« La vita nuova » (Dante Alighieri)

Ce week-end, je n’ai pas fait grand chose si ce n’est (essayer d’) être sage. Quand je dis sage, c’est sérieuse. Quand je dis sérieuse, ce n’est pas ennuyeuse.

Je suis revenue de Rome émerveillée, je l’ai déjà dit – et je le redirai. Mais aussi prête à entamer un nouveau mode de vie plus raisonnable. Là-bas, étant toute seule, je n’avais quasiment rien à faire de mes soirées, d’autant plus que j’étais lessivée par des journées de marche intense et intensive. Du coup, terrassée par la fatigue et les courbatures, je me laissais généralement tomber mol et lourdement sur mon matelas médiocre aux alentours de 22h30 pour m’endormir comme une souche jusqu’à l’aube. Là, je goûtais le plaisir nouveau d’être réveillée avec les premières lueurs matinales et de me mettre en route de bon matin, dans les rues calmes aux frontières du réveil, quand tout n’en était encore qu’au commencement.

(On dirait que je suis partie des semaines mais en fait, cela a représenté… trois nuits. HuHu.)

Bref. Ces quatre jours à Rome m’ont appris une chose : se lever tôt est peut-être un plus grand bonheur que se coucher tard, du moins quand on a toute la journée devant et pour soi. Pour une noctambule comme moi, qui vaque vaguement dans la lumière tamisée de sa chambre jusqu’à des heures vampiriques depuis l’âge de 14 ou 15 ans, c’est une découverte assez chamboulante !

J’ai toujours aimé la nuit ouatée, son silence mystérieux et feutré, son ambiance parfois infimement inquiétante et la douce mélancolie qui enveloppe tendrement les lentes minutes nocturnes. On est plus triste et plus romanesque quand il fait sombre et qu’une ombre légère se pose délicatement sur les pensées et les souvenirs. On se laisse plus facilement aller à la rêverie, à la nostalgie, aux confidences murmurées du bout des doigts sur le clavier… Il y a quelques années, j’aurais écrit « du bout de la plume ». Mais c’est plus rare aujourd’hui.

Toutes ces nuits pâles passées à ne rien faire, au fond, m’auront, finalement, privée de tant de jours à profiter du soleil et de la lumière  !

J’ai eu, en Italie, cette pensée soudaine. Ce que je vivais là-bas, cette joie de la découverte et la jouissance renouvelée d’un jour tout neuf, pourquoi ne pas les vivre en France, chez moi ? Après tout, je redoute le quotidien monotone et la routine psalmodique, mais rien ne m’empêche de faire de chaque journée une journée précieuse plutôt que de la subir en zombie assommé par une nuit de quatre ou cinq heures.

Eurêka !

Ce qui est drôle, c’est que tous ces bons préceptes auront beau nous être répétés mille et une fois par un entourage prévenant, rien ne vaudra jamais la révélation intime. Mais bon !

Toute cette introduction longuette pour dire en fait que, ce week-end, une fois n’est pas coutume – mais ne va pas tarder à l’être – je me suis couchée de bonne heure !

Samedi, je me suis donc levée tôt le matin (8h30, mein Gott !) et ai profité de tout ce temps devant moi pour aller faire les soldes. A 11h, tadaaa, j’étais déjà sur un Vélib’, pédalant fougueusement jusqu’à l’Hôtel de Ville pour écumer tous les magasins girly pourris de Rivoli : Zara, Etam, H&Merde (merci Anne-So pour cette merveilleuse trouvaille, même si elle n’est peut-être pas de toi), Promod, etc. Avec l’envie de mener une vie plus saine est venue l’envie de m’habiller en fille. Une vraie. Enfin. Un peu. Un peu plus que maintenant en tout cas, parce que dès que je mets des sandales de fille (genre qui laissent dépasser le gros norteil, chaleur torride oblige), la moitié de l’agence semble s’en étonner. « Hey tu portes des chaussures de fille. » Bizarre. Parfois je me demande si je n’ai pas l’air homosexuelle malgré moi. Ou peut-être asexuée. Peu importe. J’avais envie de vêtements un peu glamour, de sandalettes argentées à talons (pour aller avec une robe bleu nuit, oui oui.)

Sauf que. Récolte catastrophique, comme d’habitude. J’ai rien trouvé. En même temps, j’ai tellement grossi qu’essayer le moindre bout de tissu me donne aussitôt des envie de suicide hypercalorique à la frite-mayo (quitte à mourir, autant mourir dans la joie grasse !) Désespérance absolue dans les magasins bondés de filles, fringues en pagaille, rangées n’importe comment – à vrai dire, pas rangées du tout, même -, traînant par terre… : le bordel en majuscules. Pas mieux au Printemps ni aux Galeries Farfouillette où j’ai pourtant écumé pendant des heures les étages chaussures de pouf. Rien de rien.

