(c) Saint-Exupéry

Waow. Ce soir, à la sortie du métro, y’avait deux courageux militants du Modem qui distribuaient des tracts pour le candidat du 13e : Eric Azière. Ils étaient bin beaux, tous les deux, avec leur écharpe orange autour du cou. C’est sûr que c’est plus trop la saison de se trimballer avec des t-shirts « Sexy Centriste », HuHu. L’un d’entre eux était pris à partie par un type à l’hygiène douteuse qui lui disait d’une voix embourbée : « Chuis SDF, moi, monsieur ! » Le type du Modem, il était poli en plus d’être courageux, il l’écoutait avec un air un peu patient, le monsieur SDF, et pendant ce temps, c’est sa copine Bibi qui se tapait la distribution de tracts.

Bon, je suis pas vache, moi, j’ai pris le tract, même si mon intérêt (qui a dit ma « lubie » ?) pour le Modem s’est peu à peu émietté comme un vieux cake rassis depuis le temps. Sérieusement, je ne comprends pas où François Bayrou veut en venir avec ses alliances à gauche, à droite, devant, derrière… Peut-être que lui-même sait pas trop, au fond. Quelque part, ça me rassurerait qu’il l’avoue, parce qu’à force de ne pas choisir entre le chèvre et le chou, on va tous crever. Et je le sens mal barré pour 2012, bizarrement (ouh la vilaine défaitiste qui n’a plus envie d’y croire !)

De toute façon, je vote encore à Lyon, logique (au bout de cinq ans, je viens enfin d’entreprendre mon changement de banque, peut-être que dans dix ans, je voterai à Paris, on y croit) et je voterai vraisemblablement Collomb.

D’un autre côté, j’étais sincèrement contente de découvrir enfin la tête du mec qui m’envoie environ un mail par semaine et est à peu près mon seul ami de mail du moment. Bah oui parce que depuis que je suis adhérente Modem, je suis tenue au courant de tout ce que mon parti chéri fait. Et vas-y que je reçois des mails d’invitations de-ci de-là, du courrier, même, dans de grandes enveloppes blanches neutres, même que je crois à chaque fois recevoir une lettre surprise d’un ami et en fait non. A force, quand j’ouvre l’enveloppe et que je vois le logo orange, je jette directement. J’ai un peu honte parce que, si je m’étais pas inscrite, on aurait peut-être pu sauver un arbuste.

En tout cas, j’avoue que je suis une adhérente parasite, l’une de ces pauvres enthousiastes ponctuels, qui s’engage parce que c’est tout joli et rigolo – et puis parce que si Manolo, il y va, pourquoi pas moi ? – et qui ne sert à rien par la suite et a surtout envie de continuer à ne servir à rien.

N’empêche, en voyant ces deux braves représentants de François le mérou, ce soir, j’ai eu comme un élan patriotique en prenant le tract. J’ai failli m’écrier : « Moi aussi, mon enfant, ma soeur, je suis de ta famille ! Je fais partie du Modem ! » Mais une vision d’horreur s’est soudainement imposée à moi, coupant court à ma spontanéité : je me suis vue, moi-même à l’entrée d’un métro, avec une écharpe orange (certes, seyante) et un paquet de tracts, interpelée par un pauvre monsieur SDF sale et qui sent mauvais.

Non, vraiment. L’engagement citoyen, c’est au-dessus de mes forces. Ou alors à Neuilly 🙂

Hier, avant d’aller voir Fabrice Luchini, j’ai vu Djé et Vic. Comme ils ne connaissent pas trop Paris, après leur avoir fait déguster le délicieux sanditch « Super boeuf haché » de Tang Gourmet (je ne mange que ça, chez eux), à deux pas de chez moi, je les ai emmenés tout au Nord, à la Villette, voir deux films à la Géode, l’un sur les fonds marins, magnifique (je suis en pleine période (grand) bleue ^^), l’autre en 3D sur les dinosaures (je me suis endormie devant, pourtant j’adore les dinosaures >_<) C’était chouette mais l’idée en elle-même était un peu moisie parce qu’il faisait hyper beau et que, lorsqu’on est sorti des deux séances, on avait la tête comme une coucourde lobotomisée et on avait à peine profité du soleil.

Dans le métro, nous avons partagé la déchéance d’autres zombies.

