Week-end amical et pictural

Ce qu’il y a de bien avec les amis, c’est qu’on a beau râler parce qu’on a parfois l’impression qu’ils s’incrustent un peu, au fond, on est quand même toujours content de les voir.

Ce week-end, Nicolas est venu squatter quatre nuits chez moi (« parce que l’aller-retour était moins cher à ces dates ») – ce qui m’a fait sursauter lorsque je l’ai appris – mais sa compagnie, simple et discrète, s’est révélée finalement très agréable. De toute façon, quatre nuits deux fois par an, on ne peut pas dire que ça empiète tant que ça sur mon espace vital. C’est bien moi, ça : je grogne, je grogne, parce que j’appréhende et en fin de compte, je suis la première à être contente. L’avantage aussi de connaître les gens depuis longtemps, c’est qu’on se sent assez libre pour ne pas passer forcément tout son temps ensemble. Ainsi, tandis que j’invitais mes voisins à l’apéro, Nico allait dîner avec des potes à lui ; et cet après-midi, pendant que je finissais de visiter les salles de peinture du Louvre, il courait voir (et louper) la fin de la finale de Roland-Garros sur la place de l’Hôtel de Ville.

Ces moments de séparation ne nous ont pas empêchés de passer du bon temps tous les deux : malgré une météo moyenne, nous avons fait du Vélib’ tout le samedi après-midi, de Place d’It’ à Passy en passant par Gare de Lyon, Bastille, Châtelet, rue de Rivoli (avec arrêt dans les librairies anglaises Galignani et WHSmith), Champs-Elysées Clémenceau et Trocadéro… pour finir Porte de Saint-Cloud, en bas de chez mon frère, venu nous rejoindre pour un café. Un périple qui nous a bien pris 3h avec changement de vélo toutes les demi heures !

Le soir, nous avons fêté les 27 ans et le nouvel appartement très chouette de mademoiselle Cynthia avec ses amis – dont ses deux prétendants que j’étais fort curieuse de découvrir, ho ho ho – et joué à la Wii, le cadeau que nous lui avons offert – j’ai d’ailleurs mis une pâtée à Nico en boxe et au tennis, mwhahaha… Retour en Vélib’ d’Issy à Place d’It’ en 45 minutes à 2h du matin. Soit près de 4h de pédalage en descentes et en montées dans la journée. Quand Nico m’a proposé de rentrer par ce moyen, j’en ai été vraiment heureuse, redynamisée alors que je pensais tomber de sommeil. Je n’aurais pu faire cela avec personne d’autre, je pense. Nous avons fendu la nuit fraîche sur nos bolides avec un changement de véhicule après la longuissime rue de Vaugirard et avant d’attaquer la grande côte du Boulevard des Gobelins… Un moment super, calme, silencieux, serein dans l’atmosphère différente de la nuit, avec juste une pointe d’effort stimulante sur la dernière ligne droite. J’adore vraiment le vélo en ville (même si j’ai failli me faire tailler un short par un taxi rue de Rivoli aujourd’hui) ; et la nuit plus encore.

Aujourd’hui, après une bonne nuit pour récupérer de tout ce sport (et tous les gâteaux mangés la veille au soir), nous sommes allés au Louvre, toujours en Vélib’. Nous avons déjeuné vers 15h rue Ste Anne, dans une espèce de cantine japonaise ; j’ai essayé de retrouver celle que Kim voulait nous faire découvrir lors de la Nuit des Musées, mais je ne suis pas sûre de ne pas m’être trompée : nous sommes allés dans le restau juste à côté du restau ignoble dans lequel nous avions atterri le 16 mai. C’était bon mais pas à se rouler par terre. En même temps, le katsudon (bol de riz avec du porc pané et un oeuf) n’est sûrement pas le summum de la gastronomie nippone – ni mauvaise. Mais leurs grosses pâtes flottant dans la soupe me font peur et à côté de nous, un couple de Japonais « véritables 100% authentiques » les aspiraient tellement bruyamment que ça nous a un peu dégoûtés. Bon appétit bien sûr !

