Nuit de folie

L’autre jour, j’avais peur de ne plus avoir de boulot, je me sentais inutile comme une vieille chaussette dépareillée… Me voici rassurée. Il est 00h01, je suis au bureau depuis « avant 9h » (ce qui ne m’arrive pour ainsi dire quasiment jamais) et je suis encore en train de bosser avec Isa sur des fucking présentations powerpoint pour une convention sur laquelle je ne suis même pas la consultante en charge du dossier (j’ai la joie de remplacer une collègue partie en vacances…)

Le plus cocasse dans l’histoire ? L’autre collègue qui bosse dessus (depuis le début) est partie à 18h30.

Bah oui, elle a des enfants. Elle.

Tsssss…

*     *     *

Edit de 1h40 : Je rentre. Journée interminable. Minable tout court. Je suis un peu furieuse. Moi aussi, ce soir, j’avais des projets, notamment celui de voir Marius, que je ne vois hélas plus que très rarement. Finalement, je suis restée ; coincée ; pas le choix. Il arrivait à Palais Royal, avec toutes les emplettes qu’il avait gentiment faites pour mon compte chez Sephonnaud. Je l’ai décommandé au dernier moment. Chier. Et même merde.

16h au boulot dont près de 10 passées en rendez-vous client, truc de ouf comme dirait l’autre. Heureusement, j’avais pris mon ordinateur avec moi en salle de réunion, j’ai donc pu m’octroyer quelques furtives pauses « mails » durant ces looongues heures de chipotage autour de la typo ou la couleur d’un titre de slide (entre autres). J’ai bien cru que j’allais crever, tiens. Seule consolation : je bossais avec Isa, que j’affectionne particulièrement. Je sais aussi que c’est réciproque, alors je suis contente, tout de même. On a même bien rigolé, toutes les deux. Au final, on a fait un énorme boulot de correction sur moultes présentations atroces et, bien qu’on soit horriblement prises à la gorge par le temps, il me semble qu’on a pas mal fait les choses.

En sortant de l’agence, je crois que j’ai cassé la serrure de la porte d’entrée. Du coup, on est parti, chacune dans son taxi, dans la nuit, en laissant la porte de l’agence ouverte et une lumière allumée (par ma faute, mais à cette heure, moi, j’ai plus trop les yeux en face des trous, hein.)

Evidemment, dans le taxi, j’ai eu droit à mes 30 minutes de plan « drague » par le sosie du Père Noël avec grosse barbe grise et un style chelou à la Emile Louis. Je dis « évidemment », ça peut paraître prétentieux, mais vraiment, je déteste prendre le taxi seule à Paris car trois fois sur cinq, je me fais plus ou moins emmerder par le chauffeur et 30 minutes de trajet seule à seul avec un gros lourd, c’est long. Très long. Je sais pas, ma tête doit donner envie aux gens de lui parler, même quand je l’ai dans le seau. Les chauffeurs chinois croient voir en moi une compatriote donc je ne coupe jamais au sempiternel questionnaire de prout : « Vous êtes de quelle origine ? », comme si on avait cultivé du riz ensemble, quoi. Quant aux autres, visiblement, ils aiment bien les Asiatiques. C’est la mode. Wie exotisch.

En même temps, pas mal de taxis doivent en profiter pour essayer de draguer sec ! Je ne compte plus ceux qui ont essayé de me soutirer mon numéro de téléphone ou qui m’ont sorti les plus ignobles clichés sur les charmes de l’Asie en général et des femmes asiatiques en particulier (le ponpon étant un chauffeur de taxi m’expliquant un jour pourquoi il cherchait une gentille femme asiatique parce que les femmes asiatiques, elles sont quand même plus douces et dociles que les occidentales, hein) (et mon cul, il est doux et docile, peut-être ?!?! Grrrrrr !!!…)

Mein Gott.

Donc là, ça n’a pas loupé : et « De quelle origine vous êtes ? », « Est-ce que vous êtes du Nord ou du Sud ? », « On m’avait dit que les Coréennes étaient jolies… », « Votre nom, votre adresse et votre numéro de téléphone me suffiront… » et j’en passe des vertes et des pas mûres. A tel point que j’ai fini par lui demander de me déposer un peu avant chez moi, quitte à finir le trajet à pied.

