Let’s (tap)dance!

Aujourd’hui, je me suis levée tôt. En effet, ce week-end, j’étais de « dog-sitting » : mon frère et sa copine étant invités à une grosse soirée en province, ils m’avaient confié E.T. et j’ai donc passé deux jours entre les poils de chien et de chat, atchoum.

Comme hier matin, afin de pouvoir promener un peu la bestiole avant d’aller à mon stage de claquettes, je me suis réveillée à 7h30 et ma foi, je dois dire que j’ai trouvé cela plutôt plaisant. Sur le boulevard, en bas de chez moi, le marché commençait à s’animer doucement. Les bruits de la foule et de l’activité parvenaient peu à peu jusques à mes fenêtres, à travers lesquelles se faufilait déjà un jour radieux. Pour une fois, rare, j’étais levée avec la vie.

J’avais hâte de sortir, de me bouger, de me laisser effleurer doucement par les rayons du soleil si versatile ces derniers temps. Hier après-midi, puis vers 23h, j’avais déjà fait avec E.T. deux longues balades de plus d’une heure, de part et d’autre de chez moi, et ces sorties m’avaient aéré le corps autant que l’esprit.

Vers 9h et quelques, je suis donc descendue avec la chienne et ai entrepris d’arpenter le marché au mille sons et odeurs.

Habituellement, je déteste le marché. Il y a tellement de choix que, dès que je sors pour acheter à manger, je remonte finalement avec des fleurs puisque je n’ai su me décider sur rien ; mais surtout, « faire le marché », était jusqu’à présent pour moi synonyme de vie d’adulte ennuyeuse : « ça fait Maman ». Evidemment, cette vision est complètement absurde mais c’est vrai, je n’avais jamais vu l’intérêt d’aller me balader de stands en stands criards avec ma botte de poireaux dépassant d’un cabas de mamie.

Ce matin, je ne sais pas si j’avais absolument besoin de trouver le monde beau et attrayant, toujours est-il que j’ai pris un plaisir nouveau à déambuler tranquillement entre les choux-fleurs et les brocolis. Peut-être que je vieillis et que je m’accomode mieux des petites récréations que peut offrir la vie. Mais le marché m’a soudain semblé un lieu vivant, amusant, presque touchant…

Déjà, j’adore regarder les gens, c’est une activité dont je ne me lasserai jamais. Tous ces visages, différents mais dont les traits se répondent parfois, imperceptiblement, au détour d’une mimique qui rapelle un visage connu… Le plaisir insaisissable d’échanger un regard, un sourire de sympathie spontanée, voire quelques mots anodins avec un ou une inconnu(e). J’ai expérimenté cela : les petites mamies qui se baissaient pour caresser E.T. et m’interroger sur son âge… le fleuriste asiatique, qui me croisait lorsque je travaillais dans le quartier, il y a de ça au moins quatre ou cinq ans, et qui se souvenait de moi (!) : « Alors ! Ca fait longtemps ! Tu ne travailles plus ici ?

– Eh non, mais maintenant, j’habite juste à côté ! Mais je ne me lève jamais assez tôt pour descendre faire le marché. »

Dans un grand rire dubitatif : « Ah oui, tu ne te lèves pas avant 14h alors ? »

Mais il n’y a pas que les gens qui m’ont amusée. J’ai goûté le plaisir des formes et des couleurs des fruits et des légumes, les odeurs… tous ces petits tableaux composés sur les étals : les tomates qui crânent dans leurs robes rouge vif à côté des carottes, plus simples et plus discrètes ; les fraises des bois qui rougissent timidement à l’ombre des oranges girondes ; les fromages frais joyeux qui semblent narguer leurs ainés tout secs ; les poulets qui dorent au-dessus des petites pommes de terre pimpantes ; les fleurs et toutes leurs adorables couleurs…

Je ne sais pas pourquoi, mais ce petit instant matinal, vivant et bruyant, à l’extrême inverse de mes deux promenades de la veille, solitaires et paisibles entre les écouteurs de mon lecteur mp3, m’a ravie.

