Sentiment étrange, entre mélancolie et vague dégoût, spleen et résignation. Ou non résignation.

Je rentre de la grande fête que mon boss organisait pour ses 50 ans. Soirée sympa, à Longchamp, agrémentée de quelques chouettes idées : un petit jeu organisé pour faire connaissance (des cartons thématiques politico-sociétaux remis à l’entrée correspondant à des « communautés », le but étant de trouver dans la foule, le plus de monde faisant partie de la même communauté – moi j’avais la thématique « l’accès des femmes au pouvoir », ce qui m’a ravie !), une ardoise sur laquelle on pouvait écrire un mot pour le boss et avec laquelle une photographe nous shootait, une démonstration de guitare par le boss (pas si mal !), une animation d’art martial, un mini-concert de Sapho… Bref… Ambiance agréable, mondaine et impersonnelle dans laquelle je me suis sentie relativement à l’aise, heureusement accompagnée de Micky (puis plus tard, alors que tout finissait, Mag) et entourée de quelques collègues de bonne humeur. Il y avait Tif, avec qui les relations sont plutôt joyeuses, Thib, Cyril, un nouveau consultant, celui qui avait selon Delfouine mon âge, à qui Jude et moi trouvions un visage prématurément vieilli et qui a en fait quarante-quatre ans (autant dire que c’est normal qu’il fasse plus âgé que trente ans !) Cyril et moi, on s’entend bien, il est très moqueur, je le suis tout autant et entre nous, c’est le festival des vannes et des piques. Il y avait aussi ma collègue I., P. le consultant de Gembloux accompagné de sa femme (l’une de nos clientes) et plusieurs autres formateurs que j’ai salués avec plaisir. Il y avait enfin Gigi et son mari et puis, bien sûr, M., alias le cher homme, celui que j’ai cherché des yeux dès mon arrivée pour en finir une bonne fois pour toutes avec mon appréhension et mon affliction.

Au bout d’un moment, j’ai fini par l’apercevoir à l’autre bout de la salle du fond, parlant avec deux femmes dont l’une paraissait plutôt jeune. Sur le coup, j’ai cru que c’était elle, son épouse et j’ai eu comme une sorte d’électrochoc violent ; avant de me ressaisir et de me dire que si sa femme avait déjà un fils d’une trentaine d’années, elle ne pouvait décemment pas avoir beaucoup moins de cinquante ans au minimum. Je le voyais du coin de l’oeil se pencher pour discuter, sans distinguer l’autre femme, et finalement, alors que je croyais quelques minutes auparavant pouvoir affronter sereinement ce moment à la fois attendu et redouté, je me suis sentie soudain très faible, très intimidée, très malheureuse et très mal à l’aise. J’ai tourné les talons, en colère, plus contre moi-même que contre lui.

Alors voilà. Il est venu avec sa femme. Evidemment. Il m’avait même prévenue. Mais qu’est-ce que je crois encore ?

J’ai passé une partie de la soirée à tenter de l’ignorer, discutant ici et là et passant, il est vrai, des moments amusants avec Micky et mes collègues.

Gigi vient me voir : « Tu as vu M. ? Je l’ai vu arriver tout à l’heure mais je n’ai pas pu lui dire bonjour… (Avec un sourire en coin : ) Il est venu avec Madame. » Gigi sait et avait bien vu qu’il m’aimait bien à l’agence, bien qu’elle ne connaisse rien des détails.

« Je sais », je réponds avec effort et un pauvre sourire que j’essaie d’afficher bravement. « Elle est jeune ? »

« Bah, je sais pas. Mais elle est plutôt jolie. Si tu veux, on va lui dire bonjour ensemble ».

Oui, c’est peut-être mieux ainsi. Je me sentirai moins seule, ça fera plus noyé dans la masse.

