Engagez-vous, qu’y disait

17000 personnes © 2007 nemo

« Ca a débuté comme ça. Moi j’avais jamais rien dit. Rien. »*

C’est Manolito qu’a commencé. Après l’euphorie des Présidentielles, la vague orange, le constat de notre enthousiasme commun pour Bayrou.

On s’était retrouvé tous les trois, lui, Cynthia, et moi, au QG de l’UDF pour assister au triomphe de notre chouchou centriste le soir du premier tour. Après quoi, Manolo semblait tout excité par l’engagement, grand, beau et noble mot. A son contact et celui de Cynthia, tout aussi émoustillée (par François ? ou par les jeunes centristes plutôt sexy, il est vrai ? HuHu…), je m’étais découvert une fibre vibrionnante pour le béarnais fan de chevaux (comme moi !) et de tracteurs (non, ça je m’en fous, pour être honnête.) Non, en fait, j’étais déjà tombée amoureuse, non, flûte, j’avais déjà été séduite par les propos politiques humains et réalistes de ce brave homme courageux – qui n’avait pas hésité à claquer un petit malotru dans une cité au péril de sa vie -, il y a plusieurs années, m’attirant même l’ironie gauchiste de certains camarades adeptes de l’Internationale. Bref. Bayrou, je le soutenais depuis longtemps, hein. Mais de loin. De scrutins en scrutins. Mais fallait pas attendre plus de moi. Je ne suis pas une activiste romantique ni une militante utopiste. Je fais mon devoir de citoyenne quand il le faut et quand je n’ai rien de mieux à faire et puis voilà.

Enfin, j’sais pas comment que ça c’est fait cette affaire, entre un McDo et un coup de fil, dans l’émotion crétine de l’entre-deux tours, alors même qu’on savait que tout était joué d’avance et que le petit Nicolas agressif allait devenir notre nouveau petit père des peuples, Manu a eu la riche idée de s’engager.

Que s’est-il passé dans mon cerveau de poulpe fortement influençable ? J’étais émue, sûrement. François et ses cheveux grisonnant sur fond orange avaient sûrement éveillé en moi un sentiment libidineux que j’ai bêtement assimilé à de l’intérêt pour la politique. En plus, faut reconnaître une chose : avec internet, tout va tellement plus vite, tout est tellement plus simple. En un clic, on peut acheter dix dvd dont on n’a absolument pas besoin mais qui sont en promo, une guitare d’occasion au manche de guingois, ou une paire de Van’s à prix discount (ah oui ! ma dernière acquisition en date : alors que je cherche justement à être plus féminine, j’ai craqué pour une paire de Van’s à moitié prix qui va encore me faire des pieds d’éléphanteau…) En un clic, on peut donc devenir membre du FN, de l’UMP, ou moins pire, de l’UDF (futur MoDem.)

Du coup, quand Manolo m’a appris qu’il était devenu adhérent, je me suis dit qu’il ne devait pas être le seul à donner de sa personne pour la juste cause. Donc paf ! moi aussi j’ai lâché mes 20 euros, entraînant derrière nous la petite Cynthia, probablement la plus enthousiaste de nous trois.

Et là, je me retrouve telle Bardamu, engagée dans un truc qui me dépasse. Juste un peu heureusement. Mais je reçois des mails du Parti (rien que dire Parti, j’ai l’impression d’être au PC… Cela dit, du PC au MoDem, hein… Ah ah…), même de Marielle de Sarnez, des machins nous indiquant que François est en tournée législative par-ci, qu’on cherche des « talents » bénévoles par-là. Mais moi, j’ai pas envie d’aller coller des affiches, distribuer des tracts, prêcher la bonne parole orange à la sortie du métro comme tous ces chieurs (non je plaisante) braves gens généreux et engagés qui militent à Aides, Médecins Sans Frontière, la Croix Rouge, etc. Je suis allée à la soirée de lancement du MoDem la semaine dernière. Bon, c’était intéressant mais l’euphorie, de mon côté, est bel et bien tombée. D’ailleurs je me suis endormie durant les interventions des anonymes candidats aux législatives aussi passionnants que des étudiants faisant un exposé à la place du cours du prof 🙁 J’ai beau réfléchir, je n’arrive plus à comprendre pourquoi j’ai adhéré. Le seul moment un peu rigolo a été l’intervention de Vincent Lindon, très Richard Bohringer-esque.

