Nani??!!

© 2001 nemo

Automne 2000, IEP de Lyon

Au milieu d’une période atroce sur le plan des études : je souffre le martyre dans un établissement que je hais, au milieu de gens (profs et élèves à quelques exceptions près) que j’exècre, à étudier des matières que j’abhorre. Mais comme il faut un envers positif à toute chose négative, je rencontre – dans la salle info où je passe mes journées à sécher les cours – des étudiants étrangers ultra sympas : Nelson de Colombie, Narae de Corée (deux personnes adorables avec qui je suis toujours en contact, de loin en loin), Chun-Yi de Chine (où es-tu ? me demandé-je avec Marc Lévy) et… Kunie du Japon. C’est mon année la plus asiatique, d’autant plus qu’à l’été 2000, j’ai fait la connaissance de Baz… mais c’est une autre histoire 🙂

Kunie (« Kou-ni-é »), je la rencontre par l’intermédiaire d’une autre fille asiatique, il me semble. Je ne me souviens plus comment ni pourquoi, mais entre nous deux, ça accroche tout de suite. D’ailleurs, l’autre fille asiatique, je ne sais même plus qui c’est.

Kunie est francophile, aime le cinéma français, l’art nouveau, Doisneau, Toulouse-Lautrec et est surtout curieuse et amatrice d’art et de culture. De mon côté, je ne suis pas spécialement nippophile mais j’aime certains films japonais, quelques mangas, les vieux dessins animés du Club Dorothée, Araki et Hokusai. Et à l’IEP, je n’ai choisi que des matières à option portant sur le continent asiatique. Quelque part, nous étions faites pour nous entendre et partager nos goûts et nos cultures. Elle cuisine les makis comme personne et est d’une chaleureuse générosité : outre le fait qu’elle accueille sans rechigner les amis que j’invite chez elle sans gêne (vu que j’habite chez mes parents, il faut bien faire la fête ailleurs ^^’), elle m’offre plein de trucs du Japon, dont sa panoplie de calligraphie… dont je n’ai jamais osé me resservir seule.

Août 2002 : Kunie décide de rentrer dans son pays après plusieurs années passées en France. Elle me prévient : « Je ne t’écrirai pas, parce que je n’aime pas écrire et que je n’ai pas besoin de voir tous les jours mes amis pour penser à eux. Pour moi, un ami, c’est justement quelqu’un que je peux revoir tous les 3, 4 ans après des mois de silence et le retrouver comme si c’était hier. » OK. J’ai bien compris le deal. On ne passera pas notre temps à échanger de longues lettres – ce qui est une première dans mes histoires d’amitié. Mais on pensera l’une à l’autre. Et on se verra quand on pourra.

De 2002 à 2008 : Des cartes me parviennent pour la nouvelle année, auxquelles je réponds tardivement, sans jamais savoir si elles arrivent à bon port. Un jour, je reçois un colis rempli de jolies surprises : des DVD de Miyazaki et Kurosowa écrits tout en japonais, avec des post-it sympathiques collés à l’intérieur pour que je m’y retrouve dans les menus, des objets purement nippons… Un autre jour, vers 2004 ou 2005, une lettre m’attend chez mes parents à Lyon alors que je vis à Paris. Je rate de peu Kunie qui était à Genève.

2008 : L’idée de partir enfin à la rencontre du continent de mes origines me titille sérieusement. Je songe à recontacter Kunie pour venir lui rendre visite au Japon. Deux ou trois semaines après ces cogitations, je reçois comme par hasard un mail de sa part. Elle vient à Genève. Mais hélas, pas de détour par Paris prévu avant son périple européen en Italie, République Tchèque et Allemagne. Et moi, je ne suis pas sur Lyon.

Mercredi, un coup de téléphone : « Allô Céline ? C’est Kunie ! »

– Kunieeeeeeeeeeeee !!!!! [Blah blah blih blah blah blah] Tu es où alors en ce moment ???!!!

– Je suis à Paris ! Je me demandais ce que tu faisais demain ??! »

Rendez-vous est pris, comme ça, pour hier soir. Retrouvailles au bout de près de 6 ans. Elle n’a pas changé. Moi non plus, me dit-elle. « J’ai juste pris 5 kilos » – « Moi aussi » qu’elle me dit. Ah bon. Dans la narine droite, alors, parce que je vois rien, moi.

