Kunie et moi, mars 2000

Automne 2000, IEP de Lyon

Au milieu d’une période atroce sur le plan des études : je souffre le martyre dans un établissement que je hais, au milieu de gens (profs et élèves à quelques exceptions près) que j’exècre, à étudier des matières que j’abhorre. Mais comme il faut un envers positif à toute chose négative, je rencontre – dans la salle info où je passe mes journées à sécher les cours – des étudiants étrangers ultra sympas : Nelson de Colombie, Narae de Corée (deux personnes adorables avec qui je suis toujours en contact, de loin en loin), Chun-Yi de Chine (où es-tu ? me demandé-je avec Marc Lévy) et… Kunie du Japon. C’est mon année la plus asiatique, d’autant plus qu’à l’été 2000, j’ai fait la connaissance de Baz… mais c’est une autre histoire 🙂

Kunie (« Kou-ni-é »), je la rencontre par l’intermédiaire d’une autre fille asiatique, il me semble. Je ne me souviens plus comment ni pourquoi, mais entre nous deux, ça accroche tout de suite. D’ailleurs, l’autre fille asiatique, je ne sais même plus qui c’est.

Kunie est francophile, aime le cinéma français, l’art nouveau, Doisneau, Toulouse-Lautrec et est surtout curieuse et amatrice d’art et de culture. De mon côté, je ne suis pas spécialement nippophile mais j’aime certains films japonais, quelques mangas, les vieux dessins animés du Club Dorothée, Araki et Hokusai. Et à l’IEP, je n’ai choisi que des matières à option portant sur le continent asiatique. Quelque part, nous étions faites pour nous entendre et partager nos goûts et nos cultures. Elle cuisine les makis comme personne et est d’une chaleureuse générosité : outre le fait qu’elle accueille sans rechigner les amis que j’invite chez elle sans gêne (vu que j’habite chez mes parents, il faut bien faire la fête ailleurs ^^’), elle m’offre plein de trucs du Japon, dont sa panoplie de calligraphie… dont je n’ai jamais osé me resservir seule.

Août 2002 : Kunie décide de rentrer dans son pays après plusieurs années passées en France. Elle me prévient : « Je ne t’écrirai pas, parce que je n’aime pas écrire et que je n’ai pas besoin de voir tous les jours mes amis pour penser à eux. Pour moi, un ami, c’est justement quelqu’un que je peux revoir tous les 3, 4 ans après des mois de silence et le retrouver comme si c’était hier. » OK. J’ai bien compris le deal. On ne passera pas notre temps à échanger de longues lettres – ce qui est une première dans mes histoires d’amitié. Mais on pensera l’une à l’autre. Et on se verra quand on pourra.

De 2002 à 2008 : Des cartes me parviennent pour la nouvelle année, auxquelles je réponds tardivement, sans jamais savoir si elles arrivent à bon port. Un jour, je reçois un colis rempli de jolies surprises : des DVD de Miyazaki et Kurosowa écrits tout en japonais, avec des post-it sympathiques collés à l’intérieur pour que je m’y retrouve dans les menus, des objets purement nippons… Un autre jour, vers 2004 ou 2005, une lettre m’attend chez mes parents à Lyon alors que je vis à Paris. Je rate de peu Kunie qui était à Genève.

2008 : L’idée de partir enfin à la rencontre du continent de mes origines me titille sérieusement. Je songe à recontacter Kunie pour venir lui rendre visite au Japon. Deux ou trois semaines après ces cogitations, je reçois comme par hasard un mail de sa part. Elle vient à Genève. Mais hélas, pas de détour par Paris prévu avant son périple européen en Italie, République Tchèque et Allemagne. Et moi, je ne suis pas sur Lyon.

Mercredi, un coup de téléphone : « Allô Céline ? C’est Kunie ! »

– Kunieeeeeeeeeeeee !!!!! [Blah blah blih blah blah blah] Tu es où alors en ce moment ???!!!

– Je suis à Paris ! Je me demandais ce que tu faisais demain ??! »

Rendez-vous est pris, comme ça, pour hier soir. Retrouvailles au bout de près de 6 ans. Elle n’a pas changé. Moi non plus, me dit-elle. « J’ai juste pris 5 kilos » – « Moi aussi » qu’elle me dit. Ah bon. Dans la narine droite, alors, parce que je vois rien, moi.

