Oedipe roi

Gnnnn… Je viens de passer deux heures à m’écorcher les yeux sur les photos miniatures de 75 pages de Myspace et 30 pages de Facebook pour essayer de retrouver complètement au hasard ce charmant jeune homme, étudiant, lycéen (bon, en tout cas, il était jeune et probablement bien plus que moi) qui m’a conseillé ce CD de rock hongrois.

Après être devenue presbyte, je crois que je vais m’en tenir à ma deuxième idée : écrire au magasin de disques pour le remercier. La première idée, c’était, sur place et ce soir-là, de lui demander son mail pour lui dire ce que j’en aurais pensé après écoute. Mais bien sûr, j’ai merdoyé.

Ils vont rire les mecs qui vont recevoir l’enveloppe : « To the half-shaved headed guy with two piercings on the lower lip who sold a French girl the Tankcsapda CD on March 28th. »

Parlement

De retour de Budapest où nous avons, Mimine et moi, passé un week-end excellent.

Arrivée jeudi soir, reparties ce matin. Au final, nous n’avons réellement passé que deux jours pleins à découvrir cette ville étrange et étrangère. C’était un peu court, peut-être : un jour de plus nous eût permis de visiter confortablement les quelques autres lieux remarquables que nous avons loupés ; ce fut toutefois suffisant pour que Mimine réalisât à quel point, NON ! je ne suis PAS facile à vivre : j’ai boudé tout l’après-midi d’hier dans la rue parce que je ne trouvais pas de Poste ouverte pour envoyer ma quinzaine de cartes*… (alors qu’il suffisait de demander à l’hôtel de s’en charger, Hi Hi, sacrée moi…)

Bon, j’ai clairement été chiante une (petite) partie de la journée (et je m’en excuse maintenant, là) (mais en même temps, ça fait con d’envoyer des cartes de Hongrie de France, merde quoi !), mais pas tout le week-end néanmoins.

D’ailleurs, Mimine ne me contredira pas si je dis que nous avons rigolé, mais rigolé à en pleurer, sur tout et n’importe quoi pendant ces 48h, du petit déjeuner au dîner. Nous avons le tourisme ludique. Et même si elle a passé beaucoup de temps, aussi, à attendre patiemment que je prenne mes cinq cents photos – avec l’argentique, avec le numérique, en couleurs, en noir et blanc (par bonheur pour elle, je n’avais plus de place pour trimballer mon pola et par malheur pour moi, je n’ai pas eu le temps de trouver des piles pour le Lomo que j’ai acheté sur place) -, j’ose avancer que ma compagnie lui a tout de même été plaisante.

Pour ma part, j’ai adoré ce petit séjour, même si j’ai un peu ronchonné et prétendu avoir trouvé la ville moche. Il faut encore que je debriefe avec moi-même les points positifs et négatifs de cette Europe de l’Est qui était à mes yeux, il y a encore quelques mois, un endroit du monde absolument anti-glamour, pour pouvoir en parler le plus justement possible.

Pour être honnête, Budapest ne serait pas une destination que je conseillerais en priorité, au vu de toutes les villes magnifiques qui existent autour, dans un rayon plus ou moins étendu (Prague, Vienne…), à moins d’être particulièrement nostalgique de l’Empire austro-hongrois ou du Communisme : dans ces cas-là, vous serez servi en style pompier-pouetpouet-tartalacrème (le plus souvent décrépi) et en bâtiments gris, tristes et symétriques comme des prisons… Hormis le quartier du Château, mignon mais kitsch et surtout, le beau Danube bleu, au bord duquel se dresse fièrement le Parlement, au style néogothique qui n’est pas sans évoquer le Parlement de Londres, je n’ai pas été franchement émerveillée.

Maintenant, avec le recul et en triant mes photos, je trouve cette diversité architecturale et ce petit côté « fin d’Empire décadent » assez fascinants. Mais l’on sent une certaine pauvreté ambiante, pauvreté dont je n’ai réellement pris conscience que cet après-midi, en cherchant des infos sur internet a posteriori, en tombant sur un forum de types s’échangeant des bons plans pour baiser pas cher aux quatre coins du globe. Visiblement, il semble que Budapest soit une place de choix pour trouver de la (très) jeune fille/femme blonde à forte poitrine désireuse de gagner quelques Forints avec son corps !

