Dieu de la Patience, de la Miséricorde et de la Compassion Humaine, retenez-moi. Retenez-moi ou je me roule par terre et fais un caca nerveux doublé d’un delirium tremens.

J’aime Sephonnaud. Enfin, à petites doses, faut pas déconner non plus. Mais jusqu’à présent, je trouvais :

  • certains de mes « collègues » plutôt sympathiques (je pense notamment à mon ami Fruitopia, mais aussi à Delphine, Aurélie, Laëtitia et quelques animatrices extérieures qui, tout « vendeuses » – et donc esclaves, selon les gens – qu’elles sont, sont loin d’avoir un Q.I. de bulot),
  • l’ambiance, bien que frisant parfois la fête du (des) boudin(s) (je pense notamment à la « soirée prestige » de ce soir où l’on vit quelques caissières bien en chair se trémousser sur les tables avec une classe unique sur « World, hold on » de Bob Sinclar), plutôt sympathique,
  • la directrice parfums, avec son sourire direct et son regard franc, plutôt sympathique.

Evidemment, j’avais également remarqué un certain manque d’organisation, une communication interne déficiente (l’accueil des nouveaux et leur formation laissent un peu à désirer, mais bon… on ne va pas se plaindre, hein, on est dans une entreprise djeun’s et dymanique, motivante, innovante, audacieuse, youpie tralala…) Mais sur tout cela, je fermai les yeux dans une douce atmosphère parfumée, persuadée d’avoir trouvé un job certes fatiguant mais plus amusant qu’un emploi administratif quelconque. Toute heureuse d’avoir repris une activité un tant soit peu lucrative, je m’voyais déjà en CDI, côtisant pour mon épargne retraite, enfin à l’abri du besoin, du chômage, de la dépression nerveuse et des angoisses parentales.

Je devais tomber de bien haut en ce fatal jour funeste qui restera comme un petit camouflet dans ma béatitude naïve.

Aujourd’hui, croisant ma directrice, qui me serra, comme à son habitude chaleureusement et longuement la main (ce qui est assez rigolo car on continue généralement de parler 1 ou 2 minutes main dans la main à chaque fois… Ca fait très Sheila, je trouve… Manque plus que les couettes ^^), je lui fis part de mon contentement d’avoir vu affiché mon planning pour le mois d’octobre. Candidement, prête à dégainer les larmes d’émotion, le champagne et les petits fours, je demandai donc : « Alors cela signifie que mon contrat est reconduit !? »

La directrice, toute surprise, me lâcha alors la main pour porter ses deux petits pognes manucurées sur ses deux petites joues blushées et, avec un sourire désarmant, s’exclama : « Ooooohhh ! C’est Machinchose qui a fait les plannings, en oubliant que vous étiez en CDD ! Votre contrat se termine quand ? Samedi ? Oh la laaaaaaa ! J’ai complètement oublié d’en parler à notre responsable RH. J’aimerais beaucoup vous garder, mais je ne sais pas si ça sera possible ! Je vais me renseigner, je croise les doigts pour que ça marche! »

Et, hihihi-ant toujours aussi gentiment, elle partit, active et pétillante, je ne sais où, tandis qu’un froid polaire s’abattait sur mes épaules, soudain alourdies d’un poids titanesque.

« Je croise les doigts ! »

Non mais on se fout de moi, là !? Je suis une quantité négligeable, c’est ça !? Ce n’était pas prévu, peut-être, que je signerais un CDI si mon CDD se passait bien !

Notez, peut-être que mes trois semaines de CDD ont été à chier. Après tout, je m’auto-évalue peut-être un peu trop optimistiquement, hein. Il est vrai que ces derniers jours, on m’a reprise parce que je discutais 1/2 seconde avec une collègue, que je ne marchais pas assez le long des linéaires ou bien parce que je proposais de moi-même un échantillon à une cliente, pour une fois, sympa et chaleureuse (les clients chiants et mal élevés qui réclament dédaigneusement ont droit à un échantillon mais ceux qui ne demandent rien, on va quand même pas leur offrir, hein !)… Mais il me semblait, globalement, que ça allait.