On se fait chier dans le métro

(Cette dame m’a fait penser à un perso d’Enki Bilal…)

Ensuite, je les ai traînés jusqu’au Palais Royal pour sentir le nouveau Lutens, Five o’ clock au gingembre. On a d’abord pris un café au Nemours, pas cher le café, 2,80€ ; Vic a halluciné ^^’ Puis nous nous sommes rendus aux Salons. Ca faisait au moins un an que je n’y avais pas mis les pieds. Bondés qu’ils étaient. Des gens partout, des debout, des assis, des qui se faisaient servir, des qui attendaient qu’on les serve. Pffiiiouuu. Que des « vieux » bien sapés. Avec mon jean baggy, je faisais un peu tache 🙂 (mais j’aime bien faire tache et je vais même au boulot avec, gnahahahah !) On est resté cinq secondes, le temps de sentir une touche, je ne sais plus laquelle. Sarrasins, peut-être, que je ne connaissais toujours pas. « Ca sent le déo pour W.C. » m’a dit mon petit crétin de frère, qui porte tout de même Gris Clair… En ressortant, mes deux compères m’ont avoué qu’ils trouvaient le lieu « oppressant », malgré la beauté de la déco. Bon. Quoiqu’il en soit, je n’ai pas senti la nouveauté, tant pis. J’attendrai que Cuauh et les autres m’en parlent, pas le temps d’y retourner dans les jours à venir.

Au Nemours

J’ai fini ma journée chez la mère Cynthia, qui m’a présenté son nouveau compagnon de jeux : Casey, un chaton qui a déjà… 5 mois (et c’était la première fois que je le voyais, depuis le temps que je disais que je viendrais.) Très mignon, joueur, ah la la, mais que ferait-on sans chat ?

Casey

Et après tout ça, bien sûr, l’apothéose finale : Luchini. Ca va être chaud de lui trouver un cadeau d’anniversaire aussi classe.

Trop belle la vie !

« La plupart des hommes ont de la poésie une idée si vague, que le vague même de leur idée est pour eux la définition de la poésie. » – Paul VALERY

Assieds-toi sur ma bite et causons - J. GENET

Il y a de la folie chez Fabrice Luchini, personne n’en doute. Une part de génie aussi. Réciter, pendant deux heures, comme s’ils naissaient de lui, en leur donnant vie et sens, des textes aussi pointus qu’exigeants que ceux de Paul Valéry ou Roland Barthes est une prouesse tout-à-fait extraordinaire qui épaterait même le plus rétif à ses habituels cabotinages cathodiques.

Seul en scène dans son dernier one man show « Le point sur Robert » (Robert – son vrai prénom – étant le spectateur amateur de bière et de foot que sa femme éprise de poésie traîne à son spectacle), Luchini, grandiose, s’en donne à coeur joie, mêlant aux extraits de textes qu’il aime, subtilement choisis, ses anecdotes personnelles et ses apartés délirants. Bête de scène, monstre de culture, ogre boulimique, fou chantant et dansant, merle moqueur à l’humour vache, il ose tout : la caricature grossière (les blagues sur Ségolène Royal, faciles) et la citation sublime (la lecture d’une lettre de Flaubert à Louise Colet), le rire potache (« Assieds-toi sur ma bite et causons », une citation de Jean Genet qu’il fait répéter en choeur au public) et la fine émotion (la lecture des « Fragments d’un discours amoureux » de Barthes), gesticulant généreusement, crachant – littéralement – les mots dans une diction parfaite qui fait soudainement surgir leur sens, offrant à un public émerveillé, avec une gourmandise visible, des textes à l’évidence aimés et admirés.

Ces « variations autour de Paul Valéry, Roland Barthes, Chrétien de Troyes » (Flaubert, Rimbaud, etc.) pourraient n’être qu’un vain catalogue d’érudition littéraire mais Luchini réussit avec intelligence à lier les uns aux autres, tout en narrant ses anecdotes hilarantes sur « Perceval le Gallois », le premier film de Rohmer dans lequel il joua, ou sa rencontre avec Barthes. Sur la fin, à la demande d’une spectatrice, le voici qui se met à réciter à brûle-pourpoint le retour d’Amérique de Bardamu du « Voyage au bout de la nuit » de Céline. Exceptionnel.

Véritable amoureux de la poésie des mots, celui qui, à 14 ans, dévorait déjà Freud et Nietzsche, nous convie à un partage vivant et chaleureux de ce qui le fait vibrer. Son enthousiasme et son plaisir contagieux sont à eux seuls un magnifique hommage à tous ces auteurs dont il connaît les oeuvres par coeur et dont il nous dévoile, par sa sensibilité, toute la mystérieuse beauté.

Un spectacle brillant, de très haute tenue, classe et élégant, qui donne une envie furieuse de lire ce qu’on a écouté.

Merci encore Cynthia, pour ce très très beau cadeau.

Une photo bizarre en surimpression...

5 février.

Depuis combien de temps, déjà, cette date est-elle devenue une date importante pour moi ? Combien d’années se sont-elles écoulées depuis que j’ai souligné, pour la première fois, ce jour dans mon agenda, pour l’associer à jamais à un prénom ? Quatorze, quinze ans peut-être. J’avoue que j’ai cessé de compter, la durée n’étant plus un but désormais.

29 ans.

En ce jour, elle a fêté ses 29 ans, tout pareil que moi. A quelques jours près, on aurait presque pu être jumelles. Nous ne sommes pas soeurs de sang, mais au moins soeurs de signe : Verseau toutes les deux.

