Sport for beginners

J’ai 28 ans largement révolus et depuis ma plus tendre enfance, j’ai toujours détesté le sport.

Que dis-je détesté : haï, oui !

Mes parents ne manquèrent pourtant pas de persévérance avec moi : comme la plupart des petites filles « modèles » (cuculs, ouais), je fus inscrite à la danse autour de 4-5 ans, discipline dans laquelle je brillai par ma raideur et ma lourdeur. La prof m’appuyait sur le dos pour me forcer à toucher le sol, ce qui m’a longtemps traumatisée. J’y peux rien si ma colonne vertébrale est soudéé, oh, hé, tortionnaire, va ! Un mignon spectacle de fin d’année à base de lutins à capuchons jaunes et rouges faisant du saute-moutons, mortellement chiant, rangea ma mère stoïque à mon avis : la danse, ça n’était pas pour moi.

Plus tard, en primaire, je fus, je ne sais comment, inscrite au tennis. J’en suis sûre, je n’avais rien demandé ! Une année, le temps de rater ma première balle. Comme mes parents me soupçonnaient d’être un caractère fier détestant l’échec, rebelote, ils me réinscrirent, les salauds, une seconde année, sans doute pour me prouver qu’à force de travail, on pouvait arriver à tout. Sauf que je passai cette seconde année à vagabonder un cours sur deux autour du gymnase, déjà titillée par le démon de l’école buissonnnière. Une fois, une copine faillit bien me perdre : me voyant monter dans la voiture de ma mère – qui pensait naïvement me prendre à la fin d’un cours bienfaisant -, elle s’écria : « Bah alors Céline, où t’étais, on te voit jamais !!! » Heureusement, je claquai la portière, laissant se perdre dans le vent, hors des chastes oreilles maternelles, ces dangereuses paroles…

Devant ma nullité sportive et mon dégoût permanent qui se traduisait par des notes scolaires plus que médiocres dans les disciplines corporelles, mes parents me laissèrent enfin choisir mes activités : piano et sculpture. Toujours en dilettante et de façon semi-buissonnière (quand je n’avais pas travaillé mes gammes ou mon morceau) – et j’avoue regretter aujourd’hui de n’avoir persévéré dans aucun de ces domaines que j’aime pourtant.

Bref.

En parallèle, je passais de tristes hivers de pauvre enfant riche à apprendre le ski dans des écoles de ski qui me foutaient un bourdon pas possible tellement c’est nul les cours de ski, bordel de bordel. A ma troisième étoile, je décrétai que je savais skier et c’est avec un style inimitable que je passe désormais à peu près partout. Le style « sans style » mais on s’en fout, de toute façon, la neige, c’est froid et j’aime pas ça (surtout à la montagne, en hiver…)

Plus tard, la pratique du yoga me déprima plus qu’autre chose : pour moi, c’est le sport « mou du guenou » par excellence. Je déteste cette sorte de « gym douce », qui ne ressemble à rien. Je passais les cours à ricaner bêtement en entendant craquer mes os ou à m’endormir comme une moule sur le tapis lors de la phase de relaxation.

A l’IEP, puisqu’il fallait absolument pratiquer une activité sportive (notée en plus !), je choisis, en désespoir de cause (mes horaires n’étant jamais compatibles avec l’équitation et le tir à l’arc qui m’attiraient pourtant) :

  • l’escalade : sympa mais j’étais très lourde et sans force dans les bras et les jambes ce qui me faisait ressembler à une grosse araignée collée au mur. Le jour où je compris que je devais monter en tête (c’est-à-dire en « m’auto-assurant »), je lâchai l’affaire et revendis, l’année suivante, mes chaussons sur eBay.
  • puis le golf : un fiasco total malgré une véritable bonne volonté au départ ! Comme je n’arrivais pas à marcher en portant mes six clubs trop lourds pour moi, le prof avait pris l’habitude de me déposer en voiturette électrique quelques trous plus loin que mes camarades, pour me laisser taper dans les balles jusqu’à ce qu’ils me rejoignent. Très agréable. Du coup, je boycottai une partie de l’examen de fin d’année, ce qui me valut une très mauvaise note.
  • et enfin la danse contemporaine : une discipline étrange ressemblant prétendument à de la danse, avec un gentil prof, d’une telle indulgence qu’il me mit 12/20 en fin d’année (l’une de mes meilleures notes de sport jamais obtenue) tout en me recommandant avec bienveillance d’essayer de « dépasser le niveau de spectacle de fin d’année de CP » (sic !) Ptain, il me restait encore des résidus des cours de danse de mes 5 ans ou quoi ?

Autant dire qu’après toutes ces joyeuses expériences malheureuses, je ne pouvais que me gausser de tous ces gens qui me vantaient avec des airs béats-benêts les joies de la « mens sana in corpore sano ». En plus, le sport c’est fatigant et souvent salissant.

Mais !