Finalement, on ne le fait pas car une animation commence. Il est toujours plus loin mais je le distingue assez bien puisqu’étant grand, il dépasse plusieurs personnes. A la fin de l’animation, enfin, il tourne son regard vers moi et là, le plus courageusement possible, parce que je ne peux pas concevoir que nous fassions mine de nous ignorer alors que nous n’avons jamais rien fait de mal, je lui fais un sourire et un grand signe de la main auquel il répond de la même façon, mais plus réservé. Je ne vois toujours pas sa femme même si je devine sa présence puisqu’il se penche très souvent pour tendre l’oreille et s’adresser à quelqu’un de plus petit que lui.

Néanmoins, je ne me dirige pas immédiatement vers lui. J’ai le coeur qui bat fortement, je ne sais pas si j’ai envie de m’évanouir ou de m’enfuir. J’avise Gigi : « Je viens de voir M. Tu viens, on va lui dire bonjour ? »

Gigi me répond : « Ah bin non, c’est déjà fait ! »

Mince. Elle se dirige vers le buffet à côté duquel il se tient. Je prends mon courage et ma fierté à deux mains. Allez. C’est un mauvais moment à passer mais quoi, je n’ai rien, absolument rien à me reprocher. Au pire, c’est moi qui aurai l’air ridicule puisqu’il m’a dit avoir parlé de moi à sa femme, de nos échanges, quand il avait senti que je m’attachais trop. Dans l’histoire, puisqu’elle n’a eu que sa version, il n’y a sûrement que moi qui me suis enflammée avec exaltation. J’assume mon côté pauvre fille affectivement déséquilibrée tombée sous le charme d’un type de deux fois son âge, tellement plus sage et raisonnable et fidèle et aimant. C’est vrai, d’une certaine manière.

Je m’approche donc, Gigi devant moi. Je tends le bras pour toucher la manche de M. afin de lui dire coucou. Il ne sent rien et Gigi intervient pour lui tapoter le bras. Il se tourne de mon côté, me voit et là, là… alors que je m’approche naturellement pour lui faire la bise comme d’habitude et comme à tous les formateurs, lui, avec un sourire vaguement coincé en me disant froidement « bonsoir »…  me tend la main ! Comme si j’étais… je ne sais pas… une vague connaissance professionnelle quelconque. Je ne lui demandais pas des effusions particulières mais le geste me surprend avec la violence d’une gifle. Humiliée mais souriant machinalement, je lui tends la main et, brusquement embarrassé par cette situation pour le moins grotesque et hypocrite, il se ravise et se penche pour me faire la bise, sous le regard probablement curieux de sa femme.

Complètement assommée par cette seconde de malaise et lâcheté de sa part, alors que je venais, je crois, naturellement le voir, je me tourne, toujours souriante comme un robot, vers les deux autres femmes et leur serre la main chaleureusement en disant « bonsoir » d’une voix automatique. Un rapide coup d’oeil sur Madame. Elle n’est pas vilaine, en effet. Rien à voir avec Anne Consigny, mais un visage très doux, extrêmement gentil. Assez petite, du moins par rapport à lui, toute en courbes et rondeurs féminines. Elle me semble « enveloppante », si tant est que cette expression ait une quelconque signification. Enfin, c’est le premier mot qui me vient en tête. Je ne sais pas pourquoi.

J’imaginais quelqu’un d’un peu plus flamboyant mais au fond, peut-être que ce n’est pas une femme sauvage que cherche un homme tel que M. qui semble avoir déjà tout vécu et tout connu. Elle incarne la stabilité, la fidélité, la tranquillité, la bonté.

La voir me met enfin face à la réalité de nos vies complètement différentes. Je la trouve même plutôt sympathique malgré moi et en suis presque contente. Je me dis qu’il a sans doute trouvé une femme douce et attentionnée, aimante et tendre qui l’aime et l’admire et le soutiendra le reste de sa vie. Cela me soulage ; voilà, il est aimé. Il en a et aura besoin. C’est bien ainsi. Il a raison de ne pas vouloir quitter tout ça ; vraiment, tout est tel que ça doit être. Mais au fond de moi, pourquoi suis-je si malheureuse alors que ma conscience me dit que tout est bien et même pour le mieux… ?