Elle en avait marre du Périgord où elle randonnait alors elle a décidé de venir à Paris « faire des courses ». Mais tellement de courses qu’elle a dû acheter un cabas supplémentaire ! Evidemment, elle ne pouvait pas se déplacer les mains vides. « Tiens, je me rappelais que tu aimes la marque Shiseido. Tu étais fan de Serge quelque chose, non ? » Oh, waow, merci. J’en ai pour 6 mois de soins capillaires divers Shiseido, là. Trop cool !

Non, elle n’a pas changé. Toujours atypique, indépendante, rebelle. Se parler est tout simple, naturel. Comme si on s’était vu la veille. Il a fallu lui raconter les potins, les changements relationnels de ma vie, les mariages, les naissances des bébés des autres (Rom’s, elle savait que tu étais devenu papa grâce à copainsdavant !!!!) etc. Elle a une mémoire incroyable des noms des uns et des autres. Et moi je l’ai harcelée sur sa vie au Japon, les trucs à la mode là-bas, les nouveautés hi-tech, son devenir… Tant de temps à ne pas savoir ce que devenait l’autre, c’est bizarre ! Et pourtant, je n’ai pas l’impression que 6 ans se sont écoulés, il me semble qu’on a fêté Halloween version jap chez elle à peine hier !!!

« J’ai attendu toujours que tu viennes au Japon » me dit-elle.

Bouge pas cocotte, je viens en avril prochain, c’est décidé 🙂 Même qu’ensemble, on ira en Corée. Elle n’y est jamais allée mais sait un peu le parler. Allez j’y crois à fond, il faut que j’arrive à économiser !

Dans l’enthousiasme de la revoyure, ce soir, rebelote, re-Kunie. C’est pas comme si on se voyait tous les jours, je fais pas une overdose de zyeux bridés en ce moment. Je l’ai invitée à venir voir mon chez moi. Et à y dormir sans plus de façon, quand elle voudrait, lors d’un prochain passage par la capitale. On a encore vachement papoté. Et rigolé. Et regardé des vidéos jap sur Youtube. Et discuté des subtilités de la langue japonaise. Et tout.

Elle m’a montré ses chaussettes avec doigts de pieds séparés, m’a promis de m’en envoyer du Japon fin juin (heuuuuhh… est-ce que ça sert à quelque chose d’isoler chacun des orteils ?) Et si j’ai des commandes à faire, elle m’enverra ce que je veux. Il paraît que le yen est faible par rapport à l’euro et que c’est désormais moins cher d’acheter là-bas qu’ici !!!! De toute façon, ici, les trucs japonais, c’est hype, alors que là-bas, c’est commun. Ca tombe bien, je suis très intéressée par les fringues Uniqlo. Et mille autres trucs.

Mais bon. Par-dessus tout, je suis ravie d’avoir revu Ku. Parfois, l’amitié, c’est tellement facile.

Villa Noailles, Hyères-les-Palmiers (83)

Superbe exposition à la Villa Noailles de photos de Scott Schuman, créateur du très beau blog The Sartorialist, qui photographie des gens stylés dans les rues.

Voici deux de mes photos préférées :

Very Vertigo, isn’t it?

Hum haaaa rhaaaahh !!!

Et il y a une série de photos prises à Hyères sur son blog (comme quoi, il y a des gens stylés même en France) (eh oh, je rigole.)

La Villa Noailles est un bâtiment qui vaut également le coup d’oeil pour son architecture originale (quoique pas excessivement géniale non plus) et surtout son jardin riche et foisonnant (ne pas se fier à ma photo ^^).

Villa Noailles, Hyères

Villa Noailles, Hyères

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Hyères, centre historique

Quelques photos prises avec mon bridge, qui me dépanne bien…

Chat et chien

A la porte

Fenêtre à fenêtre

Fenêtre à fenêtre

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Raphaël

Près de 4h de parlotte, dont 1h de fou rire non stop, incontrôlable, à en pleurer et en avoir mal aux joues et au ventre. Terrific!

Raphael

Eh oui, manger un sundae, ça met en joie 🙂

Le Louvre, c’est bien.

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EXPOSITION JAN FABRE, L’ANGE DE LA METAMORPHOSE

J’ai pas compris grand chose, mais bon. C’était. Heu. Intéressant.