Je veux dire, je suis plutôt bonne pâte, gentille, bien élevée, j’essaie de booster ce qu’on me dit de booster et je crois être un peu appréciée de certains (l’animatrice Nina Ricci m’offre des cuillers en argent Haagen Dasz (sic !) et celle de Lanvin me met généreusement deux testeurs – Rumeur de Lanvin et Burberry Touch – de côté) et voilà ce que je récolte de ma direction. Une indifférence assez vexante, je dois dire. Car la directrice avait quand même l’air de s’en foutre royalement de ma situation. Et mes enfants à charge ? Et ma pauvre môman impotente (nan, pardon môman, c’est pour l’image…) ? Et ma psy, que je ne vois même plus car je n’ai plus de quoi la payer (et parce que j’ai eu la flemme de la rappeler… Hum… ^^) Et mes prochaines vacances en Thailande qui tombent à l’eau !??? NON MAIS OH BORDEL DE MERDE.

Bref. Après cette courte entrevue qui coupa court à mes rêves d’élévation sociale, j’avoue que j’eus un peu de mal à retrouver mon entrain. Mon rouge sourire s’éteignit de temps à autres. J’allai même jusqu’à « halluciner » auprès de quelques collègues qui eurent le bon ton de m’encourager et me rassurer (« Mais nooooon, t’inquiète pas… ») N’empêche que je m’inquiète moi.

J’ai déjà dépensé tout l’argent que je n’ai pas encore gagné (notamment en pantalon et chaussures pour ce job >_< !) Je regrette déjà les quatre BD et les deux poches que j’ai achetés l’autre jour, ainsi que mon livre pour apprendre la guitare (que je touche une fois par semaine, quand j’y pense), mon nouveau pantalon kaki, mon téléphone portable… Arrrggghhh… Et dire que j’ai trois anniversaires hyper importants ce mois-ci.

Donc voilà. Ce soir c’est coup de mou, coup de blues, coup de massue. Heureusement que Charly, Cuau, Manolo et Virginie (une très sympathique et inattendue surprise !) m’ont rendu visite ces deux derniers jours. Un peu d’amitié et de chaleur humaine dans le monde impitoyable de la flexibilité capitaliste.

Allez, je vais prendre un Valium, un Tranxen et une tisane et je vais me calmer sous la couette avec Matt et le Jean-Christophe Grangé conseillé par Charly (et qui m’a l’air vraiment prenant…) Si vous voulez que je vous fasse quelques petits échantillons n’hésitez pas à passer me voir avant samedi minuit car il se peut que lundi, je commence (moulée dans du latex comme Fruitopia l’aime et avec du rouge à lèvres qui pète) Rue St Denis (mon fantasme « Belle de Jour » ? ^^)

Allez, bonne nuit les gens !

Pendant que la Schtroumpfette et son Schtroumpf Costaud se prélassent maritalement aux Seychelles (d’ailleurs c’est OU les Seychelles ??!!), d’autres bossent Madame ! Moi par exemple. Certes, ça n’arrive pas souvent mais quand ça arrive, ça ravive.

Ma première semaine chez Sephonnaud se termine et, ma foi, après 5 jours de dur labeur en pantalon et t-shirt moule-bourrelets, avec du fond de teint Christian Dior et du rouge à lèvre prostiputien sur la tronche, je peux vous dire que je m’amuse plutôt bien. D’une part, j’en apprends chaque jour un peu plus sur les parfums et ça, il faut bien le reconnaître, c’est passionnant. D’autre part, parler aux gens, leur sourire, les informer, les servir, bref, le contact humain en général m’est tellement naturel (voire nécessaire) que cela ne me demande aucun effort. Les quelques clients hautains ou désagréables ne font pas long feu devant le pourcentage de personnes aimables – sinon amicales – que j’ai, pour l’instant, eu la chance de servir. Touchons du bois.

On pourrait sans doute me prendre pour une ravie de la crèche, à voir le sourire glossy que j’étale à longueur de journée sur mon visage outrancièrement fardé. Mais je ne me force même pas : j’adore voir du monde. Cette multitude de visages, cette diversité de styles, de cultures, de langues, cette foule en mouvement dont je frôle à peine l’existence me fascinent. Le monde me paraît immense et excitant et frustrant. Toutes ces vies qui s’ignoreront toujours et qui se retrouvent, pour quelques secondes, côte à côte ! Moi qui ai toujours adoré imaginer, derrière les fenêtres éclairées, la vie des autres, je ne peux m’empêcher de m’émerveiller devant un tel flot quotidien de destins épars. Je me sens comme une fourmi dans un monde vivant, follement vivant et, quelque part, ça me plaît. J’ai l’impression étrange d’avoir une petite place, même minuscule, parmi toute cette vie.