Afin de trouver quelque chose à dire, je sors mon carton « de communauté » et leur demande s’ils ont la même. Non. J’interpelle quelqu’un d’autre et m’en vais, un peu flanchante. Gigi est estomaquée. Elle ne comprend pas pourquoi M. m’a tendu la main alors qu’elle sait pertinemment que nous nous faisons la bise. « Quand je l’ai vu, nous nous sommes embrassés comme du bon pain ! C’est nul ce qu’il a fait ! Je suis sidérée et choquée. Et ça a l’air complètement louche devant sa femme ! »

Je passe à autre chose.

Un peu plus tard, alors que je cherche Micky dans la foule, je le vois qui arrive devant moi. Je suis un peu pétrifiée. Il me demande, toujours avec son ton agaçant qui semble suggérer que je ne vais pas bien : « Ca va ? »

Oui oui. Depuis le temps que je me tue à le lui répéter.

Il me dit : « J’ai quelque chose d’un peu désagréable à vous donner… La fiche de présence de la formation d’hier… »

Nous parlons seul à seule. Il me tend une chemise rouge : « Je vous embête, hein. Mais dans un sac, ça devrait passer. »

Je prends la feuille, en m’arrachant des sourires forcés. Je lui demande s’il est là depuis longtemps. « Depuis le début ! » S’il va rester longtemps. « Non, pas longtemps ». La musique est forte, il se penche près pour m’écouter et me parler. J’aimerais bien le détester, dans la minute, mais je n’y arrive même pas. Soudain, mon téléphone sonne. Mag.

Je prends l’appel, pour ne plus avoir à subir ce regard séduisant, ce sourire charmant et tout cet être finalement interdit et défendu qui passe sans cesse de la chaleur à la froideur, de l’intérêt à l’indifférence. Je le laisse en plan : « Excusez-moi » et il me laisse partir alors qu’au fond, j’aurais beaucoup aimé discuter plus avec lui. Je ne lui parlerai plus de la soirée ni même ne croiserai son regard. Quand je reviens dans la salle, il est en conversation avec une autre personne. Quelques minutes plus tard, sa femme m’interpelle alors que je m’approche de Tif qui discute avec elle (elles ne se connaissent pas, c’est un hasard) ; elle m’attrape par le bras ; j’en ai des sueurs froides et un grand sentiment de honte et d’embarras m’envahit. Qu’est-ce que j’ai fait de tomber amoureuse de son mari, elle a l’air tellement gentil et honnête ? « M. vous cherche partout depuis tout à l’heure. » Il n’y a pas vraiment de sourire, elle me délivre l’information de façon neutre, mais sans aucune marque non plus de sentiment hostile.

« Je sais, je viens de le voir, c’est bon », je réponds. « Merci. » Et je la quitte. Les quitte. J’aimerai le quitter pour de bon psychologiquement aussi.

Encore plus tard, un peu avant que Mag n’arrive en taxi, à quelques minutes en fait du départ de la majorité des invités, Micky et moi sortons du domaine pour l’attendre et l’accueillir. Haut le coeur. Devant nous, plus loin, marchant bras dessus bras dessous et serrés comme des amoureux, M. et sa femme, qui quittent la fête. Même de dos et de nuit, ils forment un joli couple. Nous ne nous sommes même pas dit au revoir et nous ne nous reverrons sans doute plus avant longtemps.