Elle en avait marre du Périgord où elle randonnait alors elle a décidé de venir à Paris « faire des courses ». Mais tellement de courses qu’elle a dû acheter un cabas supplémentaire ! Evidemment, elle ne pouvait pas se déplacer les mains vides. « Tiens, je me rappelais que tu aimes la marque Shiseido. Tu étais fan de Serge quelque chose, non ? » Oh, waow, merci. J’en ai pour 6 mois de soins capillaires divers Shiseido, là. Trop cool !

Non, elle n’a pas changé. Toujours atypique, indépendante, rebelle. Se parler est tout simple, naturel. Comme si on s’était vu la veille. Il a fallu lui raconter les potins, les changements relationnels de ma vie, les mariages, les naissances des bébés des autres (Rom’s, elle savait que tu étais devenu papa grâce à copainsdavant !!!!) etc. Elle a une mémoire incroyable des noms des uns et des autres. Et moi je l’ai harcelée sur sa vie au Japon, les trucs à la mode là-bas, les nouveautés hi-tech, son devenir… Tant de temps à ne pas savoir ce que devenait l’autre, c’est bizarre ! Et pourtant, je n’ai pas l’impression que 6 ans se sont écoulés, il me semble qu’on a fêté Halloween version jap chez elle à peine hier !!!

« J’ai attendu toujours que tu viennes au Japon » me dit-elle.

Bouge pas cocotte, je viens en avril prochain, c’est décidé 🙂 Même qu’ensemble, on ira en Corée. Elle n’y est jamais allée mais sait un peu le parler. Allez j’y crois à fond, il faut que j’arrive à économiser !

Dans l’enthousiasme de la revoyure, ce soir, rebelote, re-Kunie. C’est pas comme si on se voyait tous les jours, je fais pas une overdose de zyeux bridés en ce moment. Je l’ai invitée à venir voir mon chez moi. Et à y dormir sans plus de façon, quand elle voudrait, lors d’un prochain passage par la capitale. On a encore vachement papoté. Et rigolé. Et regardé des vidéos jap sur Youtube. Et discuté des subtilités de la langue japonaise. Et tout.

Elle m’a montré ses chaussettes avec doigts de pieds séparés, m’a promis de m’en envoyer du Japon fin juin (heuuuuhh… est-ce que ça sert à quelque chose d’isoler chacun des orteils ?) Et si j’ai des commandes à faire, elle m’enverra ce que je veux. Il paraît que le yen est faible par rapport à l’euro et que c’est désormais moins cher d’acheter là-bas qu’ici !!!! De toute façon, ici, les trucs japonais, c’est hype, alors que là-bas, c’est commun. Ca tombe bien, je suis très intéressée par les fringues Uniqlo. Et mille autres trucs.

Mais bon. Par-dessus tout, je suis ravie d’avoir revu Ku. Parfois, l’amitié, c’est tellement facile.

3 comments / Add your comment below

  1. Ah, ces retrouvailles inopinées après des années de séparation!… Echaudée par un certain nombre de plans de ce genre, je n’y croyais plus. Et puis, il y a 15 jours, il m’est arrivé la même chose qu’à toi et Kunie, avec ma jeune amie mexicaine Alicia en transit à Paris: même naturel dans les échanges, même sensation bien réconfortante de la perennité de l’amitié à travers les frontières, quand elle est réelle. D’ailleurs, ce matin, rebelote: Arturo, l’oncle d’Alicia et mon meilleur ami des années mexicaines, m’envoie un mail, sans doute boosté par les photos et les récits de sa nièce. Et me voilà, moi aussi, réenvisageant un voyage au Mexique l’an prochain?? Veremos.

    Sinon, Nemito, des chaussettes à doigts séparés, c’est très utile sui tu veux les porter AVEC DES TONGUES. J’en ai acheté quelques paires dans le passé chez Muji (je suppose que tu connais cette chaine japonaise à Paris?). c’est l’occasion de se/te concocter un look pedestre sympa et confortable (chaussettes et tongues blanches ou noires, total look ou contrasté) en ces temps météorologiques si changeants 🙂

    (bon, je crois que j’ai encore cliqué où il ne fallait pas et déjà envoyé ce post, en cours d’écriture. Por favor efface cette 1ère moûture malencontreuse, et essayons de déterminer enfin OU se trouve sur le clavier la touche fatale!) 🙁

