Le livre de ma mère / Alexis ou le traité du vain combat

Ouch. Je rentre du restau où j’ai dîné en compagnie de Cynthia. Moment fort sympa, ma foi, mais je crois qu’après avoir passé ma semaine à engloutir des makis et sushis (au boulot, chez moi, dehors… me demandez pas, c’était l’obsession de la semaine), je vais soit mourir de la maladie de Minamata, soit accoucher d’un sushi.

Bref. Tout ça pour dire (non, cherchez pas le rapport, y’en a pas) que, si l’année 2008 mérite un zéro pointé en livres intéressants lus (non pas parce que je n’en ai pas lu d’intéressants, mais parce que je n’ai quasiment pas lu tout court !), en dehors de la correspondance de Char et Camus (je ne compte pas les BD et mangas), 2009 a commencé par de belles surprises.

D’abord, il y a Etty Hillesum, dont je reparlerai sans aucun doute, quand j’aurai fini la somme que constituent ses écrits (journaux intimes et lettres édités intégralement au Seuil), denses et émouvants… C’est un livre « de vie », bien que son auteur soit morte jeune ; un cheminement intérieur (vers la foi – envers Dieu, mais aussi les hommes) passionnant, qui peut sans doute aussi dérouter… Enfin, je n’ai pas encore assez avancé dans ces centaines de pages papier bible pour me permettre d’en parler, mais en ce moment, ce livre m’accompagne, doucement mais sûrement.

En même temps, j’ai découvert, bien tard, il est vrai, deux livres remarquables, de styles très différents, qui m’ont fait frissonner de plaisir et d’émotion à maintes reprises durant leur lecture : Le livre de ma mère d’Albert Cohen, offert par une collègue lors de notre goûter galette/cadeaux (eh oui, on s’éclate à l’agence), collègue qui avait eu l’heureuse idée de me demander ma wishlist afin de m’offrir quelque chose qui me ferait plaisir ; et Alexis ou le traité du vain combat de Marguerite Yourcenar.

Le Livre de ma mère / Alexis

Dans Le livre de ma mère, Albert Cohen rend un hommage vibrant à sa mère, femme simple et dévouée, qu’il se reproche de n’avoir pas assez bien aimée. Les premières pages, très plaintives et incantatoires m’ont d’abord déroutée et agacée. Et puis, ce long chant d’amour désespéré et repentant, entre poème élégiaque et prière, a fini par me toucher, puis me bouleverser, à tel point que, dans le métro, j’ai été obligée de fermer le livre en sentant arriver les larmes.

Le portrait, quoique pathétique, qu’il fait de sa mère est si vivant qu’on croirait la voir, coeur simple, âme seule. Pour la mettre en valeur, il se dévalorise lui-même, comme si, pour (se) prouver qu’il l’avait aimée, qu’il l’aime, il devait, au moment où il écrit ces lignes, se haïr lui-même. Même si, parfois, j’ai trouvé le syle un peu trop grandiloquent, le chagrin et le regret de l’auteur m’ont paru d’une sincérité si absolue que j’ai dévoré ces quelques pages la gorge nouée.

Alexis ou le traité du vain combat de Marguerite Yourcenar, acheté aujourd’hui un peu en vitesse, un peu au hasard, en remplacement d’un recueil de Verlaine que j’avais déjà (distraite que je suis) m’a quant à lui transportée. Encore un très court livre, qu’on peut dévorer en deux trajets de métro. Sous forme de confidence épistolaire – un genre que j’apprécie particulièrement -, il narre le « vain combat » d’un jeune homme contre son homosexualité (mot qui n’est évidemment jamais écrit ; penchant qui n’est même jamais vraiment explicité.) Alexis écrit à la femme qu’il quitte, la mère de son fils, son cheminement intime, de l’enfance à ses 24 ans : ses doutes, sa solitude, son angoisse, son désespoir, ses interrogations…

On trouve déjà dans ce premier roman de Marguerite Yourcenar (1929) la beauté de son style qui éclatera dans Les Mémoire d’Hadrien, une langue sobre et précise, d’un esthétisme classique qui (me) procure des sensations très physiques : certaines phrases sont si parfaitement belles que j’en frémis littéralement et que je désire ardemment les graver dans mon cerveau pour en repaître mon esprit. J’y ai également retrouvé une idée qu’elle reprend dans Hadrien, à propos des livres :

  • « Mais les livres ne contiennent pas la vie ; ils n’en contiennent que la cendre. » Alexis ou le traité du vain combat (1929)
  • « Je m’accomoderais fort mal d’un monde sans livres, mais la réalité n’est pas là, parce qu’elle n’y tient pas tout entière. » Les mémoires d’Hadrien (1951)

Au-delà de l’homosexualité, thème qui était peut-être sulfureux à l’époque où parut ce livre, il me semble qu’Alexis s’adresse (et parlera) avant tout à tous ceux qui s’interrogent sur eux-même, sur la vie et se cherchent. Même s’il n’atteint pas les sommets d’Hadrien, Alexis a été pour moi une superbe découverte, qui trouve sa place immédiate parmi mes livres favoris.

Sur ce, je vais me coucher avec Mishima.

4 comments / Add your comment below

  1. T’es en pleine période japon dis donc. Attention à la saturation ^^ T’as lu sinon le « Gourmet Solitaire » de taniguchi ou comment concilier bouffe, manga et japon. C’etait lequel ton resto jap où t’as mangé?

  2. Eh non, je n’ai pas lu « le Gourmet solitaire », Taniguchi a une telle productivité !!… Dur de tout suivre…
    Le restau, je ne connais pas son nom, c’était à Issy, près de chez Cynthia, parce qu’on en a marre des « cantines » de Montparnasse.
    Mais si tu en connais un bien, on pourrait s’en faire un un de ces quatre ?!!!! Youpie !!!
    Et puis avec Papatte, on veut se refaire un barbec’ coréen à Japkora (une adresse révélée par Baz), très convivial et pas cher (et bon) !

  3. ha ha, marrant, j’ai habité à 2 pas de chez Cynthia jusqu’à l’an passé

    Il y a un restau japonais sympa rue ernest renan, ce n’est pas le premier en venant de corentin celton mais le second, par contre il ferme relativement tôt il me semble.

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