Je me demande pourquoi je m’impose ça. Peut-être pour me guérir à jamais de ces sentiments déplacés. Je souffre en silence. C’est un mélange tellement étrange d’émotions diverses : le plaisir d’être avec Micky, l’amusement d’une fête un peu particulière et le chagrin lancinant et obsédant face au dernier mur que M. vient de dresser entre nous comme un point définitivement final à toute espérance. Même si j’avais renoncé à tout depuis notre entrevue, il insiste, il continue de construire ses petites fortifications autour de sa vie.

Je sais bien qu’il a raison et c’est parce que je le sais que je me suis forcée à accepter d’aller à la rencontre de la réalité de son couple, de sa vie, parce qu’il faut bien que je me défasse de toutes ces illusions bâties au fil de mots et de mails qui n’avaient d’autre consistance que le rêve. Nous avions tous deux besoin sans doute de rêver et fantasmer un peu ; mon énorme désavantage c’est que j’étais plus disponible que lui et donc plus vulnérable à une certaine forme de sensibilité.

Une fois de plus, je me sens complètement vidée et séchée par ce que j’ai dû encaisser avec le sourire ce soir. Bien que je pense sincèrement m’en être tirée avec une certaine élégance et discrétion. Il n’a rien à craindre de moi ; je l’aime et le respecte trop pour ne pas vouloir le « posséder » (sans connotation forcément sexuelle) contre son gré et vouloir détruire ce qu’il a construit en dehors de moi.

Je ne sais pas du tout ce que va devenir notre relation. L’amitié est-elle toujours possible ? Est-ce que tout est clair pour lui, qui n’ose même pas me faire spontanément la bise devant sa femme alors que, d’après lui, elle connaît mon existence et la teneur de nos (mes) messages – et sait donc qu’elle n’a a priori rien à redouter ?

Je suis malheureuse et malheureuse d’être malheureuse. D’autant plus que même s’il était sentimentalement libre, tout le reste irait à l’encontre de la possibilité d’une (id)ylle (Ha Ha Ho Ho). En fait, tout, mais absolument tout devrait m’aider à me dire que ce qui se passe est la logique pure et pourtant, cela me désole plus que tout.

Je ne sais pas quoi faire.

Live and let die. Simplement. Peut-être.

Mag, Micky et moi (flous)

17 comments / Add your comment below

  1. Oh noOooOoOon je suis affreux sur les photos, et avec un sourire forcé en plus!!! Quoi que le soirée fut sympatoche; les objectifs me mettent mal à l’aise.

    J’étais pas assez défoncé pour avoir l’air naturel sur les photos, mais il me fallait garder un minimum de tenue quand même.

    Toute cette histoire est bien tristounette en tout cas, je ne peux m’empêcher de la ressentir, pour l’avoir vécue…

  2. De nemo (à propos de l’agression d’une collègue dans le Rer…) à 21:45 le 6 juillet
    « Tu as pensé au suicide ? 🙂 »

    Non, je ne serais pas aussi mechant/moqueur/mesquin, mais bon, la derision a pour principal but de prendre de la distance. Donc why not also for you. 😉

    Bon courage, moi j’y vois un bon signe, son hésitation maladroite, comme traduction de ses sentiments incontrôlés, le parfait symptôme de l’Amour…

  3. Célinette, je ne suis pas du tout surprise par cette dérobade du piteux cher (l’est-il toujours?) homme 🙁
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    Une constatation hélas assez générale née d’une longue expérience: LES HOMMES DE MON AGE SONT LACHES.
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    Pourquoi? C’est la première génération qui n’a jamais eu à « faire ses preuves » auprès des femmes, ni à se surpasser: égalité théorique, mais en réalité monde encore formaté par eux, à leur main; contraception soudain facile les dégageant de toute responsabilité, etc. Bref, notre jeunesse a été une « parenthèse enchantée » où ils n’ont guère appris à briller par le courage, ni à considérer vraiment ce que ressentaient les femmes…