Au Nemours, où nous avons pris notre café, nous avons vu Jacques Weber (Nicolas : « C’est qui Jacques Weber ? »)…

Nico et moi, 7 juin 2009

Plus rapide que l’éclair, j’ai dégainé mon Lumix et pouf :

Jacques Weber, 7 juin 2009

Il semblait très intéressé par Roland-Garros, je l’ai frôlé alors qu’il regardait la télé en remontant des toilettes… Huuuu !!! (Ah, si ça avait été Didier S., hu hu !)

Il y avait aussi ces deux petites Schtroumpfettes intrigantes à côté de la Comédie Française :

Place Colette, 7 juin 2009

Nous sommes ensuite allés au musée… Bon, c’était plus mon envie que celle de Nico qui n’aime que les impressionnistes-sauf-Monet-qu’il-déteste (sic) et qui veut donc toujours me traîner à Orsay à chaque fois qu’il vient me voir… Cette fois, je n’ai pas cédé, l’Origine du monde, j’aime bien, mais point trop n’en faut, quand même !

Je l’ai donc mené dans les départements de peinture italienne, espagnole et française mais il s’ennuyait tellement que j’ai fini par tout faire au pas de charge, un peu agacée sur les bords et même au-delà, et par le laisser filer, vers 17h, voir sa finale de tennis afin de nous faire à chacun un peu de vacances.
Néanmoins, il a été ravi de voir le Radeau de la Méduse ainsi que la Liberté guidant le peuple. Ouf.

Nico, Louvre, 7 juin 2009

C’est là que je me suis dit (aparté) que je suis carrément soulagée d’aller seule à Rome à la fin du mois. Dire qu’il a failli m’accompagner ! Evidemment, ça aurait été sympa, mais différemment : combien de concessions chacun de nous aurait sans doute dû faire pour l’autre ! En réalité, bien que nous nous aimions beaucoup (pourquoi en fait ?), nous avons des goûts foncièrement différents : aux expos et musées qui l’ennuient royalement, il préfère les balades à pied ou en vélo dans les rues ; d’ailleurs, à la base, ce n’est pas vraiment la ville qu’il aime, mais la nature, les grands paysages où la main de l’homme n’a jamais mis le pied, les randonnées sauvages dans la fière montagne, de refuge sans douche en bivouac sans wc… Moi, c’est tout le contraire. Du coup, je me réjouis de n’avoir personne avec qui m’engueuler dans quinze jours parce que je n’aurai pas pu voir tout ce que je veux voir (fin de l’aparté.)

Bref, après que Nico est parti vivre sa vie sportive, j’ai fini mon après-midi au Louvre, soulagée de me retrouver tranquille, sans sentir derrière moi une réticence ou un manque d’enthousiasme un peu plombants. J’ai découvert avec ravissement tout une partie du Louvre que j’avais toujours volontairement ignorée : les départements peinture. Auparavant, les tableaux m’ennuyaient toujours un peu – ou plutôt m’intimidaient : tout me semblait très « officiel » et ayant une culture extrêmement pauvre en peinture, j’avais une sensibilité en la matière proche de zéro, en dépit de quelques artistes très aimés (Magritte, Gustave Moreau, Edward Burne-Jones et William Blake pour en citer quatre de mes préférés.) J’avais un peu le complexe « trop belle pour moi ». Trop de choses à apprendre, connaître, savoir… la peinture me dépassait et comme j’ai souvent tendance à fuir devant ce qui me dépasse, parce que l’effort et moi ça fait 36, hop, je m’étais toujours dit que la peinture, c’était pas trop mon truc.

Or au Prado à Madrid, Goya et Le Caravage m’ont délivrée de ma « frigidité picturale » ; le déclic, je ne pourrai pas trop l’expliquer, mais voilà, comme Baudelaire a été ma porte d’entrée à la poésie, ils ont été celle menant à la peinture.

