Ce matin, il s’est produit une faille spatio-temporelle dans le continuum espace-temps de ma vie.

Je me suis levée hyper tôt (6h30, un exploit pour moi) histoire d’avoir le temps de me préparer et petit-déjeuner tranquillou avant le début de la formation à 8h30. Après m’être lavée, (dé)coiffée, brossé les dents, avoir rangé mes affaires éparpillées façon puzzle aux quatre coins de ma chambre, je descends sereine au restaurant, sans frapper à la porte de P., persuadée que j’ai une bonne demi-heure pour déguster seule un petit déjeuner pantégruélique à base de jambon (non, pas de genoux), fromage, etc. etc. sans aucun témoin gênant.

Et là, qui je vois, déjà installé à une table devant son Mac et sa pile de journaux ? P. !

En fait, il me restait 10 minutes à peine pour engloutir une tranche de pain de mie !!

J’ai beau réfléchir, je ne vois toujours pas ce que j’ai fait qui m’a pris tant de temps entre 6h30 et 8h20.

Oh bravo !

Gembloux - Les 3 Clés - Vue de ma chambre

Ô toi voyageur hagard égaré que tes pieds ont lestement porté jusques aux portes de la fière Belgique, suspends ta course un instant pour rassasier ton oeil curieux de cette petite ville, qui se fait discrète entre Bruxelles et Namur, mais qui, comme toutes les timides, n’en est pas moins charmante, j’ai nommé Gembloux. Oui, ami explorateur, Gembloux. Ce nom t’est inconnu ? Rassure-toi, il l’était encore pour moi il y a quelques jours, avant que le destin taquin ne m’y envoyât pour un voyage d’affaires (car oui, je suis une executive woman désormais, il va falloir te mettre ça dans ton petit crâne potelé.)

Gembloux. Gem-bloux. Rien que le nom, déjà, fleure bon la douceur de vivre, non dénuée d’une certaine rugosité paysanne. On y sent à la fois la poésie émouvante du terroir solide, l’image paisible du « trou de verdure où chante une rivière » (non, ce n’est pas du Yves Duteil) (en l’occurence, la rivière, c’est l’Orneau, un affluent de la Sambre), les effluves de la bière mousseuse et toute cette truculente générosité campagnarde belge qui roule les « rrr » une fois ! – en revanche, ça ne sent pas le jambon et les genoux, comme j’ai pu le lire ici ou là.

Et ce « x » final, incongru comme une queue en tire-bouchon, rajoute une touche d’espièglerie décalée à ce patronyme… d’autant plus incongru que l’habitant de Gembloux n’est point le Gemblouxois mais le Gembloutois (tout de suite, c’est moins fun, mais je n’y peux rien, on ne m’a pas consultée avant de baptiser les Gembloutois les Gembloutois.)

Gembloux est donc, selon Wikipédia, « une ville francophone de Belgique située en Région wallonne dans la province de Namur, sur l’axe Bruxelles-Namur. » Selon mon oeil, c’est surtout une ville située au bout d’une route nationale bordée de clubs dansants à péripatétiputes, éclairés par des néons glauques. Mais une fois dans la ville, son charme médiéval surprend. Surtout s’il fait nuit. Parce qu’on ne voit pas grand chose.

Je te conseille donc, frère globe-trotter, de privilégier une visite de Gembloux le jour. Parce que la nuit, c’est sombre et le jeudi, c’est mort. Les rues sont désertes ; les restaurants à peu près vides. Le seul bruit que l’on peut entendre est celui de la brume qui craquelle dans l’air glacé de l’hiver.

Peut-être est-ce vide parce que c’est l’hiver et que l’hiver, en Belgique, il rigole pas. Même que l’eau de la fontaine de l’hôtel est toute gelée et que la végétation dort encore sous son drap de givre matinal le soir. C’est pas l’Alaska Gembloux, mais pas loin. Je comprends qu’ils hibernent les Gembloutois avec un froid aussi vigoureux. Un charmant autochtone, Alexandre, m’a néanmoins appris l’autre jour qu’il était allé jouer de la musique là-bas, il y a quelques années, dans une fête d’étudiants. Preuve, s’il en est, que la ville vit quand même.

Gembloux est en effet réputée pour sa faculté d’agronomie ; la ville est d’ailleurs un « agrobiopole », un pôle d’excellence en agronomie et biotechnologie. Donc tu vois, c’est quand même pas de la rigolade ce que je te propose comme circuit touristique.

A Gembloux, tu pourras goûter plein de plats aux noms exotiques, que j’ai déjà oubliés ; tu pourras aussi loger à l’hôtel Best Western 4 étoiles Les 3 Clés mais là, je ne te conseille pas les sandwiches, sincèrement, je les fais aussi bien. Pour le reste, c’est bien et, le plus important, propre. Moi, par exemple, depuis deux nuits, j’ai une superbe suite qui doit faire la taille de mon appartement parisien, je me sentirais presque aussi bien que chez moi s’il n’y avait pas cette décoration d’un vert émeraude intimidant.