Le truc chiant, c’est que je n’ai pas encore appris à gérer ce genre de relation pénible en huis-clos. Si je ne réponds pas, j’ai peur que le taxi m’en veuille et me jette dehors sans plus de façon, comme une pauvre crotte (à ce propos, Isa m’a demandé de ne plus dire « crotte ! » – mon expression favorite du moment – devant un client quand je faisais une petite bourde, ah ah ah !) et à 1h du matin, ce serait vachement dommage. Et puis, à la fin, tous ces lieux communs sur l’Asie, ça finit par me casser les pieds sévère. Non mais y’en a marre, la femme geisha, soumise et raffinée, qui se trimballe nue sous son kimono en attendant de servir sa soupe de tofu le soir à son amant fourbu mais fougueux, ça n’existe que dans les fantasmes de vieux machos. Du coup, quand ils ont bien chanté les louanges de l’Extrême-Orient (surtout que, comme j’habite dans le 13e, ils croient avoir affaire à « une authentique » !), j’adore leur répondre, le plus glacialement possible, que j’ai toujours vécu en France, donc les coutumes de là-bas, c’est peu dire que je m’en tamponne le ciboulot.

Le seul problème, c’est qu’après, j’ai droit à un véritable interrogatoire et que, dans la plupart des cas, je me laisse à avouer que mes parents sont Français (donc lâche-moi la grappe avec « Mais vos parents, ils sont de quelle origine ? ») et là ! c’est le drame : re-vive les lieux-communs sur l’adoption, les questions à la con (mais vous pouvez même pas imaginer ce que je peux entendre, tellement c’est nul et ridicule), bref…

Du coup, il faut que je mette sérieusement au point une tactique de conversation ou non-conversation avec le taxi parisien, qui se croit trop mon pote alors que je ne lui ai rien demandé. Soit je joue la froideur méprisante – mais ça, je ne sais pas encore faire – et je reste muette, soit je réponds mais je trouve quelque chose pour ne pas en dire trop sur moi. Parce qu’après tout, en quoi ça les regarde, ces braves gens, que je vienne de Biélorussie ou de Patagonie et que mes parents soient coréens ou français ? Après tout, est-ce que je leur demande quelle est leur origine à eux et la couleur de slip ?

Cette question sur mes origines, jusqu’alors, je n’ai jamais réussi à la contourner. Parce que je n’ai pas envie que la personne en face de moi ait l’impression que je renie mes origines, que j’assume aujourd’hui à peu près PARFAITEMENT – même si je reconnais que ça me saoûle d’être assimilée à une Asiatique, tant je me sens « blanche » à l’intérieur, de par mon éducation et ma culture. Mais en même temps, une fois que j’ai commencé à répondre, je me retrouve à en dire beaucoup plus que je ne voudrais sur ma vie, mon passé et ça m’énerve franchement. Comment faire pour éviter ça ? Et, en fait, comment dire à l’autre, tout simplement, qu’il me gonfle grave ?

Si vous avez des idées…

Je crois que rentrer à pied, c’est encore ma solution préférée (et c’est bon pour mon gras.)

10 comments / Add your comment below

  1. Même expérience pénible pour moi, du temps de ma folle jeunesse: j’ai donc cessé à peu près complètement de prendre des taxis. Vive la marche à pied! (car je déteste aussi l’atmosphère glauque du métro de nuit. A vrai dire, je déteste la nuit).

    Mais je me dis que ces temps-ci, je devrais peut-être réessayer? Je gage quon me foutrait désormais une paix royale 🙁

  2. Princesse >> Et quand le taxi insiste pour te faire la causette ? La seule fois où je me suis (réellement, en plus) endormie dans un taxi, je n’ai pas parlé, mais il m’a fait passer par Porte de la Villette (en partant de Porte de Champerret) pour arriver à Place d’It’… 35€ plus tard ! ^^ Il s’est (et m’a) bien baladé(e) quoi !
    *
    Cuauh >> Ah, moi, j’adore la nuit. Et le métro, surtout à Paris, je n’ai jamais trouvé ça tellement glauque ? En tout cas, marcher à pied la nuit dans Paris, c’est pas mal… et mieux encore, lorsqu’il fait plus doux : le vélo. Guénial !

