Qu’elles sont loin, les jolies vacances…

Hmpf.

Oui, je suis toujours vivante. Etonnant. Après les quinze jours bizarres, pour ne pas dire « de merde », que je viens de vivre avec, en point d’orgue, ma soirée au concert de Mylène Farmer qui m’a valu bien des larmes et de la sueur.

Je suis rentrée il y a quinze jours, après trois semaines tout ce qu’il y a de plus agréables. Je pourrais vous dire que j’en ai bien profité, que j’ai pris le soleil et l’air pur tous les jours, que j’ai nagé loin autant que pédalé beaucoup, que j’ai passé mon temps avec de chouettes garçons et des parents formidables. Je pourrais vous dire que j’ai été très heureuse, oui. D’ailleurs, je vous le dis, tiens. Ca fera au moins un truc positif à dire.

Revenue sur Paris pleine de bonnes intentions (1 : m’investir davantage dans mon travail et passer à la vitesse supérieure ; 2 : m’investir dans une relation sentimentale un peu stimulante) (après, il y a aussi économiser et faire un régime, mais bon, ça, vous me connaissez maintenant, c’est un doux fantasme), voilà qu’il me prend l’idée folle de m’inscrire sur un site de rencontres. Histoire de faire des rencontres. Quelle astuce.

Je vous raconte ma vie, là, mais franchement, j’ai toujours pensé que les sites de rencontres pouvaient parfois permettre de connaître des gens géniaux que la vie quotidienne n’aurait jamais mis sur notre chemin, même si, comme tout le monde, je rechignais à m’exposer moi-même sur ce genre de marché comme un vulgaire bout de bidoche sur un étal (parce que mine de rien, si t’es pas un tantinet mignon(ne), tout le monde s’en tamponne que t’aimes Rilke ou Nietzsche ou que t’aies fait Dauphine). N’empêche, je l’ai fait. Super motivée et amusée. Au départ très surprise, voire embarrassée par le nombre de jeunes hommes désirant « discuter » avec moi. La première semaine, j’ai reçu environ 100 demandes par jour en moyenne. Je vous passe tous les détails, en résumé, je devrais rencontrer une petite douzaine de mâles d’ici la fin octobre, sévèrement triés sur le volet (Hu Hu), évidemment en tout bien tout honneur. Etrange sensation de passer un casting et/ou faire passer des entretiens d’embauche.

Une chose est sûre : dès les premiers mots échangés par mail, on sait déjà plus ou moins si la personnalité de notre interlocuteur nous plaît. Ensuite, reste le plus ardu : la rencontre physique. Ca passe ou ça casse.

Eh bien, vous allez rire, mais je me retrouve encore dans une situation compliquée. Et je commence à me dire que, si je me fourre dans des histoires à la noix, c’est bien parce que, quelque part, inconsciemment, je dois les chercher. Donc voilà. En gros, la personne qui m’intéresserait le plus n’est pas libre et ne me propose rien d’autre que d’être une aimable récréation. Et moi, je ne sais pas trop si j’ai envie de ça. Je veux dire, qu’il soit marié, au fond, je m’en fous royalement. Son couple le regarde. Mais il aime sa femme. Et moi, j’ai l’impression d’être encore celle à qui l’on ne propose rien d’autre qu’un vague second rôle. Pour parler vulgairement, le cul sans les sentiments. Moi aussi, je veux qu’on m’aime. Pas qu’on couche avec moi juste pour passer un agréable moment.

Bref. Je m’attache à quelqu’un qui n’a rien à partager, si ce n’est les miettes de sa vie. Youpie.

De là découle toute ma semaine de merde. Parce que, quand je suis perturbée – preuve que je ne suis pas un grand esprit -, je laisse les émotions prendre le dessus. Et depuis quelques jours, au boulot, c’est la débandade absolue. A tel point que, après des nuits sans sommeil, des étourderies en tout genre avec les clients et un manque de concentration et motivation visible au travail, je me suis retrouvée convoquée avant-hier en entretien individuel avec Xave, pourtant mon meilleur « allié » dans la société, pour une petite séance de mise au point. Prise en flagrant délit d’incompétence, je me suis retrouvée mortifiée comme une gamine qui ne travaille pas, sans avoir une seule explication à fournir qui aurait pu justifier, à défaut d’excuser, mon statut actuel de zombie. Pour autant, Xave n’a absolument pas été méchant, bien au contraire, et c’est cette bienveillance amicale qui m’a encore le plus tétanisée. Il m’a juste demandé si tout allait bien, affirmé qu’il ne voulait pas se mêler de problèmes peut-être personnels mais que, s’il y avait des choses, dans notre organisation de travail qui ne me convenaient pas, je devais lui en parler en toute sincérité et amitié. Quoiqu’il en soit, il faut que je me reprenne et vite.

