L’Empreinte de l’ange

de Safy Nebbou

Formidables ! Extraordinaires ! Exceptionnelles ! Sublimissimes !

Je vais encore passer pour la grosse excitée du coin mais les mots me manquent, à la sortie de l’avant-première de L’Empreinte de l’ange, deuxième film de Safy Nebbou, pour exprimer tout ce que j’ai ressenti devant l’immense talent de ces deux grandes actrices que sont Catherine Frot et Sandrine Bonnaire.

Mais commençons par parler du film qui est lui-même une vraie réussite.

Elsa (Catherine Frot), femme visiblement fragile psychologiquement, fraîchement divorcée, va un jour chercher son fils Thomas à une fête d’anniversaire. Parmi les enfants déguisés, son regard tombe par hasard sur une petite fille qui la bouleverse. Elsa sent, Elsa sait, viscéralement, qu’il s’agit de sa petite fille. Rongée de douleur, frôlant la folie, elle s’immisce de façon de plus en plus inquiétante dans la vie de Claire, la maman de Lola qui finit par prendre peur. Deux instincts maternels, deux inquiétudes, deux douleurs s’affrontent alors au fur et à mesure que surgissent les interrogations et les zones d’ombres. Elsa est-elle folle ? Claire a-t-elle quelque chose à dissimuler ? Que s’est-il passé sept ans plus tôt ?

L’Empreinte de l’ange est, dans sa forme, un vrai bon thriller psychologique français, dans la veine de la Tourneuse de pages (déjà remarquablement interprété par Catherine Frot et malheureusement mésestimé à sa sortie) qui distille habilement une tension de plus en plus angoissante. Suivant le parcours obsessionnel d’Elsa, fait de filatures et d’attentes – en cela, le film m’a curieusement évoqué Vertigo, particulièrement dans l’utilisation des couleurs rouge et verte lors du « climax » du gala de danse -, le réalisateur n’a pas peur de prendre son temps, de laisser le spectateur s’interroger sur la folie éventuelle d’Elsa ou le comportement de Claire. Ce dernier assiste, fasciné et bouleversé, à l’affrontement violent (psychologiquement ET physiquement), poignant et désespéré de deux lionnes autour d’une enfant, innocente et étrangère au drame intime qui lie les personnages. Fort en émotions mais évitant tout pathos, le film ménage intelligemment des pauses humoristiques et un basculement de situation subtil, lorsque Claire se met à son tour à traquer Elsa.

Malgré des choix de mise en scène parfois un peu appuyés (toute la symbolique autour de l’eau, une scène de cauchemar un peu facile et donc frustrante), la réalisation est plutôt réussie : les lumières (la scène de la piscine dans la nuit avec le visage d’Elsa, tache pâle et fantomatique ; la scène du gala de danse avec une Elsa de plus en plus anxiogène), les décors (la scène finale au bord de la piscine, vidée de son eau, avec cette plongée au-dessus des personnages qui met en valeur le gouffre qui s’est ouvert au sein du couple), la gestuelle (dans la voiture, l’une des mères lève la tête tandis que l’autre la baisse, lentement) et surtout la direction des acteurs sont remarquables.

Catherine Frot, tour à tour pathétique, effrayante, bouleversante, donne ici toute la dimension de son talent chavirant (son meilleur rôle à ce jour !) face à une Sandrine Bonnaire égale à elle-même, c’est-à-dire parfaite. Toutes deux arrachent des larmes chacune à son tour et restent toujours d’une justesse épatante. Pour épauler ces deux incroyables et magnifiques actrices : les solides Wladimir Yordanoff, Michel Aumont et Antoine Chappey. Et pour compléter ce casting sans faute, la fillette qui joue Lola, étrangement fragile, est presque aussi inquiétante, avec sa grâce de poupée ballerine un peu perdue, que celle qui prétend être sa mère.