J’ai longtemps cru que, comme deux soeurs, nous nous ressemblions. C’était faux, bien sûr, parce que même deux soeurs ne se ressemblent pas toujours. Plus tard, et il m’en a fallu du temps pour arriver à cette conclusion pourtant simple et logique, j’ai compris que, comme deux amies, nous étions différentes et que c’était là que résidait la grâce de notre lien.

C’est au collège que Magali entra dans ma vie, par petites touches, de hasards en coïncidences. Jamais nous ne partageâmes la même classe et pire ! en troisième, ses parents l’obligèrent à quitter notre collège pour un autre. Ce fut une motivation pour instaurer entre nous une amitié épistolaire qui ne nous empêcha nullement de nous voir par ailleurs. Plusieurs fois avant la rencontre décisive, nos chemins se croisèrent, comme si notre amitié était inéluctable.

En sixième, nous étions dans le même cours d’option musique. Par-delà l’allée qui séparait nos deux bureaux, j’avais remarqué cette fillette à lunettes, happée dans son monde, qui dessinait dans les marges de ses cahiers et le long de ses portées. Des coquillages, des crustacés, mais vachement bien, hein, les coquillages et les crustacés. Déjà, ma curiosité était piquée.

L’été suivant, à Toulon, en sortant de la gare où mes grands-parents paternels étaient venus nous chercher mon frère et moi, nous croisâmes Mag et sa petite famille. Bien que peu liées, encore, nous nous fîmes de grands signes amicaux, visiblement étonnées et ravies par ce hasard amusant.

En cinquième, je crois, la bande dessinée que Mag avait faite en cours de dessin fut accrochée parmi d’autres par sa prof dans le hall. Insigne honneur. Et parmi les oeuvres sélectionnées, la sienne m’impressionna particulièrement, tant et si bien qu’aujourd’hui encore, j’en garde un souvenir assez précis : l’histoire d’une fillette très « Marion Duval » qui se retrouve au XIXe siècle, en robe d’époque, avec un basculement habile de la couleur au gris / blanc lors du changement de temporalité. Le trait, les couleurs, ce sens du détail dans les costumes, tout témoignait d’une sensibilité vive, d’un goût affirmé et d’une culture rare, ce qui m’intrigua fortement.

Il n’était donc pas illogique de la retrouver, en quatrième, en option dessin… Option à laquelle Maman m’inscrivit de force, après discussion avec la prof de dessin, alors que je ne voulais pas me retrouver avec des plus doués du pinceau que moi. C’est vrai, je suis nulle en peinture – surtout murale – et ce n’est pas cette expérience qui m’a fait changer d’avis depuis. Mais cette inscription forcée eut une conséquence bénéfique puisqu’elle marqua le début de notre amitié à Mag et moi.

A l’époque, il faut bien le dire, je n’étais pas très dégourdie comme gamine. Pas spécialement jolie, pas spécialement délurée, pas spécialement populaire avec mes lunettes de chinetoque bigleuse et mes baskets Noël. J’avais juste de très bonne notes et une facilité à gribouiller des trucs qui, sans aucun doute, a sauvé jusqu’à récemment ma vie sociale.

J’aimais déjà le dessin, les bandes dessinées, le cinéma et, par-dessus tout, écrire et raconter des histoires imaginaires (pas forcément ma vie ^-^), mais je ne connaissais quasiment rien en musique en dehors des chansons de dessins animés (ce qui explique que je suis quasiment imbattable sur ce sujet aujourd’hui) et je ne connaissais quasiment rien en art en dehors de Monet et Van Gogh. Je n’étais pas spécialement bien dans ma peau, j’aspirais à de hauts et nobles sentiments et j’attendais qu’une rencontre vînt bouleverser ma vie, comme dans les romans. Une rencontre amoureuse, amicale, un garçon, une fille, un chien-loup ou un lion, peu m’importait. Je rêvais d’une relation privilégiée comme on rêve d’absolu à cet âge. Ma personnalité était à former et je savais qu’elle aurait besoin d’une certaine émulation pour s’épanouir, d’autant plus que le collège et les adolescents idiots qui le composaient m’ennuyaient profondément. J’attendais un(e) ami(e) digne de ce nom.

On dit souvent que les rencontres sont importantes dans une vie et c’est vrai. Parfois, trop rarement, on croise quelqu’un qui nous ouvre les yeux, l’esprit et le coeur, dont l’intelligence nous enveloppe avec bienveillance et nous tire vers le haut avec exigence, dont la sensibilité aiguë nous fait découvrir des horizons insoupçonnés. Avec lui, on part à la conquête du monde.

Hormis mes parents, Mag fut donc l’influence la plus importante pour l’adulte que je suis aujourd’hui. Elle était unique en son genre ; peut-être parce qu’elle aussi ne s’aimait pas spécialement, elle avait développé des connaissances incroyables dans des domaines qu’elle me faisait découvrir mais que je faisais semblant de connaître pour être à sa hauteur. Dès le premier cours d’option dessin, après avoir discuté et ri avec elle, je sus que je voulais devenir son amie et je fis tout pour.