Je me vide de moi-même, 2007

Je me vide de moi-même, 2007

Aura-t-il toujours les pieds joints ?, 1997

Autoportrait en plus grand ver du monde, 2008

Autoportrait en plus grand ver du monde, 2008

Autoportrait en plus grand ver du monde, 2008

Plus d’informations sur le site du Musée du Louvre

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Valentin

Valentin

Le vide et le plein

Le vide et le plein, d’après Je me vide de moi-même de Jan Fabre, avec l’aimable participation de Valentin 🙂

L’immeuble dans lequel j’habite donne, comme la plupart des immeubles de ville, sur une petit cour intérieure. Plus précisément, c’est ma chambre qui donne sur cette petite cour.

Le matin, très tôt, j’aère, mais dès 10h-10h30, il est trop tard : le restau indien dont la lucarne des cuisines donne également sur cette cour dégobille ses effluves d’épices et de curry particulièrement écoeurantes, jusqu’à tard dans la nuit. Ca va me promettre d’exotiques nuits d’été. Et les mouches, qui tournent autour du WC du café d’en bas en profitent pour trouver refuge CHEZ MOI (non mais à part ça il est bien mon appart, hein !) Donc, en général, j’évite d’ouvrir ma chambre durant les heures d’ouverture du restau et du café.

Mais ce matin, venant de cette cour, amplifiés par la hauteur des murs, s’élevaient, déchirants, des miaulements, que dis-je ! des geignements, des gémissements, des pleurs. D’origine féline, donc. De vrais cris, assez pénibles au demeurant, car extrêmement sonores et désespérés. Du coup, j’ai été bien obligée d’ouvrir ma fenêtre pour voir de quoi il s’agissait et surprise !

Un chat se trouve depuis maintenant plus de 10h sur une partie de toit, un étage plus bas que mon appart’, et n’arrive apparemment pas à en sortir / descendre. En effet, les premières fenêtres sont assez hautes et inaccessibles et pour descendre, il faudrait qu’il saute l’équivalent d’un étage d’immeuble, ce qu’il ne semble pas en mesure de faire. Je le soupçonne d’être un chat d’appartement car il est apeuré et reste prostré à miauler comme un con depuis tout à l’heure. A moins qu’il ne soit blessé ? Toujours est-il que, malgré mes appels répétés, il daigne à peine tourner la tête de mon côté et continue de pleurnicher sans relâche dans son coin.

Ce qui m’épate, c’est que pas une personne de l’immeuble ne se soit déplacée pour essayer de le tirer d’affaire. Parce qu’il fait quand même un boucan d’enfer. Ou alors ils sont tous partis en vacances, ces ingrats, mais ça m’étonnerait parce que j’ai entendu la porte de mon voisin claquer tout à l’heure. Ou alors, tout le monde s’en fout, ils vont laisser crever un chat sur le toit, comme ça. Normal. Marrant, même.

Je suis donc descendue dans la cave de mon immeuble et j’ai trouvé une échelle toute rouillée, que j’ai remontée dans la cour, pour tenter de grimper sur le toit. Hélas, je suis beaucoup trop petite et je ne suis pas encore une Yamakasi. Après avoir aussi déplacé une poubelle pour monter dessus, il a fallu que je me rende à l’évidence : impossible d’atteindre ce foutu toit, il me faudrait une échelle plus grande. Et je n’ose pas tenter de m’élever à la force de mes bras car la gouttière me semble peu résistante.

J’ai donc redescendu un peu de steak haché, que j’ai déposé tant bien que mal sur le toit, pour appâter mon ami récalcitrant, mais il n’a rien vu, l’idiot. Du haut de ma chambre, Bali regardait ce manège d’un air curieux.

Où est le chat ?

1. Mon vélo (aucun rapport avec cette histoire, mais j’avais envie de vous le montrer ! :-})

2. L’échelle dégueulasse avec laquelle je me suis toute salie et ai peut-être chopé le tétanos

3. L’assiette de steak haché

4. Le chat

(M’en fous, j’ai tout laissé en plan, je vais pas EN PLUS redescendre l’échelle, zut !)

