Allez, j’me motive et j’avance un peu dans mes posts, parce que j’ai plein d’autres sujets à déballer et on va arriver en 2009 que j’aurai même pas eu le temps de « faire le point » (les mises au point, c’est un peu comme le tiercé pour Omar Sharif, c’est mon grand dada !) sur 2008.

Avoue que ce serait ballot.

Donc, avec un peu de retard, il me reste à finir de m’extasier sur les spectacles qui ont émaillé mes mornes mois (parce que gris et moches) d’octobre et novembre.

*

Il y eut d’abord la Trilogie d’Agota Kristof, pour l’instant le spectacle que j’ai préféré parmi tous ceux que j’ai vus et qui m’inspira le long post capillotracté sur l’art, le divin, les oiseaux, ta mère et tout ça un peu plus bas.

La pièce m’avait été caniculairement recommandée par l’amie Cynthia, en mai dernier, même que dans son mail, elle me disait :  « Assez glauque comme histoire mais superbement  bien jouée (…) tu peux lire le bouquin de la première partie avant. Je l’ai vu à la Fnac… pour une fois que je te conseille un spectacle ce serait sympa que  tu viennes ;-). »

Nan mais on dirait bien que je ne bouge mon derrière que si je suis motivée par une critique de Télérama. EH BIN NON !!!!!! (Eh bin si :-p)

Enfin bon, HuHu, j’ai quand même fini par y aller, pour un prix défiant toute concurrence (ami, connais-tu Billetreduc.com ? Quand tu es pauvre comme moi, il y a parfois de trèèèèèès bonnes affaires à saisir, crois-moi !)

La pièce avait lieu au Théâtre du Soleil, le théâtre fameux de la non moins fameuse Ariane Mnouchkine (mais siiii, le Molière avec Philippe Caubère, c’est elle !!), un endroit follement magique, mais assez difficile à trouver. Nous (Vic, Papatte, Valentin et moi) eûmes un peu de mal à dénicher la navette qui devait nous conduire là-bas à partir de Château de Vincennes. Mais nous ne fûmes pas les seuls à galérer puisqu’un charmant jeune homme, brun, avec un léger accent étranger et TOTALEMENT A MON GOÛT nous aborda pour nous demander son chemin. Après avoir rapidement examiné sa charmante personne, je lui proposai de se joindre à nous, manigançant déjà sournoisement un éventuel rapprochement physique opportun dans le cas où nous serions obligés de parcourir à pied les quelques kilomètres nous séparant du théâtre.

Hélas. Nous finîmes par trouver l’arrêt de la navette et je dois dire que, à ma grande déconvenue, l’indifférence que lui témoignèrent mes compagnons de soirée ne l’encouragea probablement pas à rester avec nous. Il nous quitta donc silencieusement et je ne l’aperçus plus qu’une dernière fois, un peu plus tard, dans les gradins, me faisant un timide mais néanmoins sympathique geste de la main, ce qui m’incite ce soir à passer un appel public : ô séduisant inconnu amateur de théâtre, qui passas furtivement dans ma vie ce 28 octobre 2008, si tu lis ceci un jour, n’hésite pas à me refaire un signe ! 🙂

Cela étant dit, revenons à notre pièce.

La navette qui mène à la Cartoucherie est une sorte de vieux bus décati, tout droit sorti des années 70. On y monte joyeusement, public amusé et excité, comme des écoliers qui partent en sortie scolaire. Ce soir-là, la navette fendit, comme dans un rêve brumeux, la nuit humide et glaciale, pour nous mener à un endroit que nous trouvâmes tous quatre assez magique. Dans l’obscurité et l’air hivernal, le Théâtre du Soleil, doucement illuminé, semble émerger de nulle part. Il faut traverser des herbes mouillées de pluie (ou de rosée) pour y accéder et l’on passe devant ce qui ressemble à ou est des écuries. On se croirait dans un songe nocturne et vaporeux, avant de pénétrer dans une enceinte chaleureuse et conviviale qui tient autant de la salle de spectacle que du chapiteau de cirque.

