La Cerisaie

d’Anton Tchekhov, mise en scène d’Alain Françon

au Théâtre National de La Colline, jusqu’au 10 mai 2009

Pièce aux accents d’adieu, pour de multiples raisons : ultime oeuvre de Tchekhov, rongé par la tuberculose lorsqu’il y apposa le point final ; ultime mise en scène d’Alain Françon, qui laisse les rennes de la Colline à Stéphane Braunschweig ; ultime rôle de Jean-Paul Roussillon, réellement fatigué et affaibili, endossant le costume émouvant du vieux serviteur, Firs ; et puis, bien sûr, le thème de la pièce : la fin d’un monde et plus généralement le temps qui passe et emporte avec lui les êtres, les choses et les époques.

Car la Révolution se profile sous les traits de l' »éternel étudiant » Petia, qui balaiera sans doute Lopakhine, le fils de Moujik devenu riche à force de travail, comme celui-ci a arraché à la fameuse Cerisaie qui donne son titre à l’oeuvre un frère et une soeur ruinés, symboles d’une aristocratie oisive et insouciante sur le déclin.

Tchekhov prétendait que La Cerisaie était une comédie, voire une farce. Il est vrai que l’on rit, bien souvent. Mais d’un rire doux amer, qui se tait peu à peu, étreint d’émotion, en même temps que baisse la lumière à la fin du dernier acte.

Alain Françon réussit parfaitement à rendre cette atmosphère élégamment désespérée en montant un spectacle à la beauté très classique, tout en finesse. On pourrait y voir une certaine froideur ; j’y ai plutôt senti de la pudeur : ici, la tristesse la plus profonde se pare de dignité, même dérisoire.

La scénographie est somptueuse : inspirée des indications d’époque de Stanislasvki, elle occupe, durant quatre tableaux très esthétiques, la scène immense de la grande salle. Des décors naturalistes, superbes (mention spéciale au bal du troisième acte – on pense presque à Visconti), aux lumières, magnifiques et subtiles (ah ! ce crépuscule lors du deuxième acte), en passant par les costumes, la musique slave et les bruitages (bruits de hache abattant les cerisiers), tout sert merveilleusement une troupe à l’unisson qui donne, de façon très émouvante, corps à la partition tchekhovienne, cette musique si particulière qui oscille entre légèreté et gravité, rire et larmes, joie et mélancolie.

Les comédiens sont en effet remarquables : Jérôme Kircher (déjà vu dans La Mouette, mise en scène par Philippe Calvario en 2002 aux Célestins), avec son débit heurté singulier, rend touchant son personnage de nouveau riche, à la fois brusque et maladroit, travailleur et ambitieux, incrédule et heureux d’avoir racheté la propriété dans laquelle ses ancêtres avaient à peine le droit d’entrer. Le grand (et toujours beau !) Didier Sandre et Dominique Valadié le sont tout autant, dans les rôles du frère et de la soeur déchus, frivoles, infantiles et pourtant tellement attachants. Le premier (heureusement rescapé de la désastreuse Danse de mort de Strinberg) laisse ici éclater tout son talent : dandy précieux un peu ridicule, il est génial de futilité puérile et distinguée et laisse sourdre avec délicatesse la vulnérabilité de son personnage ; la seconde est formidable en mère un peu fofolle mais irrémédiablement marquée par la mort de son fils, épicurienne nostalgique et prodigue, qui dilapide son argent comme elle aime, sans compter. Les autres ne sont pas en reste : on notera les belles compositions du comédien qui joue Petia (je n’ai pas son nom sous les yeux) et de Jean-Paul Roussillon, assez bouleversant en vieux domestique oublié de tous, fragile et vacillant comme le monde dont il est l’un des derniers représentants.

Le spectacle est visuellement de toute beauté, sans prétention mais ambitieux, émouvant comme on aimerait que le théâtre le soit plus. Que vous soyez ou non amateur d’art théâtral, ce serait triste que vous passiez à côté de cette lumineuse création.

  • La Cerisaie d’Anton Tchekhov, mise en scène : Alain Françon
  • Vu le mardi 14 avril 2009 au Théâtre de la Colline (Paris)

Krach

Y’a un truc que j’aime vraiment, mais vraiment pas, dans ma vie : c’est recevoir un appel de ma banque, en début de mois, quelques jours après avoir reçu ma paie mensuelle, pour m’entendre dire d’un ton désolé : « Vous savez que vous avez dépassé votre découvert autorisé ? »

Je préfère même pas tenter d’évaluer à moins combien je suis, quand je pense que ce découvert avait été augmenté.

Et comment je vais faire, moi ?!?! EDF doit encore me retirer 200€ dans deux jours, en même temps que les impôts !

Franchement, je comprends qu’on puisse se suicider pour des questions d’argent. C’est totalement désespérant.

Je vous préviens, je ne vois personne durant tout le mois : je sors p’us, je mange p’us.

A votre avis, c’est mieux la Rue Saint-Denis ou le Bois de Boulogne ???

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