Il me semble que je vois ce soir d’un autre oeil ces hommes seuls dans notre avion, apparemment en voyage d’affaire pour le week-end et ces très jeunes adolescentes habillées comme des péripatétiputes, très à l’aise sous l’oeil d’un vieux lubrique à moustaches, samedi soir !!!

Mais foin de considérations désabusées sur la nature humaine sordide (ou tout simplement humaine).

Budapest, je vous en parlerai au fil de la semaine, quand j’aurai un peu de temps pour trier et ordonner les souvenirs et les centaines d’images que j’ai prises.

Sachez juste pour l’heure que nous nous sommes (malgré mon mauvais caractère) fort amusées et que ces deux jours ont été ensoleillés, sportifs, récréatifs, hilarants, éreintants, surprenant, culturels, gourmands, humides, stressants, sensuels voire érotiques (non, pas entre Mimine et moi, Ha Ha)… On est passé par mille émotions diverses et variées, on a vécu des moments intenses de suspense et d’angoisse, je suis tombée amoureuse au détour d’un centre commercial (et en plus, il est JEUNE ! HuHu…), j’écoute du rock hongrois depuis tout à l’heure, bref !…

Touristiquement parlant, je dirais que j’ai commencé modestement, par une destination intéressante mais moyennement belle – pour mon goût ; tant mieux ! Ca ne pourra être qu’encore mieux les fois suivantes (Madrid, puis Rome d’ici juin !)

L’important, c’est de bouger, être curieux, en éveil et attentif et, si l’on peut toujours se moquer, ne pas juger trop catégoriquement (pas facile, pas facile !)… Ce week-end, j’ai appris à découvrir et ressentir quelque chose de nouveau, pour lequel je n’avais a priori aucun goût ni aucune attirance (parce que Budapest, soyons sincères, j’avais choisi en fonction du billet d’avion très modiquement cher !)… Pour les quelques personnes à qui nous avons parlé, les quelques sourires échangés et l’accueil général des Hongrois, je dirais que voyager nous apprend à nous remettre à notre modeste place et considérer les autres comme des sources inépuisables d’intérêt, où qu’ils soient et quels qu’ils soient.

Oui, voyager, ce n’est pas seulement changer de place, c’est aller à la rencontre, même fugitive, de l’autre et sa culture et oui, c’est passionnant et stimulant et oui, dans la vie, dans ma vie, j’ai aujourd’hui envie de voyager et sourire à plein de gens partout ailleurs ! [*mode cucul off*]

Ce soir, j’avais le choix entre regarder faites entrer l’Accusé sur Fourniret, histoire de me remémorer de « bons » souvenirs, ou regarder des vidéos sur Youtube. Comme Pôpa m’enregistre l’émission d’Hondelatte, j’ai donc décidé de comater une partie de la soirée devant moultes vidéos… de claquettes.

Parce que dimanche, pour mon anniversaire (qui s’est bien étiré dans le temps), Mimine et Papatte m’ont offert un stage de claquettes ! C’était ça, leur fameuse surprise, pour laquelle, pour brouiller les pistes, Mimine m’a fait, dimanche matin, me trimballer à l’autre bout de Paris avec un sac rempli de fringues diverses pour le Ritz, le hammam, le cours d’aérobic ou le saut en parachute !

Au moins trois ans que j’y songe vaguement sans jamais oser me lancer.

Elles m’y ont poussée et j’ai adoré. Alors pour la grâce, la légèreté et l’élégance, je repasserai, c’est clair, mais qu’est-ce que c’est amusant et stimulant, cette danse !

C’est décidé, à la rentrée, je m’inscris à un cours. Je rêve de savoir faire des claquettes pour pouvoir danser dans la rue, n’importe où, n’importe quand. Les claquettes, c’est la danse du bonheur et de la joie de vivre, de la classe et de la fantaisie. Ce que devrait toujours être la vie !