Là, un peu plus loin sur la droite, au-delà du comptoir où sont servis des mets simples mais de bon goût (je plébiscite le crumble aux pommes, même s’il n’est pas donné) : les gradins. Ils sont raides, peu confortables, mais les petites mousses posées dessus préservent les fessiers délicats et des couvertures sont prêtées pour les plus frileux – à condition d’arriver assez tôt pour s’en procurer.

Un lieu atypique, magnifique et en envoûtant.

D’Agota Kristof, j’ignorais tout, jusqu’au nom, que je n’avais jamais entendu auparavant. Cuauhtli m’avait dit avoir peu aimé les livres dont était adaptée la pièce que nous allions voir. Moi, ce qui m’avait intriguée et attirée, c’était le mélange des genres promis par une ou deux critiques glanées ici et là – dont celle, élogieuse, du supplément Sortir de Télérama.

Je ne fus pas déçue. Ce fut, pour moi, un émerveillement.

Adaptée du premier tome de la trilogie, le grand Cahier, par une toute jeune metteur en scène, Paula Giusti dont on devrait, je l’espère, entendre de nouveau parler (en bien), cette première partie pertinemment intitulée les Stratégies de la subsistance, est hallucinante de beauté, de violence et de cruauté.

L’histoire n’est, comme l’avait dit Cynthia, pas gaie-gaie, puisqu’elle narre la progressive déshumanisation de deux enfants jumeaux, abandonnés durant la guerre par leur mère à une grand-mère sèche et méchante. Pour survivre à l’absence d’amour et s’endurcir, les jumeaux s’imposent un entraînement d’endurance physique et psychique extrême. Dans leur grand cahier, ils s’astreignent à relater de façon totalement objective et uniquement factuelle ce qui leur arrive et c’est, peut-être, alors qu’ils s’efforcent de renoncer à tout sentiment, la seule chose qui les relie à l’humanité. En chemin, ils rencontreront plusieurs personnages torturés dont ils seront à la fois les victimes et bourreaux détachés, presque innocents.

Pour illustrer la violence et la cruauté intenses qui parcourent la pièce de bout en bout, Paula Giusti a eu l’idée lumineuse de faire de ses jumeaux, incarnés par deux jeunes comédiennes, des pantins articulés par le narrateur (qui, sur la fin, se libéreront de lui.) Plus fort encore, elle insiste sur le thème de la gémellité en dédoublant tous les personnages. Si l’idée paraît de prime abord déroutante, elle s’avère finalement judicieuse et lui permet d’orchestrer une véritable chorégraphie avec les comédiens de sa troupe, Toda via Teatro.

A la précision de la gestuelle, fascinante, s’ajoute la beauté des lumières, décors – simples et modulables à l’envi, donc particulièrement épatants -, costumes et musique. Au-delà du texte, déjà bien chargé, l’atmosphère qu’a su créer Paul Giusti est très forte : on est littéralement pris et bouleversé par ce que l’on voit, entre rires (grinçants) et larmes (émues). Une scène, en particulier, m’a marquée par sa puissance évocatrice : l’officier SS pédophile et masochiste que rencontrent les jumeaux leur demande de le fouetter. Tandis que l’un des jumeaux frappe mécaniquement le sol avec un fouet, le second, posté derrière l’officier, se met à zébrer, en cadence, son dos nu de grands traits de crayon rouge. Génial.

J’avoue avoir ressenti, une nouvelle fois, un véritable choc esthétique, qui est allé crescendo, au fur et à mesure que se déroule l’histoire, dérangeante et assez sordide. Car grâce à une mise en scène intelligente, Paula Giusti a su éviter avec subtilité le complaisant et frapper fort les esprits. Sa pièce s’inscrit naturellement dans la digne lignée des créations, très visuelles, d’Ariane Mnouchkine.

Reste à souhaiter qu’elle arrive à réunir les fonds pour monter la suite de la trilogie ! Un très beau moment de théâtre.