A 13 ans, pour la première fois de ma vie, je rencontrais une personne de mon âge qui aimait la Culture, l’Art et la Beauté. Elle était la première fille que je connaissais qui commandait, pour ses anniversaires, des livres sur Doisneau ou Mucha, autant de noms qui m’étaient alors inconnus et qui m’entrouvraient les portes d’un univers passionnant et enivrant. Elle fut la première amie à m’offrir, pour mon anniversaire, un livre sur le design japonais alors que jamais, de moi-même, je n’aurais pensé à acheter cela. Elle croyait que j’aimais Enki Bilal, Yslaire et Corto Maltese alors même que j’en étais restée à Tintin. Elle me voyait mieux que je n’étais et me poussa donc à le devenir.

C’est grâce à elle si, peu à peu, je me suis entre autres intéressée à la photographie au-delà de mon intérêt pour le cinéma. Cela s’est fait naturellement, ma curiosité sans cesse éveillée par sa propre curiosité, ses goûts personnels excitant et développant les miens.

Ce qui est drôle c’est que, finalement, nous nous sommes enrichies mutuellement sans nous cannibaliser. Nous avons cherché à découvrir, comprendre puis partager l’univers de l’autre, qui nous a nourries, sans nous étouffer. Et nous avons chacune développé nos propres personnalités, nos propres goûts, nos propres intérêts qui sont, aujourd’hui, parfois très éloignés, pour suivre nos chemins de vie.

Nous ne nous ressemblons pas du tout, au final : nous ne lisons pas les mêmes livres, n’aimons pas les mêmes films, n’avons même pas forcément la même conception de la vie… mais nous sommes-nous jamais ressemblé quand on y songe ? Quinze ans de rire, de découvertes, de sorties, de vacances ensemble, durant lesquels nous nous sommes écoutées sans nous juger, nous avons appris l’une de l’autre sans nous copier, nous nous sommes soutenues lorsque les souffrances nous rapprochaient, tout en continuant nos petits chemins, pas forcément parallèles. C’est tout cela qu’à un moment je n’ai pas compris, croyant que ce qui nous différenciait nous éloignait inexorablement, et qui m’a révoltée.

Mais nous ne pouvons jamais conserver les choses et les gens tels qu’ils sont, à moins de les tuer. L’amitié, même forte et sincère, est difficile à maintenir au cours d’une vie, surtout une amitié d’enfance, qu’il faut accepter de voir se transformer et prendre un autre sens. Nous savons aujourd’hui que nous nous aimons simplement et fortement, assez pour dire prout ! au temps qui passe et à la distance qui éloigne.

Chère, très chère Magali, tu viens rarement ici, mais je m’en fous. Et ceux qui me lisent te connaissent déjà assez pour ne pas être saoulés par mon énième portrait que je fais de toi. Eh bien je m’en fous aussi. Faut-il le répéter, pour que tu prennes enfin un peu conscience de la valeur que tu as, et que tu arrêtes de te faire marcher sur les pieds par des cons qui ne savent même pas ce qu’ils veulent piétiner : tu as compté pour beaucoup dans ma formation, mon évolution, mon envie de grandir et d’être quelqu’un d’un peu chouette, drôle et intéressant, parce que tu es toi-même chouette, drôle et intéressante.

Malgré les passages à vide, nous pouvons nous enorgueillir d’avoir toujours basé notre amitié sur le respect, la gentillesse, la loyauté et la fidélité, valeurs essentielles. Jamais entre nous il ne fut question de rivalité, de jalousie, de mesquinerie ou d’hypocrisie. Tu as été, parfois malgré toi, ma confidente, mon public, mon exutoire, mon gueuloir, mon confessionnal. Jamais pour personne je n’ai usé de tant d’invention et d’imagination, juste pour te prouver que m’avoir pour amie, c’était aussi génial que t’avoir pour amie.

Joyeux, joyeux, joyeux anniversaire petite mère et puissent les 29 prochaines années nous permettre de partager de nombreux autres beaux moments, jusqu’à la retraite bien méritée.

Blurry Mag

C’était un lundi gris, triste et glacial. Un lundi qu’on aurait dit fait exprès pour un enterrement. Après deux jours de soleil lyonnais, on aurait pu espérer une journée un peu lumineuse pour déroger au cliché. Mais les clichés ont la peau dure et ce matin était blême et froid comme la mort.

Nous avons donc enterré mon grand-père aujourd’hui.

