Les films de l’été qui veulent faire peur, mais en fait… trop pas

Les néo-nanars estivaux…

Les Proies

de Gonzalo Lopez-Gallego

Il est beau, ténébreux, est doté de longs cils et porte une barbe de trois jours qui lui donnent l’air viril et doux juste ce qu’il faut. Elle est un peu plus jeune que lui, mystérieuse, sexy, belle et rebelle. Ils se croisent dans les toilettes d’une station service sur une route déserte digne d’un film d’horreur américain, copulent torridement et brièvement sur un lavabo et, la chose faite, la belle s’enfuit, emportant avec elle le portefeuille du mignon. Furieux et un peu vexé de s’être fait avoir, Quim, oeil et barbe sombres, reprend la route. Soudain, que voit-il, tournant sur une route qui s’enfonce dans la montagne ? La voiture de sa voleuse ! Après deux secondes d’hésitation, notre héros décide évidemment de la suivre… et évidemment, c’est le drame. Pris pour cible par des tireurs embusqués, le jeune homme, blessé, finit par retrouver Béa, à qui il est bien obligé de s’allier pour tenter de sortir vivant de cette immense forêt hostile.

Au départ, même si chaque scène est un cliché mille et une fois revu, on se dit qu’on est peut-être tombé sur un film de genre plutôt pas mal, entre Deliverance et Détour mortel par exemple. Un paysage sauvage et impressionnant, un danger inconnu, la vulnérabilité du héros, blessé dès les premières minutes. Et puis, peu à peu, le suspense s’étiole. Difficile de tenir la longueur sur deux personnages qui passent leur temps à courir en transpirant entre les grosses pierres et les grands pins, même s’ils font des efforts pour paraître épuisés, terrorisés et moches et nous faire croire qu’ils n’ont rien bu ni mangé depuis deux ou trois jours.

L’une des audaces narratives du film – la « lâcheté » (peur) du héros, pour une fois réaliste – coïncide malheureusement avec la révélation du danger qui menace nos deux jeunes gens. Et là, on se sent vraiment pris pour un con, tellement le script est, non seulement bêbête, mais complètement invraisemblable

Enfin bon, je n’en dis pas plus pour ne pas déflorer le scénario, mais j’ai trouvé Les Proies décevant, en dépit d’une fin qui se veut dure et amorale. Les incohérences sont au final ce que l’on retient le mieux et les rares frissons que j’ai pu avoir m’ont été dûs à Mr. A. qui sursautait tout seul dans son fauteuil (petite âme sensible.)

* * *

X-Files – Régénération

de Chris Carter

Je n’ai jamais regardé X-Files à l’époque où toutes les filles de mon âge étaient amoureuses du bouffi Fox Mulder et fanas d’extra-terrestres en plastique. J’avais bien essayé de regarder deux ou trois épisodes, pour comprendre ce qu’elles trouvaient à ce brave homme à l’air neurasthénique et sa rousse compagne (beaucoup plus belle que lui à mon avis), mais à chaque fois, j’avais été saisie d’épouvante devant la crétinerie des intrigues (j’ai sûrement dû louper les plus palpitantes) et la précarité des effets spéciaux (je me souviens vaguement d’un gros ver blanc dégueulasse doté d’une grosse bouche rouge et surtout, d’un homme poisson digne de la Créature du lagon noir !)… Autant dire que je n’avais absolument pas envie de voir ce film, étant une totale néophyte de la série. Mais bon, Mr. A. ayant accepté de voir Bachir, je l’ai suivi pour X-Files (je balance, c’est dégueulasse, mais il faut bien qu’il assume ses goûts moisis ! :-p)

Donc voilà. J’ai découvert que Fox Mulder et Dana Scully vivaient dans un pays où il fait nuit et où il neige quasiment 24h/24, petite variation climatique sur les endroits déserts et reculés propices à toutes les horreurs possibles et imaginables. Ensuite, j’ai appris qu’ils vivaient ENSEMBLE ! Et qu’ils avaient, comme nous tous, des problèmes de couple. Un mythe s’écroule. Enfin, j’ai attendu, comme Mr. A., les extra-terrestres, les créatures surnaturelles en latex ou en synthèse. En vain.

X-Files – Rénégération est un banal thriller horrifique, comme on en voit plein, tout le temps. Aussi alambiqué qu’un roman de Jean-Christophe Grangé, filmé aussi bien qu’un volet des Rivières Pourpres, avec des acteurs aussi charismatiques que des flocons de neige. Scully traîne sa dépression durant tout le film et d’ailleurs, on ne la voit pas tant que ça. Quant à Mulder, il promène son visage éteint, barbu (signe de dépression) puis glabre (signe de sa détermination à « revivre »), d’un bout à l’autre de l’enquête avec une constance qui force le respect… ou la lassitude.