  • Le grand Cahier ou les stratégies de la subsistance d’Agota Kristof, mise en scène : Paula Giusti
  • Vu le mardi 28 octobre 2008 au Théâtre du Soleil (Paris)

*

Dans un registre très différent mais tout aussi créatif et inventif, Cuauh et moi sommes allées voir, quelques jours plus tard, le Cirque invisible, de Jean-Baptiste Thiérrée (oui oui, le père de…) et Victoria Chaplin (oui oui, la fille de…) Moi qui suis une grande admiratrice de leur fils James, je ne pouvais décemment pas ignorer leur passage au Théâtre du Rond-Point.

Le Cirque Invisible

Je ne savais pas du tout ce que j’allais voir, j’avais juste lu (encore) ici et là des critiques plus qu’enthousiastes sur ce « cirque » original, composé de ce seul duo. Et puis bien sûr, après avoir été remuée par le travail de leur fils, j’étais curieuse de comparer les différents membres de la famille Thiérrée.

Complices à la ville comme sur scène, Jean-Baptiste et Victoria conjuguent leurs talents, leur fantaisie, leur inventivité, leur folie douce, leur espièglerie, bref, tout ce que le commun des mortels ne possède pas nécessairement, pour créer un univers unique, entre bricolage sophistiqué, blagues potaches et tours de magie faussement maladroits.

Extrêmement visuelle, la poésie onirique et décalée du couple est émouvante par sa grande humilité.

Si l’on s’attend à une performance très physique, on risque effectivement d’être fort déçu. Jean-Baptiste Thiérrée n’a plus l’âge de faire les sauts et galipettes de son fiston et même si Victoria reste encore gracieuse sur un fil de funambule, ce n’est pas dans cette performance qu’il faut rechercher le charme de ce spectacle.

Non, c’est dans la grâce toute simple, le merveilleux modeste, le féérique farfelu que distillent les numéros – souvent très courts – que l’on trouve son plaisir et son bonheur. C’est l’émerveillement incrédule devant des ombrelles en papier qui dansent toute seules, une robe qui se transforme en cheval, une cafetière qui inverses les rôles… et surtout un extraordinaire concert de casseroles et bols en tous genres tous attachés sur Victoria, transformée en incroyable femme orchestre.

Tous ces numéros ne sont pas d’égale qualité ; parfois même, on se dit que Jean-Baptiste, surtout lui (qui semble vouloir mettre à tout prix sa délicate compagne en avant en lui laissant les plus beaux rôles), en rajoute un peu dans le côté vieux fou facétieux qui sort trois blagues bêbêtes… et les playbacks chantés ne sont pas ce que j’ai préféré.

Néanmoins, quelle légèreté charmante dans ce spectacle, fourmillant de trouvailles enchantantes. On regrette presque que tout cela passe si vite, sans nous laisser le temps de nous extasier devant les costumes, les objets inventés par le duo.

Peut-être faut-il avoir gardé une âme d’enfant pour apprécier pleinement l’univers de Jean-Baptiste Thiérrée et Victoria ? Ce spectacle ravira, en tout cas, à coup sûr, le jeune public.

C’est cette même poésie que l’on retrouvera chez James (Victoria signant les costumes transformistes de ses spectacles), la danse et les acrobaties en plus, le 13 décembre prochain (j’ai hâte !) Est-elle aussi présente chez la soeur : Aurélia ? Réponse à partir de mars 2009, toujours au Rond-Point !

  • Le Cirque invisible de Jean-Baptiste Thierrée et Victoria Chaplin
  • Vu le jeudi 30 octobre 2008 au Théâtre du Rond-Point (Paris)

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Nous voici bientôt parvenus au terme de notre voyage théâtral de ces deux derniers mois.

Novembre fut marqué par la Vie devant soi, un « je-te-me-l’offre » – comme dirait Djé en parlant des cadeaux que je fais aux autres et qui me font plaisir aussi 😉 – pour l’anniversaire de Vic.