Tenter de descendre de ma chambre serait éventuellement faisable (encore que ça fait 1 étage 1/2 et je me vois mal jouer à Tarzan en m’accrochant à ma fenêtre ou en nouant des draps comme un prisonnier de cellule !) mais je ne pourrais jamais remonter, ni même descendre du toit. En plus les cuisiniers indiens se marreraient bien à me voir faire des acrobaties approximatives genre James Thierrée mais en ridicule.

Je me demande bien d’où a pu tomber ce chat car les fenêtres qui entourent la cour sont assez hautes, à l’exception d’une fenêtre protégée par une grille, juste sous ma chambre. Mais évidemment, ça ne viendrait pas à l’idée du propriétaire de cet appartement de l’ouvrir pour recueillir le chat ! Et personne ne semble le réclamer dans le voisinage. Mystère.

Je ne sais pas trop quoi faire. Est-ce qu’on dérange les pompiers pour si peu – et pour un chat qui ne nous appartient pas ?

Je vais quand même pas acheter une échelle exprès pour le récupérer !

*

EDIT (et fin de l’histoire) : Bon, peu après avoir tapé ce post, je retourne à ma fenêtre, le chat avait un peu bougé mais continuait de miauler à fendre l’âme. Soudain, j’entends une voix. Je tourne la tête. Rien. « Ohé ! » Je regarde partout. Rien. Je suis Jeanne d’Arc. Dieu ou Marie va m’apparaître. « Excusez-moi ! » Prête à recevoir la foi, je lève les yeux et, tout en haut de l’immeuble d’en face, je vois un jeune homme penché dans le vide qui m’interpelle : « Comment on fait pour accéder à votre cour ? »

– C’est votre chat ? (Je me méfie, maintenant, avec tous les Fourniret et Fritzl qui traînent en France et en Autriche !)

– Oui ! Comment je peux venir le chercher ?

– Vous venez au [adresse]« , je lui crie, mais on ne s’entend pas hyper bien, entre les bruits de restaurant et les miaulements.

« Vous m’attendez devant la porte ?! » qu’il me dit, avant de disparaître.

Evidemment, dans tout film avec Meg Ryan ou tout roman d’Anna Gavalda, le jeune homme, beau, sympathique, drôle et intelligent, serait venu chercher son chat seul et aurait noué avec la jeune héroïne (moi) une romance pleine de passion et de chats. Bon. Dans la vraie vie, le jeune homme, effectivement plutôt avenant, est venu accompagné de sa copine. Eh oui, c’est comme ça la vie ^^

Je leur ouvre la porte, je leur montre le toit et on constate que l’échelle et la poubelle ne suffisent effectivement pas pour l’atteindre (pourtant Monsieur est largement plus grand que moi.) Qu’à cela ne tienne, il y a une échelle en bois vermoulu plus grande mais plus lourde dans la cave, je leur propose de m’aider à la transporter, ce que je n’avais pu faire seule. Celle-ci est pile à la bonne hauteur, Monsieur grimpe dessus avec la caisse de son chat. Entretemps, Mademoiselle m’apprend que « Filou » (c’est son nom, très approprié) n’en est pas à son coup d’essai et que ça fait la 4e ou 5e fois qu’il saute / tombe du toit de l’immeuble où ils ont une terrasse (à leur âge !!?? Ils sont millionnaires ??!!), soit l’équivalent de 3-4 étages. Une fois, des pompiers sont même descendus le chercher en rappel (sic !), derrière le bâtiment de l’Association des Paralysés de France ! Voilà Monsieur qui revient, il est inquiet : Filou semble blessé. Tu m’étonnes, après une chute pareille. Le chat est en complète panique mais une fois que sa maîtresse s’approche de la boîte, il arrête de geindre. Direction le vétérinaire dès lundi !

Monsieur et Mademoiselle m’aident urbainement à redescendre les échelles, remettre les poubelles en place et s’en vont, soulagés, après m’avoir remerciée. Hey mais attendez, je sais pas moi, on pourrait prendre un verre tous ensemble pour fêter ça non ? Ah bin merde alors.

Contente d’avoir pu sauver Filou, je rentre retrouver Bali, en espérant qu’il ne lui viendra pas à l’idée de sauter sur ce même toit (cela dit, elle l’aurait déjà fait, j’imagine et puis elle a passé une bonne partie de l’après-midi à observer avec intérêt du rebord de la fenêtre son congénère qui gueulait.)

En fermant ma fenêtre, je constate qu’on a oublié d’enlever le steak du toit. Oups.

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