En fin de compte, malgré mes appréhensions, être « conseillère parfums » (bah voui, « vendeuse », c’est trop péjoratif, hein !), cela ne me stresse pas tant que ça ! Je dirais même que cela me plaît plus que d’entrer des données à longueur de journée dans une base informatique !

Et puis, il y a de bons moments de fous rires : comme lorsqu’un saoudien, visiblement très riche, qui me saoule pour avoir deux sacs (moches) Nina Ricci en cadeaux, me remercie princièrement avec… un (vieux) bonbon ! o_O’ Ou bien quand ce client qui m’explique en long en large et en travers qu’il hésite entre deux parfums pour sa copine s’exclame, alors que je n’ai fait qu’acquiescer diplomatiquement à ses choix : « C’est incroyable ! Je vous ai expliqué ce que je recherchais et vous avez tout de suite compris ! Vous êtes formidable ! Merci beaucoup pour vos conseils ! » (Quels conseils ???!!!)

Il y aurait tant à dire ! On croise de tout à Sephonnaud. C’est la comédie humaine dans toute sa splendeur ^^

Cela dit, je ne pense pas faire ce métier toute ma vie. La raison principale étant que c’est mortellement crevant : tenir debout et en marchant 7H (ou pire) d’affilée avec seulement une pause d’une heure dans la journée pour se changer, aller déjeuner, se rechanger et se remaquiller, c’est un rythme de dingue. Et je crois que je ne me ferai JAMAIS à ce mal de pieds atroce qui me donne une seule envie lorsque je rentre chez moi : prendre ma douche et m’écrouler sur mon lit comme un vieux cachalot échoué.

Ensuite, les horaires ultra flexibles ne facilitent pas la vie de couple : par exemple, cette semaine, je vais bosser quasiment tous les jours (dont samedi et dimanche) à partir de 15H jusqu’à 22H ou minuit. Olé ! Donc pour l’instant, adieu sorties et amis (et en plus je vais manquer plein d’épisodes de plus belle la Vie, aaarrrggghh !!!) J’espère trouver rapidement un rythme de croisière qui me permettra de concilier harmonieusement le vaste monde de Sephonnaud et mon petit monde personnel.

J’ai commencé la guitare, en autodidacte – comme d’habitude – et, bon sang, ce n’est pas si facile que ça (le mec qui arrive à faire du premier coup l’accord de fa sans se péter les doigts, je lui dis bravo !) Je m’astreins aussi à courir deux fois par semaine autour de mes petits pâtés de maison. 20 minutes de course à un rythme soutenu (pour moi, hein) ! Ca compense les trop nombreux Quick que j’ai mangés cette semaine ;-s

Et par la force des choses, j’ai retrouvé un cycle de sommeil à peu près normal : 6 ou 7H en moyenne. Finies les nuits de 4H : à 23H, mémé nemo est au lit, à moitié somnolente, devant Téléchat ou un bouquin, bon ou mauvais. Ca me fait peur, ce train-train. Manquerait plus que j’aie un gosse, tiens, et c’est parti pour la vie de famille bien réglée comme du papier à musique ! Yuuukkkk !!!

Voilà pour ma nouvelle petite vie qui a débuté lundi dernier et qui, si tout va mal, se terminera à la fin du mois.

Sinon, hier, à la séance de quand j’étais Chanteur film abyssalement vide et canyonement chiant (Depardieu ne le sauve même pas, quant à Cécile de France, certes fort mignonette, elle doit aligner trois phrases en tout, entre deux sourires larmoyants censés suggérer subtilement son indécision sentimentale), Matt et moi avons vu dans la file d’attente : Jean-Pierre Jeunet !!! Trop bien !!! Je crois que je n’étais pas la seule à l’avoir reconnu mais personne n’osait lui parler. En même temps, là est toujours la question : pour dire quoi ? « Aaaahhh, j’ai détesté la Cité des enfants perdus… et Amélie Poulain ça craint ! » ? ^^

