Sweet Mambo

Il faut que je le confesse, même si ça me fait mal de l’avouer – parce qu’au fond, j’aimerais tellement l’aimer que ça me rend amère, cette déception mêlée d’incompréhension que je ressens après chacun de ses spectacles -, mais j’ai un problème avec Pina Bausch.

Ce soir, troisième essai : Baz m’avait invitée dans la semaine à venir voir Sweet Mambo, dernière création de l’une des plus grandes chorégraphes du monde, qui déclencha la polémique et surtout une véritable révolution, à la fin des années 70, avec son Tanztheater (danse théâtre).

C’est peu dire que les places s’arrachent : plus d’une demi heure avant la représentation, la foule se pressait déjà devant les escaliers menant à la salle et le comptoir des invitations était pris d’assaut par une population jeune et moins jeune bourgeois-branchouille assez tête-à-claques. Il m’a fallu 20 minutes pour parvenir au guichet après m’être fait copieusement bousculer par des spectateurs pressés et hystériques.

Toutes les générales prestigieuses du Théâtre de la Ville suscitent la même excitation, dans la mesure où les places ne sont pas numérotées, mais c’est toujours drôle de voir des dames et des messieurs en apparence très respectables se transformer pour quelques minutes en harpies sournoises !

Mais revenons à Pina.

En 2005, j’avais vu avec Matt Rough Cut, une pièce construite autour de Séoul, en Corée du Sud, l’un des nombreux pays dans lesquels elle a séjourné et qui l’ont inspirée depuis une quinzaine d’années. Je n’en garde pas un souvenir extraordinaire pour la simple et bonne raison que la danse était pour moi, encore à l’époque, un art très difficile à appréhender. Etrange. Etranger. J’étais sur la voie, mais pas tout à fait. Il me manquait un apprentissage en la matière que j’ai peu à peu acquis grâce à Baz. Vagues souvenirs de Rough Cut, de gens qui courent beaucoup. Et la Corée dans tout ça ? Je sais plus…

L’an passé, avec Mr. A., nous avons vu Bamboo Blues, centré cette fois-ci sur l’Inde. Un peu plus attentive, je note la beauté des costumes, le travail impressionnant sur les corps, souples, fluides. Mais dois-je le dire ? J’avais fini par m’endormir après l’entr’acte, durant quasiment toute la seconde partie du spectacle.

Ce soir, malgré toute ma bonne volonté, ça n’a pas loupé : je me suis assoupie par intermittences dès la première partie.

Mais pourquoi tant de haine ?

J’avoue que j’ai beau essayer d’analyser l’ennui qui me saisit devant une pièce de Pina Bausch, je ne comprends pas pourquoi je n’adhère pas.

Ce soir, il m’a semblé voir à peu près le même spectacle que l’an passé, les robes de soirée remplaçant les saris indiens, et avec une importance plus grande accordée à la parole (aux cris, même) et à la vidéo. Mais toujours ces voilages blancs, ce décor dépouillé à l’extrême, ces grands corps féminins minces, voire maigres, aux longues chevelures (comme Pina elle-même ?) et puis ces répétitions incessantes de gestes et mouvements, que l’on retrouve comme des leitmotivs visuels entêtants durant toute la pièce. Et puis ces courses effrénées en rond.

Je suis bête de m’étonner qu’une artiste ose se répéter (quel artiste ne le fait pas ?), creuse inlassablement son sillon. C’est cela sans doute qu’on appelle la patte « Pina Bausch », c’est ce qui fait que l’on sait que l’on voit du Pina Bausch.

Mais cela ne me parle pas. Je reste désespérément en dehors. Comme rejetée par un spectacle dont je ne saisis absolument ni la signification, ni la finalité. Soit c’est trop conceptuel pour ma sensibilité, soit je manque encore de culture chorégraphique pour apprécier à sa juste valeur le travail de cette grande dame. Je crois que j’ai encore besoin qu’on me raconte quelque chose à travers la danse, ou bien alors, s’il n’y a pas d' »histoire », que ce soit au moins joli (facile) à l’oeil.

Pina Bausch, je vois bien ce qu’il y a d’objectivement beau, notamment dans certaines chorégraphies solo (la danseuse Julie était assez exceptionnelle) ou en duo, avec ce travail harmonieux des bras, ce jeu avec les matières fluides des robes, mais l’ensemble reste pour moi austère, aride, froid, triste.

Il faut vraiment que quelqu’un m’explique Pina Bausch, peut-être alors cela m’éclairera-t-il très simplement.

Pour la troisième fois, je vais donc me coucher mécontente d’être sans doute passée à côté de quelque chose que tout le reste de la salle semble avoir compris et adoré. Je déteste quand les choses me résistent !

Pina ? Bof. Ach !

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