Madama Butterfly – Giacomo Puccini

De retour de l’Opéra Bastille où j’ai eu le plaisir d’assister à une représentation de Madame Butterfly de Puccini, dans la fameuse mise en scène de Bob Wilson – qui tourne, paraît-il, depuis des années et a été plusieurs fois reprise à Paris ! (Je me réveille, désolée.)

Je voulais absolument le voir et j’en avais parlé à Môman, dont c’est l’un des opéras préférés, en janvier dernier. Je lui avais proposé d’acheter des places à la mesure de mes finances (25€) mais comme l’opéra, pour elle, c’est sacré, hors de question ! D’autant plus que mes parents avaient déjà vu cette mise en scène et l’avaient adorée. Du coup, youpie ! je me suis retrouvée malgré moi invitée avec Pôpa au parterre (89€ la place, tout de même, et ce n’était « que » la 3e catégorie ! Et comme tout était presque complet, on était sur des strapontins super inconfortables ; pas très cool de faire payer plein tarif ce genre de sous-siège !)

Petite note en passant : il est dommage que l’opéra ne soit pas plus démocratique (même si je sais bien qu’il s’agit souvent de spectacles lourds à financer), parce que c’est quand même quelque chose à voir au moins une fois dans sa vie (conseil pour débuter : aller voir un opéra classique et « facile » d’accès, genre Verdi, Puccini ou Mozart, avec de « grands airs » connus qui donnent des frissons partout quand on les entend en vrai…)

La prochaine fois, je vais par curiosité tenter les places entre 5€ et 25€ pour voir ce que ça donne. Si ça se trouve, ça peut convenir à la pauvresse que je suis !

En tout cas, si une majorité du public était d’un âge assez avancé (et de catégorie socio-culturelle très ciblée), j’ai été surprise du nombre assez important de jeunes de 25 à 35 ans, qui occupaient la salle et parfois à des super places ! Je ne sais pas pourquoi, mais cela m’a enchantée (cela dit, je suis assez sidérée de constater que des jeunes puissent mettre 89€ dans une place d’opéra, mais bon, tant mieux pour eux…)

Mais STOOOOOP LES DIGRESSIONS (ah la la, je suis incorrigible) !!! Revenons au Papillon…

Qui ne connaît ce célèbre livret ? Madame Butterfly, jeune geisha de 15 ans tombe éperdument amoureuse d’un marin de passage, Pinkerton, qui l’épouse par amusement, lui fait un enfant et retourne vivre sa vie aux Etats-Unis. Durant trois ans, la jeune fille, obstinément fidèle, qui a tout renié pour lui, l’attend, oscillant entre espoir et désespoir. Lorsqu’enfin Pinkerton revient, il est accompagné de sa femme et c’est pour lui reprendre son fils afin de lui assurer un avenir (pas facile d’être un « bâtard » sans père au Japon). Madame Butterfly accepte, pour le bien son enfant, et se donne la mort, laissant Pinkerton seul face à son remords.

Triple snif, évidemment.

Et évidemment, j’ai versé ma petite larme sur la fin (si vous voulez me voir pleurer à chaudes larmes, emmenez-moi à l’opéra) ! Qui n’aurait pas le coeur réduit en bouillie de miettes devant une histoire aussi cruelle ?

En revanche, je dois avouer que mon émotion a été moindre que celle que j’ai pu ressentir devant La Bohème (à Lyon, il y a longtemps) ou Rigoletto (il y a quelques années, à Bastille, déjà.) Et si j’ai pleuré, c’est plus à cause de l’intrigue, horriblement triste, qu’en raison d’un soudain bouleversement esthétique devant la Beauté (ce à quoi m’avait habituée l’opéra.)

La faute, sans doute, aux voix, qui ne m’ont nullement transportée. N’ayant pas acheté le programme, j’ignore qui tenait les rôles principaux ce soir mais l’interprète du personnage éponyme m’a semblé un peu « fade », avec une palette restreinte pour un rôle aussi écrasant. En dehors de quelques passages où sa voix, dans sa pleine puissance, était assez belle, celle-ci paraissait bien souvent fragile et peu assurée  – notamment dans les passages entre les graves et les aigus. Du coup, ce manque de fermeté dans l’interprétation m’a tenue quelque peu à distance de l’émotion.

