Akram Khan – Bahok

Il faut que je vous dise, cette année, j’ai eu une pure révélation artistique : la DANSE. Attendez, je vous explique. Enfin, j’essaie.

Il y a quelques années, le hasard m’avait fait faire un stage à la Biennale de la Danse de Lyon, stage que j’avais adoré, pour diverses raisons. J’y avais rencontré Mlle Baz, une copine débarquée de Corée elle aussi, une tripotée de journalistes asiatiques dont nous étions toutes deux les interlocutrices privilégiées et chouchoutées et, cerise sur le clafouti, j’avais timidement découvert un art qui m’avait longtemps paru obscur et hermétique.

Mais ce n’est que cette année que, soudain, la danse m’est apparue dans tout son mystère charnel et son émouvante beauté.

Je ne parle pas des ballets classiques qui, à mes yeux, restent encore empreints de cucuterie (trop de formalisme tue le formalisme et l’académisme « tutu / collants-moule-boules », c’est pas trop ma cup of tea :-}) mais de danse contemporaine.

Même si j’ai eu, en quelques années, le privilège de voir quelques uns des grands noms de la danse contemporaine, de Pina Bausch à Mathilde Monnier en passant par Gruppo Corpo, Jean-Claude Gallotta ou la Alwin Nikolais Dance Company (je ne parle même pas de tout ce que j’ai vu durant la Biennale 2000), cette année 2007-2008 a été un véritable feu d’artifice de talent, de beauté et de poésie, grâce à Baz, qui n’a pas lésiné sur les invitations (royalement placées en plus) au Théâtre de la Ville.

Après Angelin Preljocaj, après Sidi Larbi Cherkoui et après James Thierrée qui, tous trois, à leur manière, m’avaient impressionnée, voire bouleversée, pouvais-je être encore touchée par la danse ?

Eh bien oui !! Triple oui !!! Ce nouvel éblouissement – et quel éblouissement ! – a eu lieu vendredi soir, devant Bahok, une pièce du chorégraphe Akram Khan, d’un magnétisme et d’une intensité à couper le souffle.

Comment bien vous parler de la danse alors que c’est un art qui, comme la musique, parle directement à mes sens et que je serais bien en peine d’analyser ? D’où vient cette émotion chavirante qui me donne soudain des frissons devant un geste ou un mouvement dansé allié à la musique adéquate ? Il faut que j’essaie d’en apprendre plus sur cet art qui peut toucher au sublime pour réussir à partager avec vous mon embrasement passionnel. Il y a quelque chose comme un serrement de coeur devant la perfection instantanée et éphémère ; la conscience heureuse et douloureuse d’avoir vu, entendu, ressenti quelque chose de magnifiquement beau, trop fugacement. Et l’ébahissement de voir le corps, machine ô combien admirable et merveilleuse, se plier avec une grâce insoupçonnée à tous les mouvements les plus impensables. Il y a des choses à dire là-dessus, je vais me renseigner 😉

En tout cas, chez moi, l’émotion devant la danse, lorsque la chorégraphie me parle, est très physique : poils qui se dressent sur les bras, frissons, gorge serrée, larmes aux yeux, sans que ce soit forcément triste. La magie de la pure Beauté.

Quoiqu’il en soit, le spectacle d’Akram Khan est une véritable merveille. Dans un espace vide, où trônent seulement quelques chaises et un tableau d’affichage d’aéroport, une petite dizaine de danseurs, de différentes origines et nationalités, attendent. Attendent un vol qui n’en finit pas d’être reporté. Alors, dans ce no man’s land impersonnel et déprimant, ils (se) parlent. Dans leurs langues. Anglais. Coréen. Chinois. Espagnol. Et à travers leurs dialogues – qui sont souvent des monologues, incompris des autres -, surgissent des thèmes universellement touchants : l’incommunicabilité, le déracinement, les origines, le sentiment d’appartenance, l’étranger, le rejet, la solitude… et le partage, aussi, dans la danse. Les chorégraphies de groupe, sur la musique hypnotique et entêtante de Nitin Sawhney, sont absolument époustouflantes (voir la vidéo vers 2’47 pour en avoir un aperçu !) ; les danseurs sont renversants ; le thème est passionnant.

« What are you carrying ? » interroge à la fin le tableau sur lequel s’inscrit tout sauf une destination. « Hope ». Une lettre change. « Home ».

La force, l’énergie et la poésie qui se dégagent du spectacle sont captivantes. Le public l’a bien ressenti, qui a réservé à la troupe une ovation de plusieurs minutes (5 rappels au moins). Que ceux qui peuvent aillent le voir (moi je voudrais bien le revoir mais je crois que c’est fini à Paris). Vraiment. Encore une fois, on ne devrait jamais se priver d’instants de beauté dans la vie.

Critique du Monde

Article des Echos

Article de Paris-art.com

Critique du TimesOnline

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