*     *     *

Pour commencer, l’une des chorégraphies de claquettes les plus connues au monde : Gene Kelly in Singing in the rain (1956) :

Fred Astaire (mon préféré, plus aérien, moins « en force » que Gene, même si j’aime beaucoup Gene, of course) in Blue Skies (1946) :

Ginger et Fred in Swing Time (1936) (un grand, grand moment, mais quelle grâce absolue !) :

Et enfin, même si ce n’est pas des claquettes, Fred et Cyd in the Band Wagon (1953), c’est tellement charmant et délicat – et Cyd était si belle :

Les claquettes, c’est la fête !

*     *     *

Je pars après-demain à Budapest pour 3 jours, à la semaine prochaine, then!

Extrait de mon carnet Moleskine parce que, une semaine après, en fait, je n’ai plus trop la motivation de parler du Salon du Livre…

Le mardi suivant, j’y ai juste croisé plein de gens connus – plus que samedi : Jack Lang, Laurent Gerra, Danièle Delorme, Denis Podalydès, Philippe Labro, Eric Zemmour, Amélie Nothomb, Jacques Attali, etc.

Mais j’ai moins aimé que samedi, j’ai même trouvé l’ambiance presque déprimante…

Carnet 1

Carnet 2

Carnet 3

Carnet 4

PS : Vous savez, vous n’êtes pas VRAIMENT obligés de lire ça, hein ! 😀

PPS : Si vous voulez suivre les mises à jour (voire à heure) du blob, n’hésitez pas à vous inscrire au fil RSS !

C’est bizarre les coïncidences.

Cet après-midi, à cause de je-ne-sais quelle tristesse nostalgique étrange, j’ai tapé dans Google le nom de Nadia, notre copine, à Cynthia et moi, décédée il y a un an et demi. Je suis retombée sur le blog de l’une de ses copines, que j’avais trouvé à l’époque, avec quelques photos qui la figent à jamais dans ses 27 ans éternels ; et puis son profil viadeo, qui existe toujours, un peu absurdement.

Nous n’étions pas assez proches pour qu’elle manque énormément à mon quotidien, néanmoins, régulièrement, je pense à elle avec émotion. Je n’ai pas encore réussi à effacer son adresse mail ni son numéro de téléphone ; et quand je saute son nom, lors d’un mail collectif, parce que je sais bien qu’elle ne me répondra jamais, je n’arrive toujours pas à y croire vraiment ; c’est plutôt comme si nous étions dans l’une de ces longues périodes où l’on ne se donnait pas trop de nouvelles, en attendant la prochaine soirée commune, l’occasion suivante de rigoler un bon coup et parler de tout et de rien…

Je me dis que c’est incroyable et injuste que l’on puisse continuer à vivre sans être terrassé de chagrin par la disparition d’une personne que nous aimions – enfin, j’imagine que pour ses parents et ses frères, c’est encore autre chose. Parfois, je repense au spectacle de Luchini, auquel nous devions aller toutes les trois. Finalement, nous n’y sommes allées qu’à deux, Cynthia et moi et cela ne nous a pas empêchées de rire, de prendre du plaisir et du bon temps, sans Nadia, qui ne verrait jamais ce spectacle qui lui faisait tant envie.

La vie est tellement plus forte ; d’un côté, je trouve ça insondablement triste pour ceux qui nous ont quittés : peu à peu, on apprend à vivre sans eux et ils deviennent de chers fantômes, des ombres discrètes… que parfois, on finit par presque oublier ou qui ne vacillent plus que très doucement dans la pénombre d’un souvenir vague.

D’un autre côté, on n’a pas trop le choix, hein, et il vaut sans doute mieux aller du côté de la vie, ne pas s’attarder sans cesse sur les disparus. Mais ça fait bizarre, quand on y pense, d’avancer comme ça en perdant définitivement en chemin des compagnons de route, dont on sait qu’ils ne mèneront même pas leur vie en parallèle et qu’ils n’ont pas eu le temps de faire tout ce qu’ils auraient rêvé de faire.

Aujourd’hui, je ne sais pas pourquoi, j’ai pensé à tout ça et puis surtout à Nadia, son sourire, sa gaité, son optimisme.