On craint, l’ombre d’un instant, au moment où la vérité est enfin dévoilée (un peu décevante dans un premier temps), être tombé sur un film au discours fumeux sur la force implacable de l’instinct maternel et des liens du sang. Il n’en est rien. Plus qu’un thriller psychologique haletant, l’Empreinte de l’ange, oeuvre assez dérangeante et d’une infinie tristesse, est aussi un film doux-amer sur le deuil, la douleur, la maternité (liens du sang… ou pas), autant de questions qui nous interrogent intimement et qui, ici, ne trouvent pas de réponse toute faite ni parfaite.

Sans aucun doute le film (intelligent) de l’été à voir.

Rencontre avec Sady Nebbou, Sandrine Bonnaire et Catherine Frot à l’issue de la projection – UGC CinéCité Les Halles – Mardi 12/08/08

Catherine Frot, très drôle

Sandrine Bonnaire, un peu émue et balbutiante

Le réalisateur, à gauche

Une spectatrice a un peu « plombé » l’ambiance de la rencontre en racontant, des sanglots dans la voix, sa propre douleur après avoir perdu son bébé… Glauquy. Le film l’avait visiblement personnellement bouleversée. Témoignage pas forcément très approprié dans une telle circonstance. Personne n’osait plus parler ensuite ; ni le réalisateur, ni les actrices n’ont fait de commentaire, tout le monde était muet et désolé pour elle.

Il n’y avait qu’une autiste qui continuait à flasher la scène en ricanant bêtement, toute à sa joie de voir des actrices tant aimées, tandis que Mr. A. lui filait de grands coups de genoux pour l’appeler à plus de décence : moi !

Hum.

20 comments / Add your comment below

  1. La bande annonce fait très TRÈS peur dans le genre « ça va, attendez le prime time télé »… ton avis contrebalance. Visiblement le film se paye aussi quelques jolies critiques. En tout cas il n’est pas annoncé sur des masses de salles. Vive le trust du Chevalier Noir…

  2. Ouais mais non.
    Effectivement, ni l’affiche ni la bande annonce ne sont très « funky » MAIS c’est un très bon film (hormis quelques imperfections voire une petite longueur sur la fin) que j’ai envie de défendre face au rouleau compresseur « Batman the dark knight » !
    De toute façon, j’adore Catherine Frot (bon, j’ai quand même pas vu « Odette Toulemonde », faut pas déc’ non plus) et en général, dès que je la vois, je ne suis jamais déçue !
    So adorable !
    (Et quelle silhouette parfaite, mazette !)

  3. Bon, je ne veux pas gâcher l’ambiance, mais mon coeur de pierre a encore parlé…

    « L’Empreinte de l’ange » (titre déjà un rien grandiloquent), ne m’ pas du tout semblé le grand film français de l’été : certes, ce n’est pas dépourvu de qualités, la mise en scène est impeccable, le tension monte, les effets sont un peu appuyés mais efficaces, surtotu au début, et Catherine Frot est effectivement très bien (encore que je la préfère dans des rôles plus fantaisistes, comme « La Dilettante », par ex). En revanche, Sandrine Bonnaire ne m’a pas semblé au top: son jeu n’est pas très nuancé (petit sourire en apparence éclatant mais triste et crispé au fond), et son personnage est très mal construit, son manque d’empathie immédit et excessif

  4. Merde: ça a coupé! 🙁 Bon, je continue.

    (…) nous montre tout de suite et sans nuances qu’elle a quelque chose à cacher, et on pressent la résolution très vite. La fin du film est TRES plate, très invraisemblable, et je n’ai pas éprouvé une once d’émotion.

    Donc, un film honnête, dans la veine de « Lemming » de Dominick Moll, et qui ne décolle jamais. Effectivement, c’est la « qualité française », dans toute son horreur. Bon dieu, quand donc les cinéastes français nous feront-ils vraiment du cinéma?

  5. ATTENTION, CETTE REPONSE EST BOURREE DE SPOILERS…
    Ne lisez pas si vous voulez vous faire votre propre opinion sur le film 🙂

    Cuauh >> Aaaahhhh non absolument paaaaaaaas d’accord !!!