Tout à l’heure, alors que je tapais fièvreusement un mail passionnel sur mon ordinateur, j’ai senti une odeur de fumée. J’ai cru un instant mon cerveau en surchauffe, avant de comprendre que c’était la fumée de la cigarette de mon collègue P. qui passait sous la porte… qui sépare nos deux chambres ! et que le personnel a bloquée avec un meuble bas.

Alors là ! J’avoue avoir été shockède ! Combien de collègues sont-ils ainsi encouragés à tromper leur conjoint(e) en se faufilant discrètement dans la chambre voisine par cette porte dérobée aux yeux extérieurs ?

C’est donc désabusée par le genre humain que je vais quitter Gembloux demain soir.

Mais j’espère que je t’aurai donné un peu envie de découvrir cette ville légendaire. Comme ça, tu pourras me raconter tout ce que je n’ai pas vu de Gembloux. C’est à dire tout.

Ah non alors.

Être dans un hôtel 4 étoiles et déjeuner d’un vieux sandwich au pain de mie avec trois feuilles de salade qui se battent en duel (est-ce qu’un duel peut opposer trois protagonistes ? Je dubite…) sur un coin de table, devant son ordi, en 10 minutes, je suis pas d’accord.

Si c’est comme ça, ce soir, je reprends un bain !

Les copains ! Les copains !

Ayé !! Je suis, telle une valeureuse VRP, saine et sauve dans un motel (en fait un hôtel 4 étoiles paraît-il, pas très sexy architecturalement parlant mais très propre et avec une chambre de genre 30m² rien que pour moi) gembloutois (et non gemblouxois).

Comme convenu, P. est venu me chercher à l’agence à 18h, on a roulé droit vers le nord dans le brouillard pendant 3h30, pour arriver, au terme de longues recherches surréalistes le long d’une route nationale sombre digne d’un film de Lynch (et longée de clubs à prostiputes aux châtoyants noms de « Le Jet Set », « Le Rio », etc.), à ce fameux hôtel au nom un peu énigmatique : Les 3 Clés. Pas tout à fait en centre ville mais cela ne nous empêchera pas, demain soir, de nous en échapper pour dîner dans un troquet chaleureux de cette petite bourgade ma foi plutôt mignonnette.

Vous le savez, j’étais peu enchantée à l’idée de passer 2 jours et 2 nuits avec un homme que je ne connais guère (c’est mon côté prude et timide, ça) et qui me paraissait, de prime abord, un peu trop bavard et fatigant (c’est mon côté méfiant et grognon, ça) et en fait, comme souvent, je me suis trompée de A à Z !!! Certes, P. est extrêmement bavard (je connais une bonne partie de sa biographie – il ne sait toujours quasiment rien de moi mais peu importe, j’adore écouter les autres et je n’ai pas grand chose à raconter par rapport à sa vie, plus longue et plus mouvementée que la mienne) mais son côté un peu « tonitruant-brut-de-décoffrage » dissimule, j’en suis sûre, une vraie bonne pâte, un vrai bon coeur. Le genre bourru-sympa-réglo, à la gouaille à la fois égocentrique et généreuse, en tout cas, agréable compagnon de voyage (et je crois qu’il a également apprécié ma compagnie attentive et « répondante ») (je ne suis pas sûre que ce mot ait grand sens mais après une aussi longue journée, je n’en trouve pas d’autre.)

On a quand même discuté sans discontinuer de 18h à 23h30, de… lui (hihi), de boulot, de France Inter (aaaahhh, il adore Paoli, Demorand, Guillon et Calvi et il connaît Serge Lutens, forcément, hein, il ne pouvait m’être que sympathique !), de cinéma et aussi de musique, sa grande passion avec les livres : il possède 2000 vinyls, presque autant de CD et, après avoir comparé nos goûts musicaux, on a décidé de se faire mutuellement une compil de MP3 sur clés usb pour se faire découvrir des trucs (HéHé, il ne connaît pas encore Antony and the Johnsons !)

Ce soir, déjà, il m’a fait écouter sur son I-Phone (ils ont tous un I-Phone ma parole !) Asa et Ludovico Einaudi – et je l’ai un peu bluffé en lui disant : « Dis donc, ça me fait penser à Philipp Glass ! » (ce qu’il trouve aussi) – et on a papoté, papoté, papoté dans nos canapés, lui devant son énième verre de blanc (il a la descente facile, HéHé) et moi, allongée sous mon manteau, fatiguée, mais contente et confiante, comme avec un vieux bon pote.

La conversation coulait de source et, même quand il s’agissait de lui et de gens que je ne connaissais absolument pas, j’étais intéressée, parce qu’il parle spontanément, il te raconte sa vie, oui, mais sans chichi, simplement, sincèrement et avec bonne humeur et « positive attitude », même lorsque c’est triste…

Et puis il est curieux, gourmand de la vie, optimiste, gai : c’est attachant ce genre de personnalité qui ne semble blasée de rien, qui s’enthousiasme encore, se crée son bonheur et son plaisir, malgré les malheurs et souffrances de la vie…

Je n’en reviens pas moi-même d’avoir passé une aussi bonne soirée.