Et encore mieux : aujourd’hui, à Sephonnaud, en me baladant dans les rayons, je vois de dos un type mal fagotté (vieille veste noire et pantalon mou beige) dont la coupe de cheveux m’évoque David Lynch. Nonchalamment, je m’approche pour voir à quoi peut ressembler le sosie du dos de David Lynch et… crévindieu ! C’est-y pas possib ! C’est David Lynch himself ! En train d’acheter Hanae Mori pour sa… jeune compagne… ou fille… (je pense plutôt à compagne vu la tape familière qu’il lui a collée sur la fesse mais bon… il me semblait qu’il avait la même compagne depuis des lustres…) Tétanisée de bonheur, transie d’émotion, je le regarde, mes petits yeux dardant mille coeurs à son attention. Il se tourne vers moi, je lui fais « hiii » toutes dents dehors et, avec un charmant sourire, il me répond : « hiii ! » – je sais, c’est un dialogue palpitant. Je suis persuadée qu’il sait que je l’ai reconnu car personne autour de lui ne semble faire attention à sa personne et je suis la seule à sourire bé(a)tement devant lui.

J’échaffaude mille plans pour aller lui parler et puis, comme une baudruche, je me dégonfle, toujours scotchée à quelques pas de lui par sa présence magnétique. Quand il part en caisse, vite, je cherche quelqu’un pour partager ma joie d’avoir dit « hiii » à David Lynch, quand même, merde, ça ne se reproduira peut-être plus jamais dans ma vie, ça !!! Et là : intense déception !!! Fruitopia (qui adore Lynch aussi) étant parti depuis 5 minutes, je me rends compte que PERSONNE en dehors de lui ne semble connaître David Lynch. « Mais siiii, Elephant Man, tu sais bieeeeen !!! »

RhhaaahhhHHaaaaAAAhhhhhhHH !!

Honnêtement, il n’y a rien de plus déprimant que d’être heureuse toute seule.

Passer deux jours à Bruxelles pour revoir les copains SL : Cuauh, Nego, la Schtroumpfette et Yves, Betty,

Pédaler à perdre haleine dans Paris,

Organiser (ou annuler ^^) des pique-niques orgiaques,

Ecouter (et quémander) les potins sentimentaux des autres,

Revoir les vieux potos un peu éloignés : Malphas, Benj’, Rom’s…

Rencontrer de nouvelles pommes grâce à MySpace,

Bouquiner des merdes conseillées par le Magazine de la Santé (comme Keith Ablow) et, du coup, replonger dans Stefan Zweig avec bonheur,

Essayer de dessiner,

S’éclater au Concert Indétendances avec trois joyeux garçons,

Partir au dernier moment dans le Gard avec le chat pour (presque) tout bagage,

Visiter 2-3 coins d’Ardèche et ne pas oser se mettre en maillot de bain à Pont d’Arc parmi des centaines de bouts de viande humaine,

Aller à Carquei pour profiter des parents et de la maison,

Avoir toujours plein de monde à la maison,

Râler (parce que râler, c’est chouette),

Aller à Ikéa,

Ranger les Lego,

Aller à Ikéa (on ne s’en lasse pas !),

Se baigner, enfin,

Eviter, telle WonderWoman, les méduses, quand tous les autres se font piquer,

Ranger les Playmobils,

Louper le frère de Matt, louper Cuauh,

Se baigner,

Ranger les magazines Spirou, Mickey, les soldats de plomb et tous les jouets qui traînent,

Râler,

Payer 9,30 € pour voir la Science des rêves et re-râler,

Descendre à la plage en vélo mais remonter en voiture avec Môman,

Accueillir Nico après des mois sans s’être vu,

Se balader au soleil, se baigner, nager, nager, nager, toujours plus loin, en essayant de ne pas penser aux méduses,

Faire des grillades et saucisses trop grillées mais on s’en fout parce que les merguez, ça doit être bien cuit (dixit Nico),

Chercher désespérément le Festival BD de Solliès-Ville sans jamais trouver l’entrée de l’autoroute,

Aller bouffer une crêpe dégueue au Port de Hyères mais servie par un serveur tout sympa,

S’encanailler à la fête foraine et se demander à quoi peuvent ressembler les prétendus phénomènes de foire exposés (la sirène qui a le visage d’une fillette de 12 ans et une queue de poisson, le requin de 7 mètres de long et 1 tonne, etc.),

Photographier Nico devant de belles naïades qu’il n’osera jamais aller draguer,

Visiter Aix et rencontrer enfin la mystérieuse et sympathique PM (elle existe et non, elle n’est pas un agent du KGB !),

Se baigner de nuit à Sanary dans de gros rouleaux plein d’algues et un peu effrayants,

Relire les Misérables en version Bibliothèque Verte et trouver que ça pète toujours, même réduit de trois quarts,

Passer 5 H à ranger et nettoyer la maison avant de repartir,

Chanter et haïr « Quand vient la fin de l’été… » du moullissime Laurent Voulzy,

Espérer que Nico viendra nous rejoindre à Paris pour de folles aventures,

Passer par Lyon sans avoir le temps de voir quiconque (Mag, Mme Adamo… pardon…),

Ranger ma chambre à Lyon mais aussi toute la bibliothèque de Môman (parce qu’en fait, j’adoooore ranger !!)