Chacun, de son côté, redoutait ce moment tant, dans cette famille, les secrets, les non-dits, les mensonges, les rancoeurs, les amertumes, les jalousies voire les haines et le poids, peut-être, de l’hérédité, ont généré des comportements honteux et indignes. Il y aurait encore beaucoup à dire sur la galeries de « monstres » banals qui composent notre famille, beaucoup de boue à remuer pour exhumer les turpitudes qui l’ont agitée et s’en libérer et pour qu’enfin, les coeurs daignent un peu s’apaiser. Le poids du silence est parfois pire que l’impact des paroles. Mais il est plus difficile qu’on ne le croit de dire l’indicible et de le regarder en face. Le temps qu’il faut pour se (re)construire et se (re)trouver semble parfois ne pas valoir les bouleversements, les souffrances et les déchirures que cela implique.

Un bonheur ne se substitue pas à un malheur, une joie ne compense pas une peine. Il faut juste apprendre à vivre avec tout ça le mieux possible.

Ambiance glauque, donc, doublement pathétique, entre l’inhumation d’un vieillard que plus personne ne savait comment aimer ou détester et les relations tendues depuis presque toujours entre frère et soeurs ennemis. Djé et moi n’avons dit bonjour à quasiment personne. Mon frère avait pris de lui-même son téléphone la veille pour dire enfin, durant plus de deux heures de combat verbal, ses quatre vérités à l’un de mes oncles, fanfaron odieux bouffi d’auto-suffisance. Personne avant lui n’avait osé. Mon frère est un héros.

Maman, bien que soulagée par son intervention, n’a pas osé en faire autant et, malgré ses bonnes résolutions, a salué, difficilement, sa fratrie terrible. D’un autre côté, peut-on totalement renier l’adulte qu’est devenu un enfant avec lequel on a grandi et que l’on a aimé jusqu’à ce que les chemins de chacun bifurquent ? C’est compliqué, la vie, quand même.

Des sept petits-enfants de mes grands-parents, seuls une cousine de Belgique trentenaire (la fille de mon oncle suicidé, dont elle a découvert la tombe aujourd’hui), Djé – accompagné de Vic -, et moi-même étions là, ce qui a dû surprendre les quelques personnes présentes extérieures à la famille, pour la plupart des amis et/ou collègues de ma tante. « On aurait dû mettre une plaque signée du Club des Pédophiles Anonymes » a dit Djé qui ne manque pas d’humour (noir). Le pire, c’est que ça nous a fait rigoler.

C’est maman et sa soeur qui ont tout préparé. Ca n’a pas été très facile, parce qu’évidemment, malgré les sentiments complexes que nous éprouvons envers l’homme qui repose désormais dans un cimetière de la banlieue lyonnaise, il n’était pas question de faire un éloge funèbre. Maman a donc rédigé un texte simple, lu par une bénévole d’une association, relatant la vie rude et dure de mon grand-père : né en Algérie, jeté hors de chez lui par sa mère à l’âge de 17 ans, engagé dans l’armée durant trois ans avant de mener une vie de labeur ingrate pour nourrir ses cinq enfants. Une évocation sobre de sa « part d’ombre », avant une conclusion (« la mort qui l’a emporté bruquement lui a rendu la paix qu’il avait perdue depuis longtemps ») qui n’a sans doute parlé qu’aux gens qui connaissaient notre histoire. C’est à dire la seule famille.

Paradoxalement, la cérémonie, bien qu’assez froide émotionnellement (elle a tout au plus duré vingt minutes), a été touchante. Digne, raisonnable, avec ce qu’il fallait de monde et de fleurs par rapport à ce qu’on aurait pu attendre. Je doute que mon grand-père, dans ses derniers jours d’impotence et de solitude, ait espéré avoir un dernier salut aussi « classe ».

C’est moi qui ai trouvé la musique de fin de discours, un gospel chanté par Louis Armonstrong, dont il possédait quelques vinyles, qui dit : « Nobody knows the trouble I’ve seen / Nobody knows my sorrow (…) Nobody knows the trouble I’ve seen / Nobody knows but Jesus ». Ca m’a donné l’idée de réfléchir aux chansons que j’aimerais que l’on passe à mon propre enterrement.

Je n’ai pas vu le corps en bière mais maintenant, je le regrette. Je pense qu’affronter une dépouille nous permet de dédramatiser et nous évite de fantasmer le pire.

« A quoi il ressemble ? » j’ai demandé à papa. « A un cadavre ».

Rien qu’un cadavre. Notre réalité. Notre futur. J’ai toujours vu les cadavres des précédents morts de ma famille et ce n’est jamais la dernière image que j’en ai gardée au final. La vie reprend toujours le dessus.

En revanche, j’ai vu ma grand-mère, qu’on avait amenée aux obsèques de son mari. Cela faisait quasiment sept ans, en dehors d’une fois furtive, que je ne l’avais pas revue. Depuis cinq ans, la maladie d’Alzheimer grignote peu à peu ce qui lui reste de souvenirs et de lucidité. Alzheimer, c’est la maladie qui me faisait le plus peur (avec la lèpre), lorsque j’étais petite, parce que j’avais lu, dans un Télé 7 Jours de mes grands-parents, un article sur la belle Rita Hayworth, morte dans la démence. De sa déchéance, je ne connaissais rien de plus que ce que m’en racontait maman, cela restait très théorique et lointain.