Comme quoi… Je pars toujours un peu négative et grognon, je me stresse souvent pour n’importe quoi et au final, je me rends compte que je me suis fait une montagne d’un rien. Et là, ce soir, à l’heure où j’écris ces lignes (je serai peut-être d’un autre avis demain, hein, ah ah), je suis sincèrement contente de passer ces deux prochains jours avec lui, loin du ronron de l’agence, des potins niais de filles qui se disent « ma chérie », « ma trucmuche d’amour » à tour de bras en se parlant (sic), des mails ambigus et perturbants, du métro qui pue…

Alors pour fêter ça, je vais profiter de la baignoire (ô luxe !) et prendre un bain (cooooooooooooooooooooool !!!)

Bonne nuit de Belgique !

Eh oui, on vieillit mais la vie continue ! Autant continuer avec elle !

Des trucs en vrac.

Tout à l’heure, je suis allée chercher mes vieilles pelloches à la Fnac et j’ai un peu compris pourquoi le pauvre Raphaël s’est senti traqué par mon objectif durant tout l’été (en même temps, on ne s’est vu que deux ou trois fois en juillet – août, hein ^^’) (oui, ça fait peur…)

N’empêche, c’est vrai qu’il m’a inspirée le petit Raph, avec son sourire immense, éclatant comme un poignard qui sort de son fourreau (c’est la première comparaison qui me vient à l’esprit, désolée) et ses yeux bleus pétillants comme la mer qui chante et danse. Il a été ma « muse estivale », si je puis m’exprimer ainsi 😉

Allez, cette année, je me motive, j’essaie de tirer le portrait de tous mes amis – z’avez intérêt à être coopératifs. On s’y met dès le printemps ! Et puis j’ai toujours mon idée de blog bouquins, là, derrière les fagots…

A part ça, je suis révoltée et scandalisée car ils se sont trompés, ces crétignoles de la Fnac, en me faisant un TIRAGE papier de mes photos en noir et blanc moches (évidemment…) sur du papier brillant moche (je DETESTE le brillant pour le noir et blanc, va savoir pourquoi Charles) alors que j’avais demandé uniquement le transfert sur CD ! Et tout ça, pour le prix d’un avant-bras.

Déjà qu’ils se sont gourés pour mes photos couleurs (heureusement, ils m’ont offert le tirage.)

Ca va gueuler demain soir au comptoir, je vous dis que ça.

aout2008hyeres

Dans la série « retrouvailles émouvifiantes », j’ai reçu une chouette carte de ma chère Mme Adamo (ma prof d’Anglais de l’IEP ! Mine de rien, ça fait près de 8 ans qu’on est resté en contact !) en réponse à mes voeux annuels et il est fort probable que l’on se voie le 27 février prochain. How exciting! (Qu’est-ce que je vais pouvoir lui dire…)

Et puis, dans la série « chuis trop une aventurière sans toit ni loi », comme je suis une rebelle de la laïfe (HuHu), je pars toute seule avec mon sac à dos à Rome, quatre jours, fin juin. Je me suis décidée comme une égoïste dans mon coin parce que ça fait des mois que j’ai envie de partir et que je suis frustrée de l’Asie et du Maroc qui ont lamentablement échoué. Alors merde, non, je n’attends plus que les autres se tâtent tous les bourrelets pour bouger, j’y vais, tant pis.

C’est trop difficile de concilier les aspirations de tout le monde (ou en tout cas, les miennes avec celles des autres, ah ah) alors plutôt que d’attendre que les autres se décident, plutôt que m’agacer parce que personne n’aura envie de visiter ce que je veux et bouder parce qu’on n’aura pas fait tout ce que j’ai envie de faire, eh bah je vis l’aventure en solo. Je crois que j’ai plus envie de partir quelque part que partir avec quelqu’un.

Je ne sais pas trop ce que ça va donner, peut-être que je vais me faire royalement chier à admirer des splendeurs seule, sans personne avec qui partager mes émotions, mais j’aurai essayé !

En tout cas, pour l’heure, je pars après-demain soir en Belgique, avec mon collègue P. J’ai été très stressée et contrariée à cette idée et me voici maintenant très contente et ravie (vive la cyclothymie !) Je ne sais pas trop ce qui fait que j’ai changé d’avis, l’idée du voyage, peut-être ? Même pas hyper loin et même pas hyper glamour, finalement, je trouve ça fun de faire de la route la nuit, vers une destination bucolique inconnue, pour deux jours hors de la routine, avec un type qui va peut-être s’avérer charmant compagnon de route. Ou pas ^^

Et le pire, c’est qu’en plus, tout le boulot, c’est quand même P. qui va le faire (rendons à César…) Moi je serai là pour vérifier que tout se passe bien.

Ah ah.

J’adore mon job, en fait.

1981

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