De même, Pinkerton (le chanteur était en plus souffrant ce soir) était décevant : à mon oreille, il sonnait terne et sans relief (attention, je donne mon avis de béotienne, je ne prétends nullement m’y connaître en opéra). L’orchestre couvrait parfois sa voix à tel point que je ne l’entendais plus beaucoup. Et puis il était tellement loin, physiquement, du personnage du film de Frédéric Mitterrand (dans lequel Pinkerton y était charmant) que cela m’a déstabilisée. J’ai eu du mal à comprendre la passion de la pauvre Madame Butterfly pour cet homme d’âge mûr très bedonnant. Mais bon…

Au final, j’ai eu l’impression, musicalement parlant, d’un opéra-magma (ce que j’ai dit à Môman dès l’entr’acte) : étrangement, peu de passion était véhiculée dans cette façon de jouer l’oeuvre. Peut-être le chef d’orchestre souhaitait-il mettre en avant autre chose : la mélancolie ? Je ne sais pas. Mais le tout m’a paru carrément mou du genou, mollasson de chez mollasson. Encéphalogramme plat.

Le côté très statique de la mise en scène de Bob Wilson n’en ressortait alors que plus.

Légère déception, donc, sur le plan musical et vocal. J’ai été la première surprise de ne pas plus vibrer alors que j’en attendais beaucoup. D’ailleurs je n’ai mouillé qu’un mouchoir, alors que d’habitude, je vide au moins la moitié d’un paquet tellement je peux pas m’arrêter de pleurer (pas uniquement parce que c’est triste : parce que c’est BEAU.)

En revanche, je suis ravie d’avoir pu voir, une fois dans ma vie, cette mise en scène, que j’ai personnellement trouvée magnifique. Tout en épure et stylisation (influence du théâtre Nô ?), proche de l’abstraction, complètement fascinante par ses jeux d’ombres et de lumières (un simple écran lumineux en arrière plan évoque le jour, la nuit…) Un émerveillement constant pour les yeux.

Rien que pour ça, ce Madame Butterfly mérite donc d’être vu ! Mais j’aimerais beaucoup le réécouter avec une autre distribution.

  • Madame Butterfly de Giacomo Puccini, mise en scène : Bob Wilson
  • Vu le mercredi 18 février 2009 à l’Opéra Bastille

13 comments / Add your comment below

  1. Nemito, a une époque (ouh! Il y a au moins 15 ans!), avec un groupe d’amis, nous avions décidé d’aller à l’Opéra au moins une fois par mois. Notre budget étant mince, nous achetions systématiquement les places les moins chères (environ 60 francs =9 € , je crois, à L’Opéra Bastille,et l’équivalent à Garnier, l’Opéra comique et autres salles éventuelles, et même à la comédie française, car nous avons ensuite étendu cela au théâtre…)

    Nous avons vu ainsi, comme tu le suggères, des oeuvres déjà partiellement connues: Faust de Gounod, les Noces de Figaro, la Flûte enchantée de Mozart, la Perichole d’Offenbach, etc.

    Il faut savoir que ces places (très en hauteur et loin de la scène), certes mauvaises et inconfortables, ne le sont pas forcément davantage que ton strapontin. Il est en revanche impératif d’être en face de la scène, autant que faire se peut:
    il est donc essentiel de les prendre dès que possible, et pour ce faire, de faire la queue , dès l’ouverture de la location (le matin à 10h), 15 jours ou 3 semaines avant la représentation. Cela supposait toute une logistique, et un(e) volontaire (pas toujours le même) pour faire ladite queue :(. Nous avons fini par nous lasser, au bout tout de même de plus d’un an, mais que de découvertes et bons souvenirs!

    Peut-être y a t-il là une idée à creuser…à nouveau?Comment?

  2. Il y a effectivement plein de jeunes à l’Opera, par contre ils ont généralement pas 35 ans mais moins de 30 ans car des abonnements pas chers leur sont réservés (en général 4 ou 5 spectacles pour 80-90 euros) avec des places vraiment correctes à Bastille, un peu moins bonnes à Garnier. Enfin, moi je ne suis plus allé à l’opera depuis que je n’y ai plus droit. Après, l’abonné doit avoir moins de 30 ans, mais techniquement, rien de l’empêche de passer ses places à quelqu’un (moi je dis ça je dis rien).

  3. Oh oui, bonne idée Claudine !! Moi je veux moi je veux !! (enfin, si je peux ?? 🙂

    (en même temps, cette histoire de s’y prendre à temps m’inquiète vue notre mauvaise organisation avec Céline pour prendre les places pour La Cerisaie et l’Oratorio o_O)

  4. C’est vrai, Papatte, que ça oblige à une concertation générale longtemps à l’avance, et à se tenir ensuite à la décision prise, quoi qu’il arrive -au pire, on perd sa place, tant pis, ou bien on la refile à un copain, ou un copain de copain-.