    Bon, d’accord, l’espèce de « révélation » m’a d’abord totalement décontenancée voire énervée mais une fois que je me suis faite à l’idée que c’était le scénario tel qu’avait voulu le filmer Safy Nebbou, j’ai pris ma déception en patience et attendu sagement le dénouement pour voir ce que ça allait donner.
    C’est entre cette « révélation » et la fin-fin que j’ai trouvé qu’il y avait un petit relâchement de rythme, en revanche, j’ai ENORMEMENT aimé la toute fin (la phrase finale, en fait, simple et cruelle), qui ne tranche pas de façon manichéenne (comme dans un téléfilm récent avec Marthe Keller, dont j’ai oublié le titre, et qui se terminait par un happy end grossier.)

    Lors de l’avant-première, le réalisateur a expliqué s’être inspiré d’une histoire vraie : [SPOILER]aux Etats-Unis, une femme avait mis le feu à la maison d’une famille pour leur voler leur bébé, retrouvé quelques années plus tard… La mère biologique a un jour reconnu son enfant des années après (est-ce possible ? Existe-t-il vraiment un « instinct » maternel ?), avait collé un chewing gum dans les cheveux de l’enfant pour en récupérer un et fait pratiquer un test ADN. La « fausse mère » purge maintenant une chouette peine de prison et la gamine vit désormais avec des gens qui lui sont inconnus… Guénial.
    Nebbou a décidé de garder la trame mais d’en ôter la dimension criminelle pour mettre les deux femmes à égalité.[/SPOILER]

    Concernant Sandrine Bonnaire, je ne suis pas trop d’accord. D’une part, on ne la voit pas tant que ça, du coup, à moins de partir déterminé à démonter tous les mécanismes, je trouve qu’on se focalise globalement peu sur son personnage jusqu’au mitan du film.
    La gradation dans le comportement de son personnage m’a paru plutôt progressif : [SPOILER] par exemple, moi, je n’ai fini par soupçonner l’impensable qu’après la bagarre physique, après laquelle n’importe qui d’un peu normal aurait évidemment porté plainte à la police [/SPOILER] Mais avant, ses réactions de protection me semblent plutôt très vraisemblables.
    Quant à son manque d’empathie, on ne le voit qu’aux 2/3 du film !? Jusqu’à ce que Catherine Frot lui dise ce qu’elle a vécu, elle semble plutôt au contraire très patiente et compréhensive et il n’y a a priori AUCUNE raison pour qu’elle soit empathique envers cette inconnue collante avec sa gamine ???!!!

    Je l’ai trouvée à la parfaite hauteur de Catherine Frot qui moi, a plutôt tendance à m’agacer dans son rôle éternel « d’adorable quadra fofolle » (La Dilettante, ok mais Odette Toulemonde et pire encore ! la soeur trop trop cool d’Isabelle Huppert trop trop frigide dans l’odieux et insupportable « Les Soeurs fâchées ! Non non et non !) et qui m’épate de plus en plus depuis « Cavale » !!!
    Je trouve qu’on devrait lui donner plus de rôles « tragiques », ça offre un contraste saisissant avec la rondeur et la douceur de ses traits.

    Et en quoi la fin du film te paraît invraisemblable ?
    La recomposition du couple Frot / Chappey ? (ça, ça fait partie des symboles que je trouve appuyés, oui : que la famille se délite après un tel mensonge, je le conçois aisément… Mais que l’autre couple se reconstruise, bon…
    L’espèce « d’arrangement à l’amiable » clandestin (encore qu’on ne sait pas si c’est si clandestin) passé entre les deux familles ? Quelle était la solution ? Appeler les flics ? Les services sociaux ? Peut-on arracher à sa famille un enfant qui a été élevé et aimé par des gens comme leur enfant pour le rendre à sa famille biologique inconnue ?
    Récemment encore, la question se posait sur un cas d’adoption (naissance sous x) en Allemagne, je crois… (J’ai encore l’article quelque part, le sujet m’intéressant bien évidemment.)

    Dans ce film, ce que j’ai aimé (adoré), c’est qu’il n’y a, au fond, qu’une histoire de chagrin, de deuil difficile (impossible ? selon la spectatrice qui racontait comment, après la mort de son enfant, elle avait souhaité que plus aucun bébé ne naisse) à faire de la perte d’un enfant, il n’y a pas de méchant ni de gentil, pas de psychopathe ni de folle, pas de criminelle mais que des victimes d’un événement énorme (mais dont plusieurs cas existent dans la réalité, un peu partout) qui leur a échappé.