Cette année, par une bizarrerie inexplicable, j’ai été prise du démon du sport… Depuis cet été, où j’ai goûté aux joies des randonnées équestres, je sens bouillonner en moi une sensation nouvelle : un besoin irrépressible de me bouger, de faire fondre toute cette couenne qui s’est accumulée autour de mon bide de crises de boulimie en régimes à la con jamais aboutis, d’utiliser les gros muscles de mes cuisses, de raffermir mes bras pendouillants avant qu’ils ne fassent « l’effet papillon » (ou que je me transforme en chauve-souris), de suer, de souffrir, enfin bref, de faire du sport, quoi !!!!!

C’est fou !!!! C’est une envie tellement nouvelle et pourtant si forte !!!

Quand j’y songe, ça fait un bout de temps pourtant que j’ai envie de faire du kung fu, ou de l’équitation. Mais à force d’hésiter entre ceci et cela, comme pour tout, je ne fais plus rien.

Alors en octobre, je me suis décidée et ai cherché un club de sport martial pour me dépenser une ou deux fois par semaine. Et j’ai trouvé mon bonheur : Paris-Energies-Karaté, une association aux tarifs tellement abordables que c’en est scandaleux et surtout, avec des profs trop sympas.

En fait, j’ai toujours eu un petit (gros) problème avec mon corps, pour diverses raisons : je ne l’ai jamais vraiment aimé ni jamais vraiment bien traité et je me sens dedans comme dans une armure rigide et encombrante. En plus, à force de m’habiller comme un garçon manqué, j’ai laissé tomber toute vélléité de grâce féminine 🙂 Dès qu’on me regarde, qu’on me juge, je perds mes moyens et j’ai un tel sentiment de ridicule que je deviens forcément ridicule.

Eh bien là, depuis que j’ai commencé – il y a peu, certes -, je ne me sens pas du tout ridicule. Ou plutôt, si, je me sens ridicule, surtout en modern jazz, où je m’astreins à rester après le cours de karaté fitness, mais je me dis qu’il faut que j’en passe par là si je veux un jour me mouvoir avec la même légèreté superbe, la même souplesse magnifique, que notre adorable prof. Pour la première fois, j’ai envie d’aller jusqu’au bout d’un truc que je ne maîtrise absolument pas et apprendre, réellement, quelque chose qui m’est inconnu. Car la danse, le rythme, ce n’est vraiment pas inné chez moi (j’aime bien pogoter en concert, mais est-ce que ça compte ??)

Et ce qui m’épate le plus, c’est que je suis non seulement ultra motivée, mais en plus ébahie de bonheur lorsque je sors de mes presque 3h d’efforts. Parce que le karaté fitness, c’est tonique et tuant (et ça, j’adore, finalement) et le modern jazz, ça me demande une concentration surhumaine (je sais pas comment vous faites pour retenir les pas et EN PLUS vous laisser aller à la musique, moi, pour l’instant, je n’arrive pas à coordonner le corps et la pensée) !

Ce qui me plaît, dans ce club de sport, c’est qu’on peut y aller pour le pur plaisir uniquement : si on ne le souhaite pas, pas de compétition sauvage pour une médaille ou une coupe, mais une envie de progresser et d’apprendre avant tout la technicité des mouvements. Et peut-être, ensuite, celle de se mesurer à d’autres, qui sait.

Pour l’instant, en tout cas, c’est ma bouffée d’oxygène de la semaine, mon nouvel enthousiasme chronique – qui ne durera peut-être pas, telle que je me connais, mais au moins, ce post me rappellera qu’un jour, une fois dans ma vie, j’ai aimé bouger mon body !

En tout cas, voilà, il n’est jamais trop tard pour bien faire : j’aime tellement mes nouvelles activités que je vais essayer de participer aux cours de « vrai » karaté (ce qui m’intéressait à la base) et self defense !!!

Alors comme dirait Le Chevalier Lumière, le petit héros chinetoque de notre enfance à mon frère et moi : « Ayyyyyyyyyyyyaaaaaaaaaaa !!! »

3 comments / Add your comment below

  1. Bravo !!!

    Moi aussi je me suis mis à la salle de sport, bon ok c’ets pour remplacer le basket auquel je ne vais plus. Mais c’est vrai que j’apprécie la relative liberté de faire ce qu’on veux au rythme qu’on veut !!!

    Bon courage et si tu manques de motivation, sache que moi aussi !!! Mais il faut se botter le cul (même si ca demande un peu de souplesse !!!)

  2. Tu vas sur leur site (cherche « Paris Energies Karaté » sur Gogol), ils n’ont pas de salle spécifique, c’est un peu galère, un jour c’est dans le 13e, un jour dans le 12e, un jour dans le 5e… Bon, moi je vais au gymnase Léo Lagrange le vendredi soir de 19H15 à 22H. D’ailleurs, demain j’y serai car je vais faire du sous-titrage dans une boîte qui est à 10 min. de chez moi en vélo et 10 min. du gymnase en vélo. Yesss !! (Et non, je ne manque pas de motivation, bien au contraire ^^)

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