    Mais sinon, ce n’est pas si contraignant (enfin pour moi, qui aime bien les règles, et déteste les changements:)), car on se répartit la corvée des réservations, et chacun, en fonction de ses disponibilités, du coup ne galère qu’une fois ou deux dans l’année: par ex, c’est moi s’il faut y aller aux aurores :), Manolo si c’est un matin à 10h -il est le seul dispo à ce moment-là-, Céline si c’est tard le soir ou si ça se fait par internet, toi si tu as un plan le cas échéant, etc.

    Au bout d’un moment, c’est vrai, en général on se lasse, surtout si on a enfilé plusieurs spectacles pas top :-(… C’est pk il est nécessaire à mon avis de décider d’un rituel fondateur. Par ex: débriefing automatique au café du coin après la séance, CR général le lendemain (par Céline?), fête commémorative avec les mêmes etc.

    Mon club « littéraire » actuel ne fonctionne pas autrement, et ça fait 10 ans (!!) que ça dure!

  5. Cuauhtli >> Géniale idée ! Mais effectivement, cela demande une organisation qui me décourage un peu d’avance. Je vais engager quelqu’un pour faire ça ^_^
    *
    Molloy >> Argh ! Mais pourquoi je ne me suis jamais abonnée, moi ? T___T
    *
    Papatte >> Bé attends, on n’a pas encore loupé ni l’Oratorio ni La Cerisaie !
    Pour L’Oratorio, il faut y aller MAINTENANT ! Gimme your RP card number you bitch, que je les appelle ! (Bitch, c’est comme « petit pot à tabac » pour Martine Aubry, c’est affectueux, hein ;-))
    Pour La Cerisaie, il faut qu’on se bouge à partir du 2-3 mars !

  6. J’ai toujours rêvé d’aller à l’Opéra depuis que j’ai vu, tout petit, Julia Roberts dans une somptueuse robe rouge, ornée d’un collier cherissime.

    C’est drôle, mais quand j’étais petit je rêvais d’être une pute. Je rêvais d’être la Macumba de Jean-Pierre Mader aussi, avant de réaliser, bien après avoir compris que le père Noël n’existe pas, que ladite Macumba n’était qu’un bar.

    Ceci dit, faudrait ptêt que j’me bouge la couenne avant mes 30 ans du coup…

  7. Il y a des filles qui rêvent d’être des princesses…
    Et des garçons qui rêvent de devenir des putes…
    Je ne sais pas si je préfère être une fille ou un garçon… 😀

  8. Et dans le dernier livre d’Uféras C Gégé qui a fait les textes… Bonne soirée ce soir, tu me diras ce que tu en as pensé, je te souhaite une belle rencontre avec Zimmermann et de Perrot !

  9. Vincent >> Je ne connaissais pas mais il y a certains portraits MAGNIFIQUES !!!
    *
    Baz >> Ah oui, Monsieur Gégé votre pôpa a fait les textes ? Quelle star ! Très bonne soirée ce soir, merci encore, je vais en parler ce week-end, de « Öper Öpis », je pense ! J’ai aimé… mais… il y a un MAIS !!! ^^
    En tout cas, merci pour ta proposition d’invitation pour « La Cerisaie » : on a eu une date avec Papatte (le 14 avril ! Pour bénéficier du tarif réduit du mardi. Et toi ?) et on va aussi voir « L’Oratorio d’Aurélia » le 6 mars ! TROP CONTENTE !

  10. Non, pas une star, pas une star. Le bouquin est très beau, sur la danse j’en ai pas mal à recommander et pas que des Gégé… Il y a le superbe Delahay sur Pina, ou de nombreux panoramas de la danse et autre de Rosita !
    La Cerisaie sur les premières dates because carton.
    Bravo pour l’oratorio d’Aurélia… Tu n’as pas voulu le voir quand il est passé chez nous en fait, ou j’ai pas pu te filer des places ?
    Quel petit malin ce JMR…

  11. Baz >> Je crois que je ne connaissais pas encore la famille Thierrée à l’époque (j’ai découvert James l’an passé dans le film bizarre « Ce que mes yeux ont vu » !!!) Alors tu parles, Aurélia, je savais même pas qu’elle était passée au TDV ! ;^)

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