Il n’y a pas à dire, on a beau en rire, c’est quand même terrible et terrifiant de voir une personne que l’on a connue vive, intelligente et drôle, transformée en une chose fragile, à l’air vide, perdu, effaré et hagard. Même sa voix a changé, rauque, hésitante, apeurée. Je ne souhaite à personne de connaître une telle fin, j’espère qu’elle va mourir vite, avant de connaître l’aphasie et la perte de ses moyens moteurs.

Au départ, cela m’a fait un tel choc de la voir ainsi – même si je m’attendais à ce qu’elle ne me reconnaisse pas – que j’ai cru que je n’allais pas m’en remettre. Parce que j’ai réalisé en la revoyant à quel point, malgré ses zones d’ombre à elle aussi et son ambiguïté, je l’avais aimée en tant que grand-mère et combien, au fond, elle me manque. Et puis, finalement, cette confrontation a été bénéfique. Certes, c’est horrible de la voir ainsi, mais j’ai envie de la revoir encore, maintenant, parce que je ne supporte pas l’idée qu’elle finisse toute seule, juste entourée de ses deux filles et d’Alzheimer. Même si elle ne sait pas trop qui je suis et, comme dit Djé en plaisantant, que cela doit « l’effrayer de voir des têtes de chinetoques » dans son entourage, elle sentira au moins une présence amicale près d’elle.

Ce week-end, par le hasard des choses, je vais encore me retrouver à Lyon, puisque j’avais mes billets depuis un mois. J’ai donc proposé à maman de l’accompagner à la maison de retraite. Ca la soulagera de n’avoir pas à supporter ce moment seule. Et puis, comme dans le bon vieux temps où nous allions au ciné ensemble, je lui ai proposé d’aller, pourquoi pas, voir Cortex, un thriller dont le personnage principal, joué par André Dussolier, est atteint de la maladie d’Alzheimer.

« On pourrait se faire un après-midi thématique Alzheimer », je lui ai dit.

Le pire, c’est que ça l’a fait rigoler.

Chambre 1408 !

Il y a quelques mois, je vous présentais sur ce blob mon voisin : M. Sanchez (je rappelle que le nom a été changé pour préserver son anonymat et sa tranquillité de vie), vieux monsieur d’origine espagnole, créchant seul dans le petit appartement face au mien d’où émane une odeur étrange pour ne pas dire dégueulasse – et c’est pas Mimine, qui a failli tourner de l’oeil sur son palier, qui dira le contraire.

M. Sanchez, au début, je le trouvais plutôt sympa. Mais sur la fin, un peu moins.

Le premier jour où il m’avait vue et serré la main (car je suis polie, je serre la main de mes voisins, mais maintenant, j’ai arrêté parce qu’ils croient tous qu’on va devenir trop potes, boire le thé et le café ensemble et peut-être plus, j’en sais rien, je veux pas savoir !!!), il m’avait fait entrer chez lui, ce qui m’avait bien sûr fait flipper, parce que bon, les vieux pédophiles indiens, maintenant, je m’en méfie et depuis, il n’avait de cesse de me poursuivre de sa chaleureuse et un peu trop familière sympathie. Depuis l’épisode de ma serrure, qui avait été le « climax » de notre relation avec contact charnel et tout et tout (quand j’y pense, quand même, je suis vraiment concon de ne pas avoir gueulé un bon coup en refusant qu’il me tripote le front et les cheveux !), il semblait me vouer une amitié un peu envahissante.

Une ou deux fois, il avait téléphoné chez moi juste après m’avoir entendu claquer ma porte d’entrée, ce qui fait que je n’osais plus rentrer chez moi avant 23H (non, je plaisante, mais quand même, j’avais toujours un peu peur de le croiser.) Surtout, dès qu’il me voyait, il se débrouillait toujours pour me faire entrer dans son chez lui rikiki, me faire asseoir sur sa super banquette faite mains et me tenir la jambe pendant au moins une heure en me racontant ses problèmes de plomberie dans un langage hispano-franco-gnognotesque incompréhensible. A la fin, je dois l’avouer, je commençais à m’inquiéter de cette relation de voisinage un peu encombrante.

