Mon cher Emmanuel, Manu, Manolo, Manolito…

Mon cher ami, plus simplement…

Ce matin, en sortant de chez le client, mon collègue Xave, la cinquantaine débonnaire bien tassée, avise la standardiste de l’accueil et lui lance chaleureusement : « Alors, vous travaillez ici aussi ? Vous êtes à Montrouge d’habitude… »

La femme, qui ne nous remet pas dans la mesure où ne nous sommes pas si souvent allés à Montrouge, le regarde, étonnée  : « Oui, en effet ! C’est gentil de vous souvenir de moi… »

Xave, avec un grand sourire amical : « Eh oui, on est comme ça, nous… », la laissant visiblement touchée.

Une fois dehors, il se tourne vers moi et avec un gros clin d’oeil polisson : « Alors, elle, je m’en souviens parce que c’est attention, nichons au balcon !!! »

J’avoue. J’en rigolais encore à l’arrière de sa moto.

*     *     *

– Et du coup, voici l’une des pubs préférés de mon frère et moi quand nous étions petits et qui nous faisait pleurer de rire :

Aujourd’hui, je me suis levée tôt. En effet, ce week-end, j’étais de « dog-sitting » : mon frère et sa copine étant invités à une grosse soirée en province, ils m’avaient confié E.T. et j’ai donc passé deux jours entre les poils de chien et de chat, atchoum.

Comme hier matin, afin de pouvoir promener un peu la bestiole avant d’aller à mon stage de claquettes, je me suis réveillée à 7h30 et ma foi, je dois dire que j’ai trouvé cela plutôt plaisant. Sur le boulevard, en bas de chez moi, le marché commençait à s’animer doucement. Les bruits de la foule et de l’activité parvenaient peu à peu jusques à mes fenêtres, à travers lesquelles se faufilait déjà un jour radieux. Pour une fois, rare, j’étais levée avec la vie.

J’avais hâte de sortir, de me bouger, de me laisser effleurer doucement par les rayons du soleil si versatile ces derniers temps. Hier après-midi, puis vers 23h, j’avais déjà fait avec E.T. deux longues balades de plus d’une heure, de part et d’autre de chez moi, et ces sorties m’avaient aéré le corps autant que l’esprit.

Vers 9h et quelques, je suis donc descendue avec la chienne et ai entrepris d’arpenter le marché au mille sons et odeurs.

Habituellement, je déteste le marché. Il y a tellement de choix que, dès que je sors pour acheter à manger, je remonte finalement avec des fleurs puisque je n’ai su me décider sur rien ; mais surtout, « faire le marché », était jusqu’à présent pour moi synonyme de vie d’adulte ennuyeuse : « ça fait Maman ». Evidemment, cette vision est complètement absurde mais c’est vrai, je n’avais jamais vu l’intérêt d’aller me balader de stands en stands criards avec ma botte de poireaux dépassant d’un cabas de mamie.

Ce matin, je ne sais pas si j’avais absolument besoin de trouver le monde beau et attrayant, toujours est-il que j’ai pris un plaisir nouveau à déambuler tranquillement entre les choux-fleurs et les brocolis. Peut-être que je vieillis et que je m’accomode mieux des petites récréations que peut offrir la vie. Mais le marché m’a soudain semblé un lieu vivant, amusant, presque touchant…

Déjà, j’adore regarder les gens, c’est une activité dont je ne me lasserai jamais. Tous ces visages, différents mais dont les traits se répondent parfois, imperceptiblement, au détour d’une mimique qui rapelle un visage connu… Le plaisir insaisissable d’échanger un regard, un sourire de sympathie spontanée, voire quelques mots anodins avec un ou une inconnu(e). J’ai expérimenté cela : les petites mamies qui se baissaient pour caresser E.T. et m’interroger sur son âge… le fleuriste asiatique, qui me croisait lorsque je travaillais dans le quartier, il y a de ça au moins quatre ou cinq ans, et qui se souvenait de moi (!) : « Alors ! Ca fait longtemps ! Tu ne travailles plus ici ?

– Eh non, mais maintenant, j’habite juste à côté ! Mais je ne me lève jamais assez tôt pour descendre faire le marché. »

Dans un grand rire dubitatif : « Ah oui, tu ne te lèves pas avant 14h alors ? »

Mais il n’y a pas que les gens qui m’ont amusée. J’ai goûté le plaisir des formes et des couleurs des fruits et des légumes, les odeurs… tous ces petits tableaux composés sur les étals : les tomates qui crânent dans leurs robes rouge vif à côté des carottes, plus simples et plus discrètes ; les fraises des bois qui rougissent timidement à l’ombre des oranges girondes ; les fromages frais joyeux qui semblent narguer leurs ainés tout secs ; les poulets qui dorent au-dessus des petites pommes de terre pimpantes ; les fleurs et toutes leurs adorables couleurs…

Je ne sais pas pourquoi, mais ce petit instant matinal, vivant et bruyant, à l’extrême inverse de mes deux promenades de la veille, solitaires et paisibles entre les écouteurs de mon lecteur mp3, m’a ravie.