Et puis ce soir, j’ai reçu un mail de Cynthia m’indiquant que la maman de Nadia voulait réunir certains de ses amis, le 10 avril prochain pour son anniversaire ! Dingue.

Je ne connais aucun des autres amis de Nadia, en dehors de son copain (et sa maman), je ne sais même pas s’il est légitime que je participe à ce repas, vu les contacts irréguliers que nous avions. Mais j’ai envie d’y être, ça me semble une évidence, parce que parfois, elle me manque un peu et parler d’elle avec des gens qui l’ont aimée mieux et connue plus, penser à elle, tout simplement, c’est encore un peu la faire vivre ; parce qu’elle aurait eu le « droit » de vieillir avec nous…

Le week-end dernier, Papatte, Mimine et moi sommes (donc) allées au Salon du Livre de Paris.

C’était la première fois que j’y allais, tout comme, en janvier, c’était la première fois que j’allais au Festival d’Angoulême. Et ça, je le dois à Papatte, qui avait déjà expérimenté tout ça et qui m’a, sans le savoir (je pense), motivée à me bouger un peu.

C’est ça aussi l’amitié : s’inspirer l’un l’autre, cultiver sa curiosité et la développer au contact de l’autre, s’inciter mutuellement à découvrir des choses auxquelles on n’aurait pas forcément songé avant et s’ouvrir ainsi à l’inconnu et la nouveauté…

Il y a encore quelques mois, je n’aurais jamais eu l’idée d’aller passer une journée dans un endroit clos, bondé de monde et dont il faut, en plus payer l’entrée ! Par exemple, Angoulême, j’y pensais vaguement chaque année et pis en fait, ça tombait toujours le week-end de mon anniversaire en famille, et pis c’était cher, et pis y’avait du monde, et pis c’était l’usine… Tout cela est vrai, mais c’est aussi sympa, surtout quand on y va bien accompagné et dans l’optique unique de passer du bon temps.

Entretemps, il y avait eu aussi le Festival de Solliès que j’avais adoré, et le salon bio Marjolaine auquel ma réflexo m’avait invitée et où je m’étais bien amusée avec Raphaël, sur un thème qui ne me passionne pourtant a priori pas des masses (le bio, je trouve ça un peu cucul, si vous voyez ce que je veux dire… Hum…) Ils avaient contribué à me faire voir d’un autre oeil ce genre de grands rendez-vous surpeuplés.

De toute façon, il faut bien que je le reconnaisse : j’adore le monde, les gens, quand il y a de l’activité et de la vie.

Papatte, j’ai eu l’impression, quand je l’ai retrouvée, qu’elle avait vécu plein de trucs génialissimes que je m’étais évertuée bêtement à éviter durant tout le temps où on ne s’était plus parlé.

Cette année, j’ai décidé de faire à peu près tout ce qui me plaît et me fait envie, dans la mesure du possible et de mes moyens. On passe trop de temps à se construire de faux prétextes pour ne pas réaliser certains projets parfois tout bêtes. Donc ce qu’avait fait Papatte et qui me semblait soudain follement excitant entrevu par le prisme de son expérience, je devais le faire. Et c’était encore mieux si c’était avec Papatte.

Par chance, ma collègue Delfouine m’a offert deux invitations (je vous ai déjà dit que je suis une femme entretenue ?) Et Mimine, toujours partante pour un week-end parisien était d’autant plus motivée que son idole de toujours, Emmanuel Carrère, était annoncé. Quant à moi, le Salon du Livre, j’avais au moins une bonne raison de vouloir y aller : Sempé, dont le trait élégant, aussi fin que son humour est humaniste, m’a toujours beaucoup touchée.

Il devait dédicacer à 14h00. Prévoyante et méfiante, je suis arrivée trois quarts d’heure à l’avance, histoire de ne pas être dans les tout derniers. Au stand Denoël, la file était encore relativement tolérable lorsque j’ai pris ma place, après avoir acheté Sentiments distingués – bien qu’en quelques minutes, le temps que je paie en caisse, une bonne quinzaine de personnes se fussent déjà installées devant la table à dédicaces. Derrière moi, il y avait une jeune femme très sympathique qui n’hésitait pas à râler contre les resquilleurs.