Heureusement, nos habiles scénaristes ont pensé à la touche de macabre nécessaire à tout frisson. Outre le décor follement déprimant, nous avons donc droit au prêtre pédophile, forcément pédophile, qui pleure des larmes de sang (la seule touche de fantastique du film, finalement), à des meurtres bien sûr sordides (boucherie Sanzot pour vous servir) et surtout, à des Russes particulièrement dégueulasses. Et pédés en plus. Encore ces salauds de Russes. Et puis avec ça, toujours glauques et surtout, crados, très peu portés sur l’hygiène. C’est fou ce qu’ils excitent l’imagination et la terreur, ces pauvres Russes. Ohé les mecs, la guerre froide est finie !

Bref. Un thriller qui ne casse pas trois pattes à un canard boiteux mais se laisse honnêtement regarder quand on n’en attend rien dès le départ. La seule scène qui m’a fait vraiment rire, c’est lorsque la caméra s’arrête deux secondes sur un portrait de Deubeuliou Bush et que la petite musique du thème de Mark Snow se fait entendre… A part ça…

La qualité est ailleurs.

*****

Surveillance

de Kelly Jennifer Lynch (merci Cuauh !!!)

N’est pas Lynch qui veut. En l’occurence, Kelly Jennifer est bien la fille de David, mais si ce dernier sait parfaitement créer des ambiances anxiogènes avec trois fois rien, Miss Lynch, elle, n’y parvient absolument pas, malgré ses poussifs efforts.

Nous voici donc sur l’une de ces innombrables routes désertes vues et revues dans tout bon film d’angoisse ou thriller américain, scène d’un crime particulièrement horrible. Deux agents du FBI, Bill Pullman, qui semble dopé à la cortisone et dont le jeu est aussi lourd que son nouveau physique, et Julia Ormond, impeccable, elle, débarquent dans les bureaux de la police locale pour effectuer leur enquête. Trois témoins ont effectivement assisté à la scène : une petite fille de 8 ans, observatrice et maligne, une junkie défoncée à la coke et un flic pourri, amateur d’intimidations et d’abus de pouvoir sur les automobilistes. Ils vont donc les interroger séparément pour reconstituer le puzzle des événements.

Malgré toute sa bonne volonté, Kelly Jennifer Lynch ne parvient pas à installer le moindre suspense dans son film qui se veut un habile exercice de style autour de la focalisation (les différents points de vue des témoins). Au contraire, elle donne maladroitement la clé de son intrigue à mi-film et il ne faut pas être très malin pour comprendre alors ce qui se joue entre les personnages. Pire encore, alors même que son scénario tenait la route, elle en sabote les effets par des clichés tellement appuyés qu’ils en deviennent grotesques : les pauvres flics sadiques du trou du cul du monde, on les a déjà vus ailleurs et en mieux, de même que leurs collègues beaufs et mal embouchés ; une imagerie banale : longs plans sur longue route infinie avec gros nuages, silhouette de gamine esseulée, images de caméra vidéo grise et troublée (pour créer l’inquiétant ?) comme on devrait ne plus oser en faire au XXIe siècle… et des scènes qui s’étirent inutilement, ponctuées de dialogues ineptes et à peine drôles. Le sadisme du film est complètement loupé et sa fin est même, je dirais, grotesque.

En bref, en dehors des quelques scènes de tuerie très violentes qui émaillent, peut-être pour réveiller le spectateur déjà bien endormi, inutilement ce chef d’oeuvre d’ennui, Surveillance est un film bien chiant qui, en étant peut-être trop prétentieux, gâche un scénario prometteur. Somnolence.

***

Sinon, quand même et dans un tout autre registre, n’hésitez pas à passer outre le titre français débile de Bons Baisers de Bruges, que j’ai vu il y a un bail mais qui mérite franchement le détour, pour courir le voir. Malgré deux-trois longueurs, il est empli d’un humour décalé à souhait, presque déstabilisant, et servi par trois acteurs au petits oignons… Ishmael en a parlé et mieux que moi ici ! Il est encore à l’affiche, profitez-en !

7 comments / Add your comment below

  1. Surveillance m’a fait pitié. Même s’il ne manquait pas grand chose pour qu’il fonctionne, dans son registre de descendance lynchienne immédiate (un hommage familial?). Se consacrer autant, corps et âme, à ce jeu luxueux du cinéma gore, pour le superflu, l’amusement futile, alors qu’on a mille occasions d’être bouleversé par la violence, son aspect macabre, de quoi traduire sincèrerement les effets de la terreur, son ignominie ! Retourne à la lecture chère K.Lynch !

  2. Oui le X filese n’était pas top mais mieux que le 1er film quaqnd meme . meme comme beaucoup de « fans » j’ai lache sur la fin .
    Revois mes agents préféres et surtout le thème musicale du début m’a fait procuré un petit frisson de plaisir … mais la vérité est toujours ailleurs …

  3. Moi j’avais juste acheté le remix dance du thème de Mark Snow, que je trouvais trop bon. J’avais vraiment des goûts WC à 16 ans ^^

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