriant et je sais, je sais très bien qu’il est aussi content que moi de ces retrouvailles brèves et furtives entre deux battants de porte.

Je lui avais dit que j’étais pressée ce soir. Théâtre. Je lui lance un rapide signe pour lui indiquer que je dois partir. Il me dit très vite : « Vous avez deux minutes ? »

Ha ! J’exulte. Sans le lui montrer. Cette fois, ce n’est pas moi qui ai demandé un peu de sa présence. J’acquiesce d’un air pressé. Il se dépêche de ranger ses affaires. Me suit dans l’escalier. Toujours très, trop proche. Ca ne va pas recommencer. Non non.

Hors les murs. La lumière d’un soir de fin d’été se penche vers nous tendrement, l’enveloppe tout doucement. Je savoure l’instant, délicat. Quels que soient mes nouveaux sentiments à son égard, je ne peux m’empêcher de lui trouver un charme fou. Malgré la différence d’âge. Je me dis que je suis quand même étrange. Peu importe.

Il me parle un peu de sa santé, me dit qu’il a arrêté provisoirement ses traitements qui lui causaient bien des désagréments dans la vie de tous les jours. Qu’il verra selon les examens s’il peut continuer de vivre mieux ainsi. Me parle de ses vacances. Du sport qu’il a fait. Des fruits de mer qu’il a mangés. C’est charmant. Je lui avoue que je n’aime pas trop les fruits de mer. « Ah bon ?! » Il a l’air choqué. Presque déçu. J’en rigolerais. C’est amusant comme parfois, le (mauvais) goût de l’autre nous paraît soudain incompréhensible. Moi je ne lui en veux pas d’aimer les huîtres. Lui cherche à comprendre : « Qu’est-ce que vous n’aimez pas ? Les huîtres ? »« Les coquillages en général. » Il en reste baba.

Nous sommes là, debout devant l’entrée du bâtiment, à discuter dans la chaleur moite de la ville. Je me sens tellement bien que je lui proposerais volontiers d’aller boire un verre amical, quelque part, n’importe où, on s’en fout, soyons fous. Pour le plaisir de partager ce moment ensemble. Et puis il me dit soudain : « Mais vous êtes pressée. »

Alors je dis oui, parce qu’il vaut mieux, au fond, que je sois pressée. Il se penche vers moi. M’embrasse sur les deux joues en passant affectueusement sa main dans mon dos. Tellement familièrement. Comme d’habitude. Et dire que tu as osé me serrer la main devant tout le monde, grand lâche !

Tout cela ne m’émeut plus comme avant. C’est drôle comme les sentiments évoluent. Après tous ces mois de questionnement et désespérance. Je ne suis plus qu’heureuse de ce lien. La seule chose que je ressens, et qui est beau, c’est une infinie tendresse. A peine voilée de nostalgie. C’est une personne de plus que j’aime, c’est tout. Et c’est déjà beaucoup.

Ce soir, je suis contente de moi. Pas professionnellement. Mais je trouve que, humainement, je m’améliore vachement 🙂

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