  3. Ca me fait penser à la scène d’ouverture d’Aniki qui se passe dans un taxi. Le chauffeur essaye d’embrayer la discutte avec le Kitano mais le visage impassible du jap derrière ses lunettes de soleil coupe court à toute discussion. Ca doit se finir si je me souviens bien sur un « Fucking chinese » ou un erzatz, mais bon ça doit être le prix à payer pour avoir le silence. Par ce que ça tient quand même pas mal à la tête du client ce genre de problème. Déjà être une fille n’aide pas beaucoup mais si en plus ton visage dégage une certaine jovialité ben t’es mort. Kitano est paralysé de la moitié droite de la figure à la suite d’un accident de moto donc ça peut etre une solution…

    C’est vraiment bizarre le gouffre qu’il peut avoir entre les taxis en France et ceux que j’ai pu voir en Asie. Ici c’est vraiment l’antichambre du crime et de la délinquance (traitez moi de facho :p) alors que là bas sans pour autant être un métier ultra up, les mecs ont des consignes très drastiques: petit chapeau, costume, gants en lin, vitre teinté séparant le conducteur (beauf) du client (bavard), discussion de type Mappy. Enfin tout un autre monde. Bon après c’est pas tout rose non plus car y a des choses que tu ne vois pas ici non plus comme les petits satyres aux mains baladeuses dans le métro à osaka :gnark:

    Enfin fait gaffe quand même par ce que il y a 2 chinoises qui se sont faites trucider dans le 11 ème pas plus tard qu’hier. Quand à ma soeur, un vieux monsieur avec une jolie barbe blanche lui est rentrée dedans devant les grands magasins, et plutot que de lui lancer un « Excusez-moi et joyeux Noel » comme on en voit dans les contes, elle s’ait pris un « Rentre chez toi sale chinetoque ». Waaaahoooo c’est trop beau la vie.

    Bonnes fetes à toi nemo!

  4. kim >> Enorme ! You made my day… « Rentre chez toi sale chinetoque »… Trop méchant !!! 😀 (Je ne savais pas pour les 2 chinoises… Et elles étaient deux, en plus ? Brrr…)

  5. ben nemo, passe encore si elles étaient chinoises (les choiny ayant à Paris une longue tradition en matière de disparition, esclavagisme et autres cures dans des bains d’acide…), mais c’est surtout qu’on pourrait NOUS confondre dans le feu de l’action avec ces gens là. Par ce que la nuit venu, nous sommes tous chinois devant l’éternel malheureusement…

  6. kim >> « cures dans des bains d’acide » ??? Gosh!!! Mais j’ai presque peur, moi, maintenant, d’habiter pas loin des frères Tang !!! ^^ Parce que même le jour, hélas, je suis « tous chinois devant l’Eternel », lol !!!
    Joyeuses fêtes à toi aussi et qui sait, à un jour, peut-être ? (Chez Tang ? HuHu)

  7. haha tu habites donc dans l’oeil (bridé) du cyclone! Good luck même si ça reste objectivement un quartier très attachant.

    Ben écoute peut être nous croiserons nous alors par le plus grand des hasards 🙂 à une séance de 20th Century Boys, manga live en 3 parties adapté du manga éponyme. Le premier épisode sort en France le 14 Janvier. C’est un titre hyper connu au Japon qui a eu le prix de la meilleure série d’Angouleme il y a quelques années de cela. Après l’adaptation peut être une jolie daube…

  8. XXth Century Boys ?
    Ah ah, bien sûr que je connais, même si je n’en suis pour l’instant qu’au tome 5 (bah voui, ça coûte cher cette série en 22 tomes, argh !) Je suis par ailleurs une grande fan de « Monster », du même auteur.
    Bon, j’ignorais qu’une adaptation live avait été mise en chantier… Si c’est aussi « bien » que la version live du manga « Nana » ou « Death Note », j’avoue, j’ai peur.
    Mais pourquoi pas ?
    Au CinéCité les Halles ?
    Peut-être au 14 janvier, alors ? (Peut-être !) 😉

  9. Je ne connais pas les mangas Nana ou Death Note mais d’après certains sites les adaptations n’ont pas été géniales. Mais là une lueur espoir est permise d’après DVDrama & cie qui ont vu le film et dont le seul gros reproche serait le « To be continued » insuuuppooortaaaable de suspense. Véridique. Il parait qu’ils ont quand meme mis les moyens pour une fois (le seul manga live phénoménal que j’ai pu voir sans vomir est Crows Zero). Sinon j’en suis au 16 ème tome et c’est vrai qu’à 10 euros (urgh) la tranche j’ai un peu lâché l’affaire. Quant au film je ne sais pas encore dans quelle salle le chef d’oeuvre va sortir. Mais si ta prédiction est juste, peut etre donc au 14 ^^

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