  2. Cuauhtli >> Ce qu’il y a de joli, dans ces amitié transfrontalières, c’est que la distance – et aussi parfois les longs temps de silence – permettent, lors des retrouvailles, d’avoir des conversations foisonnantes, qui dépassent le blah blah du quotidien et ses petits tracas.
    Soudain, on est transporté dans autre chose que les petites histoires que l’habitude tricote autour de nous. Et puis il y a le plaisir de comparer les cultures, de parler d’un pays qu’on connaît mal (ou qu’on a quitté depuis longtemps, pour toi…) Un vent de dépaysement nous transporte, c’est chouette. Je suis contente que tes retrouvailles avec Alicia se soient bien passées et je comprends ton enthousiasme.
    Aujourd’hui, prise d’une folie japonaise, je me suis précipitée aux Galeries pour dépenser mes sous en fringues Uniqlo (la marque fashion « cheap » – équivalent d’un H&M – japonaise qui arrive chez nous, auréolée par la coolité des campagnes pub mettant en scène Chloe Sevigny et un acteur japonais.) C’était le dernier jour dans le cadre de la semaine ‘Asiatic’ (avec des corners remplis de bouffe asiate colorée, de bidules roses Hello Kitty…)
    Kunie était surprise que cette marque soit branchée ; chez eux, c’est une marque un peu « bas de gamme », en tout cas, extrêmement accessible. A vrai dire, je ne sais pas si c’est branché, j’ai lu un article dessus il y a une semaine – avant même que Kunie m’appelle – dans un magazine quelconque qui traîne au bureau et j’avais adoré le visuel pub avec Chloe. Bon, il faut reconnaître que c’est pas extraordinaire, pour le peu qu’il y avait : la matière des t-shirts est assez fine et ne semble pas hyper résistante. Mais j’ai tout de même trouvé un jean large comme je voulais à un prix défiant toute concurrence (40€ !) et quelques tees sympatoches avec des logos rigolos manga-like style Osamu Tezuka. J’attends l’ouverture du grand magasin rue Scribe, en 2009, je crois, pour me prononcer définitivement. Je verrai aussi, via Kunie, si c’est moins cher au Japon.
    En tout cas, ces retrouvailles franco-nippones ont définitivement embrasé mon désir d’Asie… Kunie m’a laissé des pages de kanji et katakana pour m’expliquer les différentes écritures, je regrette de n’avoir pas appris le japonais – mais que ne regretté-je pas de n’avoir pas fait, hein ??? C’est décidé, je me prépare pour le Japon en 2009 !

    Bon, je ne suis pas convaincue pour les chaussettes à doigts de pied, d’autant plus que je n’aime pas du tout les tongs (sauf à la plage), le « string des pieds »…

    Cuauh, en tout cas, si tu décides de partir au Mexique, je te préviens tout de suite : interdiction d’annuler et je t’embarque de force dans l’avion, peur ou pas peur ! D’ailleurs, je suis sûre que, ce mauvais moment passé (il faut prendre un petit cacher pour te calmer/dormir !), tu serais enchantée d’un tel voyage !!!

    Motivons-nous, motivons-nous !

    PS : je regarde une émission d’Arte sur les Cathares (je pense que je vais aller visiter des châteaux cet été, il y a un séjour à -56% sur voyage-prive.com qui va être en vente lundi !!! wooouuuhh !!!)… Comment comptaient-ils (les Parfaits) perdurer sans aucune relation charnelle ?

  3. Ah c’est tout le probléme de s’offrir au monde, le monde s’ouvre à toi, maintenant j’ai la bougeotte et je veux aller dans un pays ou il y a de l’épuration ethnique …
    Le Japon m’a completement subjugée je n’y suis pourtant restée que quelques heures mais je m’y suis sentie à l’aise, en fait j’ai compris pourquoi tout les japonais photographier tout à Paris c’est tellement différent, moi aussi j’avais bien envie de faire plein de photos dans l’aéroport et j’ai fait le plein de truc Shisheido et Chanel au Duty Free et elle à raison le Yen est bas en ce moment, pour une centaine d’euros j’ai eu une palette chanel, ma créme hydrabase plein de produit Shisheido et des trucs à manger typiquement Japonais (dont un chocolat succulent !)
    Bref j’avais regardé pour prendre des cours mais cété dans des horaires pas possible (vendredi 19h) j’y suis allée 2 fois et j’ai craqué …
    Aprés l’anglais, le Japonais sera mon futur défi ( et puis même m’hexiler quelques temps là bas ne me fait pas si peur que ça …)
    ps: tu crois que j’ai gagné au jeu du comm’s le plus long 😉

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