    Beaucoup de gens semblaient très émus dans la salle, mardi, parce que je crois que, malgré les défauts qu’on peut lui trouver, le film pose de vraies questions sur les liens familiaux et « du sang », la famille, voire le secret de famille… J’y ai trouvé beaucoup de thèmes qui me sont chers et qui m’ont semblé portés avec respect, sans désir d’en faire trop ou d’en mettre plein la vue.

    A vrai dire, je ne m’attendais pas à ça, plutôt à un vrai thriller avec psychopathe obsessionnelle (d’où, pendant un bon moment, mon sentiment de voir un « Vertigo » maternel, une femme qui suit et « aime » une enfant morte…) mais finalement, ça a été plutôt une bonne surprise !

    Bref !!
    Après, effectivement, il y a ce petit côté « film franco-français » platounet (mais soigné !), pour lequel j’ai tout de même une tendresse particulière.
    Et peut-être, enfin, le sujet m’a-t-il particulièrement touchée, ce qui est encore un paramètre à prendre en compte dans les raisons qui font qu’on aime ou non un film : les liens filiaux, les liens du sang, c’est forcément un thème assez intime en ce qui me concerne 😉

    Je persiste donc : j’ai BEAUCOUP aimé et ce serait dommage de passer à côté pour n’aller voir qu’une grosse artillerie US.

    Bon, j’ai écrit tout ça en vrac, j’attends tes réponses de pied ferme même si je n’aurai peut-être pas le temps d’y répondre avant ce week-end !
    Bises cinématographiques !

  6. ah Dorothy il parait que c’est nul .
    J’ai donc adoré le film , merci à Céline d’avoir pensé à moi !!
    j’en ai fait de la pub partout aujourd’hui!!

  7. Attention, cette réponse à la réponse de Nemo est bourrée de spoilers (bis). Mais bon, si vous avez lu jusqu’ici, c’est que vous avez vu le film, non? 😉

    Tout ce que tu dis, Célinette, n’est pas faux, mais à mon sens ne suffit pas à compenser les nombreuses faiblesses du film.

    D’abord, l’absence de point de vue, ou plutôt le manque de rigueur de son basculement: QUI raconte l’histoire?

    Si le point de vue est successivement celui de chacune des femmes, alors le film est totalement déséquilibré au profit du personnage d’Elsa. Celui de Claire (nom choisi à dessein… et par défaut) est sacrifié, et l’interprétation pâlotte et crispée (je persiste) de Sandrine Bonnaire n’aide pas à en suivre tout l’implicite.

    Si, en revanche, le point de vue est externe, celui du réalisateur, il y a alors des ellipses qui m’ont beaucoup gênée: pourquoi Elsa, qui avait « reconnu » à tort le corps de son bébé lors de son enterrement (Claire, elle, avait pourtant bien vu qu’il s’agissait du sien), « reconnait »-elle (à raison) en une seconde sa fille six ans après, alors qu’elle ne l’a pas vue grandir?

    Il y avait là une part d’irrationnel, une parabole sur l’instinct maternel qu’il eût été interessant de creuser, car c’est bien le coeur du film: comme tu le dis, qu’est-ce qui fait que l’on est parent? face au politiquement correct pour lequel le parent, c’est celui qui élève, voilà un point du vue qui m’aurait passionnée: ici, le parent, c’est celui dont le corps parle , même si, de façon ambivalente, ce corps peut donc aussi donner la mort (scènes récurrentes de l’eau, avec même la petite pointe de malaise dans la scène finale, effectivement très bien)