Vers 13h45, Sempé est arrivé, un peu plus tôt que prévu. De loin, je ne l’ai pas reconnu immédiatement car il avait l’air bien malade, tout congestionné, les yeux rouges et un peu hagards, se mouchant et toussotant comme un pauvre diable rescapé d’une pneumonie. Un peu plus tard, Mimine et Papatte m’ont rejointe et je les ai envoyées feuilleter les livres de Sempé. Papatte a craqué et a acheté un album, puis est revenue dans la file à mes côtés.

Et là, le drame. J’étais dans une verve olympique assez exceptionnelle et, dans l’euphorie de la plaisanterie est sortie, très spontanément (et très fort), LA bourde lourde  : « Ah ouais, et tu comptes gruger tout le monde comme ça ?! » Rouge comme une pivoine, Papatte a tourné les talons et est allée se mettre en bout de file, qui était désormais très longue, en me lançant un « merci Céline » quelque peu rageur.

Elle devait y passer trois heures, bousculée et doublée par des dizaines de tricheurs, grâce à la désorganisation complète du stand Denoël.

J’avoue que j’ai été la première ennuyée de cette mauvaise plaisanterie mais, à ma décharge, elle et Mimine ont pu constater le lendemain chez ses colocs que j’étais la reine des boulettes (dans le genre je dis juste les bonnes choses au bon endroit au bon moment…) et que j’ai réellement un cerveau de poule, parfois.

Anyway.

Moi, j’ai tout de même fini par avoir ma dédicace au bout d’une bonne heure et demi, dédicace qui m’a valu l’un des plus gros bides de ma vie d’admiratrice.

Voulant parodier un dessin exquis de l’album de Sempé et encouragée par ma voisine de derrière (« Allez-y, dites-lui : si vous êtes trop sobre, vous le regretterez ! »), je me suis avancée et ai ouvert la page au bon endroit :

Sentiments Distingués, Sempé (2007)

Je me doutais, je sentais que j’allais faire un flop monumental avec ma blague, parce que je voyais bien, depuis quelques mètres, qu’il est moitié sourd, maintenant, ce pauvre Sempé.

Mais je me suis forcée à le faire. De l’audace ! Du courage !

Je me suis donc penchée vers lui et lui ai dit : « Bonjour, je suis très heureuse et, en parodiant votre dessin, j’ai envie de vous dire : « C’est vous que je suis venue voir, Jean-Jacques. » »

Ouf. Ca, c’est fait.

Sauf que…

Sempé me regarde avec des yeux rougis d’un vide abyssal, l’air complètement absent. L’a pas compris. A vrai dire, l’a même pas entendu. Il bredouille : « Hein ? Que ? Pardon… »

Rhooooohh misère. Je suis obligée de lui expliquer ma blague, relativement fort pour qu’il entende, c’est vraiment lamentable. Hermine me regarde de loin avec pitié et ma voisine de derrière m’encourage d’un sourire rassurant, du style : « Allez, vous l’avez fait, c’est l’essentiel ! » J’ai l’impression que le pauvre Sempé est plutôt stressé par cette tentative de contact vocal, alors il se contente de sourire vaguement, un peu hébété, et de me demander mon nom, qu’il a du mal à saisir et qu’il répète plusieurs fois, avec cet air déstabilisant d’une personne qui est dans une autre dimension.

Dédicace Sempé 2009

Bon, je dois dire que cette rencontre m’a mise un peu mal à l’aise, non pas tant parce qu’il n’a pas compris ce que je lui ai dit mais parce que le pauvre homme avait l’air épuisé et un peu perdu, dépassé par les événements, tous ces gens qui lui souriaient et, plus tard, s’engueulaient sec devant lui parce que la file était devenue un énorme bordel. J’espère en tout cas qu’il a pris autant de plaisir à dédicacer que ses admirateurs en ont pris à venir le voir, parce que je n’avais qu’une envie en le voyant : qu’il retrouve son lit chaud, sa tranquillité et la discrétion qui lui sied si bien.