C’est là que je me dis que j’aimerais trop savoir manier le patron et les ciseaux ainsi que la magnifique machine à coudre qui prend la poussière dans ma chambre depuis que je l’ai récupérée chez mes grands-parents. Parce que dans ma tête, j’ai des idées assez précises des choses que je voudrais porter, des trucs très épurés, asymétriques, avec des boutons, des zips, des poches et des cordons, des cols mao, des manches retroussées, des parties déchirées… Mais pas des trucs informes, non, des trucs coupés impeccablement, dans des matières simples et solides. Du noir surtout. Enfin bon, je vais pas me lancer dans une nouvelle expérience avortée, hein, mais j’y pense, parfois.

Du coup, je suis rentrée « brocouille » et plus déçue encore d’être arrivée trop tard au magasin Sansha pour acheter mes chaussures de claquettes avec lesquelles je comptais ennuyer mes voisins toute la nuit devant le miroir de mon entrée carrelée. Mais ce n’est que partie remise !

Dimanche, nouveau réveil aux aurores. Un tour par le marché de ma rue. Je descends mes deux étages et il s’étale, là, sous mes yeux, bruyant petit monde coloré et odorant. Ca sent le poulet qui rôtit, le falafel, le nem, le poisson. Ca crie, ça interpelle, ça se meut par paquets de gens devant les stands. C’est chouette. J’ai repéré des asiatiques qui vendent des fruits non seulement superbes mais succulents. Pêches blanches, abricots, oranges à jus, citron, pamplemousse… Tout me faisait envie. Et puis il y a la petite dame blonde qui vend des fromages « tout à 1€ » (ou un peu plus). Souvent, c’est pas mal. Le chèvre cendré était légèrement trop sec à mon goût. Mais goûtu néanmoins. Et le marchand de fleurs. Asiatique aussi. Il m’a vendu un pot de fleurs blanches, un Spathiphyllum ; la fleur, qui ressemble à un arum, est jolie mais les feuilles font un peu plastique. Il paraît que ça « purifie » l’air. En tout cas, ça fait une touche de blanc bienvenue avec celle des marguerites dans mon salon.

L’après-midi, je suis allée au Louvre. J’en ai profité pour perdre la pochette de mon appareil photo par terre, comme j’ai perdu dans le parc de la Villa Borghese le dernier opercule de fermeture de mon reflex. Gros énervement.

Je devais y retrouver Patricia, je l’ai loupée, occupée que j’étais à écouter les commentaires passionnants de mon audioguide. En même temps, j’étais au Louvre relativement tôt et seule. Plutôt que me balader une énième fois dans des galeries cent fois vues pour ne rien apprendre, j’ai profité que l’entrée était gratuite pour me payer un audioguide. Eh bien je n’ai pas regretté ! J’ai passé près de trois heures à l’étage des peintures italiennes (la grande galerie) jusqu’aux peintures anglaises en passant par les peintures espagnoles, avec un détour rapide par les peintures françaises – je n’ai malheureusement pas eu le temps de pousser jusqu’à Girodet-Trioson, snif – en m’arrêtant devant la plupart des toiles commentées. J’ai été déçue de constater que toutes ne l’étaient pas, notamment celle que j’ai photographiée plus haut, d’Agnolo di Cosimo di Mariano Tori (dit Bronzino, ouf) (photo que j’ai sûrement déformée en essayant de la remettre droite puisque je l’avais prise en biais pour éviter le reflet), néanmoins, j’ai appris un tas de trucs intéressants – quoique rapides.

Les audioguides du Louvre sont vraiment bien faits : faciles à utiliser, très intuitifs, avec une qualité de son vraiment chouette (j’avais gardé un très mauvais souvenir des audioguides de la Basilique San Francesco d’Assise, difficilement réglables et au son médiocre) et surtout, des commentaires clairs et concis. Je me suis régalée devant les trois seuls tableaux du Caravage, dont le sublimissime la Mort de la Vierge qui fit scandale à l’époque puisque la rumeur voulait que le Caravage eût pris pour modèle pour la Vierge défunte un cadavre de prostituée noyée – un chef d’oeuvre tant dans sa composition, parfaitement maîtrisée, que dans l’usage des couleurs et enfin, cette humanité incroyable qui parcourt toute l’oeuvre de Merisi, puisqu’il fut le premier à peindre, pour des commandes de l’Eglise, des modèles réels pour incarner des figures religieuses !