Or donc, le 31 décembre dans l’après-midi, en allant faire mes courses pour le réveillon du soir avec quelques amis, qui donc je croise donc venant en sens inverse du mien ? M. Sanchez !!! M. Sanchez qui, évidemment, s’arrête, me serre la main et commence à me taper la discute alors que j’ai un paquet de crevettes congelées dans mon sac Picard. Eh oh, cher monsieur, c’est pas que je m’ennuie avec vous, mais tout de même, vous voyez bien, j’ai des crevettes dans mon sac qu’il faudrait bien mettre au congélateur, là. Ni une ni deux, M. Sanchez s’incruste : « Vous rétournez à votre appartement là ? Yé viens avec vous ! »« Quoi ? Hein ? Mais… Heuh… »« Tut tut tut ! Yé souis allé au marché ce matin et mon vendeur de frouits et légoumes m’a donné un ananas. Il est trop gros pour moi, yé vais vous en donner la moitié. »« Bin c’est gentil, mais bon, l’ananas… »

De toute façon, quoique j’aie à dire, c’est perdu d’avance, hein. M. Sanchez, il est libre d’aller où il veut, de me suivre si il veut. A notre étage, rebelote de rebelote de rebelote, je me retrouve dans sa cuisine, à récupérer une énorme moitié d’ananas. « Pour moi, l’amitié c’est important » me dit M. Sanchez, très sérieux. Ah bon, parce qu’on est amis ? « Pour moi aussi » réponds-je faiblement. Rhhhaahahhahhah la nuuuuuulle, la nuuuuuuulle !!!

« Regarde », qu’il me fait, M. Sanchez, mélangeant allègrement le vouvoutement au tututement. Et de son doigt de magnétiseur, il me désigne son four où, la dernière fois, il avait fait réchauffer sa ratatouille qu’il m’avait obligée à goûter. Dans le four : un poulet. Nom de Dieu, pensé-je, il va me forcer à bouffer de son poulet. Avec la chance que j’ai, en plus, c’est un poulet atteint de grippe aviaire. « Yé fait couire un poulet », qu’il me dit. Ah bon, j’avais pas remarqué. « Ce soir, yé pensé, si tou veux, tou peux vénir manger lé poulet avec moi ».

« Aaaaahhhh mais heuuuuhhh, c’est très gentil, mais bon… vous savez M. Sanchez, ce soir, je ne suis pas seule, hein… Je reçois des amis, je fête le réveillon avec des amis, d’ailleurs vous voyez, il faut que j’aille finir mes courses là. »

« Ah pardon, pardon… Yé pensé que si vous étiez seule… »

« Eh bin non ! Bon au revoir, hein… … … Mais vous, M. Sanchez, vous ne fêtez pas le réveillon avec quelqu’un ?… Vous êtes seul ce soir ? Vous avez passé Noël seul ? »

« Oui. »

Alors là, forcément, le petit ange de Noël, le même qui parlait aux personnages de BD du magazine de Spirou que je lisais étant enfant, m’est apparu et m’a dit : « Céline, tu ne peux pas laisser ce brave homme fêter le réveillon seul. Sois urbaine. Sois HUMAINE. INVITE-LE. » Le tout accompagné de chants de Noëls traditionnels sur fond de carillons bienveillants. L’esprit de Noël s’était posé sur ma tête et j’ai donc dit, tout naturellement : « Eh bien dans ce cas, venez fêter le jour de l’an avec nous. » Et dans un ultime moment de lucidité : « Mais au dessert, hein. Je viendrai vous chercher vers minuit, pour le champagne. » Parce que je sentais bien que si je l’invitais pour l’apéro, M. Sanchez serait resté jusqu’au dessert !

Donc voilà. Ce 31 décembre, je dois dire que j’ai fait ma bonne action, la seule de l’année d’ailleurs, en accueillant chez moi un vieux monsieur tout content de se joindre à nous.

D’ailleurs, en offrande, quelques minutes plus tard, alors que je mets enfin mes crevettes au congel, qui vient sonner à ma porte ??? Eh ouiiiiiiiii, vous êtes drôlement perspicaces : M. Sanchez !!!!!!! « Pouisque tou m’invites, yé té donne mon poulet. » Non mais c’est pas bientôt fini ces propositions indécentes ? Viens prendre mon ananas, je te donnerai mon poulet ?! Y’en a marre à la fin. Là, je suis ferme, intraitable comme Pierre Martinet (mais si, le traiteur intraitable) (oui bon, je la fais tout le temps, désolée) : « J’ai à manger pour ce soir, NON MERCI. » Oh putaingcon, c’est la première fois que j’ose dire NON à M. Sanchez. Du coup, il est tout penaud : « Yé né voulais pas blesser, yé m’excouse. »

Je lui ai à peine parlé un quart d’heure que je suis déjà crevée. Et puis en plus, même si je n’ai rien contre lui, je me dis que j’ai encore fait une boulette à avoir invité sur un coup de tête M. Sanchez avec mes amis, déjà que j’ai très peur que le réveillon ne tourne au fiasco.

Bon, finalement, pour résumer, le réveillon s’est très bien passé et nous nous sommes bien marrés, nous n’étions que six (Mr. A., Cuauhtli, Mimine, Cynthia, Valentin et moi) mais ça n’était pas plus mal. Bref.

A minuit moins trois cacahuètes, on réalise qu’il est bientôt l’heure de se faire des papouilles et de se souhaiter les voeux, alors on va chercher M. Sanchez, qui nous attend, derrière sa porte, en charentaises. Moi qui le croyais déjà endormi, pas du tout, il nous attendait !