Bâiller devant les Secrets du volcan, série d’été de France 2 affligeante, juste pour revoir Louis Velle (qui meurt dès le premier épisode, bouhouhou…)

Revenir sur Paris pour repartir à Bruxelles pour le mariage de la Schtroumpfette,

Rigoler bêtement avec Nego, tout malade,

Être abandonnée au mariage par Nego, vraiment tout malade,

Revoir Belegaer et rencontrer Black Sheep Girl, une fille vraiment très drôle (non Schtroumpfette, je ne te piquerai pas ton amie !) et Alex, un type vraiment très cool,

Bouffer comme une sagouine,

Faire 8H30 d’Eurolines et trouver ça, finalement, fun (même à côté d’un vieux fripé tout moche),

Faire une soirée filles avec Thia et Nad, aux pâtes et au saumon (mmiiaammm),

Se saoûler de Joan Baez…

On va faire rapide et sommaire, mais si vous le pouvez, allez voir les deux premiers films, silvouplé.

*

Je vais bien, ne t’en fais pas

de Philippe Lioret

Film français (2005) – Avec Mélanie Laurent, Kad Merad, Isabelle Renauld, Julien Boisselier – Sortie : 6 septembre 2006 – 1H40

Avouons-le : je suis allée voir Je vais bien, ne t’en fais pas un sourire narquois aux lèvres (malgré une bande-annonce réussie), m’attendant à ricaner cyniquement devant une mièvrerie dans la lignée de Mademoiselle, l’un des précédents films de Philippe Lioret qui avait, il y a quelques années, séduit la critique comme le public… sauf moi 🙂 Le titre à rallonge de ce nouveau film me semblait déjà d’une cucuterie délectable.  Pourtant, après l’avoir vu, je dois reconnaître qu’il m’a énormément touchée et émue malgré quelques invraisemblances bien pardonnables, tant, globalement, il évite avec subtilité tout pathos et ridicule.

Elle rentre à peine de vacances que ses parents, embarrassés, lui annoncent qu’il a disparu. Elle, c’est Lili et lui, c’est Loïc, son frère jumeau qui, suite à une énième dispute avec leur père, a quitté la maison, sa guitare sur l’épaule. D’abord abasourdie et révoltée, Lili s’enfonce peu à peu dans la dépression. Un jour, une carte arrive. Suivie d’une autre, le lendemain. Chaque jour, son frère lui écrit pour lui dire qu’il va bien. Lili se remet, s’accroche à ces courriers, cherche à découvrir ce qu’il est advenu de son frère. Tout en apprivoisant le chagrin de la perte et en mettant à jour les secrets de famille écrasants, elle se construira, entre deux parents maladroits mais aimants.

Il y a bien quelques moments convenus dans Je vais bien… ainsi qu’une révélation finale très décevante (car grotesquement surprenante – je la redoutais et elle est tombée *_*) qui gâche un peu la première révélation. En dépit de ce dénouement très agaçant, le film est juste et profondément humain.

En s’attachant au parcours douloureux de Lili, à la fois fragile et déterminée, Philippe Lioret double le mystère qui entoure la disparition de Loic du portrait sensible d’une jeune fille passant à l’âge adulte. Dans des rôles difficiles, tous les acteurs sont remarquables, des parents (Isabelle Renauld et Kad Merad, sobres et bouleversants) à Julien Boisselier, discret mais toujours efficace. Quant à Mélanie Laurent, ce film devrait – je l’espère – révéler son grand talent et sa grâce émouvante !

En bref : un film attachant d’une belle densité émotionnelle, qui change des superproductions américaines ou des comédies débiles françaises.

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La Tourneuse de pages

de Denis Dercourt

Film français (2005) – Avec Catherine Frot, Déborah François, Pascal Greggory – Sortie : 9 août 2006 – 1H25

A film froid, critiques un peu fraîches. C’est injuste car, sous son classicisme glacé un peu désuet, le film de Denis Dercourt cache une vraie tension et une grande violence.

