Tosca – Giacomo Puccini

Mise en scène de Werner Schroeter (1994)

De retour de l’opéra, eh oui, encore !

Par un concours de circonstances indépendant de notre volonté, Môman, Pôpa et moi étions ce soir « invités » à voir Tosca par l’Opéra Bastille… Enfin ! « invités » est un bien grand mot puisqu’en fait, ces braves gens avaient débité deux fois le prix des trois places que Môman nous avait offertes pour Madame Butterfly en février dernier et comme ils ne remboursent pas (à 90€ la place, autant dire qu’elle l’a senti passer !), ils lui ont proposé de la dédommager avec Tosca. Du coup, je me suis retrouvée invitée une deuxième fois (trop cool !) et ce soir, nous étions assis à des places vraiment parfaites, pile en face de la scène, ni trop près, ni trop loin, le peuple était content.

Normalement, j’avais un autre impératif mais comme mon frère n’est absolument pas intéressé par l’opéra (même quand on l’y invite, le fou !) et que Môman n’avait trouvé personne pour lui racheter une seule place, j’ai finalement été obligée d’y aller.

Je dis « obligée » car, au départ, je n’étais pas spécialement enthousiaste. En ce moment, je fais en effet une overdose de sorties culturelles ; je crois que ces derniers mois j’ai abusé : j’avais à peine le temps d’apprécier un spectacle que, deux ou trois jours plus tard, un autre se profilait ; tout s’accumulait, se mélangeait dans mon esprit. Il y a une dizaine de jours, si l’on m’avait demandé de parler d’un spectacle en particulier m’ayant spécialement marquée, j’aurais été incapable de répondre sans venir d’abord regarder les archives de ce blog pour me souvenir d’une seule chose vue. Je vis dans un magma bourbeux de sensations et d’émotions confuses, d’où plus rien n’émerge ni ne se détache.

En outre, j’avais lu ici et là nombre de critiques très négatives sur la mise en scène de Werner Schroeter et la distribution. Et comme il paraît que le directeur de Bastille, Gérard Mortier, déteste Puccini et, d’une manière générale, les opéras « populaires », c’est-à-dire acclamés par le public, je redoutais vraiment le pire et bref, la perspective d’aller à l’opéra ne m’enchantait guère.

J’avais tort de renâcler : j’ai beaucoup aimé. Beaucoup beaucoup beaucoup – de la mise en scène aux deux voix principales ! Ce soir, nous avions droit à la distribution du groupe A : Adina Nitescu composait une Tosca plus qu’honorable, malgré les critiques souvent dures à son encontre (alors qu’elle était bien meilleure que la Madame Butterfly de février) quant à Aleksandrs Antonenko en Cavaradossi, qui ne m’avait pas du tout convaincue au début, il m’a donné des frissons d’émotion au troisième acte !!! James Morris en Scarpia était moins sadique qu’il n’aurait sans doute du l’être, un peu trop engoncé dans son costume, néanmoins, tous trois ont assuré jusqu’au bout un spectacle d’une très belle tenue.

Personnellement, j’ai trouvé la mise en scène vraiment belle, puissamment visuelle avec une fin de premier acte grandiose sur le « Te deum » ; tout le deuxième acte m’a beaucoup plu et impressionnée par son intensité dramatique, soulignée par la sobriété et la noirceur du décor, qui m’a un peu évoqué les atmosphères très appuyées du Caravage (ce n’est évidemment que mon ressenti et j’aime bien faire des ponts entre ce que j’aime, donc désolée pour ceux que ma comparaison peut-être audacieuse pourrait choquer.) Le solo de la Tosca « Vissi d’arte » était vraiment très très bien (d’après mes parents, juste « bien », mais c’était déjà « très bien ») (vous suivez ?) et les applaudissements qui ont salué la performance m’ont semblé mérités. Enfin, le troisième acte m’a complètement saisie : si j’avoue ne pas avoir trop compris la scène avec le soldat mort (?), ces trente dernières minutes m’ont procuré une sincère émotion, notamment lorsque Cavaradossi entonne la sublime aria « E lucevan le stelle » – même une pierre en tremblerait, tellement c’est beau. Même l’espèce d’ange en plâtre immense soudain dévoilé au-dessus de la scène tragique fait son petit effet, malgré son côté un peu kitsch. La mort de Cavaradossi et le saut final de la Tosca dans le vide sont deux grands moments intenses, rapides, violents, qui laissent un peu pantois.

C’était donc ma première Tosca (je ne connaissais même pas le livret avant que Môman ne nous le rappelle brièvement) et j’ai été finalement enchantée de ma soirée. Je n’ai pas pleuré, peut-être parce que, contrairement à d’autres livrets, l’intrigue ici est plus « sèche » (si vous voulez la connaître, cherchez sur wikipedia, c’est très bien expliqué) et les personnages meurent tous assez rapidement sans avoir le temps de se lamenter dans de grands airs. Du coup, quand la tragédie survient, eh bien c’est déjà fini, le rideau est tombé, on est juste tout ébahi d’avoir assisté à trois décès en moins de trois heures. Mais j’ai ressenti beaucoup de plaisir et ai été presque bouleversée par le solo d’Aleksandrs Antonenko. Et j’ai trouvé la musique beaucoup plus « accessible » et « mélodieuse » que celle de Madame Butterfly.

  • Tosca de Giacomo Puccini, mise en scène : Werner Schroeter
  • Vu le mardi 2 juin 2009 à l’Opéra Bastille

3 comments / Add your comment below

  1. Huuuh, je viens de regarder un paquet de vidéos sur Youtube de « E lucevan le stelle », de Pavarotti à Alagna en passant par Caruso, Björling, Di Stefano, Carreras et Domingo (et même Michael Bolton, lol ! Manque plus que Pagny !)
    C’est drôle les différences d’interprétation et de tessitures de voix, chacun a son style… Et surtout de lire les « bagarres » de fans dans les commentaires, chacun défendant son préféré…
    Eh bien moi, mon préféré est Di Stefano, suivi de très près par Jussi Björling et Corelli puis Pavarotti (ces quatre-là dans un mouchoir de poche) et après : Domingo, Alagna et Carreras à peu près ex-aequo !
    La version de Caruso est vraiment très ancienne, difficile quand même de se faire au côté un peu « old school » et la qualité médiocre du son (cela dit, « una furtiva lacrima » par Caruso est un monument !)

  2. Bon, je vais poster un commentaire histoire que tu ne sois pas la seule à commenter tes propres posts 😀

    Enfin juste pour dire que j’y connais rien à l’opéra à part une scène dans Pretty Woman, et la meuf bleue dans le 5ème aliment interpréter un passage de Lucia Di Lammermoor. Et peut-être quelques passages de La Traviata aussi.

    Ah, tant de choses à découvrir, une vie ne suffira jamais! Heureusement que le Nemo blogo est là 😀

  3. Oh je pense que tu dois connaître quand même pas mal de grands airs d’opéra, ils ont souvent servi pour des pubs… de jambon par exemple ! 😉
    La meuf bleue dans « Le 5e élément », c’est la scène du film que j’avais préférée. Pour le reste, j’avais trouvé ça assez naze, mais comme l’ensemble de l’oeuvre, hum, de Besson (« Grand Bleu » compris.) D’ailleurs, cette meuf bleue, je crois que c’était Maiwenn Le Besco, nan ?

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