J’ai acheté un petit pot de marguerites pour chez moi : la fleur simple par excellence, mais guillerette aussi… Ne pas se fier à sa modestie trompeuse, sa blancheur faussement innocente. Le coeur jaune sourit avec éclat. N’est-ce pas la fleur que l’on déshabille pour savoir comment l’on est aimé ? Le jeune fleuriste qui travaillait au stand de mon « ami » asiatique était trop mignon pour que je lui résiste. J’ai acheté la première chose qui me faisait de l’oeil. « Ca demande beaucoup d’entretien ? » (je suis une nullité en fleurs) – « Non, il suffit d’arroser quand la terre est sèche. » Bien monsieur. Parfait pour moi qui n’ai jamais eu la main verte.

Après avoir remonté ma baguette (non, pas ma braguette), mon kilo d’oranges, mes petites fleurs et mon chien, je suis partie au second cours de mon stage de claquettes.

Salon

Dans le métro, j’ai failli entrer en collision avec un homme d’un certain âge à qui, polie, j’ai laissé le choix de prendre les banquettes de droite ou de gauche. Galant, il m’a laissé la priorité puis s’est assis juste en face de moi, alors que toutes les places autour étaient libres, avec un grand sourire. Je n’avais pas du tout envie d’entamer une conversation, encore moins avec un type plus âgé, et j’ai évité comme j’ai pu, durant le trajet, son regard insistant, en envoyant un sms à Mimine, en me tordant le cou pour regarder par la fenêtre ou en fermant les yeux pour faire semblant de dormir. A un moment, il a fait tomber tous ses papiers à mes pieds et nos regards ont bien été obligés de se croiser. Je lui ai souri avec perplexité, sans le faire exprès, et me suis vite détournée, noyée dans ma musique, pour couper court à toute tentative de contact de sa part. Heureusement, il est descendu un peu avant moi et je suis restée là, le coeur en suspens.

Puis les claquettes sont arrivées.

Hier, déjà, le plaisir avait été authentique. Bien que je ne sois pas franchement douée, j’éprouve avec cette activité, dont j’avais longtemps rêvé sans jamais oser me lancer (merci Papatte, merci Mimine !), une joie profonde ; comme lorsque je monte à cheval, un sourire béat reste vissé sur mon visage, c’est un moment de bonheur pur, d’amusement total, de décompression absolue.

Pour ce stage, nous (Cuauhtli qui m’accompagnait dans l’aventure et Tif, une collègue de bureau, avec qui j’ai déjeuné à midi) n’avions pas le même prof qu’avec Mimine et Papatte en mars dernier, Allan, qui m’avait beaucoup plu. Retenu par un empêchement, il avait laissé la place à Phil, un type très drôle, adepte des jeux de mots capillotractés à dessein, qui nous a transmis sa passion des claquettes et du rythme sur des musiques swing, groove, salsa… C’était tout simplement génial, deux fois deux heures d’enchantement pour moi, à enchaîner les « step », les « stomp », les « shuffle », les « ball change »… Et puis il faut bien reconnaître qu’un type qui fait des claquettes, c’est un peu comme un type qui aime le fromage et le vin ou qui écrit bien et sans fautes d’orthographe : c’est carrément la classe.

Donc Phil m’a plu, à tel point que j’ai passé quatre heures ce week-end à sourire aux anges, complètement sous le charme. Et qu’il m’a quasiment décidée à m’inscrire l’an prochain à des cours réguliers de claquettes. Du coup, il se pourrait bien que les deux premiers votes du sondage s’avèrent correspondre à mes choix effectifs d’activités à la rentrée prochaine ! Enfin, je me laisse encore un temps de réflexion.

Mais une chose est sûre : il est temps que je fasse des activités « en groupe », c’est-à-dire autrement que seule. J’aime trop ma solitude pour ne pas avoir peur de finir avec elle comme seule amie. Longtemps j’ai détesté apprendre scolairement, qu’on m’impose des méthodes… et me mesurer à d’autres personnes : je préférais découvrir toute seule, bidouiller, triturer dans mon coin – et n’être jamais en position de compétition ; malheureusement, à moins d’être un génie, cette façon de faire montre vite ses limites. Aujourd’hui, même avec quelques facilités ou aptitudes pour certaines choses, il faut bien que je reconnaisse que je suis frustrée par mon petit niveau d’amateur dans tous les domaines qui m’intéressent, le dessin, la photo, le piano… ne parlons pas de la guitare que j’ai grattée trois fois ! Et puis faire toujours tout toute seule n’est pas très « challengeant ». On ne court certes jamais le risque d’être le moins bon mais on n’a également aucun autre repère que soi-même pour progresser et on finit vite par s’asseoir sur ses petits lauriers rabougris.