    Une anecdote particulièrement significative: en 1971, à la fac, j’ai aimé quelque temps Victor, un jeune argentin, très contestataire et d’une famille de journalistes de gauche. Ensuite, il est rentré en Argentine et je n’ai plus eu aucune nouvelle durant les longues années Videla. Je pensais souvent à lui avec angoisse, n’osais pas écrire à son adresse d’autrefois, de peur d’attirer éventuellement l’attention sur lui. J’espérais de tout mon coeur qu’il avait pu traverser les années de dictature sans dommage, mais j’en doutais. A juste titre…

    Après le rétablissement de la démocratie, j’ai consacré une certaine énergie à retrouver sa trace: il n’y avait pas encore internet à l’époque. J’ai peu à peu appris par d’ex-amis communs, sans en être surprise, que sa femme (sa copine de l’époque, très militante, qui m’avait succédé) avait été arrêtée par la junte militaire, et était morte dans des circonstances atroces, laissant in-extremis un bébé qu’il avait heureusement pu récupérer à temps .
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    Tu imagines mon émotion! J’ai donc écrit à Victor une longue lettre, où j’exprimais tout cela: ma joie intense de le savoir en vie, de même que le bébé devenu grand, et ma tristesse devant le sort de sa compagne Patricia que je n’oublierai pas. Pas de réponse. Bon, me suis-je dit tristement, il n’a sans doute pas reçu la lettre…

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    … Plusieurs années après (début 2000), je revois l’ami qui m’avait donné son adresse. Je l’interroge: Victor a-t-il déménagé? Non, me dit-il géné. Mais Victor, recevant ma lettre de France, lui avait fait un gros reproche à l’époque: « pourquoi as-tu donné mon adresse à Claudine? connaissant la réputation des françaises, je risquais de me faire engueuler par ma (nouvelle) femme! Dieu merci, j’ai jeté cette lettre à temps, et ma femme n’en a jamais rien su » (sic).

    Après cette histoire lamentable, et combien significative!, je crois que chez les hommes de 60 ans rien ne m’étonnera jamais plus…

  4. Céline, tu écris merveilleusement bien. Ça avance cette nouvelle pour ton concours réservé aux boîtes de com ?
    Cuauhtli, les hommes de mon âge sont aussi lâches… Ça doit être plus une question de sexe que d’âge… Ton histoire me rappelle une conversation avec une mexicaine (sans le côté dramatique). J’ai découvert que le rapport aux ex n’est – selon elle – pas le même dans les pays d’Amérique latine que chez nous (c’est poussé à l’extrême au Luxembourg) ; elle m’a dit qu’elle n’envisageait pour rien au monde revoir un de ses ex et était très jalouse si son copain revoyait une des siennes. Au Luxembourg, il est tout à fait normal de continuer à avoir des relations sociales avec ses ex. C’est probablement dû à la taille du pays (400 000 habitants)…

  5. Micky >> Je reconnais que la photo est assez vilaine, mais bon… Ca fait un souvenir et personne ne nous reconnaîtra jamais avec les têtes qu’on fait dessus !
    Quant à l’histoire, j’imagine que c’est effectivement assez banal, au fond… Hélas.
    (Et au fait, comment s’est finie ta nuit ??)

    Matt >> Moqueuse, oui. Mesquine, non. Mais bon, il est vrai que chacun a un humour différent et que j’ai tendance à sortir pas mal de « vacheries » (même à mes collègues avec qui je ne suis parfois pas tendre). Mais je sais aussi me moquer de moi contrairement à ce que tu crois. C’est bien pour ça que personne au boulot n’est choqué des horreurs que je peux sortir.
    Le suicide, oui, j’y ai déjà pensé (heureusement, pas pour si peu !), mais ce n’est pas si tragique que ça. En tout cas pour celui qui y pense. Pour les autres, ceux qui restent, en revanche…
    (NB : tu peux éviter de mettre mon vrai nom sur ce blog, stp ?)