Moi qui suis tellement fière, je ne trouvais rien à lui répondre et la seule chose que je lui opposais était un sourire crispé et la même phrase automatique qui sortait entre mes mâchoires serrées : « Non non, ce n’est rien, tout va bien, c’est juste à moi de me recadrer ».

Cet entretien m’a foutu une telle claque que, jeudi soir, je suis rentrée exténuée et me suis, pour la première fois en dix jours, couchée avant minuit au lieu de 3 ou 4h du matin.

Aujourd’hui, petite forme. Journée de travail durant laquelle je me sens péniblement fragilisée. Je culpabilise à mort et me sens très vulnérable. Je maintiens le cap en affichant un sourire forcé que je sens bien pauvre, j’ai peine à parler et je sens bien que Xave me lance des regards appuyés. Je me sens misérable, j’ai peur qu’on voie soudain que je ne suis pas à la bonne place, que je suis remplaçable. Bien sûr que tout le monde est remplaçable. Mais enfin bon. Ca me stresse et me déprime. En même temps, je déteste me sentir molle comme ça. Si j’étais vraiment fière, au contraire, je prendrais le mords aux dents pour prouver que je vaux mieux que ça.

Mais pour l’instant, c’est l’émotion qui domine.

Ce soir, je suis allée au concert de Mylène Farmer. Exténuée. Mais heureuse tout de même d’y aller. J’étais tellement dans les choux qu’à cinq mètres de la porte d’entrée, j’ai perdu mon billet. Oui. Soixante euros, bordel. Je l’avais glissé dans ma poche arrière, ayant un sandwich plein de merguez, frites et sauce américaine en main et, sans doute est-il tombé lorsque j’ai pris mon portable qui était également dans cette poche, toujours est-il qu’à 19h40, je me suis retrouvée sans billet devant l’entrée. J’étais tellement fatiguée que je n’ai pas trouvé la force de pleurer même si la rage et le désespoir m’ont soudain bêtement envahie. Je me suis dit que telle devait être la fin en apothéose de cette semaine de merde, que je ne méritais probablement rien d’autre que de rentrer chez moi et pleurer amèrement sur mon étourderie abyssale. Et puis Djé, déjà dans le Stade, a été super au téléphone. Il m’a engueulée. Motivée. « Vas-y achète une place, ils les bradent ».

A côté de lui, les spectateurs qui entendaient sa conversation ont tous eu pitié de moi. Une fille lui a dit qu’une amie à elle voulait vendre sa place, 20, 15 voire 10€. Ophélie. Porte R. Tu la reconnaîtras, elle a des lunettes, un t-shirt bariolé, un chignon. Cours. Allez, dépêche-toi. Il crie mon frère. Il me motive à son tour, alors que c’est moi qui l’avais motivé depuis des mois à venir au concert. Je cours. Je fonce. J’ai jeté mon sandwich. 20h. L’heure à laquelle le concert doit commencer. Ophélie. Elle est pas là. J’la vois pas. « Crie, appelle-la, elle veut s’en débarrasser ! ». Il ordonne dans le téléphone. Je suis complètement démotivée, prête à baisser les bras, la sueur dégoulinant dans mon dos et se mélangeant aux larmes d’énervement dans mes yeux. Et puis il y a ce type. Il m’avise. Il vend sa place. « Combien ? »« Combien vous voulez m’en donner ? » J’hésite. Mais je sais pas négocier. J’ose pas. 45€ ? OK. Il s’en tire bien. Tout autour, à quelques minutes du concert, les connards qui avaient espéré se faire du fric au black bradent tout à 20€ ou moins.

Je suis un peu naze parfois. J’aurais pu au moins tenter 30€, 50% du prix. Ou même 40. Jérôme confirme. « T’es trop con ».

N’empêche. Je l’ai vu le concert. Seule. En fond de fosse. Mais ça ne m’a pas empêchée de danser et chanter. Et aimer.

Mais j’en reparlerai.

Alors voilà, je suis rentrée. Il y a des rentrées plus flamboyantes. Mais promis, ça va venir.

2 comments / Add your comment below

  1. What a week, effectivement. Et cette fin. Je le dis sans ironie : je n’imaginais pas Mylène Farmer douée de pouvoirs cathartiques. C’est sans doute dû à ma méconnaissance de son oeuvre.

    Bon courage pour la suite.

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