Ich mag Mag

Fin d’un week-end avec l’Amie. Je ne répéterai pas ici tout ce que j’ai déjà écrit sur elle, mais le coeur y est.

Par sa présence, elle a allégé le spleen « bas et lourd [qui] pèse comme un couvercle » sur mon esprit actuellement. Joie de retrouver celle qui fut et restera mon premier grand enthousiasme humain, mon premier grand élan amical. Son bonheur et son épanouissement m’ont rendue tellement heureuse que j’en ai oublié mes pauvres petits tracas dérisoires.

Nous avons passé un week-end super, après tous ces mois et mêmes ces années, à nous voir de loin en loin. Elle, happée dans sa vie de famille, mariée, deux enfants et pour compliquer le tout lyonnaise ; tandis que je courais, parisienne d’adoption et de coeur, de soirées en sorties de célibataire. L’amitié n’est pas linéaire, nous nous sommes parfois un peu éloignées mais pour mieux nous retrouver aujourd’hui. Je l’ai trouvée rayonnante, quoique toujours mal assurée, avec cette propension agaçante (surtout avec moi) à s’excuser de tout, pour tout. Suffit. C’est comme cela qu’on devient bouc émissaire. Elle le sait, je l’ai engueulée. Arrête de te dévaloriser. Comme si elle n’avait rien d’intéressant à dire alors que merde, Mag, quand même. Doisneau, Ronis, Mucha, Gershwin, Rossetti… c’est à toi que je dois tout ça, je te rappelle.

Bref. On a passé un week-end de filles entre confidences, restaurant, shopping et culture.

Samedi, nous avons déjeuné en bas de chez moi de plateaux de charcuterie et fromages (argh, c’est mal) accompagnés d’un petit Brouilly honnête, dégustés en terrasse. Nous avons ensuite dépensé tout notre argent (surtout elle) en soldes ; elle a fait chauffer sa carte bleue comme jamais, m’offrant au passage un chouette chapeau (je suis fan des chapeaux !), quant à moi, j’ai trouvé les chaussures de mes rêves en fausse peau de croco : des sandales Jonak d’une hauteur vertigineuse (pour moi) à un prix tellement dérisoire que c’eût été un affront de les laisser sur leur présentoir. Mag m’a également motivée pour changer, enfin, la lunette déplorable de mes toilettes (cadeau empoisonné de mon cher frère) que j’ai montée beaucoup plus rapidement que prévu – alors que la dernière fois, j’avais dû faire appel à Pôpa. Trop cool. Faire pipi est redevenu un plaisir ! (Hu Hu.)

On est des filles : on fait les soldes !

Quasiment toute la table, c’est Mag !

Les sandales fatales !

Le soir, je l’ai invitée au Théâtre Marigny voir Talking Heads d’Allan Bennett. Les critiques étaient élogieuses, le spectacle en valait la peine. Trois portraits de femmes qui s’adressent au spectacteur et racontent leurs petites vies et leur grande solitude. La naïveté et l’innocence inconscientes de ces trois bourgeoises un peu étriquées est touchante. La première, secrétaire dans un bureau, serre le coeur : gaie et enjouée, elle ne réalise même pas que sa formule gimmick « on a ri ! » révèle sa profonde solitude et le peu de cas que font d’elle ses collègues, qui la laisseront mourir à l’hôpital sans venir la voir. La deuxième, emprisonnée dans un mariage raté, se prend d’amitié pour une voisine qui a fini par trucider son mari sadique et pervers. Grâce à elle, elle entrevoit l’amitié et, d’une certaine façon, la liberté, qu’elle n’aura pas le courage de conquérir mais qu’elle aura touchée du doigt. Cette liberté, c’est la troisième qui se l’offrira, sans vraiment s’en rendre compte, au hasard d’une rencontre avec un podologue fétichiste.

La réussite de ces deux heures qui passent très vite réside non seulement dans l’interprétation géniale des trois comédiennes mais aussi dans la qualité de l’écriture, fine et subtile, à l’humour délicieusement british. Le ton est doux amer, on balance entre mélancolie et loufoquerie. Par bonheur, le sens dramaturgique va du plus triste au plus fantaisiste. La mise en scène et les décors sont particulièrement imaginatifs et très réussis, dignes de photos de magazines des années 60-70, voire cinématographiques, cadrant au plus près ces trois « talking heads » et les enfermant symboliquement dans des espaces confinés et exigus (tout autour : le noir), avant le grand tableau final, plus lumineux, plus ouvert et assez incroyable.

Vraiment très très très chouette. Une belle mise en bouche, de qualité, pour mon final théâtral dimanche prochain au Français devant la grande Magie.

Aujourd’hui, nous sommes allées voir le dernier Woody Allen, Whatever works. Pas mal. 5 ou 6. Loin du 10 néanmoins et des chefs d’oeuvre alleniens d’antan (voir Annie Hall, Manhattan, la Rose pourpre du Caire et Crimes et délits par exemple !) Mais on passe un moment plaisant devant cette leçon de vie pratico-pratique, finalement moins cynique que le personnage principal aurait pu le laisser craindre. Tout est très téléphoné et assez lourdement amené (le ménage à trois, réminiscence de Vicky Christina Barcelona et l’homosexualité !), mais les acteurs sont agréables, ça reste du cinéma honorable.