Après Sempé, Mimine et moi avons laissé la pauvre Papatte perdue dans sa file d’attente pour rejoindre le stand P.O.L. où était attendu Emmanuel Carrère. L’homme est arrivé alors qu’une petite file s’était déjà constituée. L’émotion de Mimine était palpable et j’étais aussi émue qu’elle, de la voir émue. Dix ans qu’elle suit et lit avec passion cet auteur, qu’elle vibre avec et pour lui et qu’elle lui souhaite, de loin, dans son anonymat de petite fan intimidée, tout le bonheur possible et imaginable. Je la regardais et sentais son excitation mêlée d’anxiété, je pouvais presque entendre son coeur battre, sentir le chaud lui monter aux joues et visualiser ce doux vertige qui nous prend à la vue d’un être tant admiré et, dans un sens très large, aimé. Je ne connais que trop bien ce transport complexe pour ne pas y être sensible et j’avais envie, j’avais tellement envie qu’elle puisse lui dire, à lui, enfin, tout ce qu’elle nous avait dit, sur lui, durant toutes ces années.

Mais Mimine est pudique et prudente. Devant celui qui nous appelons entre nous familièrement Manu, elle n’a pas osé s’épancher et sans doute a-t-elle eu raison. Néanmoins, quand elle a tendu le livre de Papatte pour le faire dédicacer, Manu a levé la tête avec une pointe d’intérêt :

– « C’est pour une amie, a-t-elle dit, rapidement et doucement. – Ah ? » Et ses yeux sombres interrogateurs semblaient à la fois surpris et touchés.

Il a donc écrit une jolie dédicace mentionnant Hermine dans le livre de Pat. Moi, tentant de saisir l’opportunité au vol :

– « Elle nous a toutes converties, ai-je ajouté, en matière de plaisanterie. – Oui, ça fait dix ans… » a acquiescé Mimine dans un souffle qui s’est éteint dans le brouhaha du salon.

Je crois que j’ai rajouté un peu bêtement : « Oui, dix ans qu’elle nous saoule », ce qui n’était pas très malin mais qu’il n’a heureusement pas eu l’air d’entendre (va falloir que j’apprenne à m’arrêter de blaguer au bon moment !)

Manu a apprécié en silence mais n’a rien répondu. Il a signé rapidement nos livres et nous sommes reparties, moi peut-être plus déçue que Mimine qui n’espérait et n’envisageait de toute façon pas de lui parler spécialement.

Mimine et Manu

En tout cas, l’homme ne manque pas de charme mais il y a quelque chose de très torturé, presque fêlé qui me dérange un peu chez lui. Néanmoins, il a, c’est certain, du charme.

Après Manu, nous avons fait un tour dans les stands et je me suis fait refouler avec déception à celui de Winshluss. Trop tard. Ce salon n’a pas été une bonne récolte question BD, mais bon.

Nous nous sommes ensuite séparées et je suis allée voir Anny Duperey, comédienne, écrivain et femme que j’apprécie énormément. Pétillante, drôle, classe… Adorable est le mot qui lui convient parfaitement. Il y avait évidemment beaucoup de monde autour d’elle : elle s’interrompait souvent de dédicacer pour poser devant les journalistes ou les anonymes, voire avec eux. Disponible, aussi chaleureuse que les personnages hauts en couleurs qu’elle incarne à l’écran. Grande dame élégante et distinguée et populaire à la fois. Chapeau. Elle m’a fait pas mal de petits sourires tandis qu’elle faisait des risettes pour les photographes, avec des regards qui semblaient dire : « Eh oui, c’est le métier, que voulez-vous. »

J’étais complètement sous le charme. Anny, quoi. Charlotte dans un Eléphant ça trompe énormément, film ô combien mythique, que j’ai dû voir dix fois au bas mot.

Any Duperey

Je me souviens très bien que la première fois que je l’ai vue, c’était dans un téléfilm réalisé par et avec Bernard Giraudeau alors son compagnon : la Face de l’ogre (avant même une Famille formidable !), que je cherche d’ailleurs à revoir depuis plusieurs années. C’était un très beau téléfilm, assez contemplatif, tragique, fait d’attente et d’espoir, dans lequel elle m’avait bouleversée. J’avais une dizaine d’années mais je reste très fidèle aux gens et choses qui ont éveillé mes premières émotions.