    Cuauhtli >> Oui oui oui, il restera toujours le « cher homme ». J’aimerais le détester pour pouvoir facilement m’en détacher, mais finalement, qui n’a pas ses petits instants de faiblesse et lâcheté ? Et est-ce que je peux lui en vouloir d’avoir peut-être voulu un peu s’évader grâce à nos échanges ? Je ne peux pas réclamer un dû qu’il ne m’a jamais promis et encore moins proposé !
    Je ne crois pas qu’il n’y a que les hommes de 60 ans qui soient lâches. Ceux de 40 le sont aussi et les plus jeunes aussi ! Et certaines femmes le sont aussi.
    Le problème des « hommes de ton âge », c’est qu’ils ont déjà construit quelque chose et qu’ils ont beaucoup à perdre en mettant leur équilibre et leur confort en péril.
    Je veux dire, quel intérêt un homme de cet âge aurait-il à soudainement quitter une femme avec qui il vit depuis des années, avec qui il s’entend bien et pourra sans doute finir sa vie paisiblement, dans un quotidien rassurant, pour une aventure, éventuellement histoire, avec une jeune femme de l’âge de sa fille qui, à 40 ans, le quittera peut-être parce qu’il aura lui-même 70 ans et des problèmes de santé, de sexualité, etc. ? Honnêtement, la réaction de M. me semble raisonnablement légitime. Donc non, en fait, je ne lui en voudrai jamais de privilégier cette « sécurité » et sans doute aussi l’amour véritable qu’il a pour sa femme à une espèce d’attirance réciproque temporaire et irréfléchie avec quelqu’un qu’il connaît très peu.
    Moi, je le vis mal. Mais ça passera.
    En revanche, ton Victor, je le trouve vraiment ingrat ! Pas très sympathique et même un peu idiot, avec son raisonnement égoïste ! Il y a peut-être un fossé culturel qui fait que, pour lui, une femme ne doit pas exprimer des sentiments, même d’amitié et d’affection, pour un homme ?
    Ce n’est quand même pas comme si tu lui avais dit que tu avais torridement rêvé de lui toutes ces années ! Caramba ! 😀

    Med >> Merci pour le compliment qui me fait vraiment plaisir. Pour la nouvelle, non, ça n’a pas du tout commencé même mais je m’y mettrai cet été, face à la mer – comme chanteraient Passy et Calogero.
    Quant à l’histoire des ex, ma foi, j’ai beau vivre en France, j’avoue que je suis comme ton amie mexicaine !! 😀 Une relation sentimentale est différente d’une relation amicale et j’ai déjà assez d’amis que j’ai du mal à voir. Le passé est le passé, par respect pour la personne que j’aime, je me vois mal encombrer une nouvelle relation d’ex que je n’aime plus. Mais peut-être parce que c’est moi qui pars que c’est sans nostalgie ni regret que je tourne la page…

  6. Célinette, je te trouve bien indulgente!

    Ce que je reproche à Victor (et incidemment à M. dans cette affaire), ce n’est pas de ne pas avoir envie de mettre en péril leur relation actuelle pour une aventure (ou une réminiscence) passagère.

    Ce que je leur reproche, c’est de ne voir en nous, dans ces situations, même tragiques (dans le cas de Victor) QUE cette aventure/réminiscence, et pas une PERSONNE qui au delà (ou 30 ans après!) du désir ou du sentiment interdit, éprouve un réel interêt pour l’autre, de l’inquiétude, de l’empathie, etc. Bref, de ne pas avoir établi/considéré là la RELATION HUMAINE.

    Car, s’ils la voulaient vraiment, il leur serait du coup très facile et très naturel, devant leur compagne/femme, de sourire gentiment à l’autre, de lui répondre avec sympathie et de lui faire une bise amicale et qui n’engage à rien. J’en sais qq chose: c’est comme une « onde » que l’on dégage alors: tout le monde comprend implicitement que cette bise est amicale ou affectueuse.