Je ne nie pas. J’aime bien offrir des places de spectacle, notamment à mon frérot et sa copine parce que je connais à peu près leurs goûts et je sais globalement ce qui peut leur plaire… et aussi parce que j’aime bien partager ce que j’aime avec d’autres gens que je pense aptes à apprécier les mêmes choses que moi.

Attention, je ne rechigne absolument pas à aller seule au théâtre mais il faut quand même reconnaître que, sans partage, le plaisir est moins fort (c’est valable un peu pour tout ^^) !

Donc un je-te-me-l’offre, le 11 novembre dernier, au Théâtre de l’Oeuvre, minuscule théâtre parisien, dans lequel passait l’adaptation par le metteur en scène Didier Long du célèbre livre d’Emile Ajar / Romain Gary.

On a évidemment tout dit sur la performance (bien que je n’aime pas trop ce mot) formidable – qui lui valut un Molière l’an passé – de Myriam Boyer, immense comédienne, qui réussit à faire du personnage un peu monstrueusement pittoresque de Mme Rosa une femme bouleversante et attachante. Magnifique, elle paraît se dégrader lentement mais sûrement tout au long de la pièce, jusqu’à ce qu’elle se relève, rose, fraîche et dispose, pour les moults rappels de fin.

A-t-on assez souligné surtout, la prestation très juste des trois autres comédiens, dont le jeune Aymen Saïdi qui écope pourtant du rôle difficile de Momo (15 ans alors qu’il doit en avoir 10 de plus !) (et en plus, il est charmant, ce jeune homme ! <3) ?

Et l’adaptation parfaite qu’a fait du roman Didier Long ?

En recentrant l’histoire sur la relation entre Momo, le jeune arabe, fils de pute abandonné et Mme Rosa, vieille juive au coeur gros comme ça qui l’a recueilli et élevé (en bon musulman), il a réussi, par un tour de force assez admirable, à garder intact tout l’esprit du récit. Par une habile combinaison de voix off, d’adaptation du texte originel dans les dialogues et l’utilisation de vidéos et projections dessinées lors des changements de scène, il est resté incroyablement fidèle à la langue inventive de Romain Gary et à son ton, plein d’humour et de tendresse mais aussi de mélancolie : le texte, reconstruit pour la pièce, n’a rien perdu de sa beauté ni de sa vivacité.

Le livre de Gary brasse des thèmes universels et humanistes qui ne peuvent que toucher : la tolérance, la différence, la religion, le respect de l’autre et surtout, surtout l’amour, l’amour.

Servi par une distribution impeccable et des décors très réussis, le spectacle nous mène subrepticement du rire aux larmes. C’est, oui, la vie, dans tout ce qu’elle a de plus drôle et dur à la fois.

J’avais lu le livre en seconde, grâce à une prof de français super (Mme Beaud) et il m’avait fait pleurer comme une madeleine. A la relecture et après avoir vu la pièce, j’ai été tout autant émue :

« Quand ils ont enfoncé la porte pour voir d’où ça venait et qu’ils m’ont vu couché à côté, ils se sont mis à gueuler au secours quelle horreur mais ils n’avaient pas pensé à gueuler avant parce que la vie n’a pas d’odeur. »

Un spectacle tout public, universel, généreux, à voir absolument.

  • La Vie devant soi de Romain Gary, mise en scène : Didier Long
  • Vu le mardi 11 novembre 2008 au Théâtre de l’Oeuvre (Paris)

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Dernier moment de bonheur devant un spectacle avant de quitter le clavier pour mon lit : In-I d’Akram Khan (encore un homme superbe !) avec Juliette Binoche.

Bon, okay, je suis pas forcément 100% objective quand je parle de Juju parce que Juju, c’est Trois Couleurs : Bleu (mais pas que) et Trois Couleurs : Bleu, c’est Kzryzstof Kieslowski (et toi, toi, qui ignores tout de ma passion adolescente pour Kieslowski, tu peux juste pas comprendre, mais je te pardonne, va.)

Et puis aussi, Akram, il pourrait faire n’importe quoi que je crois que je fondrais toujours autant devant sa beauté exotique (et son petit cul rebondi).