Donc Anny, elle est dans mon coeur depuis longtemps, même si je ne me considère pas comme une fan acharnée. J’ai lu certains de ses livres, ai souvent regardé ses téléfilms avec le regard indulgent de celle qui sait qu’elle est parfois hélas sous-employée. J’aurais pu lui dire tout ça, samedi dernier. J’aurais dû.

La seule chose que j’ai trouvée à dire, une fois devant elle, le coeur un peu palpitant, c’est :

« Je suis vraiment heureuse de vous rencontrer… J’aime beaucoup tout ce que vous faites et je vous trouve, je vous trouve, heuh, extrêmement sympathique. »

SYM-PA-THIQUE.

Mon Dieu.

Mais quel mot atroce dans ce contexte ! Ca fait limite « vous êtes bien brave », non ?

Elle m’a regardée de l’air bienveillant de celle qui est habituée aux compliments niaiseux (juste avant, une dame lui avait dit : « Vous êtes trop belle, Anny ! ») et a dit très simplement : « Merci » de sa voix si particulière.

« On doit vous le dire mille fois par jour » ai-je ajouté précipitamment, confuse de ce mot si inadéquat.

Et là, elle m’a fait une sorte de haussement d’épaules très amusant, en me regardant en coin, pleine d’autodérision et a rétorqué : « Oh ! ça va ! », comme si de toute façon, on ne lui disait jamais assez. C’était répliqué avec une pointe d’humour pince-sans-rire qui m’a ravie et je suis repartie tout de même très contente de ce bref échange.

En tout cas, elle est vraiment conforme à l’image qu’on se fait d’elle.

Une fois Anny dans mon sac, je suis retournée voir Papatte pour prendre sa place dans la file, afin qu’elle puisse faire un petit tour et profiter un minimum du salon. Elle avait à peine bougé en plus de deux heures de queue, c’était à désespérer.

Durant l’attente, j’ai apparemment fait beaucoup rire une dame, qui se trouvait à côté de Papatte. Je ne me souviens plus de ce que j’ai pu dire mais il est vrai que j’étais d’une humeur assez guillerette, parce que les livres, de toute façon, même si on les lit pas toujours, ça met en joie !

Quand Papatte est revenue, la dame lui a même demandé l’adresse de mon blog (je vous passe le cheminement qui fait qu’elle a appris son existence) ! Ca m’a un peu interloquée, mais fait plaisir qu’on puisse me trouver amusante au point de vouloir me lire (je ne sais pas si ce n’est pas un peu décevant, du coup, ce blog.) Alors je ne sais pas si elle passera par là un de ces jours, mais si oui, bonjour à vous.

Papatte a finalement eu sa dédicace au terme de trois heures insupportables et je crois que Sempé a été soulagé de ne plus m’entendre rigoler derrière lui comme un petit oiseau fou (car en fait, j’attendais dans son dos tout en plaisantant et ricanant avec Papatte par-dessus sa tête, ce qui est, quand j’y pense avec le recul, carrément mal élevé !)

Sempé, Papatte et la dame

Et pendant ce temps, Hermine rencontrait Laurent Gaudé :

Mimine et sa dédicace de Laurent Gaudé

Notre dernière cible était Stéphane Guillon, qu’Hermine avait vu passer dans la foule.

Nous l’avons trouvé au stand POINTS, beau gars un peu grisonnant, avec un charme fou, du chien et des yeux bleus assez impressionnants. Plutôt beau mec, quoi, dans le genre barbu-chevelu, quoiqu’assez intimidant avec son air un peu féroce et pas commode. Il signait à la chaîne, sans dire grand mot, avec près de lui, la citation de Sarkozy lors de l’affaire des caricatures de Mahommet.