Donc au Louvre, je me suis baladée aux 1e et 2e étages avec une curiosité nouvelle et j’y ai passé un moment vraiment fabuleux, sans ressentir aucune lassitude : c’était comme si on m’avait lâchée dans un jardin plein de surprises. J’ai cherché du Caravage et du Goya mais n’en ai bizarrement pas vu (je suis sans doute allée beaucoup trop vite car je n’avais que 2h en tout), en dehors de ce tableau :

Le Caravage - La Diseuse de bonne aventure

J’ai découvert, quelle maligne, les trésors célébrissimes que recèle ce musée et puis d’autres tableaux qui m’ont beaucoup plu aussi, malgré leur côté parfois un peu pouet-pouet : un ou deux Ingres, Atala au tombeau de Girodet-Trioson, les Ombres de Francesca da Rimini et de Paolo Malatesta apparaissent à Dante et à Virgile de Ary Scheffer, la jeune Martyre de Delaroche, Füssli…

J’ai réalisé que, à ce jour, j’aime tout particulièrement :

  • les sujets mythologiques / bibliques / historiques si possible sombres, tragiques et violents (descente de croix, l’Enfer, Salomé et Jean-Baptiste, David et Goliath, le Radeau de la Méduse, bien sûr, mon tableau préféré etc.)
  • le style romantique / néo-romantique, exalté, sensuel, lyrique (avec des corps très expressifs ou alanguis, des paysages à la Caspar-Friedrich…)
  • les visages d’une beauté très classique (type préraphaélite)

Bref… Un style un peu pin-pon, quoi, mais qui parle bien à mon petit coeur mystique et romanesque plein d’émotions. Dans la continuité et la logique de mon goût pour Blake, Burne-Jones ou Gustave Moreau, en fait. Tout cela se tient bien.

Mais il y a plein d’autres trucs qui m’ont plu aussi, à côté de cette peinture-là, même si c’est celle, j’ai remarqué, qui me fait très souvent m’arrêter, comme une enfant devant un livre d’images fascinantes.

Du coup, j’ai hâte de retourner au Louvre, toujours gratuitement, dans un mois ! Parce que là, j’ai pris plein de photos (très moches, mais pour me souvenir de ce que j’aime) et j’ai oublié la moitié des noms…

Voili-voilou pour ce week-end, partagé entre le grand air (pollué) et le musée, le sport et la culture, les amis et la tranquillité. De bonne humeur pour reprendre le boulot tout à l’heure !

12 comments / Add your comment below

  1. j’ai vu quelque chose qui t’aurai beaucoup plu aujourd’hui,

    en traversant les buttes chaumont pour aller voter,j’ai vu qu’il y avait la bas une sorte de fete à neu neu bien pourrav

    – un cours improvisé de danse genre « magik system »

    – des gens qui faisaient du faux tai-chi bidon facon new age années 80

    -deux filles asiatiques looké facon tila tequila (si tu connais pas,ca veut dire pute) qui se faisait photographier sous la cascade par une vieille folle

    -et une bande de plouc qui voulait se lancer (je crois ) dans le theatre contemporain et qui se contorsionnai sur les rochers

    bref tu a vu des choses plus interessante lol

  2. WOW, ça c’est du week end productif !!
    Il est où ce café Nemours ?? (peut-être qu’on pourrait y croiser Didier ??!)
    🙂

    Par contre, on avait fait les peintures ensemble au Louvre si je ne m’abuse ?! Et je me souviens de notre arrêt devant Atala ! (déjà 🙂

    Je suis partante pour le prochain dimanche de gratuité ! 🙂

  3. Valentin >> Tu te moques, mais j’adore les fêtes à neuneu, d’ailleurs il y a 2 ou 3 ans, j’étais allée faire de la gym suédoise et du tai chi avec le programme Vittel’ité (ou un truc de ce goût) sur les quais de Seine et c’était SUPER RIGOLO ! Hé Hé Hé…

    Thia >> Bon courage sous la pluie. Je ne suis jamais retournée chez Disney depuis… 1998 au moins ! Tu me diras si c’est bien, l’Ascenseur de la Terreur !…

    Papatte >> Café Nemours, place Colette, juste à côté de la Comédie Française, de l’hôtel du Louvre, de la boutique de figurines BD-hyper-chères (là où mon frère a acheté ma statue Tintin en résine, je crois, et où il m’achètera le Capitaine Haddock grandeur nature quand il sera très riche – il m’a promis !), les Jardins du Palais Royal… Bref… Compter 2,80€ le café (ouch), mais c’est moins pire qu’aux Deux Magots (plus de 4€ l’expresso, je m’en souviendrai toute ma vie, hu hu !) Un endroit sympathique, assez prout-prout, mais de temps en temps, c’est bien d’être prout-prout.
    J’y avais vu un jour Eric Ruff (sociétaire de la Comédie Française) et Cuauh : Lionel Jospin et sa femme ! Je ne sais pas si Didier fréquente cet endroit, it would be funny!