J’ai acheté un petit pot de marguerites pour chez moi : la fleur simple par excellence, mais guillerette aussi… Ne pas se fier à sa modestie trompeuse, sa blancheur faussement innocente. Le coeur jaune sourit avec éclat. N’est-ce pas la fleur que l’on déshabille pour savoir comment l’on est aimé ? Le jeune fleuriste qui travaillait au stand de mon « ami » asiatique était trop mignon pour que je lui résiste. J’ai acheté la première chose qui me faisait de l’oeil. « Ca demande beaucoup d’entretien ? » (je suis une nullité en fleurs) – « Non, il suffit d’arroser quand la terre est sèche. » Bien monsieur. Parfait pour moi qui n’ai jamais eu la main verte.

Après avoir remonté ma baguette (non, pas ma braguette), mon kilo d’oranges, mes petites fleurs et mon chien, je suis partie au second cours de mon stage de claquettes.

Salon

Dans le métro, j’ai failli entrer en collision avec un homme d’un certain âge à qui, polie, j’ai laissé le choix de prendre les banquettes de droite ou de gauche. Galant, il m’a laissé la priorité puis s’est assis juste en face de moi, alors que toutes les places autour étaient libres, avec un grand sourire. Je n’avais pas du tout envie d’entamer une conversation, encore moins avec un type plus âgé, et j’ai évité comme j’ai pu, durant le trajet, son regard insistant, en envoyant un sms à Mimine, en me tordant le cou pour regarder par la fenêtre ou en fermant les yeux pour faire semblant de dormir. A un moment, il a fait tomber tous ses papiers à mes pieds et nos regards ont bien été obligés de se croiser. Je lui ai souri avec perplexité, sans le faire exprès, et me suis vite détournée, noyée dans ma musique, pour couper court à toute tentative de contact de sa part. Heureusement, il est descendu un peu avant moi et je suis restée là, le coeur en suspens.

Puis les claquettes sont arrivées.

Hier, déjà, le plaisir avait été authentique. Bien que je ne sois pas franchement douée, j’éprouve avec cette activité, dont j’avais longtemps rêvé sans jamais oser me lancer (merci Papatte, merci Mimine !), une joie profonde ; comme lorsque je monte à cheval, un sourire béat reste vissé sur mon visage, c’est un moment de bonheur pur, d’amusement total, de décompression absolue.

Pour ce stage, nous (Cuauhtli qui m’accompagnait dans l’aventure et Tif, une collègue de bureau, avec qui j’ai déjeuné à midi) n’avions pas le même prof qu’avec Mimine et Papatte en mars dernier, Allan, qui m’avait beaucoup plu. Retenu par un empêchement, il avait laissé la place à Phil, un type très drôle, adepte des jeux de mots capillotractés à dessein, qui nous a transmis sa passion des claquettes et du rythme sur des musiques swing, groove, salsa… C’était tout simplement génial, deux fois deux heures d’enchantement pour moi, à enchaîner les « step », les « stomp », les « shuffle », les « ball change »… Et puis il faut bien reconnaître qu’un type qui fait des claquettes, c’est un peu comme un type qui aime le fromage et le vin ou qui écrit bien et sans fautes d’orthographe : c’est carrément la classe.

Donc Phil m’a plu, à tel point que j’ai passé quatre heures ce week-end à sourire aux anges, complètement sous le charme. Et qu’il m’a quasiment décidée à m’inscrire l’an prochain à des cours réguliers de claquettes. Du coup, il se pourrait bien que les deux premiers votes du sondage s’avèrent correspondre à mes choix effectifs d’activités à la rentrée prochaine ! Enfin, je me laisse encore un temps de réflexion.

Mais une chose est sûre : il est temps que je fasse des activités « en groupe », c’est-à-dire autrement que seule. J’aime trop ma solitude pour ne pas avoir peur de finir avec elle comme seule amie. Longtemps j’ai détesté apprendre scolairement, qu’on m’impose des méthodes… et me mesurer à d’autres personnes : je préférais découvrir toute seule, bidouiller, triturer dans mon coin – et n’être jamais en position de compétition ; malheureusement, à moins d’être un génie, cette façon de faire montre vite ses limites. Aujourd’hui, même avec quelques facilités ou aptitudes pour certaines choses, il faut bien que je reconnaisse que je suis frustrée par mon petit niveau d’amateur dans tous les domaines qui m’intéressent, le dessin, la photo, le piano… ne parlons pas de la guitare que j’ai grattée trois fois ! Et puis faire toujours tout toute seule n’est pas très « challengeant ». On ne court certes jamais le risque d’être le moins bon mais on n’a également aucun autre repère que soi-même pour progresser et on finit vite par s’asseoir sur ses petits lauriers rabougris.