Stéphane Guillon

En récupérant le livre qu’il venait de me signer, je lui dis avec un grand sourire : « Merci pour le fou rire matinal ! »

Il me lance un clin d’oeil fondant, ouch, je suis touchée en plein coeur mais j’ai à peine le temps de m’en remettre qu’une grande brune débarquée d’on ne sait où m’attrape :

« Excusez-moi, je fais un portrait de Stéphane Guillon pour Envoyé Spécial, je vous ai entendue, vous avez dit « merci pour la matinale », vous accepteriez de répondre à quelques questions ? » – Je, heuh, non, non… ça me fait peur… (Hermine qui était à mes côtés se retire en voyant la caméra s’approcher malgré tout) – Ca vous faire peur ? » Elle rigole mais elle s’en tamponne le cocotier, elle m’interroge, penchée vers moi, l’air encourageant, comme Jacques Martin à l’Ecole des Fans, et on me colle d’un coup la caméra et la perche sous le nez :

– « Vous avez dit « merci pour la matinale », pourquoi ? – Non, j’ai pas vraiment dit ça, j’ai dit « merci pour le fou rire matinal »… – Pourquoi ? Il vous fait rire ? Comment vous le définiriez Stéphane Guillon ? – Bah, je sais pas, oui, il est drôle, impertinent, insolent, corrosif… Ca fait du bien des gens comme lui, un peu, oui, impertinents ! – Et vous pensez qu’on en a besoin dans cette période ? – Comment ça dans cette période ? Bah non, je crois pas que ça ait à voir avec une période, des gens comme lui, on en a besoin tout le temps, quelle que soit la période.. »

Bon, voilà en gros ce que j’ai répondu, je ne me souviens plus en détails car j’étais crevée, j’avais la gorge sèche et je me disais que, purée, c’est ballot d’organiser des média trainings à longueur d’année et pas être foutue d’aligner deux mots sereins devant une caméra, mais clairement, c’est impressionnant.

Je ne pense pas que ma prestation sera conservée car je ne suis pas sûre d’être allée dans le sens que la journaliste voulait (genre on vit une sale époque, le monde est moche, Sarko est con, heureusement qu’on a des humoristes comme Stéphane), mais oh, bon. J’ai pas eu le temps de réfléchir à la question (maintenant, je pourrais dire plus de choses il me semble) et la mise en lumière a été un peu brutale et violente. Mais c’est dommage car ça me plaisait bien de faire l’éloge de Stéphane – et Dieu sait pourtant que je le craignais lorsqu’il officiait sur Canal + !

Après cette magnifique journée, nous étions carrément claquées.

Alors que nous faisions un dernier tour de salon, un mec m’est rentré dedans comme une brute, en m’attrapant par les épaules. Le temps que mon cerveau, anesthésié par le bruit et la fatigue, puisse formuler la pensée : « Mais quel est le gros con qui me bouscule ainsi ? », je me retourne et qui vois-je ? Nobru ! mon boss, tout fringant et séduisant dans sa veste en cuir, en jolie compagnie. Il m’avait fait une blague en m’apercevant. Il est comme ça : c’est facétieux entre nous, on fait des concours de jeux de mots idiots et de blagues bêtes (l’autre jour, au bureau, il s’est quand même amusé à venir me faire peur par derrière, ce qui m’a fait crier et sursauter comme une malade : on s’éclate, je vous dis !)

On se fait la bise, on est content de se voir, c’est cool.

Mimine et Papatte sont assez impressionnées par sa prestance et son charme. Eh ouais les copines, c’est MON boss. Nananèreuh. Mimine me dit : « Ca se voit qu’il t’aime bien. » Bah c’est plutôt chouette parce que c’est laaaaaaaargement réciproque. J’en reparlerai peut-être un jour, mais Nobru, c’est vraiment un patron qui convient parfaitement à mon tempérament. Un peu bordélique, avec ses défauts, mais droit, humain, bien en un mot. Je lui suis et serai toujours d’une loyauté absolue, comme un bon chien. J’y peux rien, je vous ai dit que j’étais du genre fidèle.

Après l’épisode Nobru, fin d’une journée pleine de rencontres amusantes.

Au final, outre celle de Sempé, j’ai donc eu ces dédicaces :

Dédicaces Salon du Livre 2009

De haut en bas et gauche à droite : Emmanuel Carrère, Anny Duperey, Stéphane Guillon et…

… et…

… et la suite au prochain épisode !

A suivre, donc…

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