    C’était avec toi Atala ? Et c’était avec toi aussi alors Endymion (l’éphèbe imberbe efféminé langoureusement allongé sous un rayon de lune du même Girodet ? Hi Hi Hi…) Il me semblait que c’était avec Valentin, ou peut-être qu’en fait, je les ai vus à chaque fois, mais comme je me fichais un peu de la peinture, ça m’avait moyennement marquée…

    Prochaine virée au Louvre dimanche 5 juillet, si possible plus tôt dans l’après-midi (genre 14h30) avec au programme : re-peinture italienne / française / espagnole (1e étage) et école du Nord / peinture flamande et allemande (2e étage) pas mal non plus (tout une salle impressionnante de délire Rubensien pour Marie de Medicis !) Ca te dit ?

    Et après, on passera à la seconde moitié du XIXe siècle (Impressionnistes, Symbolistes… à Orsay !) Youhou !

  4. Je dois me situer quelque part entre vous deux je pense, mais si je devais choisir sous la menace d’un flingue sur la tempe, je répondrais à l’appel de la Nature sans doute…
    Cela dit, j’ai des goûts assez similaires en peinture; et niveau noirceur, j’ajouterais Goya à la liste évidemment non exhaustive.
    Ça m’a l’air bien intéressant sinon cette petite virée culturelle du 5 juillet…

  5. Micky >> On se réveille, Micky ! Goya est devenu l’un de mes peintres préférés depuis Madrid ! 😉 D’ailleurs, je me roule par terre de déception d’avoir loupé l’expo sur Goya graveur, qui semblait magnifique.
    Si tu es là le 5 juillet, joins-toi à nous !
    Quant à la nature… Moi je l’aime avec des ponts, des viaducs, des constructions humaines… En tout cas un minimum de présence humaine, sinon, je stresse 😀

  6. Et un tampon usagé abandonné par une quelconque randonneuse, ça compte comme présence humaine? ^^

    J’ai rien contre les constructions humaines non plus, bien au contraire, pour peu qu’elles soient parfaitement intégrées au paysage. J’ai un faible pour les ruines en pierre au milieu de la végétation… autant en vrai qu’en peinture d’ailleurs.

    Je le note pour Goya.

  7. J’aime bien cette petite once de trash que tu apportes à ce blob, cher Micky. C’est frais, c’est espiègle, c’est hmmm !
    Avant d’être des ruines, j’imagine que celles-ci étaient de vrais monuments.
    Au fait, ce week-end, Nicolas m’a parlé du Palais du Facteur Cheval qu’il avait trouvé impressionnant, et ping, un jour plus tard chez Mona Lisait, je tombe sur un livre sur le sujet. Eh bah c’est assez grandiose je dois dire !
    Je pense que ça te plairait : CLIC CLIC pour voir le Palais !

  8. Muy kitsch, certes, mais il paraît que le bonhomme a construit tout son palais avec des cailloux qu’il ramenait dans ses poches ! Ain’t it crazy?
    Moi je trouve ça dingue et donc beau ! Regarde, il a même fait des petites décorations, des statues… C’est pas la maison en briques du troisième petit cochon…

  9. Oui oui, c’est carrément dingue!!! Moi même j’ai toujours rêvé de construire un truc dans le genre, si j’avais mon petit lopin de Terre, genre une cité elfique, quelque part, dans une forêt…

    Il avait une femme, dans tout ça?

  10. Et oui la Tour de la Terreur c’est grave bien , en + les grooms jouents à fond ler rôles pour nous faire peur.
    Aerosmithi aussi c’est cool !! On a fait toutes les attractions à sensations, et on a trop mangé j’ai falli rendre mon quatre heure glups !

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