  8. Bon, j’ai envoyé le 1er paragraphe, de peur d’une fausse manip. Continuons.

    Deuxième défaut: les deux familles sont très mal incarnées: celle d’Elsa, éclatée, n’existe que par les grands parents (très bien, eux): ses rapports avec son fils qu’elle néglige du fait de son obsession sont bien trop superficiels. D’ailleurs, comment cet enfant a t-il vécu la mort de sa petite soeur? (Il devait avoir déjà 4 ou 5 ans lors du drame, qui a provoqué ensuite la séparation de ses parents). N’a t-il pas (eu), lui aussi, des peurs, des attentes, des presciences? Et le père, qui n’est qu’une silhouette? Tout ce qu’on sait de lui, c’est qu’à la fin, il reforme son couple, parce que finalement Elsa n’était donc pas folle, mais qu’elle « avait raison », avec son instinct. C’est un peu court, jeune homme! 😉

    Quant à l’autre famille, celle de Claire, je l’ai détestée: on y voyait justement tous les travers des conventions françaises: la famille Ricoré!! De plus, le mensonge au père sur l’identité du bébé est invraisemblable, la façon dont ça s’est passé aussi (tu me diras , Célinette, que c’est tiré d’un fait-divers réel. Certes, mais pas en France. Peut-être qu’aux USA et ailleurs l’état-civil ne fonctionne pas de la même façon?), les rapports de la mère avec son mari et ses enfants font terriblement « desperate housewive » à l’américaine. Ce n’est jamais crédible.

    Non pas qu’il faille à tout prix viser le réalisme! Le réalisateur a tous les droits: il peut revendiquer justement sa subjectivité. Mais alors, dans ce cas, qu’il plonge vraiment dans l’irrationnel, voire un peu (plus) dans le fantastique -c’est ce qu’a su faire Hitchcock dans Vertigo. Ici, ce film qui parle de la folie reste désespérement sage! Il m’a rappelé un peu, en moins bien, « Qui a tué Bambi? » (dont le nom du réalisateur m’échappe) avec déjà Sophie Quinton, infiniment plus « impactant », même si, là encore, cela manquait de démesure..

    Cette « qualité française »? J’en ai ras le bol ! :-(. Tiens, cette aprèm’, ne t’en déplaise, Célinette, je vais aller voir « Batman: the dark Knight » ;-). A suivre, donc.

  9. TOUJOURS PLEIN DE SPOILERS !!!

    Cuauhtli >> Merci pour cette longue réponse ! Il y a pas mal de points (négatifs) sur lesquels je te rejoins, en fait… mais au contraire de toi, ces faiblesses n’ont pas entamé mon plaisir à suivre ce film, d’abord parce que j’ai été trèstrèstrès impressionnée par le jeu des deux actrices et qu’au fond, à l’aune de la fin, j’ai bien aimé le propos !
    Même si tout cela manque d’une certaine folie et d’une réalisation plus personnelle (encore qu’elle soit plutôt agréablement soignée…)

    Pour reprendre tes remarques :

    – L’absence de point de vue : il m’a semblé que, quasiment durant tout le film, on collait au plus près du personnage d’Elsa et que Claire (dont le prénom est effectivement très lourd de sens) était tout le temps en retrait – sauf vers la fin, mais je n’ai pas senti de réel basculement d’un personnage à l’autre. Le personnage moteur est, à mes yeux, Elsa ; Claire restant cantonnée dans un rôle défensif et effectivement très en retrait.

    – Je te rejoins sur la relative déception que m’a procurée la « révélation », qui enlève tout une part de mystère du film qui, jusque là, me semblait très réussi. J’aurais bien sûr préféré qu’on ne sache jamais la vérité et qu’il reste une part d’ombre à la question : « qu’est-ce qui fait qu’on se sent mère ? ». Faire d’Elsa un personnage trouble et mystérieux, voire inquiétant dans cette obsession maternelle morbide, aurait été plus dérangeant. Mais bon. La toute fin a heureusement contrebalancé ce petit temps de dépit.

    – La mort de la petite fille : bon, là aussi, je suis un peu d’accord, il y a une micro faille scénaristique – pourquoi l’instinct maternel d’Elsa n’a pas joué à la mort du bébé ? On peut imaginer la dépression, le chagrin, le choc soudain… Sur le coup, ça ne m’a pas trop dérangée toutefois, parce qu’on comprend tout de même qu’Elsa ne s’est jamais résignée à accepter cette mort, qu’elle a apparemment des antécédents de « folie » et que c’est son entourage qui veut qu’elle oublie tout ça.