Mais j’ai aussi un peu plus approché la très belle peinture d’El Greco découverte au Prado à Madrid, de Murillo, de Ribera, tous influencés à leurs débuts par le Caravage. Je comprends donc mieux aujourd’hui la grande émotion que m’avait procurée le Musée du Prado, sans que je sache pourquoi l’ensemble des tableaux exposés me plaisait tant. Il y avait entre eux une certaine correspondance, que je ne connaissais pas encore.

J’ai aussi retrouvé Giotto, dont les fresques à Assise restent l’un de mes plus beaux souvenirs. Et Raphaël, découvert lors de ce récent séjour romain, dans les Chambres de Raphaël des Musées du Vatican, d’une beauté à couper le souffle. Tout un monde jusqu’alors méconnu, inconnu, insoupçonné, s’ouvre à moi. C’est absolument incroyable que je sois passée, pendant 30 ans, totalement à côté de la peinture !

Bref. J’ai passé trois heures dans toute l’aile Sully du Musée du Louvre, complètement absorbée par les commentaires sur les compositions et contextes historiques de chaque oeuvre. Un peu noyée aussi, dans l’immensité de mon inculture dans le domaine de l’histoire de l’art, avide d’apprendre à ce sujet.

En rentrant, j’ai regardé les tarifs pour devenir auditeur libre de l’Ecole du Louvre ou suivre des cours du soir. Mais je ne peux pas encore me disperser. Ce sera pour plus tard. La retraite. En attendant, je peux toujours lire. J’ai bientôt fini ma biographie du Caravage. Les 9/10e des peintes italiens (lombards, vénitiens…) nommés me sont inconnus. Pas facile.

En tout cas, si la grande découverte de 2008 a sans conteste été la danse, la grande découverte de 2009 aura été la peinture.

Après cet après-midi riche d’enseignements, je suis rentrée séchée. Je me suis endormie à 22h30 et me suis réveillée à 6h30 pour commencer la journée par un jogging, de 7h à 7h20 environ (reprise difficile !) avant d’aller au bureau. Ce petit exercice physique m’a fait du bien. Cela m’a confortée dans l’idée de faire au moins une activité physique à la rentrée.

En septembre, je pense donc m’inscrire aux claquettes et au cours de dessin en priorité. Merci aux 21 personnes qui ont déjà voté et que je ne connais, pour la plupart, pas !?

Mais j’ai très envie de faire de la photo aussi.

R. m’a envoyé des photos qu’il a prises avec son Lumix aussi (coïncidence !) On a fait des échanges de photos. De Rome. Il a l’oeil ! J’ai découvert la page (qui ne mène à rien) de son site web (jamais fini). Il m’a traitée de « fouineuse ». Je suis juste curieuse des gens que j’aime bien. Et maligne. Ha ha. (Je suis trop une psychopathe quand je m’y mets !)

R. part en vacances. Flûte, nos échanges rigolos vont me manquer. Ma petite déduction me conduisant à son site l’a amusé. Il m’a écrit que Bancs publics, le nouveau film de Bruno Podalydès qui sort mercredi et que je vais évidemment aller voir n’est pas mal, mais que « la Grande Magie, vous allez vous régaler ». Car oui. Dimanche 19 juillet, je clos une année culturelle et artistique exceptionnelle par l’immense Denis Podalydès. Au Français. En première catégorie s’il vous plaît.

Et après, les vacances, moi aussi.

D’ailleurs, je devrais aller me coucher car je dois me réveiller dans 4h30 pour aller visiter un chantier de bonne heure. Burp. Je vous laisse, un peu en queue de poisson. A presto amici mei carissimi !

Illustration : « Portrait d’homme tenant une statuette », Bronzino (1503-1572)

4 comments / Add your comment below

  1. J’ai la grande honte d’annoncer que je n’ai pas tout lu, ce qui est particulièrement honteux, puisque j’ose écrire un commentaire. Ce que j’ai lu de votre message, c’est cette histoire de matin. Je suis tout à fait d’accord avec cette vision que je partage. Vers cinq heures le monde m’appartient.
    En revanche, je revendique le droit d’être idiot et ennuyeux, ainsi que de m’ennuyer.

  2. un vieux dicton ou un dicton de vieux dit : » la fortune appartient à ceux qui se lèvent tôt « .Et on sait que les vieux ont souvent raison !

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