Ouais, In-I, c’est un peu LE truc people forcément énervant, une sorte de spectacle sensationnaliste avec une actrice belle et rebelle qui se la raconte artiste-totale genre « youhou je suis libre moi je fais aussi de la peinture et même que j’écris des poèmes » et un chorégraphe reconnu adepte des duos avec des alter egos stars (Guillem, Cherkaoui.) Ouais, t’as compris le truc quoi.

Sauf que. Moi, j’ai quand même bien aimé. Pas tout-tout. Par exemple, la scène de la cuvette des WC, une fois, ça m’a fait rire. Deux fois, c’est un peu long. Trois fois, on a compris. Et puis les passages parlés, en anglais en plus, sortes de paraboles longuettes sur les blessures de l’amour, c’était plus lourdingue qu’autre chose.

L’amour, de la rencontre à la rupture en passant par la passion, l’érosion du quotidien trivial et les coups que l’on se donne, la difficulté, au fond, de vivre à deux… tout cela n’est pas follement original mais il y a de vraies fulgurances dans la chorégraphie orchestrée par Akram. La partie où ils s’aiment, puis celle où ils se déchirent m’ont particulièrement plu.

Akram est véritablement un danseur hors-pair, d’une rigueur phénoménale. A côté, on sent évidemment les faiblesses approximatives de Juliette qui se débrouille néanmoins plutôt (très très) bien pour une novice en danse. Les deux forment un couple esthétiquement superbe, lui sombre et rageur, elle lumineuse et plus fragile.

On pourra trouver tout cela indigent et prétentieux. Moi, j’ai trouvé cela gonflé et plutôt réussi. J’ai passé un beau moment, avec des vrais morceaux d’émotion dedans. Merci Akram, merci Juju. Et merci Baz 🙂

*

Sur ce, au dodo !

L’affiche avait de quoi séduire.

Lorsque Baz m’a envoyé, il y a quelques mois, le programme de la saison 2008-2009 du Théâtre de la Ville, je savais qu’il y avait au moins (outre Blackbird de David Harrover, une pièce sur la pédophilie, mise en scène par Claudia Stavisky) deux spectacles de danse que je voulais absolument voir : Comedy, de Nasser Martin-Gousset. Ca c’est fait. Et In-I, d’Akram Khan.

D’une part parce que, Akram Khan, je l’ai découvert la saison dernière avec le magnifique Bahok, dont l’affiche (offerte par Baz) trône depuis ce week-end fièrement au-dessus de mon lit et qui a marqué mon souvenir d’images fortes. D’autre part, parce que In-I est une entreprise assez casse-gueule, entre buzz bobo un peu agaçant et vraie prise de risque artistique, puisqu’il s’agit d’une chorégraphie entre Akram Khan et Juliette Binoche, actrice pour qui j’éprouve depuis longtemps la plus vive « tendresse » (depuis Trois Couleurs : Bleu de feu mon maître : Kzrysztof Kieslowski ^^).

Baz m’avait retenu des places, alors qu’elles s’arrachent comme des tickets de concert de Mylène Farmer par les bobos parisiens branchouilles et les vieilles bourgeoises endimanchées férues de jeunes corps en sueur (I’m jocking.) J’avais annulé car je devais demain soir être à Poitiers pour un événement auquel j’ai participé au boulot. J’avoue que la soirée disco avec des ingénieurs coincés et drôles comme des futurs cadres dirigeants ne me disait guère en comparaison de ce que je loupais à Paris. Finalement, ce matin, mon boss m’a relevée de ce voyage inutile (merci, finalement, l’appel d’offre qui m’a bouffé une partie de mon samedi après-midi à Lyon et sur lequel je dois encore bosser !)

Complètement excitée, en vitesse, j’ai rappelé Baz, vite, vite, je sais que je t’appelle tard, mais il te reste encore une place, je t’en prie, argh, argh. Ouais Bilou (Bilou c’est moi), t’es pénible, j’ai déjà donné tes places à une autre amie, bon, je te rappelle, je peux rien te promettre, c’est chaud pour en avoir tu sais. Deux minutes plus tard : c’est bon Bilou, je t’en ai eu une. Une seule. Mais une quand même.