    – L’autre enfant d’Elsa : là, je suis d’accord avec toi. Durant le film, j’ai été assez surprise du peu de psychologie que les scénaristes avaient accordé au personnage de ce petit garçon qui, malgré ce lourd passé familial, semble n’en avoir gardé que peu de séquelles. Mais bon, là encore, il s’agit finalement d’un personnage très secondaire, et d’un enfant (et après tout, les enfants ne développent souvent des névroses que plus tard, HuHuHu…)… tout comme le mari (qui aurait mieux fait de ne pas exister parce que son retournement de comportement à l’égard de sa femme est pourri et fait de lui, quelque part, un sacré gros « con » !)

    – La famille Ricoré : alors là tu exagères, Cuauhtli !! Moi je me suis vachement identifiée à cette « famille Ricoré »… parce que j’ai la même à la maison (ou à peu près)… LOL !!! 🙂 🙂
    Plus sérieusement, c’est quoi que tu appelles des « relations à la Desperate Housewives » ?

    Bref, même si le film m’a semblé aussi très terre à terre, je l’ai trouvé globalement plutôt sympathique et empathique envers les personnages ! Evidemment, on rate un peu le vertige espéré durant toute la première partie du film, mais pour moi, cela reste plus qu’honorable et même bien voire très bien (soyons fou !) Et puis, en fait, je ne sais pas comment l’expliquer, mais quand on prend le film dans sa totalité, je trouve que la révélation a finalement sa raison d’être. Ce n’est pas tout à fait le film que je croyais voir au début (une sorte de remake de « La Main sur le berceau » / « Vertigo »), mais j’ai bien aimé être surprise.

    De toute façon, les Français ne sont pas extrêmement doués pour le fantastique, hélas, voire la folie 😀
    On n’a qu’à écrire notre propre scénario, après tout !!!

    « Dark night », j’irai probablement le voir, pour Heath Ledger, dont tout le monde dit qu’il est fantastisch (normal, il est mort) (ah ah) mais Ishmael m’a dit que ça faisait très « 24 à Gotham » !!! ^^

    En tout cas, ce soir, j’essaierai d’aller voir « Gomorra » !

  10. PS : en revanche, JE DETESTE le titre (encore hyper lourdement symbolique franco-français)
    L’empreinte de l’ange, c’est la marque que laisse l’ange entre le nez et la lèvre supérieur au bébé lorsqu’il naît pour qu’il oublie tous les secrets de la conception… (anecdote déjà racontée par Bernard Campan dans « Se souvenir des belles choses »)
    OKAYYYY…

  11. Ah oui, je ne m’en souvenais pas (de ces belles choses :), bien que j’aie vu le film éponyme). Bon, eh bien voilà encore une (lourde) pierre à ajouter sur l’édifice de mes critiques!

    Bon, évidemment, tout est relatif: si je n’avais jamais entendu parler de ce film et l’avais vu par hasard, je lui aurai trouvé des qualités certaines (l’utilisation de la couleur et de la lumière, notamment). Mais il souffre de ce syndrôme de défense du cinéma français, qui fait qu’on hurle au génie dès qu’il a y qq chose d’interessant ou de partiellement réussi. Au delà, d’une façon générale la critique aujourdhui ne fait jamais dans la litote (même au Masque, c’est pourquoi j’y vais moins, d’ailleurs).

    Il fallait vraiment être Valse avec Bachir (film israélien) pour pouvoir sans dégâts traverser ces dithyrambes unanimes. Là, évidemment, y a pas photo!

    (Quant au sombre chevalier Heath, non, je n’y suis pas allée le voir aujourd’hui, finalement. Demain, may be?)