Deux jours bien remplis, donc, à découvrir, à rire et à se souvenir (notamment de tous les moments où j’ai fait ma petite despote odieuse, comme je sais si bien l’être parfois ^^ J’ai un peu honte quand même…) En plus, Mag a passé le week-end à faire ma vaisselle, moi je dis « reviens vite ! »

Il me reste de ce week-end amical un bouquet de freesias rouges et jaunes au parfum extraordinaire offert par Mag. Et la double tristesse de la voir repartir et de retourner à mon piètre petit chagrin (je vous préviens, en ce moment, je suis atrocement pénible.)

The magnem show

(Je crois que ça se voit que j’ai bu et que j’ai chaud…)

*     *     *

Tiens, sinon, elle est pas si mal celle-ci :

Micky et moi

7 comments / Add your comment below

  1. je l’ai vu hier,et c’est tres sympa

    mine de rien,c’est finalement le meme theme que « le gout des autres »,sauf que la ou les francais nous font quelque chose de sinistre et deprimant,la c’est fun et jubi… (je refuse d’écrire les expressions à la mode)

    le scenario est de 71,je me demande si ce n’est pas aussi le cas des dialogues presque trop bon comparé à ses films du meme tonneau récent (enfin des années 2000 comme le navrant « hollywood ending » et compagnie)

    non,c’est énor….

  2. Hein ? Le même thème que « le Goût des autres » ? Où ça ? Dans le côté brassage culturel ?
    Je ne m’en souviens plus très bien mais je n’avais pas vu dans « le Goût des autres » un film « sinistre et déprimant ». Ce premier film d’Agnès Jaoui (son meilleur) tenait, il me semble, joliment en équilibre entre sourire et sensibilité. Ce n’était pas un grand film, certes, mais enfin, ça se laissait regarder sans déplaisir, même si le tout manquait sans doute de nuances et subtilités… et de « génie ».

    Mais le Woody, jubilatoire, bof. Je l’ai trouvé plaisant, sans plus. Le trait est un peu gros(sier) ! OK, on est toujours dans l’espèce de fable avec en plus, cette astuce (un peu lourdingue à la fin) du type qui s’adresse à la caméra et aux spectateurs de la salle (l’équivalent de la voix off de « Vicky Christina Barcelona »). D’ailleurs, au début, j’ai vraiment eu peur tellement j’ai trouvé le procédé longuet. Mais on devine à l’avance tout ce qui va se passer !
    Et puis, j’avoue, je n’ai pas du tout aimé le personnage principal (insupportable de verbiage, caricatural dans son côté vieux con génial qui a tout raté) et encore moins l’acteur qui l’incarnait (sa tête ne me revenait pas du tout). Du coup, ceci explique peut-être un peu cela !
    Oublié sitôt vu (ou presque !) ^_^ Mais bon, le goût des autres, hein… 🙂

  3. j’ai du m’identifier sans doute lol

    « le gout des autres » pour le coté reconciliation entre les « branchés /intello et les beaufs/reac » voilou

    disons que pour moi bacri/jaoui ça a un coté hum,disons « maison de la culture de grenoble » auquel je suis peu receptif.
    Mais Woody a fait aussi des films « maisons de la culture de grenoble » (ombres et brouillard notemment)

  4. Mwhahaha… L’image de la « maison de la culture de Grenoble » m’a fait beaucoup rire, même si, à l’instar du personnage de Melodie dans « Whatever works », j’aurais tendance à dire : « clichééé ! » (qu’est-ce que c’est que ce racisme territorial envers Grenoble, mmh ??)
    Mais je vois bien ce que tu veux dire et t’as pas tout à fait tort.

    Dans le Woody, l’intello n’est tout de même pas très branché (pourquoi se balade-t-il toujours en short/caleçon avec chaussettes, c’est d’un laid !) et le film va beaucoup plus loin que « le Goût des autres » dans la réconciliation (limite on peut parler de partouze culturelle, là ! HuHu…) D’ailleurs, je ne me souviens pas de la fin du film de Jaoui/Bacri, il me semblait que « l’accès à la culture » du personnage de Bacri se doublait d’une déception sentimentale et qu’au final, les mondes ne se mélangeaient pas vraiment. Et qu’en conclusion douce amère, on reste toujours le beauf d’un autre.

    OK pour « Ombres et brouillard » qui m’a laissé un souvenir très fumeux justement. Pas le meilleur Woody… Y’avait pas Madonna d’ailleurs, dedans ? (En même temps, je dis « pas le meilleur » mais on n’a pas forcément les mêmes goûts même en Woody, quand je vois que tu places « September » au top alors que j’ai trouvé celui-là très geignard et gnagnasse – Dianne Wiest, pénible !)

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