Et voilà. Baz, elle est cool. Je sais pas comment je pourrai la remercier, un jour, de m’avoir patiemment entr’ouvert les portes du monde de la danse. Mais maintenant, c’est un art qui me parle de plus en plus. En tout cas, qui m’intrigue, qui m’intéresse. Alors qu’il y a dix ans, je trouvais ça complètement hermétique voire pathétique. Peut-être même que grâce à elle, un jour, je me mettrai réellement aux claquettes.

Pour l’heure, je vais ce soir voir In-I. Youhou ! Fête du slip !

Sera-ce bien ? Sera-ce décevant ?

En tout cas, je l’aurai voulu et réclamé. Je ne peux qu’être comblée d’y aller.

Je vous en parlerai très vite, avec tout ce dont je n’ai toujours pas eu le temps de parler…

Une seule chose me chagrine : je vais louper la grande soirée Plus belle la Vie sur France 3 ! (SNIF !) Quelqu’un a la possibilité de me l’enregistrer sur CD ou DVD ? :-}

« … pour en bien sentir les effets il faut y revenir souvent. » Alain

Il y a quelques jours, je m’excitai comme une vieille folle échevelée sur les joies du théâtre et plus largement du « spectacle vivant », objet actuel de tout mon enthousiasme, en oubliant, ou plutôt en n’ayant plus le temps – à force de parler de moi ma vie mes sentiments mon opinion à moi que j’ai – de parler de l’évidemment plus important : les spectacles qui m’ont rendue si démesurément lyrique (car oui, vous l’aurez compris, la demi-mesure, quand j’aime, je connais, mais alors paaaaaas du tooooouuut !)

Donc, ces dernières semaines, j’ai couru un peu en tous sens, comme une toxico en manque, à la recherche de sensations transcendantes que seules la beauté, l’inventivité et la poésie peuvent parfois me procurer. Et parfois, au hasard de cette quête un peu étrange, presque mystique, j’ai découvert des choses qui m’ont transportée.

Je passerai rapidement sur Comedy (part.1) , la nouvelle création du chorégraphe Nasser Martin-Gousset, dont j’attendais beaucoup, trop peut-être (et même sans doute), suite à un papier plus qu’élogieux de Rosita Boisseau dans le supplément Sortir de Télérama. Même que j’avais un peu tanné Baz pour qu’elle me file des places.

Comedy de Nasser Martin-Gousset

Je m’attendais à un hommage flamboyant au cinéma dont s’inspire énormément Nasser Martin-Gousset. Déception : au-delà des deux trois moments vraiment très jolis (une course-poursuite au diamant en ombres chinoises, vraiment magnifique, puis une chorégraphie flegmatique et amusante entre deux voleurs), il m’a semblé que Comedy ne dépassait jamais le copiage / la parodie un peu terne des comédies de Blake Edwards.

Et malgré la passion visible du chorégraphe pour le 7e art et le jazz (les musiciens étaient excellents), l’ensemble du spectacle, trop léger, n’a finalement dégagé que peu d’émotion.

J’ai attendu désespérément une folle envolée, une fantaisie débridée, un éclat quelconque qui n’est jamais venu et c’est un peu sur ma faim que j’ai applaudi cette première partie, trop froidement (j’hésite à dire vainement) élégante, dans laquelle il ne se passe pas grand chose. La seconde partie sera-t-elle plus enlevée ? Je l’espère et serai curieuse de le constater (Baz, si tu me lis ;-))

Quoiqu’il en soit, cela nous a donné l’occasion, à Raph et moi, de dîner avec Baz et tous deux ont été encore plus durs que moi sur le spectacle (les vilains insatisfaits !)