Je constate donc avec effarement qu’il suffit d’un moment d’égarement collectif (et le collectif peut commencer dès trois personnes, HuHu) pour faire un peu n’importe quoi. Moi ? Engagée ? Ah ah absurde. Mais j’étais en plein délire, c’est pas possible ! Ou Manolo m’avait fait avaler des champis hallus. J’sais pas. Y’a eu un truc. Une sorte de transe commune. C’est peut-être cet orange vibrant qui a eu raison de mes neurones.

Je fais partie du MoDem et je pense que ce dernier se serait bien passé de moi. Cela dit j’aime toujours Bayrou et ses idées. Mais je veux pas m’engager ! Je veux pas aller toute seule aux réunions de quartier (le MoDem, c’était fun avec Manolo et Cynthia, pas toute seule >_<) ! Je veux pas aller placarder des affiches sur les murs de mon quartier ou alors qu’on me prête un scooter. Je veux pas distribuer des tracts dans la rue et me faire jeter – déjà que je me fais jeter à Sephonnaud quand je distribue des touches à sentir, marre de marre de tendre des trucs que personne ne veut ou prend à contrecoeur ! Je veux pas rencontrer des pro-UMP ou pro-je-sais-pas-quoi et devoir argumenter mes choix politiques (« François Bayrou ? Il est si sexy quand il monte à cheval… Heuh, non, mauvais argument… ») Je veux juste rester dans l’ombre et soutenir de loin François.

Tout le reste, je pense que Vincent Lindon le fera très bien.

(*Il faut lire Voyage au bout de la Nuit de mon homonyme Céline ^^)

PS : allez François, je te soutiens quand même, vive le MoDem !!! Pour me motiver, j’ai même mis la musique de sa campagne sur ma page MySpace : Arcade Fire, rien que ça (c’est djeun’s le MoDem, on vous dit !)

3 comments / Add your comment below

  1. Ah Nemito, comme je te comprends!

    Quand j’avais ton âge (dit-elle en chaussant ses épaisses bésicles), je me suis retrouvée, après un semblable moment d’égarement + une généreuse prise en main éclair, inscrite au MRAP… Certes, la lutte contre le racisme et l’antisémitisme est une belle cause, nécessaire même!… Mais me retrouver les dimanches d’hiver, à 7h du mat sous la pluie et au milieu des ricanements de la foule, à vendre « Droit et Liberté » sur le marché du Petit-Colombes (92) ;-), dès le début je l’ai senti moyen: moi non plus, décidément, je n’ai pas la fibre militante 🙁 .

    Dieu merci, mon prompt départ au Mexique a vite réglé le problème, et coupé court aux relances déçues de mes petits camarades hyperactifs: tu vois, amiga, ce qu’il te reste à faire!

    Sérieusement, notre Manolo national est-il toujours aussi impliqué? La teneur pleine de convivialité et de bon sens de son dernier mail-invitation me fait penser qu’il y a pour lui aussi une vie après François: vérifions-le ensemble rapidement. Quand donc es-tu libre pour des retrouvailles communes? -il proposait demain soir, mais c’est un peu juste, non?-

    Et d’ici là, votons bien (MoDem, comme de juste: je vais même le faire deux fois, car j’ai une procuration filiale), et continuons esnemble à communier avec plus de ferveur dans le cinéma d’auteur, de Robert Bresson à Tod Browning. A suivre, donc.

  2. Ah, je comprends, j’ai absolument pas la fibre militante et revendicatrice ! D’ailleurs, môman vient de m’appeler pour me dire qu’elle avait reçu ma carte d’electeur ( après la guerre hein ! ) et que je pourrais donc voter aux législatives….Eh bien….je m’en fiche.

    Notre « Méta Président » est lancé dans la réformite ( d’ailleurs, il commence à faire frémir les tenants d’une certaine orthodoxie budgétaire, tous bien à droite…), le PS nous a offert un triste spectacle ( le cimetière des éléphants ? ) bref, je vais aller voter, parce que j’y serai, mais bof…

    et puis Nemo, je ne te vois pas du tout, du tout, aller coller des tracts ;D

  3. he he moi aussi la fibre orange est partie . l’euphorie et l’espoir d’un soir de campagne sans doute .
    mais je reste fidèle à François.
    et puis faut dire que je « milite » déjà pour ma propre paroisse si tu vois ce que je veux dire . Alors de là à en remettre une couche en bénévolat. Y’en a qui le front mieux que nous don’t worry for that.

    gros bibi

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