En septembre, donc, même si je dois m’écorcher les ongles sur le fond de mon porte-monnaie, clairement, je ferai une activité à l’extérieur, avec les autres. Un moment pour moi mais pas qu’avec moi. Je crois que je n’ai plus trop peur d’affronter le jugement des autres… celui qu’on me renvoie depuis quelques temps est plutôt positif et encourageant. Et puis ce sera justement pour moi l’occasion de sortir, de m’aérer, de changer d’air, de faire différentes rencontres, de découvrir des gens qui partagent les mêmes goûts que moi, de côtoyer des personnalités très talentueuses qui m’attireraient à elle. J’en ai tellement marre de végéter avec moi-même. Il me faut quelqu’un qui me motive, LA rencontre (pas forcément sentimentale).

Bref. Voilà mon petit week-end, entre désenchantement et enchantement, désespoir et espoir, tristesse et joie, solitude et multitude, qui s’achève. J’ai fermé mes fenêtres pour échapper à la Fête de la Musique qui porte sa cacophonie jusqu’à chez moi et j’écoute à fond Arabology de Yas (Yasmine Hamdan et Mirwais), un album génial que m’a gravé ma collègue enceinte et qui tourne depuis ce matin dans ma chaîne. Je me sens plus tranquille quoique toujours un peu triste. Mais s’il est heureux, ce qui est le plus important pour moi, je n’ai plus qu’à l’être moi aussi.

Rien de plus que la vie dans sa plus paisible banalité.

(AWSOME GENIUS!)

5 comments / Add your comment below

  1. Le marché c’est pas un truc de maman ! D’ailleurs vu la moyenne d’âge ce serait plutôt un truc de grand-mère… J’essaie d’y aller toutes les semaines depuis que je suis étudiant. Le meilleur moyen de trouver de beaux fruits et légumes à bon prix (enfin vers chez moi).
    Sinon je me reconnais, hélas ! dans les multiples activités autodidactes à piètre niveau…

  2. Valentin >> Super, ça me fait plaisir pour toi 😀
    (Et t’achètes quoi comme fromages ?)

    Med >> Ouais bin je crois que je suis devenue fan du marché aussi ! J’ai acheté des oranges à jus pas trop cher qui donnent 2 fois plus de jus que les oranges de Champignon, c’est cool !
    Quant aux activités, ma foi… Il ne tient qu’à nous pour que cela change !
    Enfin, j’ai vu que tu faisais de la guitare (sûrement mieux que moi) et des sports de glisse, dans lesquels tu sembles quand même vachement bien te débrouiller (j’ai vu la vidéo sur ton blog, lol !)
    D’ailleurs j’ai toujours rêvé de faire du skate (non mais c’est vrai !) Mais je ne connais personne qui en fait autour de moi et toute seule, c’est pas très drôle pour le coup. Si ?

  3. Non, toute seule ce ne sera pas drôle. Et je n’aimais pas l’ambiance sur les spots parisien en vue (à l’époque Bercy, Bastille, palais de Tokyo) où de petits clans se regardaient en chien de faïence. Je préférai de loin les lieux moins à la mode comme Italie 2, la gare de Lyon, la cité U et des endroits improbable entre Vanves et Malakoff. Sans parler de la moyenne d’âge qui est la moitié de la nôtre !
    Je reviens d’un concert de Clutch, vraiment excellent mais ils ne passent pas sur Paris – http://www.myspace.com/clutchband

  4. Med >> Ah oui, ce qui m’a toujours retenue de faire du skate, c’est qu’il faut souvent se balader en bande et que c’est un peu la lose quand tu n’arrives pas à sauter sur ton skate tandis qu’il fait trois tours sur lui-même 🙂 Alors seule, laisse tomber ! 😉
    J’habite juste à côté d’Italie 2 et effectivement, la surface semble idéale. Sauf qu’il y a justement souvent des ados qui font du skate… Je me vois mal essayer là-bas.
    Enfin bon, tant pis, il faut bien savoir renoncer à certaines choses et le skate, je n’y songe plus trop à mon âge (bientôt l’ostéoporose ! HuHu…) Je ferai des claquettes à la place, je crois que ça devrait bien claquer à cet endroit.
    Clutch ? Je ne connais pas, j’irai écouter mais pas ce soir ! Je vois qu’ils passent au Hellfest, like Marilyn Manson… Sympa !
    Gute Nacht (als Du Deutsch sprichst…)

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