Ce que mes yeux ont vu

de Laurent de Bartillat

Tout était prometteur dans ce premier film d’un jeune réalisateur français : un très beau titre énigmatique, une affiche  graphiquement impactante, un casting brillant enthousiasmant (Sylvie Testud, une grande, et Jean-Pierre Marielle, un grand, évidemment) et un synopsis original et aguichant : l’enquête de Lucie, étudiante en histoire de l’art, sur un mystérieux personnage féminin toujours représenté de dos dans les peintures de Watteau ; sa confrontation avec son professeur ; sa rencontre décisive avec un mime sourd-muet et sa découverte de la vérité.

Le thème s’annonçait passionnant : la recherche historique et scientifique autour d’une oeuvre et des intentions de son auteur, l’insondable mystère inhérent à toute oeuvre d’art… Malheureusement, quelle frustration au sortir du film ! Malgré l’intérêt réel que suscite la recherche autour de l’oeuvre de Watteau, servie par une réalisation soignée, le thriller attendu s’avère non seulement très mou mais également assez vide. Vide de mots – le film est assez peu dialogué -, vide d’explications – le cheminement intérieur de l’étudiante n’est pas très explicite -, voire de sens – mais à quoi sert donc le personnage de James Thiérrée ?!!

De coïncidences énormissimes (la rencontre du mime sourd-muet qui fréquentait une école où se trouvait un tableau qui fera avancer l’enquête de Lucie) en allusions évasives et vaseuses (la Bièvre), le film avance lentement pour se terminer étrangement rapidement. Plus embêtant : l’émotion reste relativement absente (est-ce dû à la photographie très belle mais un peu froide ?), alors que l’émotion est intimement liée à l’Art.

En cherchant, peut-être, à préserver l’aspect onirico-fantasmatique de ce « polar pictural », le réalisateur rate un peu son film, très ambitieux et néanmoins honorable. Son grand mérite : donner envie de décortiquer les toiles que l’on voit. On est loin du Da Vinci Code. Ouf !

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