    C’est vrai qu’en Amérique latine, il est d’usage, quand on aime, d’éprouver/d’afficher une violente jalousie rétrospective: les gens mesurent même l’amour à cette aûne :-(. Mais chaque être humain est unique et peut évoluer: Julio, mon ex mexicain, après m’avoir revue (en tout bien tout honneur) en catimini tout en mentant piteusement à se femme contre mon gré, alimentant donc des soupçons non fondés, a fini par se rendre à notre complicité partagée (nous nous sommes finalement contactées dans son dos ;-), nous sommes mises d’accord pour un repas tous ensemble, et l’avons mis devant le fait accompli). Depuis lors, je suis devenue en quelque sorte une « amie de la famille » (évidemment, d’avoir 60 ans, ça aide ;-)).

    Car mes ex, Julio, Victor ou autres, ne sortent jamais complètement de ma vie, même quand je ne les aime plus d’amour: je suis inquiète de leurs malheurs, contente de leurs succès, et souvent réciproquement, je pense. Est-ce que ce n’est pas être tout simplement civilisé, en France, au Mexique ou au Luxembourg?

  7. Cuauh >> Ouhlala, attention svp, ne mettez pas les vrais prénoms et/ou noms des personnes dont je parle ici – ni les miens ! En dehors des amis qui savent qu’ils sont évoqués sur ce blog, je ne veux pas que ceux qui n’ont jamais demandé à entrer dans le « roman de ma vie » (hum) puissent être facilement retrouvés.
    Surtout depuis que Micky a eu l’idée de dire à mes collègues qu’il suivait la vie de l’agence sur mon blog, ce qui m’a valu un certain harcèlement le reste de la soirée à ce sujet (au secours !) >_< Donc discrétion, pas de noms !!
    Je comprends mieux ce que tu veux dire maintenant et, dans un sens tu as raison. C’est vrai que cette petite lâcheté m’a abasourdie car je venais le plus sincèrement possible avec, au-delà de la peine réelle éprouvée, l’envie de dépasser mes sentiments actuels pour autre chose, à sa convenance, parce que oui, je m’intéresse à lui et m’inquiète pour lui et je ne m’attendais pas à pareille réaction de méfiance et défiance.
    Quel camouflet quand j’y repense. Je me demande encore comment j’ai fait pour garder ma contenance et serrer la main, après ça, de son épouse, en la regardant dans les yeux et en lui souriant en plus. L’horreur.
    J’aurais beaucoup mieux vécu l’instant s’il nous avait présentées clairement, genre « Voici Céline dont je t’ai parlé, Céline, mon épouse », cela aurait dédramatisé les choses, du moins pour moi.
    Je l’ai senti troublé, gêné, peut-être anxieux. Alors qu’on aurait pu (essayer de) discuter comme des gens adultes et civilisés.
    Ou alors, il m’a menti, il n’a rien dit à sa femme. Mais je ne pense pas car je lui ai plusieurs fois envoyé des cartes postales chez lui et elle a sûrement dû finir par s’interroger.
    Quand j’ai revu M., c’est tout seul qu’il est venu me trouver. Enfin, il avait tout de même prévenu sa femme qu’il me cherchait.
    Je ne comprends pas grand chose, au fond, à cette relation. Moi qui souhaitais clarifier les choses et me libérer de cette obsession pesante, eh bien je me demande si ce n’est pas pire qu’avant.
    En plus, je m’énerve moi-même car cette torture me rend complètement idiote et sujette au sentimentalisme, que je déteste. Rien ne va, je suis malheureuse comme tout et d’un autre côté, je sais que cette tristesse est complètement débile et irrationnelle, mais je ne sais pas comment faire pour réussir à faire coïncider la raison et les sentiments.
    C’est nul d’aimer sans espoir ni retour.

    Au fait, tu as une connexion internet maintenant ?