Mélanie, jeune pianiste d’une dizaine d’années, souhaite ardemment entrer au Conservatoire. Lors de son audition, l’attitude désinvolte de la présidente, Mme Fouchécourt, pianiste vedette, la destabilise et la fait échouer. Mélanie arrête définitivement le piano mais n’oublie pas Mme Fouchécourt. Quelques années plus tard, elle entre au service de celle-ci en tant qu’employée de maison. Peu à peu, une relation trouble s’installe entre les deux femmes. Mme Fouchécourt, fragilisée par un accident de voiture, s’attache à cette jeune femme mutique qui lui semble toute dévouée et en fait, confiance suprême, sa tourneuse de pages. Mais de son côté, que ressent réellement la pianiste contrariée ?

Sur une trame simple mais implacable, avec une économie de moyens reposante, Denis Dercourt tisse un suspense prenant autour de ses deux personnages féminins, formidablement campés par Catherine Frot et Déborah François. La première, qui avait tendance à Catherinefrotiser un peu trop ces derniers temps en jouant la Dilettante 1, 2, 3… (notamment dans le pénible les Soeurs fâchées), montre enfin l’étendue de son talent et s’avère très émouvante dans le rôle d’une femme rongée par l’angoisse et l’amour naissant. La seconde, jolie blonde laiteuse au visage énigmatiquement fermé, joue avec une opacité troublante ce loup dans la bergerie dont on ne saura, jusqu’à la fin, ce qu’elle éprouve réellement pour sa patronne.

Voilà donc un très bon thriller psychologique à la française, modeste, original (le thème de la vengeance dans l’univers feutré de la musique classique et des concerts) et prenant, jusqu’au dénouement d’une sobre cruauté. Un jeu de chat et de souris au féminin, teinté de sensualité saphique, qui prend son temps pour nous fasciner.

J’ai beaucoup aimé et je le recommande chaudement !

*

La Sciences des rêves

de Michel Gondry

Film franco-britanique (2005) – Avec Gabriel Garcia Bernal, Charlotte Gainsbourg, Alain Chabat, Emma De Caunes – Sortie : 16 août 2006 – 1H45

Allez, je vais l’annoncer tout de suite, au risque de me faire huer par tous ceux qui auront aimé l’univers bricorigolo de Michel Gondry : ce film m’a fait horriblement chier. J’ai dû bâiller au moins 20 fois durant la séance (qui était EN PLUS en VF, horreur et abomination du doublage mal synchronisé !) et j’ai à peine réussi à esquisser un sourire, je ne sais même plus à quel moment.

C’est l’histoire d’un mec, plutôt charmant (Gabriel Garcia Bernal, miam et remiam), graphiste, qui arrive du Mexique pour bosser à Paris. Son originalité : il entremêle rêve et réalité, du coup, c’est un peu beaucoup le bordel dans sa tête. Il emménage à côté d’une voisine plutôt charmante (Charlotte Gainsbourg, délicieuse) dont il tombe amoureux, après avoir cru s’être épris de sa copine (l’espiègle Emma De Caunes). Comme les deux sont des originaux et qu’ils sont dans les mêmes trips de découpages / collages / bricolage, évidemment, ils vont mettre du temps (1H45) à se trouver. Et 1H45, quand il ne se passe rien et qu’on n’assiste qu’à une enfilade de petites saynettes inventives, c’est long. Très long. Super long.

Certes, Michel Gondry ne manque pas d’imagination et des idées loufoques et amusantes jalonnent son film. Mais fait-on un film avec une suite d’idées ? Fait-on un film avec un scénario aussi léger qu’un coton en forme de nuage ? Le bric à brac joyeux qu’il a concocté m’a paru totalement hermétique. J’ai eu l’impression pénible de regarder le rêve de quelqu’un d’autre ce qui, finalement, est aussi ennuyeux que d’écouter les rêves des autres, dans ce qu’ils ont d’aléatoires et personnels.

Au final, ce film que j’ai trouvé faussement poétique, artificiellement audacieux, superficiellement onirique mais bien branchouille, m’a gonflée. Je n’ai rien contre les univers décalés à la Terry Gilliam ou Spike Jonze mais là, tout est trop mécanique pour être vraiment spontané. Léger et frais ? La seule fraîcheur que j’ai sentie durant le film, c’est celle de la climatisation.

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