*     *     *

Plus tard, il y eut l’intrigant Madame de Sade au Théatre des Abbesses. Madame de Sade, épouse fanatiquement fidèle (jusqu’à son revirement de dernière minute, aussi radical que son attachement entêté durant 18 ans) du Marquis de Sade, alors emprisonné, est au centre d’un ballet précieux de cinq autres femmes, marquées à divers degrés par ce personnage absent et pourtant incroyablement présent et charismatique.

Difficile de parler de cette pièce, au texte beau et intelligent (de Mishima), servie par une mise en scène sobre et stylisée audacieuse (quoiqu’un peu agaçante au début) de Jacques Vincey et des comédiennes parfaites. J’avoue que, en raison d’un petit coup de fatigue, j’ai piqué du nez durant le premier acte, pour finir tout de même profondément touchée par le sujet.

Entre raffinement poudré et cruauté feutrée, violence et solitude, c’est un texte remarquable sur les femmes, le mystère qui entoure l’amour et le sexe, la fascination du « mal » et le vertige de la recherche d’un Absolu, dans le « bien » ou le « mal »…

Enfin, bon, bref, ce n’est pas très clair, il faudrait que je le relise la tête reposée, mais Madame de Sade m’a semblé presque religieux, touchant à quelque chose de sacré (?)

Vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé.

*     *     *

Dans un tout autre genre, j’ai emmené Djé et Vic dans un voyage assez hallucinant jusqu’à la Ferme des Concombres de Patrick Robine. Sorte de one man show complètement surréaliste donné dans une petite salle du Théâtre du Rond-Point, le spectacle de Patrick Robine est de prime abord assez déroutant.

A mon avis, soit on adhère, soit on rejette complètement l’univers décousu dans lequel l’auteur-interprète veut nous emmener : le texte, finement travaillé (les jeux d’esprit et associations d’idées fusent à toute vitesse) mais suivant une logique sans queue ni tête peut finir par lasser. Dans le monde étrange de Patrick Robine, n’importe quoi peut arriver : un paquebot ensablé au milieu du désert, un cercueil bordé d’endives (sic) recelant sa grand-mère etc., à tel point que toute cette fantaisie débridée paraît presque par instant trop aléatoire et gratuite pour être vraiment poétique.

Pourtant, peu à peu, un certain charme agit. On se surprend à pénétrer avec le narrateur dans ce bateau échoué en plein sable, puis dans cette grotte mystérieuse, puis dans cette petite cabane… On ne comprend pas trop ce qui se passe ni quel est le sens de tout ça, mais on est curieux de savoir ce qui va suivre. Et on n’avait jamais autant ri devant un comédien qui imite aussi bien la pince à retirer des clous (grand moment culte !)

Un spectacle original, assez unique en son genre. Une « soirée placée sous le signe de la bizarrerie » comme a dit sobrement Djé.

Cela dit, j’ai bien aimé quand même, même si je me suis souvent demandé ce qu’on regardait.

Mais le meilleur reste à venir ! (Là, je suis quand même obligée d’aller dormir, flûte !)

A suivre, donc…

Ces dernières semaines, j’ai couru un peu en tous sens, comme une toxico en manque, à la recherche de sensations transcendantes que seules la beauté, l’inventivité et la poésie peuvent parfois me procurer. Et parfois, au hasard de cette quête un peu étrange, presque mystique, j’ai découvert des choses intéressantes…

Comedy (part. 1)

Je passerai rapidement sur Comedy (part.1), la nouvelle création du chorégraphe Nasser Martin-Gousset, dont j’attendais beaucoup, trop peut-être (et même sans doute), suite à un papier plus qu’élogieux de Rosita Boisseau dans le supplément Sortir de Télérama. Même que j’avais un peu tanné Baz pour qu’elle me file des places.

Je m’attendais à un hommage flamboyant au cinéma dont s’inspire énormément Nasser Martin-Gousset. Déception : au-delà des deux trois moments vraiment très jolis (une course-poursuite au diamant en ombres chinoises, vraiment magnifique, puis une chorégraphie flegmatique et amusante entre deux voleurs), il m’a semblé que Comedy ne dépassait jamais le copiage / la parodie un peu terne des comédies de Blake Edwards. Et malgré la passion visible du chorégraphe pour le 7e art et le jazz (les musiciens étaient excellents), l’ensemble du spectacle, trop léger, n’a finalement dégagé que peu d’émotion.