Drôle d’ambiance. Heureusement, la brave Cuauhtli qui parle couramment espagnol entame la conversation et lui permet de ne pas se sentir trop seul. Mais bon, il se sent quand même tout bizarre, je pense, alors que fait-il, M. Sanchez, hein ? Il nous sort le grand jeu de la divination et se met à passer en revue les personnes présentes… Et là, stupeur, tromperie sur la marchandise, faux et usages de faux, il dit à mes amis exactement la même chose qu’à moi, sur l’intelligence, les facilités au travail, l’autorité… J’HALLUCINE !!! Donc, après nous avoir fait la bise pour nous souhaiter plein de bonnes choses (moment un peu surréaliste), il passe en revue un peu tout le monde en essayant de deviner la personnalité de chacun et finit par entraîner dans son délire et son appartement Mr. A., bêtement réceptif à ce genre de trucs.

Du coup, au dessert, M. Sanchez et Mr. A. nous ont quittés pour aller tirer les cartes de Mr. A. chez M. Sanchez. Vous me suivez toujours ?

Pendant près d’une heure, Mr. A. est donc resté à se faire lire l’avenir par mon voisin folklo jusqu’à ce que nous allions le tirer de l’antre sanchezienne pour saluer les amis qui partaient.

Fin du réveillon, un peu bizarre, un peu marrant, un peu original.

Après quoi, j’ai eu peur que M. Sanchez ne nous croie devenus véritables amis. Eh bien, étrangement, c’est tout le contraire qui s’est produit !!!! Depuis le mois de janvier, je ne l’ai pas revu une fois, il n’a pas sonné à ma porte, ne m’a pas appelée après m’avoir entendu rentrer, ne m’a pas relancée pour son aide juridique, rien de rien de rien !!! Je me demande si le fait de m’avoir vue entourée, avec un copain, des amis de caractère (Mimine a farouchement refusé qu’il lui tire les cartes) n’a pas joué quelque part comme un déclic. Si ça se trouve, il me prenait (encore) pour la pauvre chinoise émigrée sans famille et qui aurait pu lui préparer sa soupe de nouilles chinoises le soir !! Bon, je délire complètement, n’empêche, depuis ce réveillon, je n’ai plus entendu parler de lui, donc il y a quelque chose qui fait qu’il n’a plus envie de me voir.

A tel point que je me suis presque inquiétée (!!) – je ne voudrais pas être accusée de non assistance à petit vieux seul – et du coup, l’autre soir, en rentrant chez moi, j’ai regardé la façade de mon immeuble pour voir si je voyais ses fenêtres allumées. Et oui, elles l’étaient. Bon, M. Sanchez est toujours en vie. Bien. Et il me laisse tranquille. Très bien.

Il a curieusement disparu et j’en suis soulagée.

En revanche, depuis peu, mon voisin d’à côté a pris le relais. Le djeun’s dont le frère s’occupe du café du bas. Celui qui m’offrait des cerises, m’invitait à prendre un café. Bon, j’ai pas vraiment envie de prendre un café avec lui, c’est vrai – en plus, c’est ignoble parce que s’il était beau (si, par exemple, c’était ce superbe type brun aux lunettes rouges et au labret qui m’invitait, mais non !), il est probable que je ferais un effort (oui, pardon, je suis vraiment une ordure de me baser sur le physique pour accepter de lier conversation avec un inconnu !!! *___*) ! Mais lui, bof. En plus il parle avec un super accent arabe que je ne comprends pas trop (je suis abonnée aux accents). L’autre soir, je le croise dans les escaliers en train de manger avec les doigts des frites molles et du hareng. Il me tend l’assiette en me disant (gentiment) : « Vous en voulez ? »

Bon sang, mais j’ai vraiment une tête à manger du poulet cuisiné au micro-ondes ou des frites cuites et recuites dans l’huile ???!!!

Et l’autre jour, attablé au café, il me voit sortir de l’immeuble : « Tu prends un café ? » (parfois, lui aussi, il me vouvoie ou me tutoie !) – « Heuh, non, c’est gentil, mais j’ai pas trop le temps. »« Ouais, à chaque fois vous n’avez jamais le temps ! » me répond-il sèchement.

Alors là, vraiment, je dis merci. J’aurais pu être la voisine du beau mec brun à lunettes rouges, éventuellement des trois japonais rigolos, ou même de la maman et de sa fille que j’ai croisées un jour dans le hall. Eh bien non ! Il faut que je tombe sur les deux zarbis de l’immeuble. Le pire, c’est qu’au fond, je culpabilise un peu de n’être pas plus gentille avec ces types qui ne m’ont rien fait de mal. Mais bon, en même temps, je ne peux pas être sympa avec tout le monde ! Je n’y peux rien si je n’ai pas envie d’être pote avec eux !

Si ça continue, je crois que je vais inscrire sur ma porte : « Mariée — deux enfants — et lesbienne. »

Non mais c’est vrai quoi.

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