En septembre, donc, même si je dois m’écorcher les ongles sur le fond de mon porte-monnaie, clairement, je ferai une activité à l’extérieur, avec les autres. Un moment pour moi mais pas qu’avec moi. Je crois que je n’ai plus trop peur d’affronter le jugement des autres… celui qu’on me renvoie depuis quelques temps est plutôt positif et encourageant. Et puis ce sera justement pour moi l’occasion de sortir, de m’aérer, de changer d’air, de faire différentes rencontres, de découvrir des gens qui partagent les mêmes goûts que moi, de côtoyer des personnalités très talentueuses qui m’attireraient à elle. J’en ai tellement marre de végéter avec moi-même. Il me faut quelqu’un qui me motive, LA rencontre (pas forcément sentimentale).

Bref. Voilà mon petit week-end, entre désenchantement et enchantement, désespoir et espoir, tristesse et joie, solitude et multitude, qui s’achève. J’ai fermé mes fenêtres pour échapper à la Fête de la Musique qui porte sa cacophonie jusqu’à chez moi et j’écoute à fond Arabology de Yas (Yasmine Hamdan et Mirwais), un album génial que m’a gravé ma collègue enceinte et qui tourne depuis ce matin dans ma chaîne. Je me sens plus tranquille quoique toujours un peu triste. Mais s’il est heureux, ce qui est le plus important pour moi, je n’ai plus qu’à l’être moi aussi.

Rien de plus que la vie dans sa plus paisible banalité.

(AWSOME GENIUS!)

Je suis là, seule dans ma chambre, allongée sur mon lit dans l’obscurité silencieuse de la nuit, l’âme vidée plus qu’allégée, exténuée. Je n’attends plus rien, je n’espère plus rien. Je suis dépeuplée. Jamais mon esprit et mon cerveau ne m’ont paru plus désertés de toute pensée. Je crois bien que je souffre mais je n’en suis pas complètement sûre. Je me sens triste à pleurer et pourtant, aucune larme ne vient faire battre mes paupières. Il me semble que ça me soulagerait, pourtant, de me libérer aussi simplement de ce trop plein d’émotions et tensions accumulées depuis des mois. Mais je suis comme asséchée de l’intérieur. Pourtant, j’ai dû écouter toutes les chansons les plus mélancoliques de ma discothèque depuis cet après-midi !… Est-ce qu’il me reste un coeur ?

Je ne sais même plus ce que je dois penser de tout ça, si je dois me réjouir ou m’affliger.

Je suis comme toujours déchirée entre ce vers quoi mes sentiments, trop souvent exaltés, me poussent et ce que me dicte la raison, violente et impérieuse. Celle-ci m’affirme que tout est bien ainsi et que le plus beau est sauvegardé. Mais les sentiments sont toujours là, eux, brûlants comme des flammes douloureuses. Et puis je ne peux m’empêcher de m’inquiéter pour lui… alors que je suis complètement inutile au fond.

Je me sens toute émiettée et cassante (comme une vieille biscotte rassie, oui.)

J’imagine que tout cela va s’atténuer avec le temps.

On ne meurt pas si facilement de désillusion… ce qui serait tout de même beaucoup plus romanesque.

Stéphane Guillon

Grâce à Stéphane Guillon, je me suis fait arrêter ce matin à l’agence par trois personnes (dont le nouveau dont je parlais hier) qui ont vu hier mon formidable passage de quelques secondes à « Envoyé Spécial » et qui ont été surpris et amusés de me reconnaître par hasard au détour d’un reportage. Hi Hi !

Voici le reportage en question et j’apparais à la 30ème minute pile, au Salon du Livre ! Hermine est visible quelques secondes derrière moi.

Bon, ils n’ont effectivement gardé que le côté « youpie-cool-j’adore-Stéphane-de-bon-matin » et zappé ma réponse à la question « vous pensez qu’on a besoin de gens comme lui en cette période ? », dans la mesure où je n’avais pas trop envie de rentrer dans le débat crise-Sarko-censure.

Voili-voilou, c’est rigolo mais ça me fait bizarre de me voir avec cette tête (un peu ravie de la crèche quand même, alors que j’étais vraiment prise par surprise.)

ENVOYÉ SPÉCIAL DU 18 JUIN 2009

*     *     *

Bon, sinon, il va falloir que je fasse attention, l’un de mes collègues de bureau vient de me dire : « Il faudra que tu me montres un jour tout ce que tu fais… » – Moi : « C’est-à-dire ? » – Lui : « Bah je vois que tu touches à plein de choses, ça m’intéresse… »

J’ai bien été obligée de lui dire : « Hum, ce n’est pas toujours pour le boulot en fait, hein. » (Vu qu’entre deux dossiers, je mets à jour ce blog, je coupe des sons de podcast, je bidouille des images… hum…)

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