Le procès de Bobigny de François Luciani

Le Procès de Bobigny

Voir l’interview de Gisèle Halimi sur telerama.fr

Bah voilà, maintenant que le téléfilm a été diffusé, ça ne sert pas à grand chose que je m’extasie dessus a posteriori. Mais quand même. Quand la télévision (merci Service Public) (oui oui, j’y suis attachée) nous offre des réalisations de cette qualité, il est toujours bon de le souligner et de s’en réjouir.

Ce soir, donc, France 2 nous gratifiait d’une reconstitution magnifique du Procès de Bobigny qui aboutit à la loi Veil sur l’IVG en 1975.

En 1972, Martine (Sandrine Bonnaire), une mère de famille modeste qui élève seule ses trois filles, se trouve confrontée au choix de son aînée (16 ans), violée, d’avorter. Par l’entremise d’une collègue, l’avortement est réalisé clandestinement. Mais à l’époque, cette pratique est un crime (il n’y a que 34 ans les amis ! Si loin, si proche !) Dénoncée et passible d’emprisonnement, Martine fait appel à l’avocate Gisèle Halimi (Anouk Grinberg), co-fondatrice de l’association Choisir, qui lui propose, non pas de plaider coupable, mais d’attaquer la loi de 1920 et de dénoncer au nom de toutes les femmes l’injustice de la condition féminine.

Durant tout le téléfilm, j’ai eu la gorge et le ventre noués devant le combat de ces femmes pauvres mais dignes, aidées par une frêle jeune femme aux fortes convictions, jugées par l’oeil condescendant d’un pouvoir mâle.

J’ai imaginé la souffrance physique (vive les aiguilles à tricoter !), d’abord, de toutes ces femmes obligées de subir un avortement clandestin qui pouvait aboutir bien souvent à la mort ; la honte et l’opprobre injustes ensuite (la fille de Martine est renvoyée de son lycée lorsque la nouvelle de son avortement devient publique – je rappelle qu’elle avait été violée !) ; l’incitation à la délation (on indique à Martine que si elle ne dénonce pas celles qui l’ont aidée, elle et sa fille seront placées en garde à vue tandis que ses deux autres fillettes seront placées en foyer !) ; la prison enfin (de trois mois en plaidant coupable à trois ans !)… Autant d’injustices écoeurantes et révoltantes qui paraissent aujourd’hui tellement dépassées. Et pourtant…

La réalisation, d’une sobriété exemplaire, ne jouait heureusement pas sur la sensiblerie. Le sujet était fort et beau et se suffisait à lui-même. Quant aux actrices, magnifiques, elles n’en faisaient jamais trop : Sandrine Bonnaire, mère inquiète et aimante était bouleversante de bout en bout (durant le procès, elle m’a vraiment arraché les larmes) et Anouk Grinberg, volontaire – parfois à la limite de la sécheresse (sans doute pour éviter le pathos) – incarnait une Gisèle Halimi remarquable (avec l’accent !)

Le point d’orgue fut la plaidoierie originale de l’avocate reprise lors du procès. Un texte superbe, qui force l’admiration, hélas toujours d’actualité aujourd’hui, lorsqu’on voit que le Dakota du Sud revient sur ce droit fondamental et que, sans doute, aidés par le retour en force des relents religieux les plus nauséabonds, nos propres gouvernements ne vont pas tarder à être titillés par le sujet…

Bravo et merci Maître ! (Féministe, moi ? Absolument !)

Le Procès de Bobigny

Sandrine Bonnaire et Anouk Grinberg (my new « crush »)

PS : cela me fait penser que, il y a quelques mois, j’ai assisté à Paris à une manifestation rétrograde anti-IVG et que le nombre de participants (des femmes et des jeunes !) faisait vraiment, mais vraiment peur…

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