J’ai attendu désespérément une folle envolée, une fantaisie débridée, un éclat quelconque qui n’est jamais venu et c’est un peu sur ma faim que j’ai applaudi cette première partie, trop froidement (j’hésite à dire vainement) élégante, dans laquelle il ne se passe pas grand chose. La seconde partie sera-t-elle plus enlevée ? Je l’espère et serai curieuse de le constater (Baz, si tu me lis ;-))

Quoiqu’il en soit, cela nous a donné l’occasion, à Raph’ et moi, de dîner avec Baz et tous deux ont été encore plus durs que moi sur le spectacle (les vilains insatisfaits !)

Madame de Sade

Plus tard, il y eut l’intrigant Madame de Sade au Théatre des Abbesses. Madame de Sade, épouse fanatiquement fidèle (jusqu’à son revirement de dernière minute, aussi radical que son attachement entêté durant 18 ans) du Marquis de Sade, alors emprisonné, est au centre d’un ballet précieux de cinq autres femmes, marquées à divers degrés par ce personnage absent et pourtant incroyablement présent et charismatique.

Difficile de parler de cette pièce, au texte beau et intelligent (de Mishima), servie par une mise en scène sobre et stylisée audacieuse (quoiqu’un peu agaçante au début) de Jacques Vincey et des comédiennes parfaites. J’avoue que, en raison d’un petit coup de fatigue, j’ai piqué du nez durant le premier acte, pour finir tout de même profondément touchée par le sujet.

Entre raffinement poudré et cruauté feutrée, violence et solitude, c’est un texte remarquable sur les femmes, le mystère qui entoure l’amour et le sexe, la fascination du « mal » et le vertige de la recherche d’un Absolu, dans le « bien » ou le « mal »…

Enfin, bon, bref, ce n’est pas très clair, il faudrait que je le relise la tête reposée, mais Madame de Sade m’a semblé presque religieux, touchant à quelque chose de sacré (?)

Vous l’avez compris, j’ai beaucoup aimé.

  • Madame de Sade de Yukio Mishima, mise en scène : Jacques Vincey
  • Vu le vendredi 17 octobre 2008 au Théâtre de la Ville (Paris)

La Ferme des concombres

Dans un tout autre genre, j’ai emmené Djé et Vic dans un voyage assez hallucinant jusqu’à la Ferme des concombres de Patrick Robine. Sorte de one man show complètement surréaliste donné dans une petite salle du Théâtre du Rond-Point, le spectacle de Patrick Robine est de prime abord assez déroutant.

A mon avis, soit on adhère, soit on rejette complètement l’univers décousu dans lequel l’auteur-interprète veut nous emmener : le texte, finement travaillé (les jeux d’esprit et associations d’idées fusent à toute vitesse) mais suivant une logique sans queue ni tête peut finir par lasser. Dans le monde étrange de Patrick Robine, n’importe quoi peut arriver : un paquebot ensablé au milieu du désert, un cercueil bordé d’endives (sic) recelant sa grand-mère etc., à tel point que toute cette fantaisie débridée paraît presque par instant trop aléatoire et gratuite pour être vraiment poétique.

Pourtant, peu à peu, un certain charme agit. On se surprend à pénétrer avec le narrateur dans ce bateau échoué en plein sable, puis dans cette grotte mystérieuse, puis dans cette petite cabane… On ne comprend pas trop ce qui se passe ni quel est le sens de tout ça, mais on est curieux de savoir ce qui va suivre. Et on n’avait jamais autant ri devant un comédien qui imite aussi bien la pince à retirer des clous (grand moment culte !)

Un spectacle original, assez unique en son genre. Une « soirée placée sous le signe de la bizarrerie » comme a dit sobrement Djé.

Cela dit, j’ai bien aimé quand même, même si je me suis souvent demandé ce qu’on regardait.

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