  8. De quels prénoms/noms tu parles? Julio et Victor ne risquent guère de lire ce blog, je t’appelle ici Célinette depuis longtemps, et j’ai juste cité « M ». Ou alors qq chose m’a échappé?;-)

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    Oui, j’ai une connexion, merdique et provisoire. Mais à partir de demain je serai à Morlaix et ne l’aurai plus. A suivre…
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    Bon, on touche ici une chose qui me semble essentielle et m’a toujours paru incompréhensible: pourquoi des gens intelligents, et à l’occasion courageux, dans ces situations-là, se lancent-ils dans des mensonges (au moins par omission) ou ds comportements à la fois méprisants pour la personne en face d’eux, mais aussi pour leur compagne? Croient-ils donc, en étant grossiers et fuyants avec la tierce personne, au mépris de sa dignité et de ses sentiments, qu’ils vont faire plaisir/plaire à leur femme? Est-ce le cas pour certaines? C’est cette idée très moche qui me choque et même me blesse.
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    Personnellement, cela m’a plutôt toujours inspiré du mépris pour l’homme qui a ce lâche comportement (fréquent). Même si c’est mon propre compagnon. Et je suis surprise que mon sentiment d’indignation ne soit pas davantage partagé, et qu’on continue souvent à éprouver de l’indulgence pour cette attitude MINABLE de la plupart des hommes (et qqs femmes aussi, en effet)..

  9. Non, c’est moi qui ai écrit M., tu avais mis son vrai prénom 😉 (Quoique je l’ai cité il y a longtemps… mais c’était il y a longtemps ! ^^)
    Pour le reste… Ma foi… Je suis assez indulgente avec la lâcheté étant moi-même assez lâche en règle générale… Je ne lance donc pas la pierre, Pierre… 🙂
    Et puis, finalement, il a m’a fait la bise. Tout cela s’est passé extrêmement rapidement, il y a eu flottement…
    En matière de sentiments, je comprends bien qu’on puisse être parfois minable, à son corps défendant, parfois… Entre ce qu’on aimerait être et ce qu’on fait finalement, hein…

  10. Cuauhtli> Dans leurs relations, les gay et lesbiennes ont les mêmes problèmes. Ce n’est donc vraiment pas une defaillance propre aux hommes. Le schema pseudo feministe rejoint ici la mysogine : solde moral significatif au depend des hommes quand on est une femme, et inversement. Suivant que l’être désiré est de tel ou tel genre. Pourtant, il n’y a pas de caractère lâche masculin ou feminin. Il est simplement humain.

  11. Je crois que tu vas trouver mon commentaire atrocement egoiste et cruel, peut être mais…Ton texte est remarquablement bien écrit, ça me change de la médiocrité ambiante.

    L’embarras, la lacheté de dernière minute, cette seconde qui semble s’étirer à n’en plus finir, j’ai eu l’impression de les voir et de les sentir…( Et sinon, te verrais je la semaine prochaine à Paris ? )

  12. Princesse >> Bah non, merci, ça me fait plutôt plaisir, surtout que j’écris toujours ça un peu comme ça vient/sort…
    Et oui, je compte bien qu’on se voie quand tu seras sur Paris ! Tu me dis quand tu es dispo exactement ? Cool !

  13. Je suis toujours très partante pour un pique nique dimanche prochain ( j’aimerais juste aller faire un tour à l’expo Madeleine Vionnet plus tard dans l’apres midi, c’est fermé le lundi, ça m’agace…)

  14. Vous avez un vrai talent d’écrivain(e) , ce récit est remarquable!
    « le bonheur seul est salutaire pour le corps,mais c’est le chagrin qui développe les forces de l’esprit  » ( Marcel Proust )

  15. Princesse >> OK, on se tient au courant. L’expo a l’air très chouette.

    jesaispas >> Merci pour cette belle citation… Est-ce qu’on se connaîtrait par hasard (ou se serait déjà parlé / écrit) ?

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