« Le théâtre est comme la messe :… »

« … pour en bien sentir les effets il faut y revenir souvent. » Alain

Il y a quelques jours, je m’excitai comme une vieille folle échevelée sur les joies du théâtre et plus largement du « spectacle vivant », objet actuel de tout mon enthousiasme, en oubliant, ou plutôt en n’ayant plus le temps – à force de parler de moi ma vie mes sentiments mon opinion à moi que j’ai – de parler de l’évidemment plus important : les spectacles qui m’ont rendue si démesurément lyrique (car oui, vous l’aurez compris, la demi-mesure, quand j’aime, je connais, mais alors paaaaaas du tooooouuut !)

Donc, ces dernières semaines, j’ai couru un peu en tous sens, comme une toxico en manque, à la recherche de sensations transcendantes que seules la beauté, l’inventivité et la poésie peuvent parfois me procurer. Et parfois, au hasard de cette quête un peu étrange, presque mystique, j’ai découvert des choses qui m’ont transportée.

Je passerai rapidement sur Comedy (part.1) , la nouvelle création du chorégraphe Nasser Martin-Gousset, dont j’attendais beaucoup, trop peut-être (et même sans doute), suite à un papier plus qu’élogieux de Rosita Boisseau dans le supplément Sortir de Télérama. Même que j’avais un peu tanné Baz pour qu’elle me file des places.

Comedy de Nasser Martin-Gousset

Je m’attendais à un hommage flamboyant au cinéma dont s’inspire énormément Nasser Martin-Gousset. Déception : au-delà des deux trois moments vraiment très jolis (une course-poursuite au diamant en ombres chinoises, vraiment magnifique, puis une chorégraphie flegmatique et amusante entre deux voleurs), il m’a semblé que Comedy ne dépassait jamais le copiage / la parodie un peu terne des comédies de Blake Edwards.

Et malgré la passion visible du chorégraphe pour le 7e art et le jazz (les musiciens étaient excellents), l’ensemble du spectacle, trop léger, n’a finalement dégagé que peu d’émotion.

J’ai attendu désespérément une folle envolée, une fantaisie débridée, un éclat quelconque qui n’est jamais venu et c’est un peu sur ma faim que j’ai applaudi cette première partie, trop froidement (j’hésite à dire vainement) élégante, dans laquelle il ne se passe pas grand chose. La seconde partie sera-t-elle plus enlevée ? Je l’espère et serai curieuse de le constater (Baz, si tu me lis ;-))

Quoiqu’il en soit, cela nous a donné l’occasion, à Raph et moi, de dîner avec Baz et tous deux ont été encore plus durs que moi sur le spectacle (les vilains insatisfaits !)

*     *     *

Plus tard, il y eut l’intrigant Madame de Sade au Théatre des Abbesses. Madame de Sade, épouse fanatiquement fidèle (jusqu’à son revirement de dernière minute, aussi radical que son attachement entêté durant 18 ans) du Marquis de Sade, alors emprisonné, est au centre d’un ballet précieux de cinq autres femmes, marquées à divers degrés par ce personnage absent et pourtant incroyablement présent et charismatique.

Difficile de parler de cette pièce, au texte beau et intelligent (de Mishima), servie par une mise en scène sobre et stylisée audacieuse (quoiqu’un peu agaçante au début) de Jacques Vincey et des comédiennes parfaites. J’avoue que, en raison d’un petit coup de fatigue, j’ai piqué du nez durant le premier acte, pour finir tout de même profondément touchée par le sujet.

Entre raffinement poudré et cruauté feutrée, violence et solitude, c’est un texte remarquable sur les femmes, le mystère qui entoure l’amour et le sexe, la fascination du « mal » et le vertige de la recherche d’un Absolu, dans le « bien » ou le « mal »…

Enfin, bon, bref, ce n’est pas très clair, il faudrait que je le relise la tête reposée, mais Madame de Sade m’a semblé presque religieux, touchant à quelque chose de sacré (?)

Vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé.

*     *     *

Dans un tout autre genre, j’ai emmené Djé et Vic dans un voyage assez hallucinant jusqu’à la Ferme des Concombres de Patrick Robine. Sorte de one man show complètement surréaliste donné dans une petite salle du Théâtre du Rond-Point, le spectacle de Patrick Robine est de prime abord assez déroutant.

A mon avis, soit on adhère, soit on rejette complètement l’univers décousu dans lequel l’auteur-interprète veut nous emmener : le texte, finement travaillé (les jeux d’esprit et associations d’idées fusent à toute vitesse) mais suivant une logique sans queue ni tête peut finir par lasser. Dans le monde étrange de Patrick Robine, n’importe quoi peut arriver : un paquebot ensablé au milieu du désert, un cercueil bordé d’endives (sic) recelant sa grand-mère etc., à tel point que toute cette fantaisie débridée paraît presque par instant trop aléatoire et gratuite pour être vraiment poétique.

Pourtant, peu à peu, un certain charme agit. On se surprend à pénétrer avec le narrateur dans ce bateau échoué en plein sable, puis dans cette grotte mystérieuse, puis dans cette petite cabane… On ne comprend pas trop ce qui se passe ni quel est le sens de tout ça, mais on est curieux de savoir ce qui va suivre. Et on n’avait jamais autant ri devant un comédien qui imite aussi bien la pince à retirer des clous (grand moment culte !)

Un spectacle original, assez unique en son genre. Une « soirée placée sous le signe de la bizarrerie » comme a dit sobrement Djé.

Cela dit, j’ai bien aimé quand même, même si je me suis souvent demandé ce qu’on regardait.

Mais le meilleur reste à venir ! (Là, je suis quand même obligée d’aller dormir, flûte !)

A suivre, donc…

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