  12. « Mais il souffre de ce syndrôme de défense du cinéma français, qui fait qu’on hurle au génie dès qu’il a y qq chose d’interessant ou de partiellement réussi. » >> Pas faux, d’ailleurs, je suis la première à souvent défendre un certain genre de cinéma français (le genre « pas déshonorant ») pas exceptionnel en soi, mais toujours « mieux » que ce qui se fait de pire et de plus pathétique chez nous (les Astérix et cie…) parce que bon, je ne supporte pas d’entendre les gens se plaindre de la chiantise des films français (bon, je suis aussi la première à souvent être d’accord…)
    Indulgence ! Chauvinisme !
    Par exemple, je suis prête à défendre « Chrysalis » super ardemment dans le genre science fiction alors que ce n’est pas extraordinaire comparé à « Blade Runner » et plein d’autres films où il a puisé ses références (« Matrix », « Equilibrium », « Minority Report »…)
    Bon, cela dit, je reste sur mes positions : il se trouve que j’ai passé un très bon moment devant « L’Empreinte de l’ange », je le dis, le redis, le reredis et pis d’abord ça suffit ! 😉

  13. dommage que le témoignage de cette femme ait gêné tout le monde, vraiment. j’ai envie de dire mais arrêtez d’être désolé ! elle ne l’a pas tué à ce que je sache. C’est des choses qui arrivent et c’est normal qu’elle se sente touchée personnellement, elle l’a vécu. Arrêtez d’être gêné et de fuir ces gens-là ce sont pas des monstres et ils ne demandent que de continuer à vivre pleinement ! on en bave souvent à cause de cette situation et en plus les gens nous fuient, c’est formidable à vivre, vraiment.
    ce film est très bien fait, j’ai adoré, il m’a fait frissoné. Le côté animal des actrices, magnifique
    enfin tout a déjà été dit

  14. Philippe, moi aussi je suis à la recherche de l’histoire originelle. Oui, je m’y mets tardivement mais j’ai vu le film (qui m’a d’ailleurs très touché, les actrices étant excellentes) hier seulement.
    Tu donnais en aout 2008 un lien vers un article relatant cette histoire; mais ce lien est aujourd’hui obsolète. Aurais tu des détails (prénom de l’enfant, des mères, etc …) afin que je poursuive mes recherches sur google ?

    Merci beaucoup

  15.  
    Pour Fraisaurus :
    (9/23/05 – PHILADELPHIA, PA) — A woman convicted of kidnapping an infant during a fire, then raising the girl as her own for years, was sentenced Friday to nine to 30 years in prison.
    In court, Carolyn Correa publicly accused birth father Pedro Vera of helping her commit the crime, a charge he denied after the hearing.
    The 10-day-old girl disappeared from her crib during a December 1997 fire at her parents’ Philadelphia home. Lacking a body, fire investigators concluded that the fire had consumed the newborn.
    « Pedro gave me the baby, » Correa, 43, of Willingboro, N.J., told the judge. « I loved her as my own. … I truly believed she was mine. »
    Defense lawyers argued that Correa suffered from a psychotic condition in which women believe they are pregnant, and came to believe the baby was hers.
    Prosecutors said she willfully deprived Vera and and the girl’s mother, Luzaida Cuevas, of their child’s milestones — from crawling to talking to starting school — for six years.
    Judge Pamela Dembe said she had concluded that while Correa suffered from some depression, she was more manipulative than delusional.
    Correa briefly apologized in court Friday for « the confusion » she caused the two families. The judge found the sentiment far short of any acceptance of the magnitude of her crime.
    « You robbed a small girl of a very great deal, » Dembe said.
    The judge acknowledged that who — if anyone — helped Correa remains unknown. Investigators believe there was a second person because the child disappeared from an upstairs crib while Correa was apparently downstairs with Cuevas. Vera was not home at the time.
    Prosecutor Leslie Gomez said there is not enough evidence to make a case against anyone else.
    Correa pleaded no contest in February to kidnapping, interference of child custody and conspiracy.
    The girl, Delimar Vera, now 7, was reunited with her parents in March 2004, after Cuevas’ suspicions led to DNA testing that proved the child’s identity. Cuevas had spotted the girl at a Vera family birthday party — Vera and Correa are related by marriage.
    Both Vera and Cuevas, who split up after having a second child together, have sued city officials for their handling of the baby’s disappearance.
    « We’re happy now. We got our daughter back, » Vera said. He called Correa’s charges against him « crazy things that she’s talking about. »
    (Copyright 2005 by The Associated Press. All Rights Reserved.)
     

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